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 André Brink [Afrique du Sud]

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Chouette
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Chouette

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeMer 17 Aoû 2011 - 17:14

Alors là surpris pas du tout d'accord avec Mimi : j'ai passé un an dans ce pays, au temps de l'apartheid, je ne suis peut-être pas objective mais pour moi André Brink est un grand écrivain...avec peut-être un style journalistique...

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odrey
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeMer 17 Aoû 2011 - 18:51

Citation :
(Existent toujours ?)

Mais non! T'as pas vu aux infos ce matin que désormais tous les humains s'aimaient et se tenaient par la main?
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Harelde
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeVen 9 Déc 2011 - 10:58

Le Mur de la Peste

La narratrice, Andrea, est une métisse de mère blanche et de père noir. Après avoir souffert de l’Apartheid dans son pays (elle est rejetée par les deux communautés à la fois), elle fuit en Europe avec son petit ami (blanc). Andrea, partagera la vie de plusieurs européens et vivra à Londres et à Paris durant plusieurs années d’exil. Sans espoir de retour. Ni volonté non plus de revenir dans cet enfer qui l’a banni pour ses amours illicites.
Alors qu’elle visite le Lubéron, Paul, son fiancé, lui envoie Mandla, un militant syndicaliste noir pourchassé par la police sud-africaine. L’homme se retrouve en Avignon contre son gré, obligé de se cacher des hommes qui mettent tout en œuvre pour le neutraliser. L’antagonisme entre l’homme et la femme est immédiat, violent. Il l’accuse d’avoir fuit son pays et ses responsabilités, d’avoir choisit la facilité et le confort de la vie européenne, d’avoir abandonné la lutte. Elle le trouve agressif, fanatique, et aux manières odieuses. De quel droit la juge t-il ? Sait-il seulement ce qu’elle a vécu ?
De village en village, le lecteur se transforme en touriste et suit la quête d’Andrea qui a à cœur la mission de reconnaissance que son fiancé lui a confié : prendre des renseignements et repérer les lieux pour le tournage d’un film sur la peste qui ravagea l’Europe du XVIIIe siècle. Le lecteur est aussi le témoin privilégié des changements intervenant dans les rapports entre les deux personnages. Les confidences qu’ils échangent sur leur vie au pays, ce qu’ils ont espéré, vu, subi. L’amour né sans qu’ils s’en aperçoivent et qui les réunit intimement.
André Brink témoigne sur les atrocités commises dans son pays, les discriminations, l’asservissement des noirs par les blancs, les arrestations arbitraires, les tortures, les nombreuses disparitions soudaines… Sur les liens entre une noire et un blanc qui sont interdits par la loi. L’auteur se sert de la peste pour décrire cette gangrène qui ronge son pays. Cette peste qui devient rapidement métaphorique, la peur et le rejet de l’autre. Ce mur qui court dans la garrigue provençale, bâti pour empêcher la peste de progresser vers le Nord et qui devient le symbole de toutes les fractures sociales, de toutes les injustices.
Un livre très intéressant, un témoignage souvent poignant. Mais un livre que j’ai trouvé longuet. Le personnage d’Andrea ne cesse de s’interroger, de tergiverser. Sur ses amours. Doit-elle dire oui à Paul ? L’aime-t-elle réellement, sincèrement ? Est-t-elle sûre d’encore l’aimer dans cinq, dix, vingt ans ? Qu’a-t-il de plus que les précédents (Brian avec lequel elle a fuit l’Afrique du Sud, Franck, Serge et les autres). Pourquoi lui et pas un autre ? Et ce Mandla qui tombe du ciel et qui peu à peu éveille son patriotisme. Doit-elle rester en Europe ? Doit-elle rentrer ? Un questionnement incessant qui m’a lassé, une intrigue découpée (André Brink mêle les époques avec de continuels retours dans le passé) pas toujours simple à suivre et qui m’a perdu, parfois.

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shanidar
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeJeu 20 Déc 2012 - 8:37

Dans le miroir suivi de Appassionata

Deux nouvelles pour plonger dans l'univers de Brink et surtout découvrir une écriture caméléon.

