Parfum de livres… parfum d’ailleurs

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 Abé Kôbô

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyMar 27 Déc 2011 - 9:51

Rendez-vous secret (1979) de Kôbô Abé

Abé Kôbô - Page 3 00093610
Difficile de s’attacher à cet étrange livre de Kôbô Abé…
Livré sous la forme atypique d’un exercice de mémoire effectué par le personnage principal soumis aux ordres d’un médecin-cheval, on accède tantôt aux pensées du narrateur, tantôt à la description de ses actes à la troisième personne, ceci étant censé lui permettre de trouver le recul nécessaire qui manque à sa réflexion sur le drame qu’il est en train de vivre. Ce drame, d’ailleurs, c’est la perte de sa femme, emmenée de force par deux ambulanciers à 4h du matin. Depuis, « l’homme » n’a plus aucune nouvelles d’elle et ne sait même pas si elle est encore vivante. Isolé du reste du monde, coupé du commun de ses semblables, il devra se rendre directement à l’hôpital s’il désire éclaircir les raisons de cet enlèvement inexpliqué.

Cette trame n’est qu’un prétexte permettant à Kôbô Abé de se livrer à la description d’un monde qui hésite entre le fantastique, l’horreur et la comédie. De long en large, on traverse des lieux empreints de maladie et de perversion, mais sans que jamais la souffrance ni la douleur ne soient explicitement évoquées. Il semblerait d’ailleurs que celles-ci n’existent pas ou qu’elles se manifestent à la rigueur par le sentiment de honte que l’homme éprouve vivement à plusieurs égards tout au long de son récit. Un regard désabusé recouvre l’ensemble et encore une fois, il est difficile de dire s’il s’agit là d’un rire sain qui ferait preuve d’une certaine décontraction face à la dureté des expériences subies par certains personnages, ou s’il ne s’agit au contraire que d’un mépris cruel et égoïste pour les tares qui affectent les patients et médecins de l’hôpital (car en effet, il ne me semble pas qu’il existe un personnage de ce livre qui ne soit dénué de vice ou d’handicap, qu’il s’agisse de l’homme cheval, de l’infirmière nymphomane, de la maman-couette ou de la petite fille aux os liquides).


« Il paraît que mes os coulent petit à petit comme de la gélatine. Quand je change de position, l’effet de la pesanteur change aussi, tu vois, et comme l’écoulement de mes os se modifie, mes nerfs se tendent et ça me fait mal. »



Cette ambigüité du regard porté par l’homme sur les personnages qui l’entourent se transforme rapidement en malaise dans l’esprit du lecteur. Envie de rire et envie de vomir alternent sans cesse. On a l’impression de tanguer et ce d’autant plus que l’hôpital est un vrai labyrinthe, une institution dominée par des règles absurdes et une mécanique implacable. Si on ne se choppe pas non plus un mal de tête, c’est un miracle. Finalement, cet hôpital rend plus malade qu’il ne soigne.


« Il est entendu que l’agence doit convaincre le malade de suivre le conseil émis par la salle de médecine générale, mais, si le malade lui-même ou l’un de ses parents peut exprimer sa volonté, il faut en principe la respecter, ce qui fait que le malade, en général, aboutit dans un service tout à fait banal comme ceux des maladies internes, de chirurgie, de psychiatrie. On ne peut pas reprocher à un malade de ne pas connaître exactement sa propre maladie, mais c’est ennuyeux pour ceux qui travaillent dans un service restreint. On en arrive même à des cas extrêmes, où tous les malades hospitalisés ne sont que des médecins et des infirmières qui ont demandé leur admission dans ces petits services par fidélité. »


L’impression de malaise doit sans doute beaucoup à la solitude immense qui règne dans cet hôpital et qui n’est certainement qu’une prolongation de l’inhumanité des rapports entre les êtres humains, tels que la perçoit Kôbô Abé. Cette solitude ne se traduit pas par une isolation mais au contraire par un érotisme très explicite qui aboutit souvent à des scènes de sexe mécaniques, techniques, dénuées de toute émotion et de toute chaleur humaine.


