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 Pierre Schoendoerffer

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Xavier C
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Dim 29 Nov 2009 - 14:18

Pierre Schoendoerffer a réalisé lui-même le film Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2003), co-écrit avec son fils Ludovic.
Malgré un casting fort alléchant (Bruno Cremer, Jacques Perrin, Jacques Dufilho, Claude Rich, Florence Darel, Wojciech Pszoniak, etc.) comprenant des acteurs qui l'avaient déjà accompagné pour Le crabe tambour, ce film m'a laissé une impression tiède. Presque immobile du point de vue des images, il laisse une place trop grande aux mots, alors qu'il me semble qu'il aurait presque fallu l'inverse pour ce passage au grand écran. Si je dois me contenter de mots, le roman me suffit.

Comme le signalait Animal dans son commentaire ci-dessus, ce roman a une structure complexe, faite d'aller-retour et composant une mosaïque dont on ne perçoit que peu à peu le dessin d'ensemble. La transposition en film garde une partie de cette nature fractale, et je crois que c'est ce qui rend ce film difficile.
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Dim 29 Nov 2009 - 14:22

le film se paye la bizarrerie d'être en interaction avec les précédents, ça complique, il est probablement moins complet par lui même que le livre. (il y a un fil dans la rubrique réalisateurs aussi).

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Dim 5 Sep 2010 - 22:33

Enfin lu Le Crabe-tambour.

Un médecin (militaire) est embarqué sur l'Eole qui assiste les bateaux pendant les campagnes de pêche. Fraichement revenu, il est encore ailleurs... un ailleurs qui n'est qu'en partie l'autre bout du monde, un ailleurs où sont aussi le commandant du navire et un ancien compagnon reconverti dans la pêche, l'énigmatique Willsdorff au parcours mouvementé...

Les histoires personnelles recoupent l'Histoire et les Histoires des pays... France et Indochine... anciennes colonies... beaucoup de militaires... mais mettons cela de côté pour ceux qui seraient méfiants ou simplement réservés, appelons ça l'histoire de l'auteur et rappelons qu'il n'est pas question d'exposer des placards de médailles toutes les quatre pages... c'est ailleurs que ça se passe.

En mer surtout, d'une beauté terrible, et dans l'obscurité... et dans les souvenirs et l'attente. Ils attendaient, croyaient et se souviennent, et tout s'échappe, se perd... et le témoin, Willsdorff, qui était accusé (et a purgé une peine) est là, sans l'être, c'est l'homme qui reste présent. Celui qui s'est peut-être trompé mais qui on ne sait trop comment a traversé... il fascine ses anciens compagnons, ceux qu'ils n'a que croisés et en attire de nouveaux. Pourtant est-il vraiment revenu lui aussi ? Qu'aurait-il vaincu de plus ? ... ou donné de plus ?

La mort est omniprésente, sous de nombreuses formes : guerre, pêche, attentats, crises économiques, horreurs écologiques qui se profilent... passé. alcool. Croyances, religion, souvenirs, croyances personnelles... aléas de la vie et examens de conscience.

Si le style ne paye pas vraiment de mine, ce roman crépusculaire est infiniment puissant et subtil dans son atmosphère et dense dans ses thématiques, son atmosphère... et critique, il exprime la peur et le doute, les choix aussi mais sans affirmer de manière irraisonnée. Et esthétique aussi, et là c'est aussi le style, une beauté très forte et omniprésente, entêtante, grisante qui enveloppe tout l'espace du livre, de l'Indochine à la Saint-Pierre-et-Miquelon en passant par des souvenirs de Nantes entre deux-temps... et une Bretagne en dehors du temps, comme si dans ce pays les éléments l'emportaient.

C'est un livre qui a des ambitions et qui est assez grand pour que savoir si oui ou non il doit toutes les atteindre ne soit pas une question qui se pose. C'est vraiment un grand bouquin, fascinant, qui tend de façon détachée vers un certain épuisement.

Il occupe logiquement la même place dans les livres que le film parmi les films... si vous n'avez-vu que le film, lire le livre.

