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 Abé Kôbô

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeVen 9 Nov 2012 - 12:42

Mort anonyme

Il s'agit de nouvelles. On ne sait pas vraiment dans chacune tout du contexte, époque, situation exacte du narrateur. Les rapports au groupe, à la normalité sont encore une fois très présent avec force imagination, peur, repli sur soit et une multitude d'impossibilités. On retrouve la tension particulière qui a l'air de faire partie intégrante de l'auteur, une réflexion, une auto-analyse qui s'emballe ou ne saisit plus assez son objet. A côté de ça on profite de nouvelles bien construites avec des mouvements de progression et de retournements très bien amenés et propres à enrichir l'atmosphère comme le propos. On se situe dans un fantastique, surréaliste du moins moderne qui semble prendre solidement racine dans plusieurs courants et qui s'oriente aussi vers une vision acide et précise de mutations du moment. En plus des détresses des personnages il se glisse une mélancolie combative dans ces textes qui constatent une dissolution, qui est à la fois un enfermement, dans le monde vainqueur d'une société rationalisée et consommatrice, normative à l'excès.

C'était donc ressemblant et différent de ma précédente lecture et je n'en apprécie que plus cet auteur. Très vivant, qui mêle sa technique et son esprit clair à dévoiler une vie plus éthérée tout en nourrissant consciemment une actualité indiscutable et nécessaire.

Dans l'ambiance j'ai aussi pensé à la lecture du Faucon de Ishikawa Jun.

Je suis très très heureux de cette lecture !

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeSam 10 Nov 2012 - 22:53

Ça fait envie...
Un extrait en particulier ? Very Happy

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeDim 11 Nov 2012 - 23:05

Extrait représentatif ? dans le fond oui, dirais-je.

Citation :
Les arbres perdirent leurs feuilles, les oiseaux leurs plumes ; l'air sembla s'aiguiser, devint lisse comme du verre. Les passants marchaient courbés en deux, le bout du nez rouge. Les paroles et les quintes de toux gelaient dans l'air, semblables à des nuages de fumée de cigarette, faisant punir les élèves par leurs professeurs et les ouvriers par leurs contremaîtres zélés. Les pauvres redoutaient la nuit tombante et déploraient l'aube. Les hommes vêtus de vestes importées passaient leur temps à nettoyer leur fusil de chasse tandis que les femmes habillées de vêtements de fabrication étrangère se dandinaient trente fois par jour devant leur miroir, en ajustant des fourrures coûteuses autour de leur cou. Les skieurs fartaient leurs skis et les patineurs préparaient leurs couteaux à aiguiser les patins à glace. La dernière hirondelle s'envola au loin et le premier vendeur de charbon se posta au coin de la rue, frottant ses deux mains pour se tenir chaud.
Tous ces signes, accompagnés des changements habituels précédant l'hiver, réfrigérèrent les nuages de rêves, d'âmes et de désirs de part en part jusqu'au jour où ils s'abattirent sur la terre sous forme de neige.
Elle pénétrait dans les moindres anfractuosités et absorbait tous les bruits de la vie quotidienne des rues. Tard dans la nuit étrange et sereine, on pouvait entendre le doux tintement des flocons les uns contre les autres, semblable à celui de minuscules clochettes d'argent dans une pièce insonorisée.
De toute évidence, cette neige de rêves, d'âmes et de désirs cristallins n'était pas ordinaire et les cristaux paraissaient étonnamment gros, complexes et magnifiques. Certains avaient la blancheur glacée d'une porcelaine délicate et presque transparente, d'autres possédaient la pâle lueur de petits copeaux ivoire . Il y en avait qui évoquaient la clarté séduisante de fragments de coraux polis. Enfin certains ressemblaient aux plus beaux cristaux de la neige normale, vus à travers un kaléidoscope et agrandis huit fois.
Cette neige était plus froide que de l'air liquide : on aperçut un flocon tomber dedans et se vaporiser dans un nuage de vapeur. Sa dureté aussi surprenait.
Lorsque les automobiles roulaient dessus, loin de fondre comme on aurait pu s'y attendre, elle crissait sous les pneus et les déchirait en lambeaux.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeMar 13 Nov 2012 - 22:15

Merci...

