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 Naguib Mahfouz [Egypte]

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mer 31 Oct 2007 - 13:06



l'article très intéressant de WIKIPEDIA ICI

un article sur EVENE LA

Un billet que je lui ai consacré sur mon blog après la lecture de "Impasse des deux palais" ICI
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mer 31 Oct 2007 - 13:20

"Une trilogie cairote"




Au hasard de mes pérégrinations à la médiathèque, j'étais tombée sur un titre qui m'avait arrêtée « Impasse des deux palais » de Naguib Mahfouz. Ni une ni deux, j'empruntai ledit roman en me disant que comme c'était le premier volet d'une trilogie, les tomes suivants ne devaient pas être bien loin. Hum...c'était sans compter avec l'étrange logique des achats de la médiathèque: il y a bien le premier tome mais pas les suivants...hallucinant. Le temps passe et le mois dernier, je saute le pas: j'ai « commandé » les deux derniers tomes car j'étais restée sur ma faim et je désirais vraiment connaître la fin de l'histoire! Il y a à peine 15 jours, la médiathèque m'appelait pour me signaler l'arrivée des tomes tant attendus « Le palais du désir » et « Le jardin du passé ».
Naguib Mahfouz embarque son lecteur dans un voyage au long cours, dans le sillage d'une famille cairote, vivant au coeur du vieux Caire. Une famille traditionnelle où l'autorité du Patriarche, Ahmed, est indiscutable et despotique. L'Egypte est sous domination anglaise, les sursauts d'indépendances éclorent à peine, la vie semble tranquille et sereine. Mahfouz dresse un portrait d'une société bourgeoise traditionnelle pétrie de certitudes.


« Impasse des deux palais »
Ahmed est un homme affable à l'extérieur et un vrai despote chez lui: toute la famille tremble devant lui (femme, filles et fils!) et se soumet à ses dicktats. Ahmed pense-t-il que le respect filial ne saurait être vivace sans la dureté paternelle? Ses fils, Yacine, Fahmi et Kamal n'osent se rebeller. Les filles, Aïsha et Khadiga, attendent qu'une demande en mariage les emmène vers une autre vie familiale. Elles attendent, en compagnie de leur mère, Amina, en regardant la vie qui passe dans la ruelle derrière les moucharabjehs, fenêtres, jalousies, ouvertes vers le monde extérieur, ouvertures partielles dans la clôture. Monde d'où elles sont exclues. Mais ces fenêtres ouvertes vers le monde interdit peuvent être aussi le lieu des joies illicites, comme celles de capter le regard d'un éventuel amoureux. La terrasse est également un oeil sur le monde extérieur, lieu où les oeillades amoureuses peuvent s'échanger.
Naguib Mahfouz peint, par touches successives, le poids étouffant de la tradition religieuse et familiale: l'Islam apparaît comme frustrant la jeunesse et sa sève débordante, jugulant les sentiments, les réprimant sans état d'âme apparent.
Amina, captive soumise paiera cher sa « désobéissance », sa sortie (seule et unique) pour aller se reccueillir à la mosquée: un exil chez sa mère qui ne durera que quelques jours grâce à l'amour filial! On s'aperçoit, que loin d'être libre chez elle, dans son foyer, la femme musulmane (dans une famille traditionnelle) est sans cesse opprimée et parfois, cette situation devient insoutenable pour une lectrice occidentale. Au fil du roman, des fissures apparaissent: l'Histoire se mêle aux histoires, les fils, imperceptiblement, s'opposent au patriarche qui, à la fin, ouvre un peu les yeux devant l'inutilité de son despotisme....et accepte, à regret, cet état de fait.
Mahfouz, à l'aide de son personnage Ahmed, entraîne le lecteur dans les nuits agitées et musicales du Caire d'après le coucher du soleil....monde des hommes où la musique, les danses, les chants, l'alcool et les femmes légères sont partout. Les rues bouillonnantes sont l'âme du Caire, sont l'âme d'une société qui sait, qui aime s'amuser malgré le carcan religieux... au prix de petites et grandes hypocrisies.

L'Histoire craquèle la vie bien réglée de cette famille, traditionnelle, cairote, lentement mais sûrement. Sera-t-elle emportée par les élans du modernisme, l'émergence su sentiment patriotique et national, l'exaltation de la révolution?


