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 Minh Tran Huy

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coline
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MessageSujet: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 13:06




Minh Tran Huy est née en 1979 à Clamart. A seulement 28 ans, elle est rédactrice en chef adjointe au Magazine littéraire et chroniqueuse aux Mots de minuit, l'émission culturelle de Philippe Lefait (sur France 2).
Elle vient de publier son premier roman : La Princesse et le Pêcheur.
Férue de littérature depuis l'enfance, elle écrit ses premiers textes au lycée et remporte quelques concours de nouvelles avant de se consacrer au journalisme.

Quels sont vos projets ?

"Je travaille sur mon prochain roman, dont j'ai déjà écrit le premier chapitre. Le sujet est totalement différent : c'est une histoire d’imposture amoureuse et artistique. Ce sera bien sûr moins évidemment autobiographique, mais quand même basé sur des faits réels : une affaire qui a défrayé le milieu de la musique classique en 2007. Actes Sud m’a aussi proposé d’écrire un recueil de contes vietnamiens, ce que je vais faire.".
(Propos recueillis par Claire Simon pour Evene.fr - Août 2007)
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coline
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 13:13

En attendant mon commentaire, voici une nouvelle fois la jolie couverture de ce roman qui m'a littéralement charmée...



et écoutez l'interview de Minh Tran Huy à propos du livre:
ICI
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coline
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 15:01

La princesse et le pêcheur

"Quand j'étais petite, le monde était merveilleusement rassurant : je m'imaginais en Cendrillon ou en Peau d'Ane, et tenais pour acquis le triomphe des bons sur les méchants, la renaissance des orphelines en princesse et la métamorphose des vilains petits canards en cygnes gracieux."

Ainsi parle Lan, « Orchidée » en vietnamien, dès le début du roman. Lan, née française de parents vietnamiens, une adolescente solitaire qui se nourrit de littérature.
« Je pensais que ma vie obéissait elle aussi à une logique mystérieuse, encore invisible, mais qui un jour m’apparaîtrait. Et j’étais certaine que me nourrir d’histoires me mettait sur la voie, que je développais mes capacités à comprendre la marche des choses, à saisir leur harmonie cachée. Je voyais dans les fictions autant de fils d’Ariane qui me permettraient de sortir, un jour, des méandres du réel. »

Sur un ferry qui assure la liaison Calais- Douvres, au départ d’un séjour linguistique en Angleterre, elle fait la connaissance d’un beau jeune homme à « l’œil vif » : Nam, Vietnamien lui aussi, réfugié depuis sept ans en France.
Immédiatement, leurs origines communes les rapprochent et se crée très vite entre eux une tendre complicité puis une profonde amitié.

De retour en France, ils se revoient, c’est Nam qui appelle Lan pour fixer les rendez-vous hebdomadaires.
Lan aime secrètement Nam et ne lui en dira rien. Lui s’obstine à l’aimer tendrement mais comme une petite sœur.
Un jour il disparaît…

Si les deux adolescents ont la même origine, leurs vies en France sont très différentes.
Lan est issue d’un milieu protégé, aisé. Ses parents sont venus en France au moment de leurs études et y sont restés. Ses parents parlent peu du pays d’origine et elle ne connaît le Vietnam qu’à travers les contes traditionnels divulgués par sa grand-mère qui les a rejoints en France.
Nam, lui, même s’il ne veut rien en dire, vit dans un foyer de la DASS. Il a quitté le Viet-Nam en bateau avec son frère aîné, séparé de sa petite sœur et de ses parents.

Quand Lan fait son premier voyage en famille au Vietnam (ses parents au Viêtnam, y retournent pour la première fois), les rencontres avec la famille lèvent le voile sur les tragédies qu'ont connues les siens. Affleurent tous les non-dits sur la guerre civile, l'emprise totalitaire, les persécutions, les crimes, les souffrances des uns et des autres, le fossé qui s’est creusé entre ceux qui sont restés et ceux qui ont choisi la fuite.
Elle mesure de façon plus évidente ce qu’a vécu son ami.

