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 Frédéric Dard ou...San Antonio

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MessageSujet: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 8 Nov 2007 - 10:18



Comment donc ? J'ai beau fouiner et farfouiller sur le site, rien, nada, nothing sur celui qui me parait être incontestablement l'un des plus grands révolutionnaires et tripatouilleurs de notre belle langue de France, j'ai dit Frédéric Dard !
Réparons illico presto le vilain outrage :

Fils d'ouvrier, Frédéric Dard est éduqué par sa grand mère qui lui donne le goût des Lettres lorsque ses parents lancent leur propre entreprise de chauffage. Touchée par la crise économique des années 30, sa famille déménage sur Lyon. Là-bas, il travaille comme journaliste. Regagnant Paris, il décide de se consacrer à la littérature et, nourrit d'une ambition certaine, espère gagner un prix Goncourt. Cependant, ses oeuvres théâtrales ne lui apportent guère le succès escompté. Aussi crée-t-il en 1950 le personnage de San Antonio, un commissaire de police accompagné d'un adjoint ignoble, Bérurier. Rapidement, le succès de la série est établi, d'autant plus qu'il écrit comme un forcené, une véritable passion qui l'ammène à écrire plus de six livres par an. En 1966, il part vivre en Suisse et livre plus de deux cent romans sur la série 'San Antonio', tout en écrivant des oeuvres qu'il veut plus personnelles et signe de son vrai nom. Gargantua de l'écriture, Frédéric Dard donne à la littérature policière un langage à la faconde inimitable, qui lui vaut l'admiration de Cocteau.


Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)
Queue d'Ane, page  1
Y-a-t-il un Française dans la salle?, pages 1, 5
Des dragées sans baptême, page 3
Le monte-charge, page 3
La vie privée de Walter Klozett, page  3
Céréales killer, page 4
Les ennuques ne sont jamais chauves, page 5
Fais gaffe à tes os, page 5
Ca ne mange pas de pain, page 5
Ca ne s'invente pas, page 5
Monsieur Joos, page 5
La fin des haricots, page 5
Tango chintoque, page 5


Citation :
Mise à jour le 11/09/2013, pages 5

Frédéric c'est forcément pour le grand public le commissaire San Antonio que les adaptions cinématographiques n'ont pas vraiment avantagé ! Mais Frédéric c'est surtout un dynamiteur de mots, un type à la verve inimitable et à l'humour ravageur (un peu comme un Céline avec moins de haine dedans), en bref pour moi tout simplement l'un des plus grands stylistes après Rabelais et LF Céline ! (Ca me fout dans des états tout ça !)
Le ton est certes leste voire souvent très cru mais cela n'enlève rien à la qualité des dialogues de ce monstre de San Antonio.

Ne pas avoir lu Les soupers du prince ou La vieille qui marchait dans la mer est une insulte à la littérature...
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coline
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 8 Nov 2007 - 10:35

Le Scribe de Saqqarah a écrit:
Comment donc ? J'ai beau fouiner et farfouiller sur le site, rien, nada, nothing sur celui qui me parait être incontestablement l'un des plus grands révolutionnaires et tripatouilleurs de notre belle langue de France, j'ai dit Frédéric Dard !
Réparons illico presto le vilain outrage :

...

Ah oui oui, répare Le Scribe, répare... :)
Ce forum, encore jeune, est loin de répertorier tous les auteurs, et il en manque même d'essentiels... comme Frédéric Dard jusqu'à aujourd'hui...
Chacun poste sur les auteurs qu'il aime lire, nous ne faisons pas un devoir d'être exhaustifs...mais nous avons déjà la variété...
Que chaque membre apporte ses petites pierres pour parfaire l'édifice Parfum de Livres et nous aurons un jour un beau "château littéraire"!... :)

Les San Antonio, j'ai voulu il y a très longtemps faire comme mon père et mon "grand frère" (mon modèle à l'époque! :) ) et les lire...Ils les collectionnaient et en étaient "gourmands"...J'ai eu un peu de mal...Je me souviens qu'au premier, je n'avais rien compris...et que peu à peu, livre après livre (j'ai dû en lire 4 ou 5), je m'habituais à cette langue... :)
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 8 Nov 2007 - 10:51

coline a écrit:


Les San Antonio, j'ai voulu il y a très longtemps faire comme mon père et mon "grand frère" (mon modèle à l'époque! :) ) et les lire...Ils les collectionnaient et en étaient "gourmands"...J'ai eu un peu de mal...Je me souviens qu'au premier, je n'avais rien compris...et que peu à peu, livre après livre (j'ai dû en lire 4 ou 5), je m'habituais à cette langue... :)

Je te comprends ! J'imagine que les San Antonio sont plutôt lus par la gente masculine ; c'est plein de voyoux, de bagarres et de jolies filles peu farouches : ça doit nous alimenter en testosterone !
Voilà pourquoi je conseille de lire La vieille qui marchait dans la mer : l'écriture est plus accessible et derrière la gaudriole et le rire se cache une vraie réflexion sur la vie qui passe. Un délice...
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 8 Nov 2007 - 10:54

Merci pour le conseil Le Scribe, même historique que Coline, même retenues pour le style, plus jeune...J'irai donc aussi taper dans la bibli du pater un de ces jours :) !
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Steven
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 8 Nov 2007 - 12:50

J'avais lu "Y-a-t-il un Français dans la salle ?" de San-Antonio. Je connaissais sa série du commissaire San-Antonio (je n'ai pas de titre, mais certains m'avaient bien plu). Le livre m'avait complètement dérouté par rapport au style de Dard. Mais j'avais beaucoup aimé ce roman qui évoque le cynisme en politique et une occasion ratée d'évoluer pour un homme politique.
J'ai relu un San-A écrit vers la fin de sa vie. (Napoléon Pommier) J'ai trouvé que le style avait vieilli.... ou alors c'était moi !