Dans le miroir reprend le thème archi connu du genre fantastique : un homme se lève, se lave et au moment de se raser découvre qu'il a changé d'apparence. Steve est devenu noir et vit en Afrique du sud. Brink rentre alors dans la tête du personnage et sans jamais chercher à proposer des idées hyper innovantes, parvient grâce à un style et une écriture staccato à gagner toute l'attention du lecteur. Steve n'est pas vraiment un type sympathique, architecte partit de rien, il a beau se défendre d'être matérialiste il ne peut s'empêcher de mettre sans cesse en avant : sa maison, sa porsche, ses réussites architecturales (au profit des blancs), sa manière d'éloigner les clodos, la beauté surexcitante de sa femme, ses exploits sexuels et bien sur l'intelligence de ses deux petites filles... Avec un mélange à la fois subtil et saisissant d'ironie et de tendresse, Brink dessine le portrait d'un homme qui finalement découvre qu'au-delà de son changement d'apparence, non seulement il ne sait pas qui il est mais que les personnes qu'il aime et qui l'entourent ne le savent pas non plus. Evidemment sa transformation physique du blanc au noir l'oblige à faire le bilan de son existence et également à s'interroger sur ce qu'il représente aux yeux des autres. Existons-nous en dehors de toute altérité ? Ce texte lucide, non dénué de sarcasme et d'une note rafraichissante d'empathie se colore peu à peu au rouge de la colère. Et cette colère qui explose dans une scène torride de sexe, est le symbole de la rage de tout un peuple qui s'interroge sur l'altérité et ne trouve d'exutoire au différent que dans la violence.

Cette nouvelle, à elle seule, contient tant d'idées, remue tant de sentiments, énerve tant les sens, qu'il est presque impossible de ne pas y revenir immédiatement après l'avoir achevée.

Dans une toute autre forme stylistique (beaucoup plus classique, plus mélodique, plus harmonieuse) mais en reprenant à nouveau un thème connu : celui de la passion mortifère, Appassionata relate l'histoire de Derek (le prof de piano des filles de Steve) tombant follement amoureux d'une soprano qui se refuse à lui et qui porte en elle les ombres noires de ses ancêtres écossais. Sans être aussi passionnante que Dans le miroir, cette nouvelle permet de découvrir un autre aspect de Brink, plus romantique et féru de musique classique, proche de Poe et des anges du bizarre...

Très intéressante découverte donc, avec un auteur à la plume séduisante et au propos sans fard. Merci à topocl, pour cette invitation.

et d'après l'éditeur, ces deux nouvelles sont à rapprocher de La Porte bleue (commenté par Arabella), les trois récits formant une sorte de triptyque autour de la figure du peintre David Le Roux.

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeJeu 20 Déc 2012 - 10:55

Contente que ça t'ait plu, Shanidar. Elle font combien de pages , ces nouvelles? (la nouvelle, c'est pas ma tasse de thé, mais depuis que je suis sur Parfum, j’ai appris à aimer certains textes courts, même si la nuance est imprécise Very Happy )
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeJeu 20 Déc 2012 - 12:40

135 pages pour Dans le miroir : on a déjà quelque chose de bien construit et 80 pages pour Appassionata qui n'en mérite pas plus, le tout publié par Actes sud dont la typographie est assez aérée (mais là je ne t'apprends rien) et qui ne titre pas nouvelles mais récits (il faudra chercher les nuances). Je pense emprunter La Porte bleue pour boucler le cycle.

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeJeu 27 Déc 2012 - 12:49

André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 A64
L’Amour et l’oubli
Citation :
Présentation de l'éditeur
Chris, un écrivain sud-africain, aborde l'hiver de sa vie. Avant de perdre la mémoire, de ne plus percevoir l'importance des choses ou leur légèreté, avant d'oublier l'absence de son tout dernier amour et la mort si récente de sa propre mère, il revisite les belles années de son passé, évoque les femmes aimées et désirées qui, chacune à sa manière, ont accompagné sa vie d'écriture et de combats politiques - une vie de Sud-Africain blanc, enseignant, écrivain et militant, souvent en danger, emprisonné parfois, et toujours témoin révolté de son temps. L'Amour et l'Oubli est une autobiographie fictive, par le biais de laquelle André Brink rend hommage avec une évidente honnêteté au désir et à l'amour qui ont construit, nourri et régénéré l'homme - plus encore que l'écrivain - dans un pays brûlant de violences et d'engagements, de trahisons, de passions, d'exils et d'utopies.

Trouvé dans une interview :
L'amour et l'oubli était un texte plutôt romanesque. Je racontais là des histoires et des situations que j'aurais aimé vivre. Par conséquent, l'écriture devenait une façon de les vivre. Comme dans tous mes romans, il y avait une part de moi et une autre part imaginaire.

Par moment j’avais l’impression de me retrouver avec John Updike ou Philip Roth qui ont toujours aimé raconter certaines histoires sous cette forme : entouré de femmes qui ont partagé leur vie.