« J’observe mes parents et je me rends compte, ai-je écrit à mon ami, qu’ils ne sont ni vietnamiens, ni français. Ils ont grandi ici mais à présent qu’ils sont revenus, rien n’est plus pareil. On parle de double culture, de racines transplantées dans un autre sol, d’héritage à conserver tout en s’intégrant, mais on oublie qu’en réalité, les êtres nés ici et vivant là ne sont de nulle part. Leur identité oscille entre deux pôles qui tantôt cohabitent, tantôt s’affrontent, plaques tectoniques qui se heurtent et créent séismes, montagnes et ravins, une recomposition du décor que l’on aurait crue impossibles quelques instants plus tôt ; alors on avance sur cette terre nouvelle sans trop savoir où l’on va, espérant toujours qu’à la fin, on trouvera une voie qui nous révélera notre place ici-bas… »

Ce roman poétique et mélancolique est d’une grande douceur. A l'évidence largement inspirée par sa propre vie, Minh Tran Huy, de son écriture délicate, parle des souffrances enfouies sous le poids du silence. De l’exil. De l'évolution sociale dont l’exilé se fait un devoir mais qu’il vit aussi comme une trahison des siens.

Le récit est parsemé de contes vietnamiens.
Comme un fil rouge, chaque chapitre est introduit par un paragraphe d'une légende. Un conte, on le saura, écrit par Nam et sa petite sœur. Un conte où deux orphelins sont voués à un destin tragique. Et leur histoire fait écho à l’histoire de Lan et de Nam.

Belle surprise ! L’auteur fait souvent référence à Haruki Murakami : à La Ballade de l’impossible et Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ...


Dernière édition par le Jeu 8 Nov 2007 - 15:02, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 15:02

La princesse et le pêcheur

Extrait:
« Vivre, c’est se lancer dans un solo tout en apprenant à chanter ; tenir le rôle principal d’une pièce un soir de première sans avoir jamais répété ; rédiger une histoire d’une traite, sans possibilité de retour en arrière. Il n’y a pas de deuxième prise. On progresse au petit bonheur la chance, ralentit quand on devrait accélérer, s’invente des obstacles inutiles, bifurque sur un coup de tête, en n’ayant aucun idée de sa destination. L’existence est un récit que l’on dévide au fil de la plume, et où personne ne se préoccupe des répétitions, des blancs et des incohérences. Il n’y a que dans les romans qu’on peut corriger, réviser, reprendre : la plupart des vies sont bancales, gouvernées par un hasard sans rime. »
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 15:26

Ce roman a tout pour me séduire, et la couverture est en effet superbe.
La prochaine fois que je fais une virée en librairie, je repars avec drunken .
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 15:40

Coline, tu me donnes encore plus envie de le lire...Dès que j'ai fini le Modiano je le commence...
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 18:33

Pour moi c'est un vrai petit coup de coeur ...Je vous invite vraiment à le découvrir... :)
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coline
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 20:16

Interview de Minh Tran Huy:

Peut-on parler d'autobiographie ?

"Pour moi ça a été une façon de faire le bilan de mon adolescence. Michel Schneider dit que la psychanalyse ne permet pas d'atteindre la vérité, mais donne une version supportable de ce que peut être le réel, que c'est un moyen de l'accepter. Je pense que c'était aussi ma façon de donner une version acceptable de l'histoire que j'ai eue avec ce garçon, et qui pour moi rejoignait des problématiques plus profondes : le rapport aux origines, à la famille, et à la mémoire ; l'amour manqué entre les deux héros renvoyant à ce Vietnam que l'un a perdu et que l'autre ne peut, par définition, pas retrouver, puisqu'elle n'y a jamais été. Plus largement, le roman est un hommage à Murakami, et plus particulièrement à ce que les Japonais appellent le "mono no aware", la "poignante mélancolie des choses", et qui désigne le sentiment qui vous envahit lors de la chute des feuilles en automne, ou de la disparition de l'être aimé au détour d'un chemin... Je voulais que ‘La Princesse et le pêcheur’ donne à ressentir la nostalgie de ce qui a été et n'est plus."
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Jeu 8 Nov 2007 - 20:33