Dans « Le palais du désir », l'embryon de révolution a durement touché la famille d'Ahmed: Fahmi, le fils prometteur, est tombé sous les balles anglaise, amenant une ombre de profonde tristesse sur le clan.
Le Caire est toujours aussi bruyant, luxuriant, coloré et exahlant les senteurs les plus enivrantes. Ahmed, Amina, Yacine, Kamal, Aïsha et Khadiga ont vieilli et la disparition de Fahmi plane sur tout le roman. Les filles sont mariées et mères de famille respectables, Mahfouz focalise son récit sur Kamal, le benjamin.
Kamal découvre les affres de l'amour, les idéaux de l'adolescence et la sacralisation de l'être aimé. Aïda, soeur d'Hussein, son meilleur ami, le subjugue par sa beauté mais aussi par son éducation à l'européenne qui lui donne liberté et études supérieures. Seulement, Kamal découvre avec horreur qu'Aïda est depuis longtemps fiancée à Hassan (un autre de ses amis de lycée), issu de l'aristocratie cairote, riche et cultivée, très éloignée de la sienne issue de la petite bourgeoisie et des vieux quartiers du Caire. Son coeur est dévasté par la révélation de l'abîme qui les a toujours séparés.
C'est également l'époque où Kamal découvre les joies de l'étude et la cruauté de la perte de la foi. Il se forge, à force de volonté, un masque: toujours souriant au dehors mais désespéré intérieurement. Mahfouz, subtilement, égratine le côté rigide de la religion en dressant un portrait peu engageant du mouvement des Frères musulmans.
Kamal n'est pas le seul à changer: Ahmed, le vieux patriarche, se laisse aller à quelques faiblesses, notamment celle d'entretenir une maîtresse. Il recouvre son âme de jouisseur au sortir du deuil de Fahmi...la vie est toujours plus forte que tout. Yacine, l'aîné, s'émancipe en quittant la demeure familiale pour fonder ailleurs un foyer. Yacine, jouisseur et amateur de femmes (de toutes les femmes), après deux unions malheureuses, épouse une ancienne harpiste qui s'avère être, ô belle ironie de la vie, l'ancienne maîtresse du père!
L'éducation traditionnelle est mise à mal par l'entrée dans la modernité de l'Egypte. L'Europe apporte un souffle nouveau, perceptible surtout dans l'aristocratie qui éduque ses enfants (garçons et filles) autrement. Certains tabous religieux tombent tels que la consommation d'alcool mais surtout de porc! Kamal ressent encore plus le choc de ces deux cultures et éprouve moult difficultés à le vivre: il souhaite que l'Egypte entre dans la modernité et en même temps reste attaché aux traditions de son pays.
« Le palais du désir » est le récit du désir d'aimer et d'être aimé, le désir d'émancipation de la tutelle paternelle et de liberté, c'est aussi le désir d'être sans faux-semblant avec son père: ce dernier ne doit pas craindre un moindre amour ou un moindre respect de la part de ses enfants s'il n'est pas un patriarche sévère et traditionnaliste...loin de là.
La saveur de l'écriture de Mahfouz se retrouve dans les instantanés de la vie cairote. Ainsi, la vie des soeurs de Kamal chez leur belle-mère: Khadiga a du mal à accepter l'obligation d'appeler « maman » sa belle-mère et creuse sa révolte souterraine.
Les scènes truculentes dans les bistrots, les maisons louées pour recevoir les prostituées.

J'ai aimé plus particulièrement les scènes du café: les enfants se rassemblent autour de leur mère Amina pour prendre le café après le repas. Rituel immuable après le départ du patriarche à sa boutique, moment où la conversation roule sur la vie quotidienne, où se règlent certaines affaires familiales, loin de la présence oppressante du père. L'odeur chaleureuse du café flotte entre les phrases du récit et embaume l'imagination du lecteur.


