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 Victor Hugo

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Solitude
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Lun 15 Déc 2008 - 16:10

Amapola a écrit:
Je n'ai pas pu traverser la bataille de Waterloo. Et j'ai donc laissé Victor Hugo de côté.

Je suis bien d'accord avec Amapola. J'ai toujours aimé les poèmes d'Hugo que je trouve très beaux et touchants. J'ai alors voulu m'attaquer aux Misérables...Je crois bien que c'était une erreur. J'ai courageusement essayé de retrouver mon chemin entre les personnages de la bataille de Waterloo dont Hugo parle en familier, et les longues scènes descriptives au point d'en devenir lassantes. Mais je me suis irrémédiablement perdue et ce n'est que Demain, dès l'aube que j'ai retrouvé mon estime pour cet auteur.

Je me restreins désormais à ses poèmes qui m'inspirent, laissant à d'autres le soin de s'inspirer de ses romans (xD). Cependant, je ne baisse pas totalement les bras et je garde l'espoir de lire un jour les Misérables en entier!

Pour l'instant, je vous livre un de ses poèmes que j'aime particulièrement et qui traite de la guerre greco-turque:

Les Orientales


Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l'onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.



[Source: http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Enfant_(Hugo)]
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coline
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Lun 15 Déc 2008 - 18:21

Les orientales, c'est le nom du recueil dont est extrait ce poème, L'enfant grec... Wink

J'aime beaucoup...
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Solitude
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Lun 15 Déc 2008 - 18:30

Ah désolée! Embarassed

Je me disais bien aussi que Les Orientales ne m'évoquais rien mais j'ai crus que c'était un autre nom...Merci de m'avoir corrigée!^^
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coline
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Lun 15 Déc 2008 - 18:40

C'était juste pour préciser... content Ne sois surtout pas désolée... bisous
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Astrouil
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MessageSujet: Le mot   Dim 19 Avr 2009 - 0:59

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ;
TOUT, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce MOT — que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l'homme en face dit :
"Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."
Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

Je voulais partager ce poéme de Victor Hugo. J'adore la description du périple de ce mot lâché si prudemment.
Il laisse à réflechir.
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Sam 25 Avr 2009 - 12:24

En effet, dès qu’il est prononcé, le mot échappe à son auteur jypeurien …ce poème d’Hugo est très visuel, ce qui est un comble… Razz
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Little devil
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Sam 25 Avr 2009 - 21:00

Moi , c'est celui-ci que j'adore (de toute façon , je n'en connais qu'un seul Rolling Eyes ):
Very Happy

Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Comment j'ai découvert ce poème ? Baâ c'est parce qu'en Français , Jade avais choisi ce poème pour une récitation , et je l'avais adoré ! mouton
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Dim 26 Avr 2009 - 9:58

Personnellement je trouve très amusants les deux poèmes de V.Hugo qui on été mis en musique par G.Brassens et chanté aussi par Renaud:

La légende de la nonne

Venez, vous dont l’œil étincelle,
Pour entendre une histoire encor,
Approchez : je vous dirai celle
De doña Padilla del Flor.
Elle était d’Alanje, où s’entassent
Les collines et les halliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Il est des filles à Grenade,
Il en est à Séville aussi,
Qui, pour la moindre sérénade,
À l’amour demandent merci ;
Il en est que d’abord embrassent,
Le soir, de hardis cavaliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Ce n’est pas sur ce ton frivole
Qu’il faut parler de Padilla,
Car jamais prunelle espagnole
D’un feu plus chaste ne brilla ;
Elle fuyait ceux qui pourchassent
Les filles sous les peupliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Elle prit le voile à Tolède,
Au grand soupir des gens du lieu,
Comme si, quand on n’est pas laide,
On avait droit d’épouser Dieu.
Peu s’en fallut que ne pleurassent
Les soudards et les écoliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Or, la belle à peine cloîtrée,
Amour en son cœur s’installa.
Un fier brigand de la contrée
Vint alors et dit : Me voilà !
Quelquefois les brigands surpassent
En audace les chevaliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Il était laid : les traits austères,
La main plus rude que le gant ;
Mais l’amour a bien des mystères,
Et la nonne aima le brigand.
On voit des biches qui remplacent
Leurs beaux cerfs par des sangliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

La nonne osa, dit la chronique,
Au brigand par l’enfer conduit,
Aux pieds de sainte Véronique
Donner un rendez-vous la nuit,
À l’heure où les corbeaux croassent,
Volant dans l’ombre par milliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Or quand, dans la nef descendue,
La nonne appela le bandit,
Au lieu de la voix attendue,
C’est la foudre qui répondit.
Dieu voulu que ses coups frappassent
Les amants par Satan liés.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

Cette histoire de la novice,
Saint Ildefonse, abbé, voulut
Qu’afin de préserver du vice
Les vierges qui font leur salut,
Les prieures la racontassent
Dans tous les couvents réguliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !



Gastibelza
Gastibelza l’homme à la carabine
Chantait ainsi
Quelqu’un a-t-il connu Dona Sabine
Quelqu’un d’ici ?
Chantez, dansez, villageois la nuit gagne
Le Mont Falu
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

Quelqu’un de vous a-t-il connu Sabine
Ma Senora
Sa mère était la vieille maugrabine d ’Antéquarra
Qui chaque nuit criait dans la Tour Magne
Comme un hibou
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

Vraiment la Reine eut, près d’elle, été laide
Quand vers le soir
Elle passait sur le pont de Tolède
En corset noir
Un chapelet du temps de Charlemagne
Ornait son cou
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

Le Roi disait en la voyant Si belle
A son neveu
Pour un baiser, pour un sourire d’elle
Pour un cheveu
Infant Don Ruy, je donnerais l’Espagne
Et le Pérou
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.
Je ne sais pas Si j’aimais cette dame
Mais je sais bien
Que pour avoir un regard de son âme
Moi, pauvre chien
J’aurais gaiement passé dix ans au bagne
Sous les verrous
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

Quand je voyais cette enfant moi le pâtre
De son canton
Je croyais voir la belle Cléopâtre
Qui, nous dit-on
Menait César Empereur d’Allemagne
Par le licou
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe Sabine un jour
A tout vendu, sa beauté de colombe
Tout son amour
Pour l’anneau d’or du Comte de Saldagne
Pour un bijou ;
Le vent qui vient à travers la montagne
M’a rendu fou.



En plus je lie ces poèmes à une émotion et un souvenir particulier pour moi, car c' est grace à eux que j'ai découvert Brassens, au lycée, donc...
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Thérèse
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Ven 3 Juil 2009 - 15:48

Aaah !! Victor ! cheers
Ses poèmes et ses romans ont enchanté mon enfance (ma mère lisait Les Misérables et nous en racontait un petit bout chaque soir ) et mon adolescence...et continuent de m'enchanter !
Mon poème préféré est Les Djinns pour sa construction originale et son rythme implacable - je mets un lien, j'ai peur de prendre trop de place en copiant tout le poème Embarassed -
http://www.victor-hugo.info/poemes/25.html

Les Misérables c'est un peu LE roman incontournable, mais j'ai une faiblesse pour Les travailleurs de la mer : l'histoire d'un gars perdu tout seul sur un amas de rochers au milieu de l'océan, luttant contre les éléments pour récupérer une machine à vapeur sur un navire échoué...
Ca a l'air glauque, comme ça, mais il n'y a que Victor pour arriver à en faire un roman aussi puissant !
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bélanger
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Mer 5 Aoû 2009 - 22:07

Ce que dit la bouche d'ombre

...

Là, sombre et s'engloutit, dans des flots de désastres,
L'hydre Univers tordant son corps écaillé d'astres ;
Là, tout flotte et s'en va dans un naufrage obscur ;
Dans ce gouffre sans bord, sans soupirail, sans mur,
De tout ce qui vécut pleut sans cesse la cendre ;
Et l'on voit tout au fond, quand l'oeil ose y descendre,
Au delà de la vie, et du souffle et du bruit,
Un affreux soleil noir d'où rayonne la nuit !

...
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moinonplus
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Ven 22 Jan 2010 - 12:40

Dans le chapitre « Gavroche dehors », dans les Misérables de Victor Hugo -un chef-d’œuvre passionnant mais qui exige souvent une lecture très attentive et des moments de réflexion-, où il s’agit principalement de la mort de Gavroche ; on remarque que chaque coup de fusil des gardes nationaux qui essaient de tuer cet enfant tant bien que mal, inspire Gavroche d’un couplet, jusqu’à ce qu’il s’abattit sur le sol, mort. « Cette petite grande âme venait de s’envoler » ; mais si on reprend les airs qu’elle a chantés ; ça donne cette chanson là :

On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à… (Avant qu’il prononce le mot, la mort vient déjà le prendre de ses ailes)

-Il est clair que ce géni du XIXe siècle qu’est Victor Hugo, n’écrirai pas quelque chose sans qu’il recèle un sens profond à découvrir ; mais moi, je n’ai rien compris à cette chanson. A chaque fois, je la relis, et c’est toujours la même intrigue, le fait de ne pas arriver à comprendre de tels vers.
Il faut dire que j’ai même fait quelques recherches sur Internet, mais je n’ai pas trouvé d’explication…
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Roderick Usher
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Lun 22 Fév 2010 - 12:03

Oceano Nox


Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis ?
Combien ont disparu, dure et triste fortune ?
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfoui ?