La princesse et le pêcheur

Minh Tran Huy a ajouté une postface à son roman où elle parle de sa rencontre (je vous rappelle qu'elle est journaliste au Magazine Littéraire et chroniqueuse aux Mots de Minuit) avec Haruki Murakami:

"En sortant, j'ai failli me retourner pour lui poser une question que j'avais eue au bord des lèvres durant toute l'entrevue- une question qui me suivait depuis mes quinze ans. Dans La ballade de l'impossible, Naoko se suicidait, tandis que dans Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Shimamoto-San disparaissait brutalement, emportant avec elle tout son mystère. Je m'étais toujours demandé ce qu'elle était devenue. Peut-être pouvait-il me le dire? J'aurais aimé qu'alors Murakami me réponde. Qu'il me déclare que nous vivons dans un monde, ce monde, mais qu'il y en a d'autres, tout près. Qu'il est possible de s'affranchir du réel, qu'il existe des univers parallèles et des passerelles qui permettent de circuler, de glisser de l'un à l'autre; et que c'est ce qui arrive à certaines personnes dont on a été indiciblement proche avant qu'elles s'évanouissent de votre existence. Mono no aware. Dans la vie, on croise des gens précieux, qu'on voudrait garder toujours auprèsde soi, mais qui, pour des raisons qui ne tiennent ni à eux ni à nous, sont forcés de s'en aller. Ce n'est pas qu'ils nous abandonnent de leur plein gré, ni que nous soyons coupables de n'avoir pas su les retenir, c'est juste que, parfois, il ne peut en être autrement. Il m'est arrivé de chérir profondément des êtres que j'ai perdus, et c'est peut-être pour cela qu'on écrit, pour les retrouver et cheminer, l'espace d'un instant, à leurs côtés. Comme si rien n'avait changé."
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Ven 9 Nov 2007 - 18:38

Aie.. seulement 24h sur ce site et déjà cela va me coûter des sous sourire
J'avais noté ce livre dans ma LAO (est-ce que j'ai bien vue quelque part LAL = livres à..???? lire? et vous avez aussi des LAO = livres à observer??? :) ) mais avec tes mots enthousiasmés je sais qui va se passer demain matin: ce livre va sauter dans ma poche (vous connaissez certainement déjà cet aspect des livres - sans que vous y avez une chance ils se collent à vous et il n'y a plus rien à faire que de les acheter et emmener à la maison Very Happy )
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coline
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Ven 9 Nov 2007 - 18:42

kenavo a écrit:
Aie.. seulement 24h sur ce site et déjà cela va me coûter des sous sourire
J'avais noté ce livre dans ma LAO (est-ce que j'ai bien vue quelque part LAL = livres à..???? lire? et vous avez aussi des LAO = livres à observer??? :) ) mais avec tes mots enthousiasmés je sais qui va se passer demain matin: ce livre va sauter dans ma poche (vous connaissez certainement déjà cet aspect des livres - sans que vous y avez une chance ils se collent à vous et il n'y a plus rien à faire que de les acheter et emmener à la maison Very Happy )

Laughing Je connais hélas très bien ce phénomène...

Oui j'avais une LAL...Mais c'est pas mal du tout d'avoir la LAO avant... :)
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Sam 23 Fév 2008 - 16:25

En parlant sur le fil du festival Etonnants Voyageurs de ce livre je me suis rendu compte que j'avais oublié de laisser quelques mots sur le fil de Minh Tran Huy après ma lecture. Mais cela me fait un plaisir de revenir sur ce livre.
Je viens de le reprendre de mes boîtes pour l’emporter avec moi au festival, j’ai jeté un oeil dedans et puisque Coline a déjà tout dit sur le contenu et en a fait un très joli « résumé » :
coline a écrit:
Ce roman poétique et mélancolique est d’une grande douceur. A l'évidence largement inspirée par sa propre vie, Minh Tran Huy, de son écriture délicate, parle des souffrances enfouies sous le poids du silence. De l’exil. De l'évolution sociale dont l’exilé se fait un devoir mais qu’il vit aussi comme une trahison des siens.
je me contenterais de vous citer quelques phrases de ce livre que j’ai adoré.
(Bien que Coline a aussi fait un bon travail – les citations qu’elle a marqués sont aussi ceux que j’ai soulignés Very Happy )

J’avais soif non d’un improbable héritage, mais de bruits, d’odeurs, de couleurs qui donneraient chair à un nom abstrait – Viêtnam. Je voulais qu’on me dessine non pas un mouton, mais des rizières, un buffle, un marché flottant, des plantations d’hévéas et de cannes à sucre, l’entrelacs des rues de Hanoi, des femmes portant le chapeau conique et des hommes transpirant sous leur cotonnades.