Différence étant que chez André Brink le pays joue un plus grand rôle et puisqu’il s’agit de l’Afrique du Sud, des aspects politiques entrent plus dans l’histoire.

L’écriture m’a bien plu, même autant de pages se lisent assez facilement, mais on ressort avec tout plein d’images et l’envie de le retrouver dans un autre livre.

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeVen 28 Déc 2012 - 10:51

oui, sous des allures assez simple, Brink arrive en partant de situations très classiques à faire intervenir des tas de thématiques très riches, qui ne font qu'entrouvrir les portes vers des réflexions toujours plus denses. C'est très impressionnant, je trouve, cette faculté de montrer l'intime ouvrant sur les fondamentaux d'une vie... sans jamais être pontifiant, ou purement politique ou trop abstrait.

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeVen 28 Déc 2012 - 11:24

shanidar a écrit:
oui, sous des allures assez simple, Brink arrive en partant de situations très classiques à faire intervenir des tas de thématiques très riches, qui ne font qu'entrouvrir les portes vers des réflexions toujours plus denses. C'est très impressionnant, je trouve, cette faculté de montrer l'intime ouvrant sur les fondamentaux d'une vie... sans jamais être pontifiant, ou purement politique ou trop abstrait.
tout à fait d'accord avec toi.. je l'ai mis dans ma liste d'auteurs à retenir pour une prochaine lecture

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeMar 9 Avr 2013 - 22:25

Au-delà du silence

Un livre choc pour raconter à travers le destin plus ou moins fantasmé d'une femme, la réalité de la traite des blanches au tout début du XXème siècle. L'Allemagne a pour colonie une partie de l'Afrique de l'Ouest, dont cette Namibie sauvage, aux peuplades rebelles et indomptables et aux rares palmiers perdus dans un désert rouge, changeant, meurtrier.
Mais ce n'est pas du désert dont il est ici question, même si ce dernier, jouera une grande part dans la partition de ce roman difficile. Difficile parce qu'il dénonce le pire de l'homme, son ivrognerie, son ignominie, sa répugnante manière de se comporter avec les femmes.
Hanna X est l'une d'entre elles.
Une femme.
Envoyée à l'orphelinat de Brême pour y vivre les pires bassesses humaines, de l'humiliation à la flagellation, en passant par le viol et la destruction de ses désirs d'enfants, de ses rêves, de cet au-delà du silence dont elle rêve et qui devient bien vite le désir et le rêve d'un pays d'au-delà des mers, pays de palmiers et de soleil. Havre de paix. C'est pourquoi lorsqu'on lui propose (après qu'elle ait été bonne d'enfants, bonne à tout faire et surtout à satisfaire les désirs pervers de ses employeurs) de partir en Namibie pour poursuivre sa carrière et peut-être se marier, elle signe, les yeux fermés.
Le voyage sera un enfer. La traversée en bateau se soldera par la mort de l'amour naissant. Le voyage en train s'achèvera dans la défiguration, physique et des derniers espoirs.
Hanna X est morte de nombreuses fois, écrit Brink, et pourtant cette femme meurtrie, blessée, perdue, s'est toujours relevée.
Pourquoi ?
Peut-être pour qu'un jour, la haine soit assez forte en elle pour qu'elle se rebelle, s'aventure dans le désert et devienne, non seulement, maîtresse de sa vie mais immensément tueuse et immensément rédemptrice.
Je vous laisse le soin de découvrir ce roman d'une grande violence pour vous faire une idée de la réponse que cette femme offrira à la société qui l'entoure (une société phallocrate, ultra-orthodoxe, raciste et insensée).

Ce roman est très difficile à lire parce qu'il évoque des gestes, des situations, des présences insoutenables et que rares sont les moments durant lesquels Hanna X connaît le répit d'un peu de douceur. C'est comme si Brink avait voulu faire de son personnage une martyre (d'ailleurs il n'a aucun scrupule à la comparer à Jeanne d'Arc) et ce martyr est souvent insoutenable. Poussant à bout sa logique, Brink choisit d'avancer dans une sorte de manichéisme brut, la femme, le noir sont opprimés, l'homme blanc est immanquablement le bourreau. L'espoir est rare. Les scènes violentes légions.
Faut-il reprocher le parti pris de l'auteur ? Je suis bien incapable d'en juger. Parfois, j'ai suffoqué, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser que même si une seule femme ne pouvait pas totaliser la somme des horreurs qui arrivent à Hanna, toutes les femmes qui ont vécu cette ravageuse histoire de la déportation en Namibie, ont connu une partie de ce que raconte l'auteur.
Il ne faut donc pas le taire.
Et c'est bien là tout le travail de Brink : lier Histoire et histoire, en renonçant à tout esprit critique mais en ne cessant de dénoncer le pouvoir des uns et l'humiliation des autres.
Un livre écrit avec les cris d'impuissance de toutes celles qui n'ont jamais pu dire ce qui leur était arrivé.

