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 Thomas Mann [Allemagne]

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Marko
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Marko

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 9 Nov 2009 - 18:41

Arabella a écrit:
Un en revanche que j'adore (et que je m'étonne de pas avoir vu cité par Marko) est Le docteur Faustus. Une histoire de diable et de musicien.

Oui c'est merveilleux Faustus mais Les Buddenbrook est surtout son premier roman donc un moyen de rentrer dans son oeuvre à travers une histoire de famille et de voir ensuite son évolution littéraire. Je conseillerais surtout de démarrer directement par "La Montagne magique" ! Une oeuvre incroyable.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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Arabella
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 9 Nov 2009 - 18:44

Marko a écrit:
Je conseillerais surtout de démarrer directement par "La Montagne magique" ! Une oeuvre incroyable.

Entièrement d'accord. C'est un livre tellement merveilleux.

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 9 Nov 2009 - 18:50

C'est marrant de voir tous les différents livres apparaître et en lisant vos recommandations et idées, je me suis dit au début - oh non, faut surtout pas commencer avec La motagne magique, mais quand je lis cela:
Arabella a écrit:
La montagne magique on y rentre ou pas, que l'on ai lu d'autres livres de l'auteur ou pas n'y change pas grand chose. Cela fait parti de ces livre univers que l'on adore, avec lesquele on voyage plus loin que le monde connu, ou alors qui vous endorment.
je dis que tu as en effet raison..

mais surtout que moi (qui adore Mort à Venise, je veux le préciser), je pense que c'est le livre qui ne montre pas ce qu'on peut lire de lui dans d'autres.. je suis bien d'accord que ce soit un livre de lui qu'on peut (doit Very Happy ) lire - mais en premier?
comme quoi....
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Arabella
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 9 Nov 2009 - 22:03

C'est un livre à part, qui ne donne sans doute pas une idée juste de ses autres écrits. Donc peut être pas à lire en premier. Mais à tenter à un moment, parce que si on y embarque c'est vraiment un voyage inoubliable.

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyVen 26 Fév 2010 - 18:54

Je viens de finir La mort à Venise, et je ne m'attendais pas tout à fait à ça.
Je vous poste un petit commentaire d'ici quelques heures.

Petit imprévu, je ne vous poste qu'un pan de commentaire.


Aschenbach m’a énervée, surprise, intimidée, terrifiée et navrée. Je n’ai pas du tout réussi à me sentir proche de cet homme, décidément trop faible, trop indécis, trop fuyant. Je l’ai regardé évolué avec circonspection mais pas sans intérêt. J’ai cherché à le comprendre, à mieux le connaître et à l’accepter. Et pourtant en refermant ce livre, je ne l’aime pas plus. C’est un être plein de contradictions. On sent un homme fabriqué, qui se ment et qui finit par se rendre compte qu’il n’a pas vécu, que tout ce qu’il a construit à la sueur de son front est faux.

« Et, puis sa vie lentement commençait à décliner ; une appréhension d’artiste de ne pas finir, le souci de penser que l’horloge pourrait s’arrêter avant qu’il se fût réalisé et pleinement donné (…) »

Sans génie, sans ses inspirations soudaines qui relèvent de l’instinct, il n’est que volonté consciencieuse, persévérance, effort. Il arrache chaque mot à force de méthode, d’apprentissage, son style est travaillé et n’a rien de sincère, ni d’inné. Il peine et ne connait pas la facilité. Morale et ennuie voilà ce qui supportent ces œuvres aux titres évocateurs : Maïa, Un misérable, Art et Spiritualité, Du naïf et du sentimental.

« Il lui fallait justement apporter une attention toujours soutenue, une circonspection et des soins infinis, une volonté pressante rigoureuse »

Il fait parti des êtres étroits d’esprit qui refusent de voir ailleurs et qui se contente de leur petite parcelle de monde. Il s’invente des obligations et il a le culot d’oser le mépris.