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Dim 12 Sep 2010 - 22:08

extrait :
Citation :
L'eau noire. Le canal de l'Erdre... Il y avait avant guerre une trentaine de grands voiliers désarmés - dont quelques-uns de chez Bordes, avec leurs sabords peints, décolorés par les intempéries. On leur avait enlevé tout ce qui pouvait se vendre, les voiles, le gouvernail en acajou et cuivre, les manœuvres courantes, la cloche de bronze pour piquer les quarts, les embarcations - ils pourrissaient lentement, immobiles, tranquilles, dans l'eau morte du canal; on les avait quand même enchaînés à des bornes de pierre, comme si on se méfiait encore de leur apparente résignation.
En hiver un poêle fumait sur l'un d'eux - le Shamrock, du Havre, je me souviens. Avec mon ami Verne, on prenait une plate et on allait à bord en emportant du tabac gris et des bouteilles de muscadet que Verne fauchait dans la cave de son père. Le vieux gardien, un retraité de la Marine installé dans le poste d'équipage, nous racontait des histoires. Il disait avoir fait sept fois le Horn et trois fois le détroit de Magellan.
C'était un vieux crabe irascible, souvent à la fin de la deuxième bouteille de muscadet, ou au premier tiers de la troisième, il se mettait en colère sans raison. Il nous chassait avec sa canne et il fallait faire vite pour réembarquer sur la plate. Penché sur la lisse il nous poursuivait encore de ses malédictions : "Petits vauriens, vous voulez me faire parler, mais je ne dirai plus rien... Maudits! Maudits!"... Il gesticulait, le vieux fou - un jour iil nous a jeté un bâton - et Verne et moi, nous riions comme des imbéciles.

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Lun 26 Nov 2012 - 21:59

La 317e section

quatrième de couverture a écrit:
La 317e Section, c'est le cheminement opiniâtre d'une colonne sous le ciel gris de la mousson, en Indochine, en 1953. C'est la lutte mortelle de quarante et un soldats laotiens et de quatre Européens contre la jungle, la pluie, les moustiques, les sangsues, la chaleur, le froid, la fièvre et le Viêt-minh. C'est l'usure et le désespoir des hommes, la joie brève, l'agonie des blessés, la survie ou la mort. La 317e Section, c'est aussi l'un des plus beaux récits jamais écrits sur la guerre d'Indochine, avant d'être porté à l'écran par Pierre Schoendoerffer lui même, avec Jacques Perrin et Bruno Crémer (primé au Festival de Cannes 1965).

8 jours de printemps à fuir dans la jungle, enfin, fuir pas tout à fait. une échappée combative ? dans des conditions extrêmes avec blessés, morts, dysenterie, fatigue. Une tentative de traverser les troupes du viet-minh qui les ont doublés dans leur avance avant de choisir de rejoindre les Meo.

Chapitre datés par le jour et l'heure, expression réduite au minimum : dialogues et situation, descriptions brèves et précises. Les principaux personnages sont les français : Torrens le jeune officier à la fois rigide et épuisé, Willsdorf l'alsacien et ancien "malgré nous", homme d'expérience et Perrin le radio à l'humour un peu lourd mais néanmoins sympathique. Dans l'ombre les supplétifs laotiens et entre deux les hommes de confiance : Ba Kut, Ty et Ba Lu qui s'esquinte sur la dynamo de la radio.

Mais avec ou sans barrière de la langue ça discute peu. Entre les rares villages et les affrontements brefs et rageurs, tactiques, mécaniques, intensément risqués il reste la drôle d'atmosphère de Pierre Schoendoerffer. Il n'y a pas grand chose en dehors de ce qui se passe et de ce qui sous-tend moralement, humainement ce qui fait les hommes présents, un caractère, des souvenirs, des habitudes, une direction.

Il reste donc une fiévreuse solitude, une attente, morbide peut-être, à la fois expectative et active. Un temps qui laisse apparaitre le lien, les similitudes, la camaraderie peut-être, une amitié autour de rien, sauvage. Un sens de l'abandon aussi (et de l'accompagnement). Les différences, les fossés et l'attachement indéfectible (à quoi autant que qui). A l'autre, au pays mais c'est dans ce cas l'ailleurs qui a les vertus de l'apaisement.