La gare avait dû accueillir bien des baisers semblables, éperdus et passionnés ; des baiser d’autres sortes aussi. Baiser de commande d’époux mariés depuis vingt ans, baisers furtifs des liaison clandestines et puis les plus nombreux, dont les fantômes flottaient tout autour de nous : les baiser manqués.

Je me suis demandé si c’était parce que les sonorités l’intriguaient, ou parce qu’il avait envie de savourer ce fragment d’une langue inconnue, le faire sien, l’imprimer dans sa mémoire ; on ramasse bien un coquillage ou un galet en souvenir, pourquoi pas quelques mots, qu’on garderait en soi comme des fleurs séchées dans un album…

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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Sam 23 Fév 2008 - 17:25

Heureusement qu'il y a la perspective du Festival des Etonnants Voyageurs...sinon tu oubliais carrément de nous en parler!content

Nezumi se l'est-elle procuré?...

Ce fil remonte et c'est encore une fois l'occasion de vous dire tout le bien que nous en avons pensé...Wink
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Lun 3 Mar 2008 - 10:51

coline a écrit:
Ce fil remonte et c'est encore une fois l'occasion de vous dire tout le bien que nous en avons pensé...Wink

Oui, une auteure à suivre, ne la ratez pas Wink
Ce petit livre tout en douceur nous pénètre sans crier gare. Il commence d'une façon anodine par les confessions d'une jeune fille timide et solitaire, amoureuse secrètement de son opposé, Nam, un garçon aussi à l'aise avec la vie qu'elle en est malhabile. Et pourtant, rien n'a été facile pour lui. L'auteur nous décrit son parcours de boat people et mêle ainsi l'histoire du Vietnam à celle de l'héroîne, dont les parents ont eux, réussi l'intégration sociale et tiré un trait sur le passé

Par petites doses Minh Tran Huy parsème son récit d'une touche de mystère et de poésie grâce à ces légendes qui viennent subtilement éclairer la disparition de Nam aussi subite qu'inexpliquée. Des petites plongées dans l'irréel, un peu comme la rosée du matin lorsqu'elle se dépose délicatement sur la nature et lui donne une lumière différente, fragile et éphémère.
Une écriture gracieuse et précise, qui m'a touchée par ce qu'elle avait d'authentique dans ses non-dits, ses souffrances et cette nostalgie d'un passé longtemps étouffé et que la narratrice tente de reconstruire.

Je l'ai perçu un peu comme le journal d'une adolescente, mûri par le regard de la femme désireuse de faire le point sur ses origines et son rapport avec la terre, ainsi que sur un amour resté inachevé.
Un bien joli roman qui laisse une impression de mélancolie, mais dont certains passages charment totalement comme ceux-ci (pardon à Coline si certains sont déjà cités mais ils me plaisent trop aime

Sur le souvenir:
Citation :
Pris dans un entre-deux, nous partagions quelque chose d'impossible à détruire et de difficile à définir, une sorte de boule noire, dure et compacte qui nous restait en travers de la gorge ; la mémoire, réelle pour lui, creuse pour moi, d'une terre dont l'ombre s'étendait parfois sur nous. Mes parents semblaient s'en être amputés, mais à force de silence avaient créé en moi non pas un manque, mais un malaise : de leur vie au Viêtnam, je ne connaissais que des faits qui demeuraient abstraits car à les entendre on aurait dit qu'ils les avaient vécus dans une autre existence à présent innaccessible. Elle l'était donc deux fois plus pour moi, qui au demeurant ne cherchait pas à m'informer davantage, pas encore du moins, me bornant à constater l'absence de ce qui aurait pu ou dû être (dit, raconté, confié, transmis), et n'était pas, et n'était rien.