« Le jardin du passé » , ultime volet de la trilogie, est la voix des petits-enfants, est le moment où l'Egypte d'antan bascule vers la modernité....la ruelle s'illumine la nuit grâce à la fée électricité, rendant moins épiques les retours de soirée du patriarche.
Les changements qui s'annoncent font ressurgir les idées radicales religieuses mais aussi les aspirations à la démocratie. Deux petits-fils d'Ahmed s'engagent : l'un chez les Frères musulmans, parti religieux conservateur, l'autre, libre penseur, dans la mouvance communiste. Quant à Kamal, il est de plus en plus tiraillé entre l'Orient et l'Occident, perd peu à peu ses repères et s'enlise dans d'incessantes interrogations philosophiques mais aussi personnelles: sa vie devient éternelle question sans réponse et passe, irrémédiablement, à côté de lui.
Naguib Mahfouz, à coups de pichenettes, écorne encore la société cairote aux prises avec la marche du Temps: Au Caire, c'est le piston et les alliances avec les grandes familles qui font et défont les avenirs professionnels. Mais ce sont les traditions éducatives qui ne permettent pas aux filles, de la bourgeoisie traditionnaliste, de poursuivre des études supérieures: pourquoi aller au-delà du certificat d'études quand l'avenir est de rester au foyer? Et ce sont les carcans qui faussent, malgré les études supérieures, le regard de certaines jeunes filles de la bonne société (il faut garder son « standing » et pour se faire préférer un mari âgé et fortuné)...comble de l'ironie!
Les grands-parents, Ahmed puis Amina, disparaissent, rejoignant le passé et remplissant de souvenirs un « jardin du passé » et éclairant l'avenir d'une autre lumière. Les petits-fils luttent pour une Egypte nouvelle et moderne, libérée du joug britannique. Cependant, malgré les bruits rageurs de la guerre, Le Caire reste immuable: les rues étroites et sombres du vieux quartier, les palais des beaux quartiers, les rues de débauche, les petits commerces, les personnages hauts en couleurs (tels que le cheik centenaire et sénile qui déambule dans les rues sans reconnaître personne).
« Le jardin du passé » ce sont les regrets de Kamal qui semble être passé à côté de sa vie et étreignent son âme au soir de la vie de sa mère: que laissera-t-il derrière lui lorsque viendra son tour de partir? Aura-t-il accompli quelque chose, une oeuvre achevée? Le doute perd celui qui doute et l'amène à ne pas vivre sa vie.

Mais, ce jardin du passé demande à être clos et oublié afin que la vie, le présent deviennent le véritable avenir et emportent Kamal vers une autre lumière.


Une véritable belle saga familiale, digne de « Quatre générations sous un même toit » de Lao She, au coeur du Caire, au coeur de ce Moyen Orient et de cette Egypte à la richesse millénaire. On pleure, on s'insurge, on rit et on lutte en compagnie des personnages qui ne laissent absolument pas indifférents le lecteur. A lire sans retenue!
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coline
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mer 31 Oct 2007 - 17:53

Mon Egypte

Pour les futurs ou ex-voyageurs en Egypte, pour ceux qui ne feront qu'en rêver, je signale ce livre dans lequel Naguib Mahfouz, le prix Nobel de littérature 1988, livre son regard sur l'Histoire politique et culturelle de son pays, indissociable de la sienne .

"L'Egypte n'est pas pour moi une simple parcelle de terre, elle est la fondatrice de la civilisation. Elle est dans l'histoire humaine comme le pays mère... "

Il s'agit d'entretiens que Naguib Mahfouz a accordé à l'écrivain égyptien Mohamed Salmawy. C'est aussi un livre d'images, de portraits en noir et blanc du petit peuple du Caire ou de paysans de la vallée du Nil, signés Gilles Perrin.

Je voudrais être plus précise mais cherchant le livre dans ma bibliothèque, je vois qu'il n'y est plus...Encore un bouquin qu'on ne m'a pas rendu ! humeur
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 15 Jan 2008 - 21:06

Je le note sur ma longue liste de LAL!!!! J'espère le trouver à la médiathèque car il doit apporter beaucoup de lumière sur l'écrivain Mahfouz et son univers! Merci Coline sunny
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 15 Jan 2008 - 21:11

Pendant le séjour marocain, je me suis retrouvée à cours de lecture affraid Heureusement, la résidence hôtellière avait une bibliothèque où trônaient 2 romans de Naguib Mahfouz dont:
"La belle du Caire"