_________________
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 12 Juin 2008 - 10:22

"Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches?" est à mon avis le meilleur de tout les livres de Frédéric Dard (signé San-Antonio), il y parle de la mort de son petit fils alors qu'il était en train d'écrire un roman et ou dans sa tête se sont mélanger la réalité et l'imaginaire... j'ai adoré ce livre qui n'a rien à voir avec le San-Antonio classique.
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rivela
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Sam 10 Jan 2009 - 11:43

Faut rafraichir un peu, redonner vie un peu au livres de San-Antonio.
En ces temps de grisaille ou tout part au tragique, ou la confiance se perd.
Faut ouvrir une parenthèse, même la littérature dans sa majorité nous parle
d'histoire ou l'être humain ne fait que creuser sa propre tombe au quotidien.
Alors stop rigolons, et bien fort, même que ça dérangent les autres inquiets
les trop frileux, les gens quoi.
lisez l'histoire de France par San-antonio avec son fidèle Béru, vous verrez
ça fait du bien à la tête et à l'estomac.
Et puis aussi le Standinge, Béru et ces dames, les vacances de Béruriers.
Et surtout mais alors surtout Queue d'âne ou la vie sexuelle de Bérurier
Chef d'œuvre de la deuxième moitié du vingtième siècle, il aurait mérité
le nobel ce bouquin.




Queue-d'âne "C'est rare qu' j' désabuse. J' sus un homme d'appétit, moi Bérurier. Une bouteille m' donne soif, un lit sommeil, et une femme le tricotin. Aussi quand j' commence à m' poser des questions, à penser, quoi, disons-le, y a qué' qu' chose qui carbure mal."
Ça carbure si mal en effet pour ce pauvre Béru, menacé d'une mort imminente, qu'il entreprend, devant un magnétophone, une confession destinée à Marie-Marie.
En évoquant les picaresques souvenirs qui l'ont marqué, il aborde, avec son bon sens de brave homme, les sujets les plus divers. Tout y passe : la vie et la mort, Dieu et la religion, la politique et les politiciens, le France et les Français ... et la bouffe et la baise. Surtout la baise !
Mais pourquoi Queue-d'âne ?
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rivela
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Sam 10 Jan 2009 - 14:22

Dard s'explique sur son oeuvre

Quand j'ai écrit mon premier San Antonio, je me suis dit que j'allais prendre un pseudonyme américain. J'ai pris un atlas ouvert à la double page des Etats Unis, j'ai fermé les yeux, et au hasard j'ai pointé une ville. Je suis tombé sur un des rares noms espagnols des Etats Unis, San Antonio. Je suis le monsieur qui a inventé San Antonio, et je me demande si maintenant Frédéric Dard ne devient pas sa marionnette, mais depuis que j'ai fait cette constatation, je suis mieux dans ma peau. Il ya eu un moment où nous nous sommes rejoints, mon invention et moi, et maintenant on ne forme plus qu'un. Quand on me dit: vous n'avez plus envie d'écrire du Frédéric Dard? Je répond: mais j'écris du Frédéric Dard, San Antonio, c'est moi! Au début, c'était dur à porter, j'avais des bons copains qui me disaient: tu n'as pas honte d'écrire ça? Mais les San Antonio me permettaient de gagner de l'argent, alors qu'eux n'en avaient pas encore. Je fonctionne à l'invention, c'est une espèce de délire intérieur qui m'emmène ballader, et contre lequel je ne lutte pas. Je suis roulé par le flot de mon imagination, et ce n'est pas désagréable du tout, il ne m'étouffe pas. Il me charrie, me fait faire des choses que je n'avais pas prévues, et me fait y prendre du plaisir. Je n'ai pas de message. J'écris une littérature de divertissement, je ne veux pas que mon lecteur s'ennuie. Beaucoup de gens font tarter le lecteur, moi j'ai réagi une fois pour toutes, je l'emmene balader, je veux qu'il trouve son compte, et dans l'anecdote et dans l'outrance.

et sur des écrivains qui l'ont influencé

L'écrivain qui m'a le plus fasciné, c'est avant tout Céline. Je suis célinien par l'espèce de verve dont j'ai besoin. Il y a un ambigüité parce que son attitude de collabo l'a mis au ban de la littérature. J'ai des tas d'amis que j'adore, que je révère, des amis israélites qui n'ont jamais voulu lire Céline, je les supplie de le faire. Mort à Crédit, c'est un chef d'oeuvre du XXème siècle. J'ai aussi aimé des romanciers américains comme Steinbeck et Caldwell, parmi les romanciers français, il est évident que Stendhal m'a ébloui. Dostoïevski c'est mieux que Céline encore, c'est époustouflant. Simenon c'est un homme qui m'a impressionné par son savoir faire et sa rapidité.