« En réalité, le pénis du médecin de garde devint le soir même un jouet entre les mains des infirmières et si certaines tentèrent de copuler, la majorité d’entre elles s’amusa plutôt à l’aspirer avec un aspirateur ou à essayer de voir jusqu’à combien de feuilles de photocopie il pouvait déchirer, et ainsi le lendemain matin il était réduit à un lambeau de viande ensanglantée qui ne pouvait plus servir à rien. »

« […] il y a des mensonges sociaux comme d’appeler mariage l’annoncement du commencement de la copulation ou de baptiser lune de miel la retraite momentanée pour s’adonner à la copulation, n’est-ce pas ? L’obscénité est soudain occultée, non ? Un acte sexuel ritualisé obtient sans problème un laissez-passer du noyau relationnel. »



Est-ce que tout cela mène quelque part ? Est-ce utile que tout cela mène quelque part ? Pour finir, l’homme ne sait même plus ce qu’il est venu chercher dans cet hôpital. Tout n’était peut-être qu’une machination destiné à le faire se perdre totalement. Et c’est réussi, pour l’homme comme pour le lecteur.


« Au-delà de la mer noire, où les feux des bateaux partis pêcher la seiche clignotent, se dessine, à l’horizon, une demi-lune orange et replète et, toute médiocre qu’elle est, cette image, tant de fois vue, produit en moi une peur inimaginable. »

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyMar 27 Déc 2011 - 10:08

D'autres passages interpellent encore mon attention...
Comme celui-ci qui statue sur la définition de notre "société-malade" :

« L’important, ce n’est pas de prendre en pitié la souffrance d’un blessé, mais d’arrêter l’hémorragie, de désinfecter la plaie et de la cicatriser. C’est-à-dire qu’il s’agit de traiter un blessé non pas comme un homme blessé, mais comme une blessure humaine. Un médecin habitué à ce rapport s’irrite terriblement en voyant un malade qui a un visage humain et, pour apaiser sa colère, le malade essaie de cesser d’être un homme. Le médecin devient de plus en plus solitaire et irascible et s’éloigne ainsi des hommes. Il ne serait pas exagéré de dire que les préjugés contre les malades sont la condition nécessaire qui définit un bon médecin. Mais on peut soutenir également le paradoxe selon lequel cette solitude du médecin est de fait ce qu’il y a de plus humain. Car seuls les hommes, qui du reste démentent le principe de la survie des mieux adaptés, entretiennent parmi eux les faibles et les malades en leur garantissant le droit à l’existence. Ainsi les héros disparaissent et les faibles survivent, vous voyez. En effet, le degré ‘une civilisation peut se mesurer au pourcentage des inadaptés que comporte une société. Il paraît qu’il existe même un spécialiste des sciences politiques (non identifié) qui a défini notre époque comme une « ère des malades, par les malades, pour les malades ». Ne vous plaignez donc pas, en disant que nous vivons une époque malade. En quelque sorte, la solitude du médecin est le droit du malade. Mais si le médecin veut encore échapper à sa solitude, tant pis, il n’a qu’à devenir en même temps malade pour bénéficier du double statut. »



Une vision toujours très mécanique de la sexualité. On ne sait jamais où commencent et où s'arrêtent les fantasmes de Kôbô Abé :


« La démangeaison est une sensation qui, lorsqu’un corps physiologique étranger stagne ou s’accumule aux alentours d’un organisme, appelle sa dispersion au moyen d’une friction mécanique (pour parler en termes plus ordinaires : l’acte de se gratter). D’abord, le mécanisme sensoriel dermatologique, qui a été stimulé par ce corps étranger, produit tout autour une matière qui s’appelle ATC (ma mémoire me trompe peut-être) et, en envoyant un signal à l’encéphale, crée la sensation de démangeaison. Médiatisé par cette sensation, naît le désir de se gratter. Egalement dans le cas de pulsions sexuelles, une matière semblable à l’ATC s’accumule sur la muqueuse génitale. Mais ici, la sensation n’est pas aussi nette que la démangeaison, c’est quelque chose de vague comme une « bouffée de chaleur » ou un « élancement ». Par conséquent, le conditionnement du côté de l’encéphale joue beaucoup. Tant que le conditionnement d’inhibition n’est pas levé, cette bouffée de chaleur ou cet élancement ne risquent pas de se transformer concrètement en acte sexuel. Autrement dit, tant que le surveillant qu’est le noyau relationnel n’a pas la gentillesse d’appuyer sur le bouton, en connaissance de cause, on ne peut pas se sentir une quelconque disposition. »


Et pour prouver encore une fois que ce que livre est plutôt tordu, un dialogue hallucinant entre le narrateur et une petite fille rencontrée à l'hôpital :