Dans la trilogie cairote, Naguib Mahfouz faisait souvent allusion aux pratiques courantes du clientélisme dans l'administration égyptienne pour l'obtention aussi bien de postes que de promotions. "La belle du Caire" démontre combien ce genre de pratique peut se révéler dévastatrice pour ceux qui ne savent pas se mouvoir dans la jungle des bureaux et cabinets ministériels.
Quatre étudiants, quelques mois avant de passer leur examen final, quatre vies, quatre visions de la société. L'un d'entre eux, Mahgoub Abd-el-Dayim, pauvre et avide de tout, sous une apparente indifférence, est taraudé par l'envie et la jalousie. Il est prêt à tout pour obtenir un bout de ciel bleu, un rayon de soleil et autre chose qu'un plat de fèves. Après avoir connu les âffres de la faim, de l'indigence, il met non seulement de côté le peu de scrupules qu'il possède pour avancer dans la société, mais aussi son devoir filial, devoir qui lui pèse et qu'il oublie en trouvant toujours une bonne raison à son égoïsme.
Mahgoub, au fond de l'indigence et du désespoir, sollicite l'aide d'un ancien voisin du village, Al-Ikhshidi, bien établi dans un poste de secrétaire particulier. Ce dernier comprend que Mahgoub est de la même trempe que lui, qu'il saura fouler principes et scrupules pour se tailler une misérable part de gloire. Il le pistonne (contre rien en retour ce qui aurait du éveiller la vigilance de Mahgoub!) pour un poste de secrétaire particulier (au 6ème échelon) puis le sollicite, quelques temps plus tard, pour une étrange affaire: un mariage en catimini afin de rendre service au Bey Qasim Fahmi, riche aristocrate épris d'une roturière avec laquelle il entretient une relation amoureuse. Mahgoub accepte la proposition et quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il reconnaît en la belle maîtresse du Bey, la sublime et jeune Ihsane, ancienne fiancée de son ami Ali Taha! La joie, malsaine, de s'approprier une beauté autrefois inabordable, se mêle à sa maladive jalousie (tout aussi malsaine). Les tortures ne font que commencer pour Mahgoub qui endosse le rôle désagréable de cocu consentant à tendance proxénète! En effet, à chaque fois que le Bey rend visite à Ihsane, il doit quitter l'appartement!
Mahgoub, avec son ironie et son audace, pense avoir cerné la marche du monde. Seulement, à trop envier et jalouser, à vouloir trop avoir sans rien donner, le retour de bâton est souvent cruel et cuisant. Ainsi, lorsque les charmes de son épouse offrent une promotion (directeur de cabinet du Bey lui-même!) à Mahgoub, celui-ci ne sait pas prendre la bonne décision: Al-Ikhshidi, dont il est l'obligé, lui demande un retour d'ascenseur en lui cédant le poste proposé et en le succédant dans son poste, Mahgoub ne peut s'empêcher de lui exprimer son mépris et sa haine en refusant le marché! La suite ne tarde pas à provoquer de nombreuses turbulences dans la vie de Mahgoub et Ihsane et douloureuse est la chute....surtout lorsque l'on s'est coupé de ses amis les plus sûrs!
"La belle du Caire" est un roman édifiant et incisif sur une société cairote gangrénée par la corruption et l'appât du gain facile. Les personnages sont hauts en couleurs et finement ciselés: Al-Ikhshidi est admirablement croqué en fauve sachant manoeuvrer plus affamé que lui et sachant se rendre utile à plus puissant que lui. Un virtuose de l'hypocrisie et du louvoiement en eaux troubles. Quant à Mahgoub, torturés par ses apirations aussi diverses que contradictoires, le lecteur éprouve parfois pour lui de la compassion mais bien souvent colère et mépris à son encontre! On a envie de le secouer pour lui ouvrir les yeux: à vouloir nager au milieu des crocodiles il faut savoir montrer les dents, claquer des mâchoires et surtout ne jamais oublier de renvoyer l'ascenseur même si cela gâche le plaisir d'une promotion!
Et Ihsane? Figure féminine qui subit la loi masculine. Au final, son mariage avec Mahgoub est loin d'être une réussite et bien loin de la mettre à l'abri du besoin. Sa réputation n'est plus qu'une lointaine chimère: on a envie de la soutenir, elle émeut et en même temps agace. A ce jeu de dupe, une naïveté mal placée est perdante et désastreuse. Mais elle a été abusée par les roucoulades d'un Bey prédateur, sans foi ni loi hormis celle de son plaisir, abusée par les jérémiades paternelles qui la feront se jeter dans la fosse aux lions. Le pari sur la beauté est aléatoire surtout lorsque la famille de la jeune beauté est pauvre, roturière et sans appui!
Enfin, Qasim Fahmi: un loup usant et abusant de son pouvoir, de sa richesse pour s'offrir des virginités à bon compte! La lectrice, que je suis, ne peut s'empêcher de lui en vouloir pour son attitude inconséquente et profondément égoïste: il s'en sortira toujours et il le sait, même si le scandale éclabousse le bas de son costume! Ce qui est loin d'être le cas pour les "dégâts collatéraux"!
La moralité de cette histoire? Pourquoi désirer toujours plus? Pourquoi être toujours insatisfait? Cela n'amène souvent que déceptions et malheurs! "Si tu n'as pas ce que tu aimes, aime ce que tu as." (proverbe marocain)....penser une telle chose n'empêche en rien l'ambition raisonnable et raisonnée! Mahgoub est un Icare qui se brûle les ailes à désirer, trop vite, aller près du soleil.
Un beau roman sur la jalousie, l'amour et le désir, servi par la plume magnifique et sobre de Naguib Mahfouz.
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kathel
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Jeu 28 Fév 2008 - 18:34

Les fils de la Médina

Présentation de l'éditeur
Sur les ruines des somptueux palais fatimides a poussé la Gamaliyya, un quartier populaire du vieux Caire. De ce petit monde truculent, qui oscille au fil des rumeurs de la ville ou voltige sur les fumées somnolentes du haschisch, s'élève parfois la voix du poète populaire disant l'évasion, proférant l'illusion, tandis que se succèdent des protagonistes qui mobilisent les ferveurs du peuple et suggèrent les trois révélations.
Toujours interdit par la censure égyptienne, qui l'identifia comme une scandaleuse transposition de l'histoire sainte dans la chronique familière des hommes, ce fastueux roman-parabole est l'un des plus merveilleux de Naguib Mahfouz.