et pour finir un commentaire sur la vie

Je suis un vieux foetus blasé, la vie m'aura servi de leçon, je ne recommencerai jamais plus. Je pense que quand on est mort c'est que l'on a accompli sa trajectoire, ce n'est pas la peine d'avoir envie de la recommencer avant de l'avoir finie. Je crois en Dieu, je n'ai pas d'heure pour prier, mais je parle à Dieu dans les moments difficiles. Ma foi est latente, elle me constitue, elle va elle vient, mais il en reste quelque chose. J'ai été longtemps malheureux parce que je ne savait pas comment m'y prendre pour être heureux, et puis je crois que j'ai fini par trouver le truc. Le truc c'est d'être résigné, accepter la vie, essayer de faire son boulot comme on aime le faire, et puis aimer, aimer le maximum d'êtres.
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rivela
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Lun 9 Fév 2009 - 12:00

Faut quand même mettre un peu de dialogues Béruriens, car moi je dis qu'il fallait oser écrire comme ça et Dard à oser.
Pour rappel Bérurier est.
Alexandre-Benoît Bérurier apparaît dans la série dès 1953, inspecteur, qui deviendra un jour inspecteur principal, équipier ronchonnant à la carrure de déménageur, dont le port négligé, le vocabulaire outrancier et la tenue repoussante ne gâtent pas le professionnalisme. Ses surnoms sont nombreux : "Béru", "le Gravos", "le Gros", "Queue d'âne", etc.

Bérurier s'essaie à la poésie.

Mouillet, j’t’ai déjà causé quéqu’part dans ces bobines. . Maigrichon dans sa blouse grise, et sa large casquette qu’il quittait jamais. Lui,j’croye l’avoir suce-mentionné au prélavable, son tout grand dada, le père Mouillet, c’tait la poétrie : Albert Musset, Alfred Samam, , le duc de l’Ile, Sully et Prudhomme, Victor Hugo, et d’autres encore qu’c’est à s’d’mander s’y sont seul’ment restés dans l’dictionnaire.
Lui-même, personnellement, il en tartinait des pouèmes, le père Mouillet. L’avait même publié un mignard bouquin qu’intitulait « Laisse pleurer mon cœur ». Et d’dans ça causait plein des grelots du muguet, de la pudique violette et des pâquerettes qu’les amoureux déshabillent pou’ éplucher leur bonheur. Ça, ça m’est’resté : éplucher leur bonheur. J’les imaginais, les amoureux, un couteau à la main, un seau ent'les cannes, à peler des bites comme des patates et c' tait une image dont ça m’faisait poiler en sourdine. .
Des fois, le père Mouillet, sa chiasserie de poésie l’prenait si fort — comme un coup de grippe — qu’y nous obligeait de poétiser aussi, les élèves. Exercice de versifion, il app’lait. Comme si ça nous aurait avancé qu’qu’chose, plus tard, nous aut’ labourateurs ou futurs maquignons, qu’on saurait rimer couille et quenouille ! C’t’à s’demander l’a quoi songent les éducants, toutes ces pommades qu’y t’ingurgitent inutilement, que t’as rien d’plus urgent ensute qu’à l’oubeliller vu que, qu’est-ce ça t’servirait, la distance de la lune au soleil,pour t’assurer qu’un ch’val est pas panard ou qu’la convocation de l’Enduit d’Nantes quand t’es destiné a arroser les près d purin frais, au printemps, hein ? Et alors, dis, les pouèmes, merci bien. Mais enfin, passons, j’vais pas mett’ mon grain d’sel dans la réforme d’I’Enseign’ment qu’en a déjà tant tellement t ;eu et qu’en aura encore de quoi perd’leur latin aux malheureux écoliers.
Donc, ce jour-là, mémorant, ô combien t’est-ce ! le Mouillet nous ordonne d’faire des vers. C’tait pas une mince affure, espère ! La poétrie, j’vais t’dire : t’as envie ou t’as pas envie. Tu la sens, ou tu n’la sens pas. Elle t’vient ou elle te fuit.
V’ià mes potes qui s’mettent à chier des chandelles su’ leurs calhiers d’bouillon. A t’rimasser autant bien qu’mal chaude-pisse et myosotis, eau et ruisseau, c’qu’est d’une banal’rie affligeuse, tout ça, en s’caillant la laitance à bloc, pour trouver des pieds en suffisance, qu’aye bien l’nomb’ voulu, car Mouillet plaisantait pas av’c la question panards, en poétrie.
Moi, rien m’venait. Et l’aut’ banane se prom’nait, mains au dos dans les travelles en recommandant bien qu’la rime soye riche.
Et j’y répondais dans mon empêtré :
—Et mon trou duc ?
Et à force qui m’vient, c’mot : trouduc, je me fascine d’ssus et comme si j’serais en étage second, j’écris, mais pour mézigue uniquement, histoir’d’me faire un petit galop d’essai :