« Il n’avait (…) considéré les voyages que comme une mesure d’hygiène qu’il lui fallait ça et là prendre en se faisant violence. Trop occupé aux tâches que lui proposaient son Moi et le Moi européen, trop grevé par l’obligation de produire, trop peu enclin à se distraire pour goûter en dilettante le chatoiement du monde des apparences, il s’était là aisément contenté de l’image que chacun peut se faire de la surface du globe sans beaucoup bouger de son cercle, et la tentation ne lui était jamais venue de quitter le continent. »

Sa nervosité est palpable, sa peur aussi. Le moindre déplaisir lui coute, il s’agace vite, et lorsqu’il cède à un de ses élans de cœur, il le réprime de suite, il cache, il renie la partie de son être qui tend vers l’exotisme, il renie le seul bout de lui qui est vrai, sa poésie.

« - et il sentit son cœur battre plus fort, d’horreur et d’énigmatique désir. Puis la vision s’évanouit ; et, secouant la tête, Aschenbach reprit sa promenade au long de la palissade et des monuments funéraires. »

Aschenbach est en somme un être faible, qui ne promet rien de bien passionnant, jusqu’à cette apparition énigmatique… Un étranger, la nuit, dans un cimetière qui éveille en lui : « l’envie de voyager, rien de plus ; mais à vrai dire une envie passionnée, le prenant en coup de foudre, et s’exaltant jusqu’à l’hallucination. » Mais tel un mauvais présage dans la vision qui l’habite apparait un tigre… un tigre caché dans un fourré, qui le veille de ces deux yeux jaunes… dans cette même ambiance lourde, malsaine, cette chaleur étouffante, qu’il retrouvera à Venise avec en plus une odeur de médecine douçâtre …
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 3 Mai 2010 - 11:31

Ezechielle a écrit:
J'ai lu La Mort à Venise et j'en ai gardé une très bonne impression. Le début m'avait parut bien ennuyeux, mais l'atmosphère est tellement bien rendu que je me suis complètement plongé dans la passion soudaine de Gustav von Aschenbach pour le jeune Tadzio (j'ai du retrouver les noms sur wikipedia Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 Icon_lol ). C'est une oeuvre courte mais efficace, même très forte je dirais! Même si ce n'est pas dans mes projets les plus directs, ça m'a donné très envie de lire ses autres livre...
Je garde également un bon souvenir de ce court roman.
C'est vrai que le début est déroutant : le style très narratif de l'auteur m'a tout d'abord rebuté. Mais rapidement, je suis entré dans ce récit à l'atmosphère un peu désuette.

La Mort à Venise : livre qui m'a permis de découvrir Thomas Mann que je n'avais encore jamais lu.
Livre impressionnant que je trouve extrêmement vivant malgré les longs paragraphes. L'écrivain qui manqua son départ à cause d'une malle opportunément égarée, décrit brillamment son attirance pour le jeune adolescent polonais (Tadzio). Malsain ? Peut-être oui. On pourrait y voir une once de pédophilie si cet amour ne restait pas simplement contemplatif, ou pour mieux dire admiratif. Mais jamais l'écrivain ne franchit le pas interdit. Plus par une certaine lâcheté que par déontologie...

La jeunesse finit par s'envoler alors que notre héros, acculé par le départ imminent de son éphèbe nordique, meurt sur le sable.

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 3 Mai 2010 - 12:56

Thomas Mann fait partie des (très) nombreux écrivains que je dois absolument découvrir. Mais pourquoi les journées ne contiennent-elles que 24 heures, hein?
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 3 Mai 2010 - 13:26

odrey a écrit:
Thomas Mann fait partie des (très) nombreux écrivains que je dois absolument découvrir. Mais pourquoi les journées ne contiennent-elles que 24 heures, hein?
Lis La Mort à Venise.
C'est vraiment un très bon bouquin et ça se lit vite : idéal pour découvrir.
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 3 Mai 2010 - 13:59

odrey a écrit:
Thomas Mann fait partie des (très) nombreux écrivains que je dois absolument découvrir. Mais pourquoi les journées ne contiennent-elles que 24 heures, hein?
Pareil.
Harelde a écrit:
Lis La Mort à Venise.
C'est vraiment un très bon bouquin et ça se lit vite : idéal pour découvrir.
Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 Icon_wink

J'hésite... Maintenant que j'ai vu le film, ce serait peut-être bien que j'aille vers autre chose.

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 31 Mai 2010 - 16:32

En espérant que ce mois de mai consacrant Thomas Mann (entre autres) aura décidé deux ou troi parfumés à découvrir l'un de ces livres.