« -Pourquoi ta maman est-elle devenue une couette ?
- Tu as entendu parler de la maladie du coton ?
- Non.
- Le coton sort par les pores de la peau.
- Mais ce n’est pas du coton. C’est une espèce de graisse qui s’est transformée.
- Si, c’est du coton. On l’a vérifié dans un laboratoire. […] Comme dans un cauchemar, ça tombe en miettes et ça ne s’arrête pas, ça tombe, ça tombe, ça tombe… Sur la main, il y avait un trou dans la peau de plus en plus large et finalement on voyait les os. Maman disait que ça ne lui faisait pas mal, mais papa s’est inquiété et il a mis du Mercurochrome. Seulement, tu vois, c’était du coton, alors ça buvait tout aussitôt et il fallait toujours en ajouter. Finalement, on en a vidé tout un flacon. Sa main ressemblait à un gant rouge. Si on la mettait contre la lumière, on voyait très bien les os. Le lendemain, on l’a hospitalisée, mais c’était trop tard. Partout, au cou, au derrière, aux oreilles, jusqu’à l’intérieur des seins, elle était bourrée de coton. Le docteur a dit qu’il fallait l’enlever pour l’empêcher de s’étendre ailleurs et, avec papa, on a tous les deux cueilli du coton tous les jours. Ses mains et ses pieds étaient comme des os dans des gants et des chaussettes trop grands pour elle, c’était vraiment horrible. Six mois après son entrée à l’hôpital, le coton a envahi son cœur et la pauvre, elle est morte. On avait cueilli assez de coton pour remplir trois caisses de poêle à pétrole et on en a fait une couette. »



C'est presque mignon...

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyJeu 16 Aoû 2012 - 21:58

Rendez-vous secret

Un homme dont la femme est enlevée un bon matin de bonne heure par une ambulance raconte son étrange enquête au sein de l'Hôpital.

Pas simple du tout de parler du livre. Il faut donc dire d'abord qu'on pourrait le caractériser par des ruptures d'intimité(s) et d'identité(s) dans un kaléidoscope quelque peu kafkaïen (dit le type qui n'a lu que Le Château) en un peu plus pervers. Organisation mystérieuse, règles étranges l'hôpital en question apparait comme un monde presque indépendant avec ses commerces et ses habitations de toutes sortes sur une étendue très vaste. On pense invariablement à une déformation de notre monde selon une tendance paranoïaque : un des éléments clés est un impressionnant système d'écoute et le narrateur suspecte une enquête sur ses pensées politiques. Tout en utilisant une allégorie de la maladie pour tirer, faire dériver la place de l'individu dans la société. Récit qui hésite entre première et troisième personne, notre bonhomme est aussi déterminer qu'il est manipulé pour des raisons qui ne pourront jamais être trop explicites. Il se cramponne à ses capacités physiques et à ses formidables "chaussures de saut" (dont il est représentant de commerce) dans un monde dont le principal centre d'intérêt est le sexe : sous-directeur impuissant et/puis greffé, très jeune fille nymphomane, secrétaire aux comportements déroutants... ça n'arrête pas. Dans cette structure physique de plus en plus infernale on ne sait pas trop si c'est toujours plus ou pas vraiment, possible en tout cas. Et toutes ces confrontations de comportements et d'images sont autant des éléments narratifs que des confrontations réflexes, imaginatives, phantasmées, inhibées ou transgressives... le personnage cherche et fuit à la fois vers un but qui se concrétise sans se réaliser.

On est presque dans un cauchemar ludique et rondement mené. La position de l'individu dans cette atmosphère rigide qui n'est pas sans rappeler les failles d'une vieille salle de bio laisse perplexe, plutôt qu'un monde alternatif critique on peut aussi bien se sentir immergé dans une hyper-réalité dérangeante (une quasi relecture sans masques d'un ordinaire plus ou moins sous pression). C'est une explosion de dérangements. Entre rejet, étude et accompagnement de tendances et de pulsions qui dépassent largement la volonté et la lucidité.

Pour le changement de décor que je recherchais avec cette lecture j'ai été servi après Dos Passos et Traven bien que ces trois là avec leurs différences pourraient partager une motivation et quelques positionnements. Pour la découverte qui me faisait envie après les superbes films de Teshigahara j'ai été servi aussi. En retrouvant mais en prenant du recul le regard extérieur sur l'individu déterminé et traqué par le regard extérieur, cette rupture d'intimité, un doute profond moteur et chaines. Des images troublées de marginalité et de perfection.