Monseigneur le Duc
Trouduc
A dû c
Oucher sous le viaduc


J’sais pas si les paturons cadraient, mais c’tait assez marrant, non ?
Comme j’me relisais, v’ià la main à Mouillet qu’entre dans l’champ, comme disent les cinémateux. Y l’avait une main blanche et des poils noirs su’ le dos. Tandis qu’le bout d’ses salsifis était jaune d' Cigarette et rouge d’encre à écrire su’ tes d’voirs comme quoi qu’t’es un con et qu’t’as rien pigé.
J’ai cru qu’j’allais en choper la colique verte, moi, c’te main à Mouillet qui m’saisissait le calhier.
J’attends, l’dos rond, sans oser lever les yeux. Le pan d’sa blouse grise m’titillait la joue. Elle sentait le coutil, sa blouse, et l’école. Une classe, ça a une odeur. Et, chose curieuse, dans l’monde entier, c’est la même odeur, une classe. Eh ben, de toute l’école, c’tait la blouse au père Mouillet qui r’niflait l’plus fort l’école.
J’escomptais sa décoction : une double mandale, car y n’hésitait point à t’chapeauter la tronche. Mouillet, et puis une de ses merderies d’verbe à copier.
Et tout par un coup, qu’est-ce y arrive ? Un rire ! Mais alors un très fort rire, tel qu’y n’en navet encore jamais poussé, le papa Mouillet. Un rire qu’arrêtait plus. Y s’est assis à côté d’moi su’mon banc car c’tait la période dont j’m’y trouvais seul, , Ambroise Chenard ayant les oreillons. Et y continuait d’rigoler à en faire sauter les boutons d’son gilet. Et sa casquette lu branlait su’l’sommet de la frite. Ça m’f sait un peu peur, la manière tellement t’intensif qu’y riait. J’en présageais rien d’fameux. Les maîtres, quand tu les fais trop rigoler, y t’en veuillent comme quand tu les fais trop chier. Y t’pardonnent pas d’les avoir fait perdre le contrôle.
Et les soubresées qu’il foutait à mon bureau, merde, ce con, à m’en faire choir, bordel ! Et puis il s’calme.
Et j’regarde sa tronche de bon vieux rat d’école dans l’ombre de la gapette. É n’cont’nait rien d’mauvais. Au contraire, il pleurotait encore d’contentement, l’amateur de poétries.
Etc,etc…


Bérurier penseur

J’ai été un homme, av’c des copains et plein de bonnes femmes. J’m’ai soûlé en compagnie des z’uns et j’ai calcé les aut’d’toutes mes forces qui furent apprcïab’, qu’veux-tu eguesiger de plus ?

Leurs droits.
C’est marrant, quand j’tais chiare, on n’me causait jamais de mes droits, mais seul’ment de mes devoirs. A présent, tout a changé. Un mouflet, dès qu’y peut piger, on l’esplique qu’il a une chiée infinie d’droits, et qu’y doit en profiter, pas s’laisser plumer. Qu il a droit, a dix-huit piges, d’dire merde à papa et d’lu montrer son cul si l’vieux voudrait faire valoir. Qu’il a l’droit d’avoir le droit. L’ droit d exiger. L’droit d’laisser vadrouiller ses instinctes. L’droit d’rien foutre, et bien d’autres. Tous les droits. Voilà, ça c’est ce qu’on lu rabâche. Ses droits d’locataire, de malade, de Français, de citoilien, d’enculé de frais. Alors tu penses qu’il fringue, le gus ! Y n’sait plus qu’en fout’ d’tous ces droits qui en pleuvent.
Bon, y les prend, pas laisser perd’. En use, abuse, s’en amuse. Mais en loucedé, y a la vague traîtreuse qui vient y enlever l’sab’sous les pinceaux. Ses beaux grands droits francs et massifs lu sont grignotés à la sournoise par une profusance de minuscules interdictions. Ce qui lu est si larg’ment tendu lu est repris par des savants piqueurs de troncs ! Sa liberté, son argent, son temps, sa santé. Y n’lu reste plus que la certitude qu’il a des droits, en fin du compte. Et l’droit d’Ies éguesiger ! Un point, voilà


L’homme, sa seule distraction, en dehors de labouillave et de la bouffe, c’est d’remplir des coff et des greniers,d’ placer de l' artiche en réserve chez l’petit écureuil panaché, d’avoir du jonc placardé dans son sommier histoire de mieux roupiller. Et ceux qu’en rigolent, ceux qui gueulent contre ce vice, y z’en ont un autre, gaffe-toi bien. Aux passages à niveau, un train peut t’en cacher z’un aut’ ; dans la société. Une vertu t’masqu’ toujours un vice. Méfille-toi bien des vertueux, ma grande, y a pas pires fumiers !

Les hommes aussi. Et l’humanité, faut êt’ noeud pour pas la piger . y a qu’l’homme qui peut la sauver, l’homme seul.
La rogne, pour moi, c est c te colère qu’ils se réciproquent, les citoilliens. La manière de s’entr’haïrer. Le gazier de droite dégobille le çui d’gauche et un versement. Ils s’méprisent à en oubeliyer qu’ils sont des hommes pareillement fragiles et cacateurs, mortels, punis par l’temps qui coule. Y s’déchirent, y s’tuent. Et c’est l’même ventre qui les a faits, le même foutre ; y r’tomb’ront en même poussière. Franch’ment, y a des instants, j’me dis que Dieu est un beau degueulasse d’avoir donné l’feu vert à ce ramassage de Jean-Foutre qu’ont tellement faim d’honneurs ou de docrines, mais pas de vie