En tout cas ce qui fait la qualité particulière de l'auteur et réalisateur est assez évident dans ce roman fait de peu de choses, brut mais voilé, avec une distance, réserve qui n'impose rien. Trois fois rien si on se fit aux mots, mais beaucoup de choses derrière, une infinité primaire, parfois cruelle mais belle aussi.

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Mar 27 Nov 2012 - 23:03

Extrait :

Citation :
La femme crispée fait encore quelques pas et perd brutalement l'équilibre. Elle se raccroche instinctivement à la civière et l'entraîne dans sa chute. Les trois autres porteurs se cramponnent à la chaîne de supplétifs. Le choc est tel que la chaîne se brise, les porteurs lâchent prise et sont entraînés par le courant. La civière et son blessé à demi submergé dérivent rapidement puis un remous la fait chavirer et disparaître. Tout s'est passé si rapidement que Torrens, enfoncé dans l'eau jusqu'au genoux, n'a pas le temps d'intervenir. Les têtes émergent de l'écume et l'un après l'autre les hommes agrippent les rochers et se relèvent. Sur la berge, quelques supplétifs foncent à travers les roseaux. Ils voient défiler la civière disloquée, vide et réussissent à repêcher la femme. Aucune trace du petit paludéen. Ils étendent la femme suffocante. Elle a une légère coupure au front, son chignon est défait et ses longs cheveux noirs sont répandus sur sa figure comme des algues, se mêlant au sang. Dès qu'elle retrouve sa respiration, elle se met à pleurer à gros sanglots.
Ty et Perrin toujours équipé de son poste radio fouillent encore la rive, les autres sont échoués sur l'herbe comme des épaves. Torrens enlève le chargeur de sa carabine, le vide de ses balles et essuie soigneusement l'arme avec un chiffon gras. Ty revient et lui désigne un supplétif inquiet et souriant.
- M.A.T. 49 lui c'est perdu. Thit Peng, foutu, ajoute-t-il, après un silence.
- Qui ça ?
Ty a un mouvement de tête vers le torrent.
- Thit Peng
- Ah! Thit Peng, il s'appelait Thit Peng...
Torrens reste un moment rêveur, les restes de son paquet de cigarettes complètement imbibé d'eau à la main.
- On part...
Il a un ricanement amer et jette le paquet.
- Tu peux prendre trois voltigeurs en tête maintenant. Et quant à cet abruti qui a perdu sa mitraillette, tu... non, on verra ça plus tard.
La colonne de trois civières se forme. Le soleil apparaît sans un morceau de ciel bleu et inonde la vallée de sa lumière chaude.

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Mer 28 Nov 2012 - 8:02

Quelques chose qui rappelle le désert des tartares?
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Mer 28 Nov 2012 - 13:35

En lisant ton commentaire, animal, je me suis dis que ce livre que je viens de commander pourrait t'intéresser, il est dans la lignée des récits de Pierre Schoendoerffer et vient de paraitre en édition de poche :

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Mer 28 Nov 2012 - 20:34

Je garde l'idée dans un coin pour ce titre. Pour le Désert des tartares... je ne sais pas, je ne l'ai pas (encore) lu celui là. Pour ce que je connais de Buzzati dans la forme je dirai que c'est différent, plus froid, plus immédiatement factuel, plus distant. Dans le fond et avec en plus la très grande importance du déracinement on pourrait trouver des ressemblances : lucidité, mélancolie, rapport à la mort et un temps, le temps avec une expectative.

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Sam 6 Déc 2014 - 9:38

pas de lecture ou relecture en vue pour le moment mais (en attendant kenavo ? héhé, j'avais failli oublier tiens) au moins des miettes de l'INA.

Toute petite interview : INA.fr : Interview Pierre SCHOENDOERFFER sur son livre "Le crabe tambour"

Et premières lignes du livres et trois mots avant que ça ne coupe : INA.fr : Pierre Schoendoerffer ou à la recherche de la fraternité

(ça réveille les souvenirs de lecture...)


si les sous publics permettaient de mettre plus de contenu disponible gratuitement au lieu de mettre à dispo des applis bidons pour l'Ademe (oui ça n'a rien à voir et alors ?) ça ne serait pas forcément un luxe...

