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 Valentine Goby

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shanidar
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MessageSujet: Re: Valentine Goby   Mer 17 Déc 2014 - 21:23

topocl a écrit:
Comme l'impression que le texte est au service du thème et non l'inverse? Trop de choses à démontrer plutôt qu'à raconter?

Je crois, mais je garde des réserves, qu'en effet, à partir du moment où un auteur veut défendre une thèse, ou ne serait-ce qu'une idée, il perd en spontanéité et prend en quelque sorte un rôle légèrement doctrinale ou 'posé' qui l'empêche d'être en symbiose avec les actions et les êtres qu'il décrit. En même temps cette situation est très complexe, puisque si un auteur écrit c'est que sans doute il veut 'dire', (démontrer) quelque chose. Reste que sans doute il doit se reposer sur son style... (ce qui veut dire que le poisson se mord la queue). D'ailleurs Hugo est loin d'être mauvais dans sa condamnation de la peine de mort avec Le dernier jour d'un condamné.

Affaire de style ou de lecteur, sans doute !

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le mot silence est encore un bruit G. Bataille
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Valentine Goby   Jeu 27 Aoû 2015 - 13:08

Je n'avais pas vu qu'un Parfumé vait lu "Kinderzimmer"!

Je vous livre mon commentaire:

Citation :
De nos jours, Suzanne Langlois, une ancienne déportée raconte devant des lycéens son calvaire. Elle commence son récit, explique que la colonne de femmes marche vers Ravensbrück. Une jeune fille demande à prendre la parole, l'obtient et demande à la vieille femme comment savait-elle que les prisonnières marchaient vers Ravensbrück, comment savait-elle ce qu'il les attendait... là-bas ?
Le grain de sable dans les rouages bien huilés de son témoignage, maintes fois relaté.
En effet, comment pouvait-elle le savoir hormis parce qu'elle relate avec son expérience du Camp de Concentration !
Silence, émotion vibrant de tout son être, Suzanne devient Mila, elle est en terra incognita, elle ne sait pas encore combien sera sombre la nuit qui l'avalera pendant des mois d'internement.
Elle ne pouvait pas savoir où les nazis les envoyaient, aucune d'entre elles ne le savait vraiment.

Lentement, elle reprend le cours de son récit, la fluidité des mots, la force des images. Mila est sur la route, dans la longue colonne et se dirige vers un nulle part angoissant. Elle a peine vingt ans et attend un enfant.

Retour en arrière pour comprendre pourquoi elle est là, dans cet ailleurs qui conduit nulle part, sur une terre inconnue martelée par les souliers de milliers de pieds, millepatte silencieux.
La Résistance, le codage en notes de musique d'informations, la peur au ventre parfois, l'envie de vivre pleinement, la rencontre d'une nuit avec l'homme qui lui laissera un souvenir, un petit être grandissant dans son ventre.
L'arrestation, l'interrogatoire, les discussions chuchotées avec les prisonnières, les encouragements pour tenir puis le voyage en train.

Ravensbrück, à la frontière orientale allemande : un enfer sur terre... « Arbeit macht frei »...Mila passe devant le médecin, une infirmière l'assiste, elle confirmera le mensonge de Mila : la prisonnière n'est pas enceinte.
Le temps se perd dans la nuit des privations, vexations, faiblement éclairée par une ténue solidarité, par de minuscules victoires sur le destin.
Ne pas penser qu'il est difficile de rester des heures debout pendant l'Appel, ne pas désirer se laisser aller, tomber pour ne plus se relever, ne pas regarder les barbelés libérateurs. Penser aux beautés du monde, au lac, non loin du Camp, brillant sous le soleil au fil des saisons, à la toile d'araignée perlée de rosée au petit matin, sur le chemin du Kommando affecté au tri des possessions des "génocidés", mais ça, Mila ne le sait pas encore. Penser aux iris, penser à l'enfant qui grandit en elle. Tenir la main de sa cousine pour ressentir sa force et résister à l'envie de mourir.

Mila désire puis ne souhaite plus sa grossesse : quel avenir ici ? Aucun. Pourquoi espérer quand on assiste aux jeux des enfants prisonniers, imitant les Appels et les injures lancées aux déportées ? Pourquoi espérer quand on sait qu'une immense tente sert de mouroir, de cloaque aux femmes juives ? Parce que.
Seulement, donner la vie est un acte de résistance, de foi en l'humanité, d'espérance dans cette nuit sans fin, celle qui broie les cœurs puis les âmes.

La grossesse de Mila est silencieuse, inaudible, elle frôle l'inexistant. La vie qui ne l'est pas. Le bébé qui n'en est pas un. Mila ne connaît pas son corps : est-ce possible qu'elle soit enceinte ? Ne serait-ce pas une hallucination ? Toutes les prisonnières, au bout de quelques mois, ne saignent plus tant le corps est éprouvé par les mauvais traitements, la faim, la maladie, la peur, le désespoir.
Le bébé est omniprésent, accapare les silences du texte tout en étant absent. Peu à peu Mila s'éveille, perd son innocence devant l'horreur de son destin.