Une nouvelle fois : lisez La Mort à Venise.
Vous ne serez pas déçus !
aime

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 31 Mai 2010 - 16:48

Harelde a écrit:
En espérant que ce mois de mai consacrant Thomas Mann (entre autres) aura décidé deux ou troi parfumés à découvrir l'un de ces livres.

Une nouvelle fois : lisez La Mort à Venise.
Vous ne serez pas déçus !
aime
Pourquoi pas, c'est une idée vu que je ne connais pas du tout Mann.
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyMar 17 Aoû 2010 - 10:42

La Montagne magique.

J’ai abordé la Montagne magique après avoir été émerveillé par la Mort à Venise. Malgré les mille et quelques pages, je l’ai abordé sereinement et dois avouer avoir immédiatement été absorbé par l’atmosphère si particulière de ce livre. Joachim attend son cousin Hans à la gare (son cousin par alliance). Ce dernier vient lui rendre visite au sanatorium de Davos (le Berghof) où il est soigné depuis déjà 5 mois. Hans se propose de rester trois semaines, séjour qu’il juge d’une longueur confortable. Mais bien vite il se rend compte que le temps, chez ceux « d’en haut » n’est pas perçu de la même manière que dans « la plaine ». Il ne s’écoule ni plus vite, ni plus lentement, mais ne semble plus rythmer la vie des pensionnaires. Joachim prévient son cousin : la plus petite unité de temps en vigueur au sanatorium est le mois. Le mois, car c’est ce délai qui sépare deux visites médicales de contrôles, deux bilans de santé. La durée de la visite de Hans doit donc être inférieure à cette première graduation : autant dire que son séjour n’aura même pas le temps de devenir une anecdote pour les malades. D’ailleurs, personne ne lui prête vraiment attention. Il paraît transparent.
Mais, rapidement, Hans Castorp se sent fragilisé. Il a chaud malgré la fraicheur de l’altitude, il tousse. Son mal empire au fil des jours, à tel point que peu de temps avant son départ, il demande à être reçu en consultation. Là, le verdict tombe : tuberculose. De simple visiteur, le voici promu résident. Dès lors, l’attitude à son égard change : les médecins le voit, le traite non plus de haut mais en ami, il s’intègre à la petite communauté oisive.

Oisive !
C’est pour moi l’adjectif qui qualifie le mieux la vie « en haut ». Les pensionnaires ne font rien. Ils mangent (5 services haut de gamme chaque jour), ils se reposent, dorment et, pour le mieux portant, errent autours de l’établissement. Parfois ils meurent aussi. Mais toujours avec une grande discrétion pour ne jamais perturber la vie et le moral des troupes. Au fil des semaines, des mois et des examens médicaux, je n’ai pu m’empêcher de voir le sanatorium comme une assemblée de riches désœuvrés peu pressés de retourner à la vie active, « en bas ». Joachim, militaire de carrière, fait exception. Il semble le seul à mettre tout en œuvre pour guérir le plus rapidement possible et partir honorer son uniforme. Pour lui, le temps passe lentement, il s’impatiente, s’énerve et fomente des projets d’évasion. Hans, au contraire, se trouve très bien. Il nous confie à plusieurs reprises que travailler le fatigue et l’ennuie. Il fait tout pour convaincre son cousin de rester, de se montrer patient. Quitter le Berghof avant sa complète guérison serait en effet une grave erreur. Une erreur qui l’obligerait à prendre une décision : emboiter le pas de Joachim et s’arracher à cette torpeur indolente qui annihile toute volonté de réagir ou demeurer sur place, hors du temps sous couvert de la cure nécessaire à son rétablissement. Et prendre une décision, Hans Castorp n’aime visiblement pas cela !
Je n’ai pu également m’empêcher de voir les deux médecins, Bérens et son assistant Krokovski, comme une association de malfaiteurs, gourous d’une secte très lucrative soucieuse de garder des pensionnaires solvables payant une fortune un confort parfois rudimentaire (le chauffage central n’est mis en route que par temps de neige).