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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Ven 23 Jan 2015 - 13:49

Bien séduisant, Pierre Schoendoerffer, avec sa chemise blanche, sa cravate, sa cigarette, et ses pattes d'oies autour des yeux et son pessimisme fier...

Citation :
- Etes vous heureux?
- Non, je en crois pas. A un certain âge personne n'est heureux.  ça c'est une des découvertes...
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Ven 23 Jan 2015 - 16:46

Le Crabe-Tambour


Citation :
« Le vent crie. Des cris qu'on est toujours sur le point de comprendre…
Et qu'on ne comprend jamais ! »

Nous sommes en mer sur l'Éole, un navire de la marine marchande en campagne d'assistance à la grande pêche. À l'assaut du Nord, de la glace, des nuits sans fin.
Les marins, du premier au dernier, sont de petits garçons purs et solitaires se croyant des hommes, persuadés que la vie est vaine, mais prêts à tout pour prouver le contraire. Courant après leurs rêves même si ce ne sont que des cauchemars, l'alcool comme une maîtresse, l'amitié comme roc salvateur ultime. Ils sont désabusés, solitaires, taciturnes ou logorrhéiques, il vivent le désespoir au cœur dans une dignité blessée, ils traînent  derrière eux leur passé de guerre et  d'Indochine.

Citation :
« J'ai trop bu. Le chef est un subtil tentateur, comme tous les buveurs il est  prosélyte. Le lâche, le faible, le couard, sont prosélytes. C'est une dernière pitoyable tentative pour se sauver : si tous les hommes renient, alors il n'y a pas de reniement, il y a la nature de l'homme qui est de renier… »

Mais il ne renoncent pas car ils jouissent aussi de ces vies tout à la fois vides et pleines, en lutte perpétuelle : la quête de soi sous forme de fuite en avant, être un homme, un vrai, à qui l'action dans la nature, hostile mais fascinante, donne un sens. L'action? Ils devisent dans la chambre du commandant, sirotent leur whisky, se souviennent, se jaugent…. Ils trainent tous leur passé comme un fardeau, et sans doute voudraient-ils que la vie ait un sens. Parce qu'ils savent qu'ils auront des comptes à rendre, au moins à eux-mêmes, quand la faucheuse se présentera.

Citation :
« L'hélice tourne sans défaillance, et les turbines grondent, le temps passe. Demain sera comme aujourd'hui, comme hier. Il n'y aura pas d'âcre odeur de poudre, pas de promesse de gloire, ni espoir, ni peur ; tout est en ordre. La mort n'entrera pas en tempête, mais elle est quand même là, tapie ; une voleuse attendant avec une infinie patience. »

Au loin, la figure fascinante de Wilsdorff, le Crabe-Tambour, l'Alsacien, l'Innocent, suivi de son chat -fétiche, qui les aimante tous, celui qu'ils voudraient être, celui dont les yeux rient , celui qui n'a pas besoin de parler. Les retrouvailles sont perpétuellement repoussées, le sort en veut ainsi, puis elles  ont lieu, point n'est  besoin de mots pour les décrire, elles sont là, cela suffit.

L'aventure, la nature, la fidélité entre les hommes, et leurs valeurs. Voilà ce qui les unit tous, ballottés dans leurs tempêtes intimes : ils se raccrochent à leurs valeurs, un gouvernail comme un autre qui permet d'avancer, à défaut d'être sauvé. Ça pourrait être grandiloquent et moralisateur, mais non, cela emporte le cœur de désespérance cachée. La nature (et derrière elle la mort ) impose sa loi aux hommes-mêmes qui  veulent l'affronter dans une leçon d'humilité assumée.

Au-delà des tempêtes, des sauvetages, des soins aux blessés, de l'efficacité technique des marins, il y a des pauses, il y a l'ennui et l'amertume et entre ces changements de rythme, les hommes sont ballottés, le lecteur est charmé par ce livre âpre.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Ven 23 Jan 2015 - 22:42

je pense que ça pourrait me plaire !