Ou ce passage sur la notion de rêve et sa confrontation avec le réel:
Citation :
Quand j'étais petite, le monde était merveilleusement rassurant : je m'imaginais en Cendrillon ou en Peau d'Ane, et tenais pour acquis le triomphe des bons sur les méchants, la renaissance des orphelines en princesses et la métamorphose des vilains petits canards en cygnes gracieux. On pouvait souffrir de la pauvreté et des mauvais traitements d'une belle-mère, mais un peu d'esprit, de la vertu et quelques fées sauvaient toujours la situation. Il suffisait de se méfier des loups, de remercier nains et chasseurs, de regarder au-delà de bestiales apparences pour découvrir un prince déguisé, et le tour était joué.
Plus tard, il s'avéra qu'"il était une fois" et "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" n'étaient que des formules que l'on prononçait pour mettre, un bref instant, le monde entre parenthèses. Pourtant j'ai continué de me fier à l'ordre qui régissait les fictions. En cette matière, même quand l'affaire se compliquait, il était toujours possible de découvrir une trame, un semblant de système qui donnait sens à une suite de mots ou d'images : effets d'écho et de symétrie, métaphores, symboles, correspondances... Je pensais que ma vie obéissait elle aussi à une logique mystérieuse, encore invisible, mais qui un jour m'apparaîtrait. Et j'étais certaine que me nourrir d'histoires me mettait sur la voie, que je développais mes capacités à comprendre la marche des choses, à saisir leur harmonie cachée. Je voyais dans les fictions autant de fils d'Ariane qui me permettraient de sortir, un jour, des méandres du réel.
Et puis j'ai grandi, encore. L'art a cessé d'être une clef qui décode la signification des événements pour devenir un idéal vers lequel tendre, et qui de ce fait même demeure inaccessible. Vivre, c'est se lancer dans un solo tout en apprenant à chanter ; tenir le rôle principal d'une pièce un soir de première sans avoir jamais répété ; rédiger une histoire d'une traite, sans possibilité de retour en arrière. Il n'y a pas de deuxième prise. On progresse au petit bonheur la chance, ralentit quand on devrait accélérer, s'invente des obstacles inutiles, bifurque sur un coup de tête, en n'ayant aucune idée de sa destination. L'existence est un récit que l'on dévide au fil de la plume, et où personne ne se préoccupe des répétitions, des blancs et des incohérences. Il n'y a que dans les romans qu'on peut corriger, réviser, reprendre ; la plupart des vies sont bancales, gouvernées par un hasard sans rime.
La fiction, dit-on, n'adopterait les apparences du mensonge que pour mieux dire la vérité. Mais en réalité, elle ne m'aura pas révélé grand-chose ; plutôt servi de prétexte pour ne pas regarder la vie en face. En me détournant des faits, prosaïques, au profit de l'imaginaire, elle m'a donné l'habitude de ne jamais penser à ce que j'ai devant les yeux. Au sens figuré - le présent me ramène toujours vers le passé, l'ici vers Tailleurs - et au sens propre - le plafond de ma chambre, la table du café, le feu qui clignote quand je traverse la chaussée sont moins des objets précis, palpables, que le point de départ de rêveries qui bientôt avalent le décor qui leur a donné naissance. Les histoires recouvrent le monde de leur patine, et j'oublie le reste
:heart:
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MessageSujet: Re: Minh Tran Huy   Lun 3 Mar 2008 - 11:02

aériale a écrit:
Je l'ai perçu un peu comme le journal d'une adolescente, mûri par le regard de la femme désireuse de faire le point sur ses origines et son rapport avec la terre, ainsi que sur un amour resté inachevé.
Un bien joli roman qui laisse une impression de mélancolie, mais dont certains passages charment totalement
Merci pour tes mots Aériale.. comme toujours un délice de lire tes commentaires..
(et merci d'aider à convaincre les Parfumés que ceci est un livre à ne pas manquer Very Happy )

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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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