Enfin, il apparaît... dans un silence assourdissant exigé par l'infirmière, prisonnière elle aussi : le silence est la garantie de la survie. James naît un jour de novembre 1944 : bienvenue dans la folie des Hommes.

L'impensable est devant nos yeux : la vie continue malgré l'horreur quotidienne. A cœur du Camp de Ravensbrück, il y a l'infirmerie,au cœur de l'infirmerie... il y a la Chambre des enfants, la Pouponnière... une fragile lumière vacille dans la nuit, une infime lueur pour donner une raison de vivre à Mila, aux femmes meurtries et déshumanisées.

« Kinderzimmer » est un court roman, bouleversant, où la poésie des images côtoie l'abomination d'un quotidien où chacune lutte pour sa propre survie. Une histoire émouvante au milieu de la programmation administrative de l'effacement d'une partie de l'Humanité.
La couverture parle d'elle-même tout comme l'exergue : la nuit ne peut cacher, annihiler les beautés du monde. La nuit ne peut rien contre la lumière intérieure... pourtant, les survivants doivent lutter pour revenir au monde civilisé... Mila à son retour, son bébé dans les bras, retrouve sa famille et doit se taire quand on lui dit combien eux aussi ont eu froid et faim...comment raconter l'indicible d'un monde impensable ? Des années plus tard, quand l'enfant devient majeur et apprend une vérité douloureuse, des années plus tard, devant une classe de lycéens....

« Kinderzimmer » est une lecture qu'on ne lâche pas ou que l'on vit avec des coupures temporelles tant le récit est dur, fort, insupportable souvent, effrayant ... toujours.


NB : Ravensbrück fut le seul Camp de Concentration pour femmes.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Valentine Goby   Lun 4 Avr 2016 - 5:37



Le sorcier vert


aime quel beau texte qu'elle a inventé pour accompagner les illustrations de Muriel Kerba

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Sénèque
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Valentine Goby   Mar 8 Nov 2016 - 7:53

-Un paquebot sur les arbres-



Le roman se passe dans es années 50, les parents de Mathilde tiennent un café dans un village du bord de la Seine, le Balto. L'amour et la fantaisie les animent tous jusqu'à ce jour où l'on découvre la tuberculose au père, puis plus tard à sa femme. Ils sont alors contraints d'entrer dans un sanatorium , laissant leurs enfants démunis et les dettes s'accumuler, privés de la sécurité sociale réservée aux salariés...

C'est une histoire triste, à la fois lumineuse et sombre, portée par le beau personnage de Mathilde déterminée à retrouver le bonheur perdu du Balto, leur dignité bafouée. Comme sur la photo de couverture, Valentine Goby expliquait que cette petite fille captée dans l'élan symbolisait pour elle le saut de son héroïne vers le futur, l'envie de s'élever, de rebondir. C'est aussi le sujet du récit: Issue d'une famille aimante et joyeuse, dont la vie bascule du jour au lendemain, Mathilde est prête à tout. Face au mépris des habitants du village, autrefois leurs amis, et la dureté administrative, elle n'a qu'un souhait: réunir les siens éparpillés dans des familles d'accueil ou confinés dans cette forteresse détachée du monde qu'est le sana. Malgré les privations, la misère, et l'indifférence, elle va se battre et leur redonner, à eux les parias, cette part d'humanité dont ils ont été dépouillés.

L'écriture est simple, sans ambages. Valentine Goby privilégie la pudeur au pathos, la tendresse à la compassion. Tout repose sur le personnage de Mathilde, et lui ressemble. J'ai retrouvé le côté solaire qui émane d'emblée chez l'auteure. Une façon très viscérale d'aborder l'amour filial comme s'ils faisaient tous partie d'une entité.  Poignant!

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simla
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MessageSujet: Valentine Goby   Mar 8 Nov 2016 - 8:14

J'avais adoré "Banquises" son style, sa délicatesse, l'ambiance générale, émouvante sans être larmoyante.

Je vais essayer de trouver ce "paquebot dans les arbres" et d'autres d'ailleurs....

Je suis toujours étonnée en regardant la seule émission littéraire de la télé du nombre d'auteur(e)s talentueux dont on n'entend quasiment jamais parler, qu'ils soient français ou non d'ailleurs !

Toujours les mêmes et pas les meilleurs à mon avis...mais ceux qui vendent le plus sans doute.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Valentine Goby   Mar 8 Nov 2016 - 9:55

merci pour ton commentaire Aériale !

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Valentine Goby   Mar 8 Nov 2016 - 16:01

simla a écrit:
J'avais adoré "Banquises" son style, sa délicatesse,  l'ambiance générale, émouvante sans être larmoyante.

Je vais essayer de trouver ce "paquebot dans les arbres" et d'autres d'ailleurs....

Bien d'accord, Simla. Son écriture est délicate sans être larmoyante, on sent une force derrière tout cela.

Bédoulène a écrit:
merci pour ton commentaire Aériale !

De rien, Bédoulène. Je suis sûre qu'il te toucherait...
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