J'aime bien cette ambiance d'absurdité généralisée caractérisée par la description de ces hommes et femmes qui s'évertuent à des actes observés avec une telle distance, un tel recul, qu'ils semblent agir comme des automates... ce que j'avais déjà remarqué dans les autres livres de Kôbô Abé (mais est-ce aussi d'une manière générale caractéristique de la littérature japonaise ?)

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeMar 13 Nov 2012 - 22:21

il y a d'autres cas dans ces nouvelles (ou dans rendez-vous secret) qui sortent complètement du cas de l'automate puisque rien n'est moins planifié ou plus sensitif que leurs actions, non (au moins pour rdv secret donc) ?

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeMer 14 Nov 2012 - 22:42

En fait, c'est plutôt bizarre : les personnages ont toujours l'air d'être surpris par ce qu'ils font. Sur chacun des actes qu'il effectuent, ils ont l'air de porter un regard totalement innocent, si innocent que, justement, on a l'impression que ce n'est pas eux qui ont choisi de commettre l'acte en question.
C'est ce que j'entendais par "automate"...

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeVen 1 Mar 2013 - 22:37

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L'homme-boîte

J'ai retrouvé avec intérêt (en vf) l'univers détraqué et familier de Kôbô Abé avec cette histoire composite. Forcément ?

Voir sans être vu, s'abstraire du monde, sortir... A travers les carnets d'hommes-boîtes, c'est à dire d'homme qui abandonnent leur vie et leur identité pour revêtir une boite sur tout le haut de leur corps, l'auteur déroule une étrange histoire. D'ailleurs ils ne sont peut-être qu'un seul homme-boîte, ou homme tout court.

La boîte, le besoin de se couper du monde tout en y étant presque plus qu'avant, banalisé, implique un rapport relativement conflictuel au monde et aux autres. Dans un japon d'après guerre qui reste diffus le mode de vie authentifié, administratif, factuel, imposé (mais ce n'est pas sur ce sens exact qu'il faut s'arrêter) se disloque au fil des pages et des confrontations, possibles, hypothétiques, réelles ?

On distingue notre homme-boîte, une jolie infirmière et le médecin, faux-homme boîte, faux-médecin ? L'infirmière et ses jambes sont la tentation de la sortie de la boîte, ou la nécessité, mais il y a des tractations. Et encore une fois se développe, tournant autour des marges et une exhibition (et un voyeurisme) un rapport nostalgique à l'intime. Une tristesse avec des pointes d'agressivité, de peur. Et il se pourrait que la situation se retourne que le besoin et la fin ne devienne la cause.

Sur des fils de pensée inquiets le lecteur suit la bizarrerie, la cassure, de près. Et l'expérience ne serait pas la même sans la particulière dissolution de l'identité vers ses ombres anonymes. Il y a un phénomène de peuplement de l'anonymat et du banal plutôt formidable dans cette écriture abrasive pour âmes usées.

C'est difficile d'esquisser à son tour ce qu'on peut voir apparaitre dans cet univers tourmenté et vivace, au travers des collisions de fragments identitaires venus du substrat collectif.

L'Homme-boîte est moins 'frappé' (éventuellement déconcertant ?) que Rendez-vous secret mais la fébrilité, l'oscillation à deux doigts de la liberté d'un repos possible pourrait y être plus directement sensible. Ceci pourrait faire pencher le lecteur qui contemple les paysages et instantanés mouvants de ce monde du côté de l'addiction.