Tu veux mon n’aveu, Marie-Marie ? Si j’aurais pas eu le bonheur d’amour et çui de manger, j’en eusse crevé d honte à la vue de ces simagrées qui lui continuent pis qu’toujours. Qu’enflent et déglinguent tout. Qui nous feront couler à pic bientôt, c’est certain, écrit, admis. Heureusement que pour moi, aimer est une fête, bouffer aussi.


extrait de
Queue d'âne ou la vie sexuelle de Bérurier bravo
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rivela
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 26 Fév 2009 - 10:56

Les San-Antonio c'est d'abord des intrigues policières.
Mais il y a une chose que j'aime bien dans ces bouquins, c'est que pendant que ce déroule l'histoire tout d'un coup l'intrigue s'arrête. Et, c'est pour l'auteur de placer ce qu'on appelle des digressions.

Ce sont des coups de gueules, des coups de sang, des coups de déconnes,
ou parfois une petite confidence intime qui n'a rien à voir avec l'histoire.
Je vous livre un échantillon des ces digressions, en vrac, des années 60 à 90.

Un jour,un arpenteur de globe assez cocasse m’a déclaré qu’il n’était point raciste et a eu cette étonnante, cette détonante formule : « Moi, les Noirs, je leur en veux pas ! »
Brave con, va !
Permets que je te parodie.
Et que je déclare, sans la moindre arrière-pensée ni retenue : « Moi, les cons, je leur en veux pas ! »
Car c’est vrai : franchement, je leur en veux pas.
D’abord parce que j’en suis tout de même un et que ça crée des liens.
Ensuite, parce que « je leur en ai » pris l’habitude.
Enfin, parce que ce n’est pas trop de leur faute s’ils sont aussi cons, les cons.
La connerie CONtamine.
Non, je n’en veux pas aux cons.
Je les déplore, mais ne leur en veux pas. S’ils devenaient intelligents, le monde basculerait plus sûrement que par l’accumulation des glaces au pôle Sud.
Car on a dépassé la cote d’alerte.
Désormais, nous sommes trop nombreux sur notre planète.
Les hommes ne s’y prolongeront encore quelques siècles qu’en se réduisant de plus en plus a l’état de cons très cons. Afin de mieux se laisser empiler, enregistrer, ordinater.
La survie ne s’obtiendra que grâce à une soumission absolue aux grands chefs cons qui décideront de tout.
Regardons la vérité en face : l’avenir est au con ;
Beaucoup plus que ne le fut le passé, plus que ne l’est le présent.
Trop tard, mes frères, il est trop tard.
Les ultimes représentants de l’intelligence vont disparaître et ils ne seront pas renouvelés.
Que Dieu enconne ceux qui subsistent . Ils n’ont plus rien à foutre ici.
On ferme !



Tout vit dans l'humain, tout frémit, tout s'exalte; l'homme est facilement mort, mais quand il est en vie, il confine au chef-d'œuvre; physiquement, j'entends, parce que moralement, hein ? Tu connais l'oiseau ? Basse raclure fumardière, déjection ravalée ! Ignominie à peine feutrée ! Salaud à part entière ! Misérable de haut en bas, plein de cloques et de purulences. Le pire de tout, tu veux le savoir ? Menteur ! Indiciblement ! Menteur par vanité, menteur par cupidité, menteur par vocation. A croire que son pire ennemi, l'homme, c'est la vérité sous toutes ses formes.



Il existe une fascination de la calamité. Les grandes abominations de la vie, tu ne peux pas t’empêcher de les examiner avec intérêt, comme tu contemples un panorama depuis une table d’orientation ou le défilé du 14 Juillet. Rien de plus spectaculaire que le malheur, l’anéantissement. Ça s’appelle le complexe de Néron. Enfin, moi, je le qualifie ainsi. Regarde comme les ruines attirent le touriste. D’accord : il y va, le kodakman pour essayer, dit-il, d’imaginer le Persépolis, le Parthénon ou le Pompéi de leur vivant. N’empêche que les lieux qui n’ont pas été partiellement détruits attirent moins que les autres. L’homme a besoin de décombres pour se sentir bien. La preuve : il en fait au moins une ou deux fois par génération.
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 26 Fév 2009 - 11:01

suite

Tout ce que j'avance au plan philosophique est d'un simplisme à se pisser contre, c'est ce qui me permet d'être compris de tous. Se faire comprendre des gens intelligents, c'est facile, voilà pourquoi mes zillustres confrères se mettent la gamberge en « 8 » pour chier des phrases hermétiques, manière de compliquer un peu lu jeu. Ce faisant, ils se ferment à double tour la comprenette des moudus. Tandis que moi, je pense au con avant tout. Si le con me comprend, à plus forte raison le génie. Les grands penseurs qui sont souvent très cons - t'as qu'à les écouter rabâcher à la téloche - négligent les analphabètes, les consternants de la coiffe, les gélatineux du bulbe. Conclusion : ils doivent se contenter d'un lectorat réduit. Ils sont triomphants parce qu'ils ne touchent qu'une élite. Y a pas de quoi pavoiser, cependant, parce que l'élite est minoritaire et qu'on a jamais rien gouverné - pas même un bol de soupe - avec une minorité