Un livre que je vais sans doute vouloir oublier mais qui risque de rester longtemps en moi, pour ce qu'il dit de la condition des femmes, des faibles, des peuples namibiens, mais aussi pour sa dénonciation de la foi aveugle quand elle devient abêtissante et aussi pour la dénonciation des rêves de conquêtes (quelles qu'elles soient) qui rendent l'homme hideux.

Là où Dans le miroir est plein de nuances, Au-delà du silence est sans équivoque.

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeMar 16 Juil 2013 - 22:45

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(Photo de Barbara Klemm)

Une saison blanche et sèche (1976-1979)

Un écrivain de nouvelles à l'eau de rose pour un journal raconte un ami de fac perdu de vue. Ben du Toit professeur d'histoire géo en Afrique du Sud. Ce Ben du Toit arraché à la terre par la sécheresse s'entend bien avec Gordon, un noir qui travaille pour lui, et il finance les études de son fils. Un jour au cours d'une émeute ce fils disparait, arrêté par la police puis meurt. Plus tard en cherchant à savoir Gordon meurt. Puis Ben cherche...

Il y a comme un effet de récits empathiques imbriqués, mais sans jamais venir complètement à bout de la différence. La barrière entre les blancs et les noirs notamment, puis quand les choses ont un peu dégénéré entre le mouton noir et sa société. Et ça marche pas mal. Il faut dire que c'est dur, qu'on se voudrait surpris par la naïveté de Ben qui ne croit pas complètement à ce qui se passe au début...

Puis c'est un grand voyage, une découverte sordide certes mais avec de l'espoir. Et parallèlement à cet espoir si ce n'est pas du doute, c'est de la peur, peur de multiples sortes de violence : celle des autorités et celle en retour d'une population vivante sous pression et comme qui dirait niée.

C'est aussi la tension des langues entre afrikaans et anglais (voulu comme langue pour les études par les étudiants manifestants à l'époque), des différences de classe dans la société blanche selon les professions et les origines. C'est écrit assez simplement et c'est très prenant, on tourne les pages par besoin.

Sur la fin au fur et à mesure que les espoirs reculent, que la situation empire et que le propos s'élargit avec la présence de la journaliste et de son père, ça devient plus confus et s'essouffle un peu, avec tout de même le bénéfice en y repensant d'éléments sans doute plus personnels à l'auteur et un rapport plus évident au pays, au lieu.

La fin implacable mais presque ouverte donne l'impression d'avoir lu une fiction politique un peu horrible dans le propos et sincèrement motivée. Alors ça laisse un peu sur sa faim dans la forme (dans le sens où ce n'est pas le texte le mieux ficelé du millénaire et qu'on se demande ce qui est du ressort du superflu) mais cette impression de fiction à l'envers de celle vécu par les personnages (blancs) : ils ne croient pas que c'est si moche et nous croyons que c'est beaucoup de la fiction pose un problème. On lecteur croit sans le croire, le bouquin a été interdit de publication dans son pays et l'histoire est assez documentée (si laisser l'imagination aller concrètement au pire ne suffit pas quand il s'agit de violence).

Si ce n'est pas très clair je dirai que ça donne probablement l'impression d'être faussement simple pendant la lecture si on met de côté une urgence d'actualité (à ne pas forcément négliger ou actualiser).

On connait l'histoire (même si de loin pour l'Afrique du Sud) mais ce genre de lecture apparaitra difficilement inutile et est une forme concrète, moderne, réfléchie d'une pensée, d'une volonté, de sentiments profonds. C'est emballé simplement et c'est assez bien comme ça.

Et merci à Harelde pour ce choix dans la chaine de lecture, c'est le genre de chose que j'aurais pu lire autrement mais dans ce contexte ce n'est pas plus mal, partager (rien qu'un peu) autour de ce genre de bouquin ayant du sens. bonjour

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeDim 7 Déc 2014 - 16:20

Mes bifurcations : mémoires

André Brink a longtemps évité l'exercice autobiographique et choisit de contourner l'exigence d'une linéarité en adoptant une structure éclatée, à la fois plus souple et plus ouverte. De courts chapitres représentent une période, un lien affectif, une réflexion et il faut se laisser emporter par cette somme de morceaux mis bout à bout. Brink souligne avec humilité la difficulté d'appréhender une vie avec ses ruptures, ses contradictions et cherche à se concentrer sur des moments décisifs, des émotions intactes dans le flot des souvenirs.