Pour tenter une comparaison incitative j'évoquerai un collage, c'est-à-dire visuel, fouillis mais précis, clair par fragments et autre chose, et avec les espaces propres à la lecture.

Les photos et leurs légendes poèmes participent de l'effet et de la modernité vivante (et observatrice et anxieuse) du résultat.

C'est assez beau en fin de compte, désarmant au-delà du personnage.

J'apprécie de plus en plus ces lectures.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeDim 3 Mar 2013 - 21:42

Tu réveilles de bons souvenirs de lectures...

J'avais oublié que le livre s'accompagnait de photographies à l'air un peu désuet, et c'est vrai que ça participait au charme de cette lecture déboussolante.
Un ton peut-être plus calme et moins déjanté que Rendez-vous secret, mais plus inquiétant pour le coup.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeDim 3 Mar 2013 - 21:54

plus inquiétant je ne sais pas, moins fantastique (si on considère marginales quelques descriptions de lieux), plus familier ?

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeDim 3 Mar 2013 - 22:31

Abé Kôbô est l'un de mes objectifs de cette année et plus je vous lis plus cette lecture me semble incontournable ! (merci)

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeMer 6 Mar 2013 - 21:50

Hâte de lire ton avis dans l'année... content

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeMer 3 Sep 2014 - 21:22

L'Homme-boîte

Comment faire un commentaire ténu sur ce livre. L’histoire ? Il n’y en a pas vraiment. Un homme qui décide de se mettre une boite sur la tête et de ne pas en sortir. Pourquoi ? Il a ses raisons. Regarder et ne pas être vu, Se protéger. Echapper à la société d’hommes fait tous sur le même moule et se marginaliser tout en restant anonyme, invisible. Kôbô Abé nous pose plein de question sur des hommes qui basculent, mais dans quoi ? la mendicité ? La folie ? Le crime ?

Plus le livre avance, plus les questions qui se posent sont multiples mais dans une prose très distanciée, froide qui amène l’introspection mais pas l’émotion. Les questions sont posées souvent par un nouveau récit dans le récit, sans préliminaires. Il y a un lien conducteur la boite, qui se sépare en plusieurs fils conducteurs et histoires le long de ces fils conducteurs. Les personnages se confondent. L’espace-temps n’est pas fixe.

J’ai été parfois décontenancé par certains aspects qui me sont inconnus et que je ne m’explique pas. La structure du livre était parfois très excentrique, j’aurai pu en rire si j’avais un esprit plus farfelu peut-être. La continuité, certains repères m’ont manqué parfois. Et pourtant je l’ai dévoré, il m’a fait m’interroger et m’a donné envie de débattre. Ce n’est pas une lecture anodine. Au final, j’ai aimé et je suis curieuse de ses autres livres.

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeVen 5 Sep 2014 - 14:09

C'est clair, ça rend curieux...

Par contre, je ne suis pas sûre qu'il n'y a pas d'émotion... je trouve plutôt que c'est une émotion contenue, qui suggère plus qu'elle ne montre (cette émotion-là serait au pathétique ce que la pudeur est à l'érotisme ?)

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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeVen 5 Sep 2014 - 15:01

colimasson a écrit:
C'est clair, ça rend curieux...

Par contre, je ne suis pas sûre qu'il n'y a pas d'émotion... je trouve plutôt que c'est une émotion contenue, qui suggère plus qu'elle ne montre (cette émotion-là serait au pathétique ce que la pudeur est à l'érotisme ?)

Possible, mais on peut ressentir de l'émotion sans que ce soit pathétique....Il y a bien un milieu. Enfin pas obligé en littérature de rester tiède tu me diras...Peut-être en effet que cette émotion contenue ne m'est pas familière.