Combien de patrons morts avec leurs équipages ?
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée,
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus
Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On demande " Où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont' ils délaissés pour un bord plus fertile ? "
Puis, votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli

On s'entretient de vous parfois dans les veillées,
Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées,
Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts,
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encore de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots ! que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous...
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Steven
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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Mar 7 Déc 2010 - 22:03

J'aime la recherche sur les mots, sur le "dessin" de certains de ses poèmes :
Citation :
Les Djinns
Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche.
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond.
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! - Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! - Leur cohorte
S'envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord ;
C'est la plainte,
Presque éteinte,
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute : -
Tout fuit,
Tout passe
L'espace
Efface
Le bruit.


Je recherche, je n'arrive plus à trouver le titre exact, un superbe livre, un album qui présente un choix de poèmes de Victor Hugo - dont celui que je viens de poster - mis en parallèle avec des oeuvres de plasticiens contemporains.

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Mar 7 Déc 2010 - 22:25

J'ai trouvé, il s'agit de "Le Hugo", chez Mango jeunesse.


La première de couverture est une véritable invitation : une photographie de Victor Hugo se détache , au dessus d’un paysage peint. "Le Hugo" est en même temps un album et un recueil de poèmes, propose en fait une confrontation entre un choix de poèmes de Victor Hugo et les illustrations de Christine Lassara.
Sur chaque double page, les mots de Hugo et les images de Christine Lassara occupent l'espace, les unes soulignant les autres, accentuant leur force. Le résultat donne une impression de complémentarité profonde.
En effet, les techniques utilisées (flou des lavis, noirceur profonde de l'encre, aspect fugace des traces ou des taches) semblent rejoindre les mots de Hugo, qui expriment aussi bien ses certitudes que son doute profond. Le poème "Océano Nox" est particulièrement bien illustré. Christine Lassara parvient à rendre très sensiblement le gouffre des océans, ces espaces de silence et d’absence de lumière où tout contour s'estompe, de même que le souvenir des marins disparus s'efface des mémoires.
L’illustratrice montre, par ses choix une connaissance profonde de l’œuvre de Victor Hugo.
J’aimerais en dire plus, mais je n’ai plus le livre. Je n’ai retrouvé que ces notes, concernant surtout Océano Nox. Mais, sur mon souvenir, je conseille fortement cet album.

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MessageSujet: Re: Victor Hugo   Jeu 30 Déc 2010 - 19:07

Sousm' ouvrait quasiment ce fil avec son préféré. Le mien, moins connu, est celui-là :

Citation :
Fonction du poète
Dieu le veut, dans les temps contraires,
Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désert !
Malheur à qui prend ses sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile
Et s'en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
ll est l'homme des utopies,
Les pieds ici, les yeux ailleurs.
C'est lui qui sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil aux prophètes,
Dans sa main, où tout peut tenir,
Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,
Comme une torche qu'il secoue,
Faire flamboyer l'avenir !

Il voit, quand les peuples végètent !
Ses rêves, toujours pleins d'amour,
Sont faits des ombres que lui jettent
Les choses qui seront un jour.
On le raille. Qu'importe ! il pense.
Plus d'une âme inscrit en silence
Ce que la foule n'entend pas.
Il plaint ses contempteurs frivoles ;
Et maint faux sage à ses paroles
Rit tout haut et songe tout bas !

Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n'est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots.

C'est lui qui, malgré les épines,
L'envie et la dérision,
Marche, courbé dans vos ruines,
Ramassant la tradition.
De la tradition féconde
Sort tout ce qui couvre le monde,
Tout ce que le ciel peut bénir.
Toute idée, humaine ou divine,
Qui prend le passé pour racine,
A pour feuillage l'avenir.


Il rayonne ! il jette sa flamme
Sur l'éternelle vérité !
Il la fait resplendir pour l'âme
D'une merveilleuse clarté.
Il inonde de sa lumière
Ville et désert, Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs ;
A tous d'en haut il la dévoile;
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs !


Avec cette exhortation particulière qui m'a toujours ému, touché, plus encore maintenant où le verbe est tellement noyé dans le bruit :

Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.

_________________
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
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Victor Hugo
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