Chacun s'organise dans le drame. Ils catastrophent en chœur, tous : les pro-
testants, les catholiques, les israélites (d'élite), les musulmans, les mahométans,
les bouddhistes, les disciples de Confucius, les poujadistes, les diabétiques, les
olibrius, les littéraires, les Européens et les tennismen. C'est le grand malaxage de
la trouille



Dans l’aimable avion à hélice qui nous emporte à Bordeaux (ville célèbre pour ses Girondins), je regarde l’infini en grande sérénité, me confiant au charme alambiqué d’une méditation qui passerait pour philosophique si elle était signée Bernard-Henri Lévy, de l’Académie française. J’évoque le cosmos, grouillant d’étoiles et de planètes si vertigineusement grosses que, comparée à elles, la Terre n’est qu’une orange’. Et ces mondes monstrueux sont atrocement vides. Des espaces infinis (pense à ce mot, essaie de lui donner une signification) où s’accomplit la valse du néant ne recèlent aucune vie. Ils sont pétrifiés et nous, blottis sur cette boule de billard qui tourne dans la ronde, sommes perdus, élus, punis de vie ! On fait pousser des fleurs et des tours Eiffel. On peint la Joconde. On chope le sida. On aime, on meurt, on rit, on boit du Château Pétrus. On s’encule, on s’atomise, se décore. On devient Gaston Dunœud ou Victor Hugo. On va vérifier que la Lune est bien déserte. On croit en Dieu, on découvre l’Amérique, le four à micro-ondes, le couteau Opinel, le théorème de Pythagore, la pénicilline. On bâtit les Pyramides, le pont de Brooklyn, des châteaux en Espagne. On fait des guerres, et puis des guerres et encore d’autres guerres, sans réfléchir qu’on est désespérément seuls et que tuer un vivant équivaut à se tuer soi-même. On oublie ce formidable, cet INCONCEVABLE environnement de cailloux au centre duquel nous dérivons, pauvres naufragés élus. Dérivons à corps complètement perdus
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 26 Fév 2009 - 11:05

suite


Un soir que je dînais tout seul dans notre cuisine, j’ai mis le couvert de papa en face du mien ; de mon papa qui est mort. Je savais bien qu’il ne viendrait pas s’asseoir, qu’il ne déplierait pas sa serviette, seulement en faisant cela, j’ai créé de « l’enchantement » dans cet instant mesquin que traverse un type en train de bouffer seul. En fait, je n’étais plus réellement seul, j’étais attablé en compagnie d’un impossible espoir. Quelques ustensiles disposés dans l’ordre convenu, et puis papa était un petit peu moins mort, que tu me croies ou non. Mais à quoi bon vouloir te faire piger l’impossible. L’impalpable ? Je suis un auteur téméraire, dans le fond.


Il est muré dans sa vieillesse, dans son génie. L’existence lui a presque tout donné. Et il a su tout conserver : la gloire, la richesse, le talent, sa sexualité. Il n’a perdu que sa jeunesse. Bientôt il va mourir. Il le sait. Il le sent. Sa fin approche à pas de loup. Elle le surveille du coin de l’œil, son visage d’os drapé dans un coin de suaire. Bon suaire la compagnie ! Tant pis. Il atteint au pouvoir suprême qui est la résignation. Il a été. Il a bien été. Il est bien encore pour un moment. Bravo. La plus grande chose qu’un individu puisse faire pour lui-même, c’est d’accepter de disparaître. Là est le grand secret. Là est le véritable salut. Seulement il faut du temps pour se résigner. C’est tout un apprentissage. Une philosophie comme ils disent.


J’ai toujours eu honte des dompteurs. Depuis mon plus jeune âge, leur courage me fait tarter. Ne m’a jamais épaté. Je le trouve bas et triste. Ils sont dans une cage avec des soi-disant fauves. Ils ont un fouet, un bel uniforme, et ils font joujou. Je me débilite à les voir dociliser ces gros minets ronchons î Ça vous passionne, vous autres, qu’un lion donne la papatte ou qu’un tigre grimpe sur un escabeau ? Vous vous égosillez lorsqu’un guépard saute à travers un cerceau ou quand deux panthères font de la balançoire sur une planche ? Moi non, moi jamais. Je m’en sens humilié en profondeur. De la peine, voilà ce que j’éprouve, pour les fauves et aussi pour le dompteur, si cloches, tous, si désemparés derrière leurs barreaux. J’applaudis pas. Je me ratatine. De là vient, je pense, ma désaffection pour le cirque, malgré ses flonflons, ses lumières, les mignonnes écuyères les fauves et les clowns, infinie. Lugubre spectacle. Perte de notre dignité si confuse déjà.
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 26 Fév 2009 - 11:11

Du roman commak, si t’es pas content, tu sais ce que tu fais ?
T’achètes un pot de vaseline et tu cours te faire miser. Seulement avec ton fion de canard, je doute que tu trouves preneur.