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Sam 24 Jan 2015 - 10:35

Désolée, Bédoulène ! mdr2

Mais, oui, c'est un très beau livre, sombre, où les homme sont seuls mais proches. Il y a ce sentiment de désespoir et de solidarité mêlés. Ce qui se passe en Indochine et peut-être plus vu, mais toute la campagne de pêche est très forte, avec un style claqué par moments, comme les ordres du Commandant. Comme ses héros Pierre Schoëndoerffer alterne les moments où il s'épanche et ceux où il se retire, taciturne.
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Sam 21 Fév 2015 - 11:22

L'adieu au roi

Citation :
Mais moi je ne vais pas vous raconter ma guerre, comme mon père m'a raconté la sienne. Toutes ces guerres sont toujours tristement les mêmes : on a piétiné dans la boue, on a longtemps attendu, on a tiré, ils sont morts. C'est ça la guerre, quand on en revient. Mais le vent a chassé l'odeur des cadavres et il ne reste plus dans notre mémoire que le flamboiement de notre jeunesse…


Dans la jungle hostile de Borneo, Learyd, Le Roi, un déserteur anglais, a fédéré les tribus indigènes. Le narrateur, un botaniste de l'armée anglaise s'allie à lui pour repousser les Japonais. Peu à peu cette alliance  glisse vers l'amitié, puis la trahison.

On retrouve ici de nombreux ingrédients du Crabe-tambour. Pierre Schoendoerffer a un univers, celui des hommes transcendés par l'action, courant après eux-même, cachant leur désespoir. Trois hommes ici encore, en miroir du trio du Crabe-tambour : le  narrateur avec ses aspirations et ses faiblesses, dont le côté jeune chien fou enthousiaste va en prendre pour son grade, le roi au charisme étrange, dont la pauvre liberté fascine tout le monde, et l'autorité, tant militaire que morale,  en la personne de Ferguson. L'aventure (la guerre) est  leur rédemption et leur perte. Ils évoluent dans une nature à qui son hostilité-même donne un caractère paradoxalement protecteur et intime.

Citation :
- Ecoutez, vous êtes jeune, je ne sais pas ce que le monde vous réserve, mais craignez le retour des temps où les hommes toucheront le fond du désespoir, car nul ne sait alors ce qu'il découvrira en lui : une paillette d'or ou une poignée de boue . Le jugement sera définitif et sans appel.

Qu'est-ce qui fait que j'ai moins accroché ?

D'abord et surtout j'ai trouvé le récit moins maîtrisé, les motivations des personnages parfois obscures (mais les connaissent-ils eux-mêmes ?) le récit des opérations militaires assez  fouillis (peut-être aurais-je dû trouver une carte de Bornéo).
La guerre est ici une aventure jouissive, un peu trop peut-être, avec un petit côté « tu sera un homme mon fils », même si cette idée d' "homme"  allie des valeurs de dignité, de trahison et de désespoir.

Une histoire de mecs : cette histoire tire un peu trop, juste un petit peu trop, vers le côté aventure virile, d'hommes qui se surpassent et qui savent (ou croient savoir) regarder la mort droit dans les yeux , hommes soumis à leur destin et qui croient s'octroyer par leurs actes une liberté illusoire…

Citation :
Alors, il n'y eut plus que le silence. Le silence et le clapotis monotone de la pluie.
Alors les blessés se sentirent seuls, et la nuit, au-delà des braises ardentes qui volaient en étincelles, leur fit peur. Ils gémirent et celui qui devait mourir poussa un cri étrange, semblable à un appel.
Je crois que je fus le seul à l'entendre. J'aurais pu me lever et lui tenir la main. Je ne sais pas pourquoi je restai allonger sur le dos, les yeux ouverts, le cœur serré par l'étreinte angoissante d'une vague tristesse. Quelquefois, encore aujourd'hui, je me souviens de cet appel dans la nuit.

Un peu moins de nuance, donc, mais qui n'empêche pas un certain plaisir de lecture, le lecteur sent la pluie qui dégouline sur ses épaules, la jungle qui se referme sur lui, la boue qui colle à ses bottes, l'alcool qui lui tombe dans l'estomac. Ces hommes, dont les certitudes ne sont qu'illusion, sont bien beaux malgré tout.
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MessageSujet: Re: Pierre Schoendoerffer   Aujourd'hui à 0:54

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