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Dernière édition par pia le Ven 5 Sep 2014 - 18:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Abé Kôbô   Abé Kôbô - Page 4 Icon_minitimeVen 5 Sep 2014 - 15:15

Abé Kôbô - Page 4 Koboab11 L'homme-boîte

Le regard.
Se cacher. Se montrer.
Un homme se glisse dans une boîte pour échapper aux regards des autres et ne pas exhiber sa laideur.
Exhiber. Cacher.
L'homme-boîte regarde par la fente de son carton. Il ne peut être vu mais lui peut observer : voyeur. Il observe une femme qui se déshabille. La nudité est un autre thème de cet étrange 'roman'. La nudité de la femme est encore rehaussée par les marques rouges de ses sous-vêtements, une nudité encore plus nue. Troublante. D'autant plus troublante qu'elle est vue par un homme au visage masqué, caché, inexpressif. Mais… mais la nudité du corps s'arrête aussi avec ce que le visage de la femme garde d'indéchiffrable. Son expression. Ce qui fait le paradoxe du corps humain : le visage est la partie du corps (avec les mains) qui avance nu dans la vie, qui se présente à l'autre en général sans masque, sans maquillage, sans artifice et pourtant c'est également la partie du corps humain qui est la plus difficile à déchiffrer, celle que l'on peut masquer, maquiller, faire mentir à travers tous les artifices physiques imaginables : grimaces, fards, moues… La nudité trouve alors sa pierre d'achoppement.

Autre paradoxe : porter une boîte sur la tête est remarquable. Même si l'expression du visage est cachée, la silhouette ne peut pas passer inaperçue, le vagabond est forcément vu. Or le narrateur affirme que sa boîte, non seulement le protège des regards et de l'agressivité du monde mais elle le rend également invisible, intouchable, ce qui lui permet de voler régulièrement sur les étals sans se faire alpaguer. L'enrobage du corps dans un cocon grotesque devient alors disparition. Invisibilité.

De cache-cache en corps à corps. De montrer-cacher en exhibition, le narrateur parle aussi de la faillite de la virilité, de l'impossible érection, de cette grotesque situation de l'homme qui peut/ne peut pas assouvir son désir avec le corps d'une femme. L'histoire de l'homme qui a besoin d'un filtre (un carton, un périscope, un appareil photo) pour libérer ses pulsions sexuelles, son désir. Mais il ne peut aller au bout de la jouissance que dans l'humiliation (voir l'histoire de D. qui à elle seule résume, à mon avis, l'ensemble du roman).

A noter d'ailleurs (comme il a été souligné lors de la lecture commune) que chaque texte peut être lu à part, qu'il contient en lui-même l'ensemble des problématiques soulevées et que l'histoire de A. puis de C. et de D. s'emboitent les unes dans les autres tout en gardant leur indépendance.
J'ai d'ailleurs une question : est-ce qu'il existe un B. ? Serait-ce notre fameux mystérieux narrateur ?

Reste les photos et les sous-textes intégrés au corps du texte. S'agit-il des prises de vue et des quelques notes éparses retrouvées près de la dépouille du noyé ? Nous n'en savons rien. Et les photos, comme les textes ne semblent pas apporter d'éléments pertinents pour comprendre le 'roman'. D'où un reste de perplexité.

Pour finir il faut sans doute en passer par le sentiment. Ai-je aimé ? Oui. Beaucoup ? Oui. Vraiment beaucoup ? Oui oui oui. Après un premier temps assez flou j'ai trouvé mon rythme de lecture et de plus en plus de fascination pour la construction emboitée du livre. Et plus j'avançais plus je me trouvais attentive aux détails, à la perversion, au plaisir du dévoilement puis de la déchirure d'un roman des plus étranges et des plus captivants. Je rejoins donc pia dans sa conclusion.

Addictif disait animal .

N.B. : un auteur à rapprocher semble-t-il de Robbe-Grillet (pour l'attention portée au regard) et peut-être à Dürrenmatt pour la complexité narrative (l'impression d'avoir un fil qui se dévide d'une pelote faite de rien mais d'un rien d'une richesse infinie).

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