Des emmanchés de ma connaissance, des ramollis que je sais, des gluants du bulbe que je n’ignore pas complètement, des loupés du cervelet dont je suis au courant, et bien d’autres, en lisant ce livre vont me réputer raciste, alors que je ne hais même pas les Blancs !
Une vraie vérolerie, le catalogage d’un n’hauteur. T’écris un truc où t’emboîtes les Ricains, plaoff : on te décrète coco ; si c’est un Ruskof que tu chambres, pas d’erreur, t’es fasciste ! T’effleures les Juifs, et Israël te met l’embargo sur la prose ; tu chambres un Arabe, v’là le
Maghreb qui te pestifère. Recta, je sais que la négritude de cette histoire va’me faire débouler le tollé indigné de râleurs professionnels sur la coloquinte. Pour ces menus du cigare, ces foutres-glands, ces contorsionnistes de la gamberge, la vie est barêmée de bas en haut, cloisonnée, garnie de rayonnages pire qu’une épicerie. Suffit de se référer au tableau pour que tombent les sentences. « Ah ! San-A. paraît se gausser des Noirs ! Donc c’est un fumelard de raciste ! » Aussi sec, aussi vite ! Bande de navets gâtés où l’asticot ça. C’est du belge ? Oh !
Jésus, comme j’aurai été libre en ce monde ! Merci ! Libre jusqu’au fin fond de ma conscience ! Et avec toujours une vessie en parfait état pour compisser les teigneux miséreux de ma route ! Libre et clairvoyant ! Baigné de solitude ! Ravagé d’amour et d’amertume. La rançon !



Nous marchâmes, marchâmes et marchâmes encore.
Tant qu’à la nuit tombée nous étions comme morts.
Béru se déplaçait, vêtu de marécage.
C’est triste pour un homme dans la force de l’âge.
Reclus, comme Elisée, mais c’était de fatigue,
Nous finîmes par tomber, tous deux, en digue digue.
Je te laisse à penser ce que fut notre sort
Couchés, les pieds au sud, et les épaules au nord
Sous les bois aplatis des grands rennes arctiques
Qui ressemblent aux cocus du paléolithique.
Un qui serait vachement bité, c’est toi, hein ? Si je te finissais l’œuvre commak. Alexandrin le grand ! je sais pas pourquoi la mode s’en est perdue. C’était facile à retenir, ronflant, pompeux, plein d’envol. N’empêche que t’as eu des angoisses, pas vrai, bonne pomme ? Tu t’es dit : ça y est, l’Antonio vire sa cuti. Il fromage du bulbe. Il filamente de la matière grise, ce nœud ! Se prend pour un perruqué Grand Siècle. Le Nobel lui suffit plus : il veut être dans la Pléiade ! Grand-Croix de la Région d’honneur, c’était seulement une étape de sa carrière, au gueux !
Son fauteuil crapaud à la qu’à demi française lui flanque déjà des hémorroïdes. Son rond de serviette à l’ Elysée pas suffisant. Il cherche les culminances suprêmes. Du coup, ça t’a passé le hoquet, pas vrai, mon biquet ?
Allez, remets-toi, c’était pour rire, une facétie en passant. Un p’tit coup de rimons-rimace-mets-ton-cul-sur ma-face. D’accord, je ne serai jamais adulte en plein ; et après ? Y a tellement de gamins qui le sont pour moi. Tant tellement de vieux cons que leurs râteliers mal arrimés empêchent de rigoler quand ils se coincent les burnes dans la fermeture Eclair de leur falzar.
Bon, passons.
Outre !
J’outre en outrançant.



Je me rends compte que le bien et le mal, la vie droite ou la vie arnaqueuse sont séparés par des frontières bien fragiles et, souvent, indiscernables. Combien pratiquent la filouterie "en toute bonne conscience" ? Et combien marchent sur le fil de l'honnêteté comme des funambules ? Le droit chemin, n'en déplaise aux moralistes, décrit des zigzags parfois.
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 26 Fév 2009 - 11:18

Le pied, tu le chopes comme tu peux. Y en a, c’est de mettre les petits garçons sages, d’autres de collectionner des timbres-poste, et d’autres encore d’écrire des lettres anonymes ou d’aller vérifier la position fiscale de leurs voisins. Toujours été, sera encore un bout, jusqu’au jugement dernier. Mais tu parles d’un monstre procès, ce jugement-là, mamma mia ! Faudra vraiment être un bon Dieu de première qualité pour s’y retrouver dans ce tas de fuimelards ! Punir à bon escient, et pardonner de même. Châtier, c’est une drôle de sinécure lorsqu’on n’est pas viceloque. Quand je les contemple, tous, si perdus, paumés, à plat ventre dès que quelqu’un gueule : couché ! J’en ai froid dans le dos ! La chiasse verte, je te dis !
Leur soumission, je m’y ferai plus. Fini, c’est trop tard. Ils m’auront enchié à vie, les bougres. Tout azimut ! Si sots. Si rien-du-tout, si persuadés d’être quelqu’un, ces nuls et non avenus ! Misérables à se racler les plaies d’une ébréchure de leurs pots cassés.
Mais n’empêche que les hommes ne savent plus être libres. Des siècles, ils auront combattu pour conquérir la liberté, seulement ils n’ont jamais su s’en servir. C’est de là que tout bascule. Leur inexpérience définitivement totale en la matière. Conquérir la liberté, c’est beau, c’est grand, c’est noble, donc facile. En user, voilà qu’est astreignant. Ça demande des qualités que nous ignorons. Pour utiliser la liberté, faut être lièvre, passereau, hirondelle ou chiendent. Si humain, s’abstenir



Je me rends compte que le bien et le mal, la vie droite ou la vie arnaqueuse sont séparés par des frontières bien fragiles et, souvent, indiscernables. Combien pratiquent la filouterie "en toute bonne conscience" ? Et combien marchent sur le fil de l'honnêteté comme des funambules ? Le droit chemin, n'en déplaise aux moralistes, décrit des zigzags parfois.