Lecture pas vraiment anodine, voyage particulier avec des tas d'images qui bouillonnent, des lieux et des personnalités dépouillées... lecture barge, dérangeante tout en étant ludique ?

Je ne manquerai pas de revenir à l'auteur.


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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyJeu 16 Aoû 2012 - 22:45

Merci pour ton commentaire, Animal.
Il faudra que je retente un livre d'Abbe.
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyJeu 16 Aoû 2012 - 22:57

En relisant le fil en diagonale hier j'ai bien aimé ce petit morceau :
eXPie a écrit:

Citation :
"- [Abé Kôbô] : C'est Monsieur Georges Bonneau qui traduit. C'est un homme déjà âgé, si bien que la traduction n'avance pas beaucoup. Je le regrette un peu, parce qu'on pourrait mieux saisir cette différence entre les films et les livres qui, je le répète, ne peuvent être jugés d'après les films.
Jean Pérol : - [...] Faut-il croire à cette valeur symbolique de vos oeuvres ?
- [Abé Kôbô] : La littérature japonaise a baigné, et baigne encore, dans le naturalisme. Formés ou déformés par lui, les lecteurs sont incapables de lire un roman tel qu'il est. Ne pouvant l'admettre, ils veulent le compliquer. Ils désirent à tout prix y mettre une valeur allégorique. Et je pense que c'est une tendance fâcheuse, très fâcheuse. Maintenant, à propos de mes romans, force m'est de constater que la caméra a passé par-dessus les livres, et que les gens s'en font une idée en fonction de ce qu'ils ont vu au cinéma. Or il y a une grande différence entre mes romans et les films qui en ont été tirés." (pages 201-202).
On est très tenté effectivement de mettre cette valeur allégorique et on pourrait certainement en faire pas mal de choses infernales, mais finalement, et l'auteur y aide tout de même, on peut profiter d'un moment ou d'une vision autre (et choisie, provoquée, construite) et se retrouver au milieu d'un nombre étouffant d'interactions mal définies. Je crois qu'on est obligés de lâcher prise à un moment sans savoir ce que ça donne vraiment et de se retrouver trimballer dans le mouvement du livre. Situation incertaine mais intéressante d'autant que la position de lecteur est choisie.

héhé.

Je suis diablement curieux d'étoffer ma vision de cet univers.

(oui, il faut tenter, en plus c'est très vivant et remuant tout ça, il y a même de jeunes karatekas qui courent dans les cimetières avec leurs boules à zéro et récitent des tables de multiplication avec ou sans œil de verre !)

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyJeu 16 Aoû 2012 - 23:00

animal a écrit:
(oui, il faut tenter, en plus c'est très vivant et remuant tout ça, il y a même de jeunes karatekas qui courent dans les cimetières avec leurs boules à zéro et récitent des tables de multiplication avec ou sans œil de verre !)
Ah, présenté comme ça, c'est sûr que c'est tentant ! rire
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyVen 17 Aoû 2012 - 20:24

C'est vrai que ce livre laisse avec de nombreuses interrogations... dont la principale a été, pour moi : est-ce que ça m'a plu, ou non ?
La lecture laisse une impression déstabilisante mais légère. On ne sait même pas si on peut dire que ça a été une expérience marquante ou qui sera vouée à l'oubli.

animal a écrit:
Il faut donc dire d'abord qu'on pourrait le caractériser par des ruptures d'intimité(s) et d'identité(s) dans un kaléidoscope quelque peu kafkaïen (dit le type qui n'a lu que Le Château) en un peu plus pervers.


Laughing N'empêche c'est pas faux cette référence à Kafka (j'ai lu deux livres de plus de cet auteur que toi, j'ai le droit de confirmer)

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyVen 17 Aoû 2012 - 20:33

colimasson a écrit:
C'est vrai que ce livre laisse avec de nombreuses interrogations... dont la principale a été, pour moi : est-ce que ça m'a plu, ou non ?
La lecture laisse une impression déstabilisante mais légère. On ne sait même pas si on peut dire que ça a été une expérience marquante ou qui sera vouée à l'oubli.
Son recueil Les Murs est un peu comme ça.
Il faudra que je le reprenne, après quelques années. Il est très singulier, au point qu'on se demande ce que ça signifie. Si c'est une accumulation de n'importe quoi (ou bien d'une expérience du genre rêve éveillé, quelque chose de psychanalytique dont on n'aurait pas la clef), ou bien si ça a un sens plus profond (ce qui est bien probable).
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyVen 17 Aoû 2012 - 20:38

Bon courage alors. C'est vrai que ce n'est pas un auteur qui donne l'impression de vouloir conférer un sens à ses textes. C'est peut-être ce qui est le plus déstabilisant d'ailleurs.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyVen 17 Aoû 2012 - 20:41

colimasson a écrit:
Bon courage alors. C'est vrai que ce n'est pas un auteur qui donne l'impression de vouloir conférer un sens à ses textes. C'est peut-être ce qui est le plus déstabilisant d'ailleurs.