L'évocation de son enfance est particulièrement dense et Brink insiste avec force sur l'éducation reçue. Il saisit un milieu social afrikaner aux débuts de l'apartheid, déjà replié sur lui-même et envahi par une colère face à soi-même et une peur de l'autre. La violence est enfouie, presque invisible mais omniprésente dans l'ombre de chaque famille. C'est avant tout dans son refus de céder à la figure du père dans son autorité que s'enracine une révolte politique qui va peu à peu s'incarner dans l'écriture.

La naissance du mouvement littéraire des Sestigers, au cours des années 60, est un autre passage important. L'identité afrikaner est alors tellement liée à l'apartheid désormais enraciné politiquement que le choix de conserver la langue afrikaans pour signifier une opposition face au pouvoir, une ouverture vers l'extérieur est un acte sans retour en arrière. Il traduit aussi une interrogation douloureuse face à l'Afrique du Sud, une tension entre attachement et haine qui ne peut trouver de résolution (même si pour Brink, le lien à la terre natale le pousse à rester et à se confronter à la censure, puis à la police).

Brink n'est pas toujours aussi pertinent, notamment sur un plan relationnel car ses développements sont souvent trop rapides, trop chaotiques. Je suis également resté distant face aux derniers chapitres, consacrés à ses désillusions face à la politique de l'ANC au cours de l'après-Mandela. Cette déception est évidemment à la hauteur de son engagement et de ses espoirs de la période de transition, des premiers contacts ANC/afrikaners à la fin des années 80 aux élections de 1994. Ce discours qui le positionne comme spectateur trouve cependant difficilement sa place au sein de ce projet.

Mes bifurcations : mémoires forment ainsi un ensemble passionnant bien qu'inégal. André Brink refuse une cohésion y compris dans le style pour mieux faire ressortir des fragments du passé. Ses intentions sont à la fois une force et une faiblesse mais composent un témoignage d'une grande richesse.
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeDim 7 Déc 2014 - 20:04

Intéressant, je note bien sûr, ton commentaire me donne envie de mieux connaître l'homme Brink, en tous les cas autrement que ce qu'en disent les résumés biographique des éditeurs. Découvrir l'homme engagé derrière ses romans engagés, en particulier son enfance en milieu afrikaner me rend curieuse. Et puis la forme a l'air peu ordinaire. Merci Avadoro.

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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeMar 6 Jan 2015 - 18:23

Philida

André Brink s'empare d'un morceau de son histoire familiale en imaginant le récit de Philida. Esclave au cours des années 1820 dans la propriété de Zandvliet (proche du Cap), elle a eu plusieurs enfants du fils de son propriétaire, François Brink. La promesse d'un affranchissement est oubliée lorsque Cornelis Brink organise un marriage arrangé pour son fils, poussant Philida à porter plainte.

Le contexte historique est passionnant et André Brink exprime à quel point la vie dans un domaine agricole représentait un monde replié sur lui-même : le maître représente une autorité absolue mais les relations illégitimes sont nombreuses, révélatrices d'une violence enfouie et d'un mélange renié. La mère de Cornelis Brink, proche de Philida est elle-même une esclave affranchie, soulignant la complexité de l'héritage de chaque génération. A l'aube des années 1830, les Britanniques sont sur le point de proclamer l'abolition de l'esclavage dans la colonie du Cap et la position des Brink devient celle d'une impuissance, d'une négation de soi et de ses actes.

Je n'ai par contre pas été sensible aux choix stylistiques de Brink, mêlant plusieurs voix (de Philida à François et Cornelis Brink) au fil des chapitres et créant finalement de la confusion. Parfois distante, puis dans l'emphase dramatique, la narration ne trouve pas à mon goût de continuité.
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitimeSam 7 Fév 2015 - 12:05

Il est décédé hier:

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/02/07/l-ecrivain-sud-africain-andre-brink-est-mort_4571955_3212.html

Je le lisais depuis les années 70: une grande plume contre l'apartheid
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MessageSujet: Re: André Brink [Afrique du Sud]   André Brink [Afrique du Sud] - Page 2 Icon_minitime

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