Mon avis :
Effectivement, on peut reconnaître des personnages de la Bible sous les traits des héros de Naguib Mahfouz, mais on peut aussi le lire comme une sorte de conte médiéval. Le lecteur s’attache aux tribulations de différents héros, en commençant par le Fondateur et ses deux fils, puis l’histoire court sur plusieurs époques, mais avec plus de 600 pages, on n’éprouve aucune impression de longueur.
J’ai beaucoup apprécié cette lecture, ainsi que celle, plus ancienne, d’Impasse des deux palais.
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bertrand-môgendre
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 20 Mai 2008 - 16:23

Rêves de convalescence de Naguib MAHFOUZ

Broché: 140 pages
Éditeur: Éditions du Rocher (21 janvier 2004)
Langue : Français ISBN-10: 2268043649

Présentation de l'éditeur
" Je m'installe à l'affût, sur la rive verdoyante du Nil. La nuit est humide. La lune folâtre dans l'eau et le miroitement de ses rayons scintille de mille feux. Mon âme musarde dans les recoins chargés des senteurs de jasmin et des parfums de l'amour du quartier d'Abbassia. La question, qui taraude de temps à autre ma conscience, s'impose encore une fois à mon esprit. Pour quelle raison n'apparaît-elle donc pas dans mes rêves ? Pourquoi ne l'a-t-elle pas fait au moins une fois, une seule, depuis qu'elle s'en est allée ? Je veux m'assurer, oui, qu'elle a bien existé, qu'elle a bien été une vérité de ma vie, et non une illusion d'adolescence... " Publiés en 2001 dans la revue égyptienne Nisf al-dunyâ, Rêves de convalescence inaugure une forme littéraire tout à fait originale dans l'œuvre de Naguib Mahfouz. En cinquante-cinq rêves, relevant à la fois du conte et de la parabole, tantôt graves et tantôt burlesques, l'écrivain transfigure son quotidien et celui de la société égyptienne actuelle pour en restituer toute la beauté et l'étrangeté

Biographie de l'auteur
Prix Nobel de littérature en 1988, Naguib Mahfouz est l'un des plus grands écrivains de langue arabe. Son œuvre, qui comprend une quarantaine de romans et plus de trois cents nouvelles, a su plus que tout autre saisir l'âme du peuple égyptien et de ce Vieux Caire où l'auteur a toujours vécu. Parmi ses romans les plus célèbres, citons Passage des miracles, Impasse des Deux Palais et Le Voleur et les Chiens

Mon commentaire
Sous sa plume, les rêves prennent la forme de drames enfouis dans les méandres d'une mémoire riche de souvenirs, heureux ou non.
Les jeunes filles, présentes, occupent une place prépondérante dans chaque songerie.
L'écriture légère donne à la lecture, la simplicité du récit, la brièveté de ces notes, prises sûrement au lever du jour.
Il est très difficile de commenter ce genre de recueil. Ils ont pourtant le mérite de me donner le goût pour découvrir cet auteur talentueux.

Ces textes courts révèlent la difficulté de l'écrivain (quatre-vingt-dix ans) à s'attabler plus d'une demi-heure par jour pour travailler.
Cette plongée dans son inconscient, permet de naviguer dans l'esprit de l'homme, marqué par sa période réaliste, puis historique, scénaristique mais surtout humaniste, lorsqu'il aborde avec plaisir la philosophie.
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 20 Mai 2008 - 18:57

J'ai tellement aimé la trilogie cairote que je lirais bien Rêves de convalescence...Merci Bertrand pour ce commentaire. Very Happy
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 20 Mai 2008 - 21:00

Je ne connaissais même pas ce titre, la honte sur moi honte ! Hop sur mon carnet sourire
En attendant, je m'aperçois que je ne n'avais pas encore posté sur "La malédiction de Râ".