Envoutant. Mais j’ai trouvé ce livre longuet sur la fin. Les sempiternelles polémiques qui éclataient régulièrement entre l’italien Settembrini et le jésuite Naphta finissaient par m’horripiler. J’ai d’ailleurs sauté de nombreux paragraphes durant les 200 dernières pages. Un peu longuet : mais n’était-ce pas voulu par Thomas Mann qui a fait de ce livre un essai sur le temps qui passe et les différentes manières de le percevoir ?

Citation :
Un jeune homme, Hans Castorp, se rend de Hambourg, sa ville natale, à Davos, en Suisse, pour passer trois semaines auprès de son cousin en traitement dans un sanatorium. Pris dans l'engrenage étrange de la vie des "gens de là-haut" et subissant l'atmosphère envoûtante du sanatorium, Hans y séjournera sept ans, jusqu'au jour où la Grande Guerre, l'exorcisant, va le précipiter sur les champs de bataille.
La quatrième de couverture est à la fois un juste résumé et un raccourci des plus rapides. Juste, car, au final, il ne se passe presque rien : ce n’est qu’une litanie de repas, de repos, de soins et de discussions sans fin. Mais un raccourci, car il est pour moi impossible de résumer ce livre dont la langueur nous gagne progressivement.

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyDim 27 Fév 2011 - 20:55

Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 Mann-k10

Tonio Kröger (1903), traduit de l'allemand en 1923 par Félix Bertaux, Charles Sigwalt et Geneviève Maury. 154 pages
Citation :
"Il est vrai qu'elle retrace le cheminement spirituel de sa jeunesse et justifie par là une tendresse particulière. [...]
Le sentiment d'assister en quelques dizaines de pages à un long processus de maturation aboutissant à la réconciliation de l'art et du monde bourgeois, dont le divorce avait amené la faillite finale des Buddenbrook dans le roman de 1901, ne pouvait que répondre à l'attente du public.
L'engouement des premiers lecteurs n'explique cependant pas la persistance du succès. " (extrait de la présentation d'Armand Nivelle, pages 5-6).

Une des clefs est indiquée un peu plus loin :
"Et pourtant le récit fait encore merveille auprès des jeunes et l'analyse inquiète de son identité continue de les toucher."

Tonio est bourgeois par son père et bohème par sa mère, qui est d'origine exotique, non-allemande, tendance des pays chauds. C'est cette dualité qui est au coeur du texte.
Le petit Tonio est attiré par la littérature.
Rapidement, il a un sentiment de solitude (ou plutôt de non-appartenance) par rapport aux gens de sa classe, les gens blonds aux yeux bleus, les gens nordiques, bref les bourgeois. Il envie leur simplicité, leur vivacité, le fait qu'ils savent ce qu'ils sont, qu'ils ne se posent pas trop de questions (en gros, s'ils vivaient à notre époque, ils regarderaient Mimie Mathy sur TF1 au lieu de taper ce compte-rendu). Bref, ils sont heureux mais, comme son ami, préfèrent regarder des photos de chevaux plutôt que de parler du Don Carlos de Schiller (à notre époque : lire Gala ou Musso plutôt que Thomas Mann).

Le temps passe, il a son lot de déceptions, notamment sentimentales. Mais qu'y faire ? Il est toujours entre deux chaises.
Il faut qu'il quitte Lübeck, au moins pour un temps, et qu'il vive autre chose, peut-être une vie de bohème... Mais ne sera-ce pas une impasse, également ? Est-il resté un bourgeois dans l'âme ?
Il est entre deux mondes, ce qui est suggéré par l'origine méditerranéenne de son prénom, Tonio, et son bon nom allemand, Kröger.
Saura-t-il faire un synthèse, prendre ce qu'il faut de chacun de ces deux mondes pour en faire une fusion artistique qui tienne la route ? Lier l'artiste bohémien et le terre-à-terre bourgeois ? Ne pas mépriser ce qu'il y a de banal et de simple dans l'Homme ? Saura-t-il analyser le monde qui l'entoure comme artiste sans s'en exclure (= sans mépriser les fans de Mimie Mathy ou les lecteurs de Marc Lévy) ? L'art ne se bâtit-il pas sur la vie ?