Oui, on cherche le sens. On se demande quelle est la part d'expérimentation. D'un autre côté, s'il voulait donner un sens clair à ses textes, il le ferait. C'est donc que le sens n'est pas clair.
C'est la fameuse valeur allégorique dont il parlait, et qu'on ne peut s'empêcher de chercher...
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyVen 17 Aoû 2012 - 20:54

pour le lecture marquante ou pas, si on met de côté l'omniprésence du sexe, qui ne m'apparait pas comme de la provocation, pour se concentrer sur le reste, je trouve qu'on a à travers un récit très factuel le témoignage, en quelque sorte, d'un monde aux réalités extrêmement incertaines (alors qu'il n'a de cesse de se reposer dessus, de s'en construire, nourrir) et bien au delà d'une tricherie des apparences perfides de notre société factice (ou un truc dans le genre). C'est une zone de doute et de possibles et d'une certaine insécurité.

Et ça suppose (peut-être) que l'objet est poussé par une forte imagination donnée de façon brute. Ce qui se trouve ailleurs mais n'est pas forcément anodin. Du moins j'y suis de plus en plus sensible.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptySam 18 Aoû 2012 - 19:02

Jolie cette interprétation des sensations laissée par la lecture. Je suis d'accord avec toi.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyMer 29 Aoû 2012 - 18:03

La femme des sables - dans la traduction de Georges Bonneau.

L'histoire a déja été résumée maintes fois dans ce fil donc je ne m’appesantirai pas dessus. Un homme se retrouve piéger dans un village où les habitations sont au fond de trous fait dans le sable. Les villageois doivent toutes les nuits enlever le sable pour qu'il ne recouvre pas leur maison. Cet homme se retrouve donc enfermer dans une maison avec une femme qui a perdu son mari dans un éboulement.

J'ai tout d'abord trouvé que le style (ou la traduction) correspondait bien à l'atmosphère du livre. Les phrases, à cause de la multiplication des virgules, sont parfois lourdes et assez peu fluides. Il y a une certaine résistance à la lecture, du moins au début qui répond bien à la résistance du personnage, à la fatalité qui semble s'abattre sur lui.
Reste qu'au bout d'une centaine de pages je n'ai plus remarqué cette difficulté stylistique et ai lu le livre d'un trait.

Ce livre est magnifique pour le travail réalisé sur le sable, sur sa description et son utilisation au cours de l’œuvre. J'ai n'ai jamais senti de répétition et ne me suis jamais ennuyé. Chaque passage possède en fait son intérêt et le développement des relations entre l'homme et la femme m'a assez surpris même si a posteriori il est assez compréhensible.

La réflexion s'invite aussi dans le roman à travers la place du travail dans la vie des hommes. On s'interroge aussi sur ce sur quoi se fonde notre vie, notre bien être ou notre recherche du bonheur (ou sur notre but).

La seule chose qui a été un peu dérangeante à la lecture : les réflexions du personnage qui sont parfois assez difficiles à suivre mais cela participe aussi au sentiment que tout échappe à la conscience, au contrôle des deux protagonistes qui apparaissent comme écrasés par la fatalité.

Au final, on lutte contre le destin tant qu'on ne peut y échapper mais, en l'acceptant, une issue de secours s'offre à nous. Il nous est cependant impossible de l'emprunter.
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyMer 29 Aoû 2012 - 20:49

voilà qui donne encore un peu plus envie. et laisse à penser que le film devrait te plaire. (et j'en profite à tout hasard pour suggérer un tour sur le fil Shinya Tsukamoto qui est un autre réalisateur qui pourrait te botter si ce n'est déjà fait).

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 3 EmptyVen 31 Aoû 2012 - 22:57

Je ne connais pas du tout le cinéma japonais donc merci pour les conseils. J'essaierai de regarder la femme des sables et un des films du réalisateur que tu me conseilles à l'occasion.
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