"La malédiction de Râ" ou l'histoire d'une prédiction sous le règne du pharaon Khéops. Un mage lui révèle qu'il n'aura de descendant à accéder au trône après sa mort, que son successeur sera un nouveau-né, le fils du prêtre du temple de Râ d'Awn. Aussitôt une expédition est montée afin de faire disparaître le bébé, ombre dans le firmament de Khéops. Ce que le pharaon, au faîte de sa puissance, ignore c'est que le même jour, une servante de Radde Didit, l'épouse du grand prêtre, a, auss,i mis au monde un enfant. Le prêtre parvient à faire fuir, sous la houlette de Zaïa, une servante fidèle, sa femme et son fils au moment où la troupe royale arrive aux portes d'Awn. La méprise du pharaon sauve ces derniers. Au cours de leur fuite, Zaïa s'endort et la charrette de blé s'égare en bordure du désert, territoire incertain où rôdent les Bédouins. Zaïa, au réveil, prend peur, s'enfuit avec le bébé, abandonnant Radde Didit à un triste sort. Zaïa, femme en mal d'enfant, adopte, élève et éduque Djédef comme son propre fils, à Memphis, résidence royale. Djédef y sera élevé comme un noble et intègrera l'armée du pharaon où il récoltera honneur et confiance du souverain.
Bien entendu la prédiction du mage se réalisera à la suite de multiples péripéties plus haletantes les unes que les autres.
Ce qui est intéressant dans ce roman, c'est l'histoire millénaire égyptienne évoquée par la plume sagace et poétique de Naguib Mahfouz. Le roman publié en 1939 contient tout ce qui imprègnera l'écriture de ce dernier: les racines égyptiennes, l'identité, la filiation, la trahison, la fidélité et, surtout, le sens de la destinée...même s'il est loin d'être son meilleur roman (Mahfouz fait ses débuts d'écrivain en 1939). En effet, Khéops comme Djédef ne peuvent échapper à la prédiction des dieux, relayée par le mage. Leur vie respective, leurs actes les mèneront au point final sans qu'ils contrôlent quoi que ce soit.
"La malédiction de Râ" est un roman historique bien enlevé, à l'intrigue certes claire mais à la chute étonnante. Par ailleurs, comment résister au talent de conteur de Mahfouz? La réponse est simple: on ne peut pas lui résister et on se laisse embarquer, joyeux, dans le dédale de ses mots.
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mer 8 Avr 2009 - 15:44

SON EXCELLENCE.

Ce roman raconte l'ascension professionnelle du jeune Othmân, un fonctionnaire issu de la classe populaire égyptienne cairote. Dès sa première journée de travail, Othmân est ébloui par le directeur général –appelé Son Excellence- et décide d'atteindre lui aussi cet échelon. Il reprend ainsi ses études, se précipite pour aider ceux qui peuvent avoir une influence positive sur sa carrière, profite de chaque opportunité qui se présente. Courbettes, léchage de bottes, tous les moyens sont bons pour être promu. Parallèlement les directeurs utilisent Othmân, vantant son aisance rédactionnelle et ses qualités linguistiques à des fins intéressées. Bref, chacun profite de l'autre.

Pourtant, s'il remplit sa vie de son carriérisme appuyé, il se consume en solitaire dans sa vie privée. Alors qu'il pensait atteindre enfin le poste tant convoité, le vide de sa vie privée lui apparaît tellement insupportable qu'il conclut un mariage hâtif de raison. Il a un âge avancé et la santé se rappelle à lui.

Othmân apparaît comme un personnage pieux, probe, excessivement économe frisant même la radinerie, apolitique, travailleur. Il refuse certaines épouses sous prétexte qu'elles ne sont pas dignes de lui tant il est certain de devenir un jour un grand ponte de l'État.

L'auteur utilise une plume poétique et remplie de sagesse. Il en profite pour dénoncer les pistons qui permettent à des personnes non compétentes de se retrouver mutées à des postes élevés. On se prend d'affection pour ce héros et on s'interroge surtout sur le sens à donner à La Vie car, malgré sa réussite professionnelle, le héros est désespérément seul. On passe tour à tour du rire à une profonde consternation et même tristesse.

Une caricature réussie du fonctionnariat.

"Il se dit que Dieu avait créé les belles étoiles pour nous forcer à lever notre regard. Mais un jour elles se pencheront sur la terre et ne trouveront aucune trace de nous. Le véritable sens de notre existence ne s'incarne que par la sueur et le sang."
"Du grade ou de la femme, lequel est le but ? Lequel est le moyen ? Beaucoup d'hommes ont vécu sans monter en grade, mais combien d'hommes ont vécu sans femme ?"
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 6 Juil 2010 - 15:33

MON EGYPTE.

C'est une série d'entretiens avec Mohamed Salmawy, un écrivain proche ami de Mahfouz, illustrée de splendides photos en noir et blanc prises par Gilles Perrin.