Un jour, j'écrirai un book ainsi intitulé : "La Vie bien comprise". Dedans y aura tout ce que j'ai retenu de l'existence : la saloperie des autres, leur perfidie, leur mesquinerie, avidité, jalousie, orgueil. Qu'ils sont justes bons à sodomiser, ou à te pomper le nœud parce qu'ils ne deviennent vraiment eux-mêmes que lorsque le désir les mène. Je raconterai bien tout avant de canner, de tirer révérence. Tout, telles que je les ai vues aux prises, ces saletés vivantes. Je dirai aussi leur inconscience, la manière qu'ils passent leur vie à ignorer qu'ils vont crever, et combien, cependant, c'est facile de claquer ! Combien chaque seconde qu'on passe sur cette terre tiens du prodige, du miracle. Mais eux, les fanfarons à cocardes, ils roulent des mécaniques. "La Vie bien comprise" ! C'est noté ! Je le commettrai ce bouquin en forme de bras d'honneur.



Parfois, tu te berces d'illuses. Tu crois que tu es bon, irradiant, en route pour les canonisations futures; mais en vérité tu demeures inexorablement un sale mec qui compose avec les turpitudes, les vices, les saloperies. Simplement tu te cherches de excuses pour te désendolorir la conscience. Et parce que tu es fumelard complet, tu t'en trouves !
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MessageSujet: Re: Frédéric Dard ou...San Antonio   Jeu 26 Fév 2009 - 11:33

suite et fin

L'existence, de plus en plus, je m'aperçois que c'est une étoffe tissée de menus hasards, de rencontres fortuites, d'incidents à peine discernables qui s'emboîtent. Quand tu as étalé le tout, tu constates que ça forme destin. Rien n'a été inutile. Tout avait sa juste place, sa signification en devenir. Tout devait être conservé pour l'exécution du motif global.



Ainsi sont nos temps pourris, mes frères, où tuer est devenu une mission dont on revendique la réussite. Revendiquer le chaos (ou cahot, tu choisis) ! Revendiquer la tuerie aveugle et sans la moindre gloire puisque perpétrée à la sournoise : pas vu, pas pris ! Quelle grande honte humaine et comme Dieu (le tien, le mien, le leur) doit se mordre les doigts de nous avoir créés, fils de rien que nous sommes, lamentables germes de sperme mal interprété.
J'ai honte. Toujours quand mes semblables se défigurent, se désâment, se décorpsent. Honte pour l'espèce à laquelle j'appartiens et qui périclite délibérément, par jeu, par non-croyance en elle-même, par infinie sottise



Je produis un effort pour t’intéresser car, à mes sens et avis, la première qualité d’un écrivain consiste à ne pas faire suer le monde. La plupart placent leur honneur dans les bâillements du public. Tiens, l’autre soir j’ai vu une pièce que je tairai le titre pour ne pas peiner du monde et qu’était si sauvagement chiante que la moitié de la salle dormait et que l’autre soupirait. Et pourtant, au dernier rideau, t’aurais vu et entendu l’ovation. Les rappels. Personne avait rien pigé, mais tout le monde applaudissait pour ne pas sembler glandu, avoir l’air intelligent, avant-gardiste, hermétiste et toutim. Et moi, je me disais que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et comment se faisait-il qu’on vive une époque où des cons emmerdants soient ovationnés par les cons qu’ils ont emmerdés. Hein ? Y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Faire tarter confère un prestige. Charabier est devenu un signe de génie. En rentrant, j’ai cramponné le père Corneille et m’en suis déclamé quelques strophes pour me refaire un tympan, me remettre la pensarde à l’heure d’été.
Évidemment, c’est tentant de chiquer au bel esprit. En me chatouillant le dessous des bûmes avec une plume de paon, je te pondrais un pamphlet, un essai, une chronique intime (pour gros public). Ils m’attendent tous ça, me secouent l’orgueil comme une tirelire manière que me dégringole de la plume un opuscule sentencieux et pourléché qu’ils pourraient disséquer, vivisectionner, mettre en lambeaux à belles griffes. « Vous attendez quoi t’est-ce que, mon cher, pour nous pondre un VRAI livre ? »
Un vrai livre !
Textuel.
Comme si mes milliers de pages noircies jusqu’alors ne constituaient pas vaille que valent des livres.
Nuls, peut-être, mais bel et bien avenus.
Des livres qui essaient de t’emmener promener dans des péripéties et des délirades, manière qu’un instant la vie te soit moins biscornue, moins sanieuse.



Il ne faut pas se complaire dans le chagrin ; c’est inhumain. Tout individu est fait pour bouffer du présent à pleines dents ; le passé ne doit pas occuper davantage de place dans sa vie que les chansons écoutées à la radio au cours d’une journée. Une chanson ça dure trois minutes et immédiatement après on passe une pube sur la Fiat Machin ou la lessive inéchangeable. Cela dit, vous pourriez me raconter votre problème. Ça soulage toujours. Et ce serait sans conséquence. Je ne suis qu’un monsieur qui marche à côté de vous un moment, au hasard des hasard
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