Du point de vue de la forme, chaque chapitre présente Tonio à un moment de sa vie, depuis son enfance à Lübeck.
Voici le début :
Citation :
"Le soleil d'hiver, caché derrière des couches de nuages, ne versait qu'une pauvre clarté laiteuse et blafarde sur la ville resserrée entre ses murailles. Les rues bordées de pignons étaient mouillées et pleines de courants d'air, et, par moments, tombait une espère de grêle molle qui n'était ni de la glace ni de la neige.
L'école était finie. A travers la cour pavée et hors de la grille, le flot d'enfants rendus à la liberté s'écoulait, se divisait et s'enfuyait à droite et à gauche.[...] Mais de temps à autre tous, d'un air vertueux, enlevaient leurs casquettes devant quelque professeur à chapeau de Wotan et à barbe de Jupiter qui s'éloignait d'un pas mesuré.
« Viens-tu à la fin, Hans ? » demanda Tonio Kröger qui avait attendu longtemps sur la chaussée. [...]
« Quoi donc ? demanda le jeune garçon, et il regarda Tonio. Ah ! c'est vrai, nous allons encore faire un tour tous les deux. »
Tonio ne dit rien et ses yeux se voilèrent. Hans avait-il donc oublié, se souvenait-il seulement maintenant, qu'aujourd'hui à midi, ils devaient aller se promener ensemble, alors que lui n'avait pas cessé de s'en réjouir depuis que la chose avait été convenue ? " (pages 40-41).

C'est bien écrit, c'est vivant (beaucoup plus que Mort à Venise, mais c'est vrai que concernant ce dernier texte, le sujet ne s'y prêtait pas, et que cela aurait même été un non-sens). Il y a même de jolies descriptions, comme par exemple cette tempête en mer :
Citation :
"Des nuages couraient devant la lune. La mer dansait. Les vagues ne roulaient pas uniment rondes et égales. Jusqu'à l'horizon, sous une lumière pâle et vacillante, la mer était déchirée, fouettée, bouleversée ; elle bondissait et léchait la nue de ses langues de géant, effilées comme des flammes, projetait, à côté d'abîmes bouillonnants, des figures déchiquetées et bizarres, et semblait éparpiller en un jeu de fou, de toute la force de bras monstrueux, l'écume dans les airs." (pages 125-126).

Malgré ses défauts évidents et assez gros - les "leitmotive" ne sont pas très subtils, et il faut vraiment être bouché, le type au fond de la salle de cinéma les yeux plongés dans son sac de pop-corn au lieu de regarder l'écran, pour ne pas comprendre le problème bourgeois/artiste, sur lequel Thomas Mann enfonce parfois vraiment le clou à grands coups de masse -, c'est un très bon livre.
C'est parfois mystérieux, la littérature.

Bon, il ne me reste plus qu'à lire Les Buddenbrook et à aller jeter un oeil à Lübeck.
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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 28 Fév 2011 - 18:06

Les Buddenbrook n'est personnellement pas mon préféré, j'ai même été plutôt déçue par cette lecture, il faut dire que j'avais lu La montagne magique et Le docteur Faustus avant, et à côté de ces deux là, Les Buddenbrook fait très classique, voire un chouilla académique. Mais ce n'est que mon avis.

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MessageSujet: Re: Thomas Mann [Allemagne]   Thomas Mann [Allemagne] - Page 4 EmptyLun 28 Fév 2011 - 18:13

Arabella a écrit:
Les Buddenbrook n'est personnellement pas mon préféré, j'ai même été plutôt déçue par cette lecture, il faut dire que j'avais lu La montagne magique et Le docteur Faustus avant, et à côté de ces deux là, Les Buddenbrook fait très classique, voire un chouilla académique. Mais ce n'est que mon avis.
pour moi, Les Buddenbrook était la première lecture que j'ai fait de Thomas Mann.. âgée de.. 16-17.. et c'était la grand révélation pour moi ce que littérature peut faire/dire/... (un peu avant j'avais lu "Autant en emporte le vent".. Hermann Hesse et Thomas Mann sont venus à temps pour me guider dans une autre direction Wink )
J'a ensuite lu Montagne Magique et d'autres de lui.. en effet je peux m'imaginer que la découverte des Buddenbrook APRES ces lectures n'est pas faite pour enthousiasmer autant Very Happy

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