Une formidable apologie de l'Egypte, que Mahfouz n'a quittée que trois fois pour de courts séjours à l'étranger. Il émane de ce livre un tel amour pour l'Egypte et une telle foi en un futur meilleur qu'on a envie non seulement de lire et relire les romans déjà publiés mais aussi de visiter (ou revisiter pour les chanceux, dont je fais partie) ce splendide pays. Mahfouz est à l'image de ce qu'on ressent en le lisant : simple, sage, modeste, respectueux, aimant son prochain quel qu'il soit.

Il y parle de son enfance dans un quartier défavorisé du Caire, quartier qui restera le lieu d’action privilégié de ses romans et nouvelles. Sur le plan historique, il montre à quel point l’Egypte a fasciné et attiré tous les peuples, y compris notre Napoléon. De plus, c’est elle qui a créé l’agriculture, l’aphabet, la culture humaniste. On retrouve dans ce livre la même fascination que celle ressentie à l’école, lors des cours d’histoire traitant des dynasties pharaoniques. Sur le plan politique, il insiste sur les deux révoluations, celle de 1919 et celle de 1952. Les dirigeants se succèdent. Mahfouz n’abandonne pas ses idées pour autant, même si elles sont en contradiction avec celles du dirigeant, refusant de se laisser museler. Il aborde aussi des domaines plus personnels comme l’attentat dont il a été victime en 1994, la perte d’êtres chers. La religion est aussi évoquée. Bref, c’est un ouvrage qui aborde différents domaines et qui, de ce fait, s’avère très intéressant et instructif.

Voici quelques extraits :

Citation :
N’est-elle pas, outre sa découverte de l’agriculture, l’inventrice de l’alphabet ? Et c’est elle qui a été, comme nous l’avons dit, la première à instaurer la moralité et à répandre les grandes valeurs, ce qui a donné ensuite naissance à la conscience humaniste.

Dans son univers romanesque, celui qui accède à la connaissance possède les moyens de la puissance et maîtrise son propre destin ; et ce, bien qu’il se trouve souvent confronté à la tradition. En revanche, celui qui n’a pas la connaissance est dépassé par les événements, il reste seul au bord du chemin puis disparaît. Cela dit, pour Naguib Mahfouz, en dépit de son importance, la connaissance n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’ignorance. Elle est une éclaircie au milieu des ténèbres infinies de l’univers.

L’œuvre littéraire de Naguib Mahfouz présente une grande variété de types de femmes et l’on peut dire que les personnages féminins de ses romans constituent une véritable encyclopédie de la personnalité féminine. On y trouve la pauvre femme prostrée, la prostituée, la femme analphabète tout comme la cultivée. Le plus étonnant c’est que leur auteur les décrit toutes avec le même degré de connaissance et de précision, et avec autant de sympathie pour les unes que pour les autres. On peut également remarquer que sa présentation de la femme dépravée ne relève pas d’une position philosophique visant à la défendre, comme c’est le cas chez Sartre, par exemple, dans sa célèbre pièce La Putain respectueuse. La position de Mahfouz serait plus proche de celle de Toulouse-Lautrec, qui dans ses tableaux a représenté les danseuses de cabaret avec beaucoup de complicité et de sympathie. Le personnage de Nafissa dans Mort parmi les vivants (Bedaïa wa Nehaïa) en est un bon exemple ; l’auteur nous donne une explication complète des conditions qui ont poussé cette femme vers le chemin de la dépravation, comme s’il voulait, par ce roman, tenter de justifier clairement la position sociale représentée par cette pauvre fille.
Sur un tout autre plan, il faut préciser que sa mère a beaucoup influencé Naguib Mahfouz. Il était le benjamin et la différence d’âge entre lui et ses frères et sœurs était grande. Il n’était encore adolescent que ceux-ci s’étaient déjà mariés, avaient quitté la maison en laissant leur petit frère seul avec sa mère.
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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 6 Juil 2010 - 19:43

Cet auteur a l'air très intéressant, j'ai noté quelques titres du coup Very Happy
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Sophie
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MessageSujet: naguib   Mer 18 Aoû 2010 - 9:27

IMPASSE DES DEUX PALAIS:

Je suis en vacances loin de chez moi (mais près de chez vous puisqu'en métropole) et je n'ai pas emmené ce livre. En effet, c'est un gros pavé dans lequel j'ai énormément de mal à me plonger: j'aime l'histoire et ses personnages mais mon côté féministe s'insurge trop régulièrement pour que je l'apprécie pleinement. Je sais bien que ce qui est dépeint par Mahfouz était (et est bien trop souvent toujours) le quotidien des Musulmanes à cette époque (années 40-50) mais la manière dont elles sont considérées me dérange profondément: on se prosterne devant le mari-le demi-dieu, on ne sort jamais de la maison pendant qu'il se saoule et va voir d'autres femmes. Donc pour ça j'ai du mal.
Et j'ai aussi du mal avec le style: pompeux et alambiqué qui fait que j'avance très lentement. J'ai l'impression de lire le Zola égyptien, en version beaucoup plus compliquée et donc moins accessible. Je n'ai pas l'habitude et n'aime pas trop avancer d'une page ou deux par jour; or c'est le cas.
Avant de partir en vacances, j'avais péniblement dépassé la page 200 sur plus de 600 au total. Je ne suis donc pas certaine de l'avoir terminé fin 2010.

Avis très mitigé donc.
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mimi54
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Mar 28 Déc 2010 - 23:29


Citation :
Le Caire, vers le milieu des années 1960. Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l'amant de la gérante, et les deux autres, amis d'enfance, s'aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu'ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d'appartenir au mouvement des Frères musulmans. Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d'autres prétextes fallacieux. L'un d'eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l'armée égyptienne... Ecrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l'affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision. Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d'une Egypte en train de perdre ses repères.


Ce court roman est paru dans sa langue originale, l’arabe, en 1974,bien avant que ne lui soit attribué son Prix Nobel, mais ça n’est qu’en 2010 qu’il n’a été traduit et édité en français.
Au regard de certains, il peu paraître court, trop court, et à ce titre pas digne d’intérêt. Ne nous trompons pas, les auteurs savent très bien ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Naguib Mahfouz, a voulu ainsi donner une impression de lourdeur, et d’étouffement au lecteur. Il a voulu, de ce fait aller à l’essentiel.

Karnak café est le lieu où l’on cause, librement, nonchalamment, sous le regard bienveillant et amoureux Qurunfula, ancienne danseuse orientale.
Trois jeunes y passent de longues heures, refont le monde, s’aiment. L’Egypte est devenue socialiste, et s’apprête à perdre une guerre éphémère contre les Israéliens. Il s’instaure alors un climat de suspicion, de répression. La torture est utilisée.
La jeunesse y perd ses repères, ses illusions.
L’écriture de Naghib Mahfouz traduit bien cette atmosphère là.

« Que nous est –il arrivé ? J’ai l’impression que nous sommes un peuple à la dérive. Les aléas de la vie et l’impact de la défaite nous ont fait perdre tout sens des valeurs…… »

Quatre parties constituent ce roman, la plus importante, celle consacrée à Qurunfula est la plus conséquente, comme pour mieux signifier le rôle pivot de cette femme pour ces jeune et ce café, lui aussi personnage, en quelque sorte de ce livre. Celle mettant en scène le bourreau est des plus réduite. Peut-être pour illustrer sa pensée ?
« Nous sommes tous à la fois victimes et assassins, qui ne comprend pas ça, ne comprend rien du tout. »

Voilà un auteur, dont cette lecture a été appréciée, que j’ai envie de découvrir à nouveau. Il y a dans son écriture une sensualité qui me parait intéressante à approfondir.
Autre détail qui a son importance, comme toujours les éditions Actes Sud ont mis un soin particulier à ce livre: papier ivoire épais, et jolie couverture pleine de mystère.


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Ivy_Curtis
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MessageSujet: Re: Naguib Mahfouz [Egypte]   Ven 11 Avr 2014 - 19:52

J'ai découvert Mahfouz cette année, et j'y suis allée en premier lieu à reculons. Pour découvrir par la suite la richesse de son écriture, la force avec laquelle il me fait voyager, découvrir son pays, sa culture. L'auteur est également un homme remarquable, de par son engagement envers son pays et ses valeurs, Mahfouz est un homme intègre, qui aime sa culture et tend à lui donner (rendre?) un titre et une place aux côtés d'autres.
Les fils de la médina reste mon oeuvre favorite. D'une part, par l'intertextualité flagrante qu'elle contient et qui est un grand support à la narration, chaque personnage est une référence à un personnage biblique. Mahfouz a une approche de la religion (des religions) tolérante, intelligente. Il se sert de la poésie de son oeuvre pour dénoncer les abus de pouvoirs à répétition, le matérialisme, la cupidité et vanité des hommes mais le dénouement de l'histoire promet des jours meilleurs, nous mettant face aux possibilités offertes à l'homme pour se "racheter". Non vraiment, je le recommande. Et cette manière qu'il a de nous présenter le Caire, cet exotisme que l'on lit partout, raah.
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