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 Nosaka Akiyuki

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sousmarin
Zen littéraire


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MessageSujet: Nosaka Akiyuki   Mer 31 Jan 2007 - 19:58




Un dessin animé, « Le Tombeau des lucioles » d’Isao Takahata, qui est de très grande qualité, a été tiré d’un de ces écrits!

Concernant son oeuvre, j’ai lu ses 2 romans traduit en français : « Les Embaumeurs » et « Les Pornographes ».
Ce dernier est son premier roman (écrit en 1963) et se situe dans l’immédiat après-guerre.
Des « humanistes » deviennent des missionnaires du sexe pour le bien de l’humanité !
Enjoué et insolent en disait Yukio Mishima ; on peut dire qu’effectivement les tabous de la société japonaise de l’époque en prennent pour leur grade et dans la bonne humeur…mais plus que cela il nous montre les futures valeurs de la société japonaise : plaisir facile, rapide et matérialisme…
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Sam 10 Nov 2007 - 9:54

Source plathey.net

en savoir plus sur Nosaka

"La tombe des lucioles" suivi de "les algues d'Amérique"

Ce recueil fait partie de mon défi ABC 2007!


Le récit éponyme du recueil, qui compte deux nouvelles, de Nosaka a inspiré le film "Le tombeau des lucioles" d'Isao Takahata. Nous sommes à Tokyo en 1945, Seita est prostré de faim sur un trottoir, il en est réduit à ne plus pouvoir se déplacer. Seita, 14 ans, se meurt dans ce Japon vaincu qui panse lentement ses horribles blessures. Peu à peu ses forces l'abandonne....Seita ferme doucement ses yeux pour l'éternité. Lorsque l'on découvre son corps, on jette une petite boîte qui s'ouvre et laisse échapper une myriade poussiéreuse rappelant un envol de lucioles.

Nosaka commence alors le récit de deux enfants livrés à eux-mêmes à la mort de leur mère. La fin de la guerre est proche, le dénuement de la population est total et le désarroi des orphelins intense. La guerre a pris l'avenir de ces jeunes enfants: leur père, officier de la Marine, est porté disparu, leur mère a succombé à ses blessures lors d'un raid de B29. Une tante les héberge quelques temps mais très vite, Seita comprend qu'ils sont de trop chez elle. Il y a des scènes très difficiles, notamment lorsque la tante spolie Seita et Setsuko de leur nourriture. Alors, Seita décide de quitter ce foyer inhospitalier pour se refugier dans une grotte, à l'écart de la ville. Ils vivent d'expédients divers, se partagent le peu que grapille Seita, la nuit. Setsuko, lentement dépérit, lentement s'étiole, serrant encore sa poupée contre son coeur et admirant le vol des lucioles, lumières papillonnantes dans le noir de la grotte. Ces lumières vivantes sont fragiles...si on les serre trop au creux de sa main, elles s'éteignent telles les allumettes de la petite marchande d'Andersen.
Les jours défilent, plus douloureux les uns que les autres: Setsuko n'est plus que l'ombre d'elle-même, usée par les assauts des parasites dans sa chevelure. Un jour, elle s'éteint, petite luciole pâle: la faim a eu raison de sa volonté. Seita, après lui avoir rendu les ultimes hommages, part à Tokyo tenter sa chance....mais il rend les armes quelques heures avant que le gouvernement japonais ne promulgue une loi en faveur des orphelins de guerre.
Une histoire poignante servie par une plume qui sait, très sobrement, en une seule phrase concentrer les odeurs, les couleurs et des dialogues.

Nosaka suscite avec des mots percutant, parfois triviaux, des images d'une tendresse infinie entre un frère et une soeur qui errent entre les incendies et les ravages de la guerre, tenaillés par la faim, cette faim qui lentement tue. Les expressions et les mots d'argot transfigurent le texte et le rendent encore plus poignant: certaines images sont insoutenables et d'une immense charge émotive (les lucioles ensevelies par Setsuko, les rapines découvertes de Seita qui se fait tabasser (il n'y a pas d'autres mots) par des adultes, des adultes aveuglés par la faim, la peur et le désarroi, l'agonie de Seita sur le trottoir ou encore la manière dont on se débarasse de la pauvre dépouille. La guerre rend les hommes aveugles et sourds aux détresses d'autrui....surtout lorsque la débâcle balaie toutes les certitudes de puissance et de suprématie.

------------------


"Les algues d'Amérique" est un récit en apparence plus léger: il y a de la dérision, du rire dans cette famille japonaise dont l'épouse admire l'Amérique. Cependant, très vite, le vernis de la rigolade se fissure pour montrer le traumatisme vécu par les jeunes japonais suite à la défaite de leur pays puis à son occupation par les forces américaines. Toshio est incapable de s'exprimer en anglais devant un Américain tout en étant fasciné par l'Amérique: les mots ne sortent pas. Aussi lorsque sa femme Kyokô lui annonce l'arrivée chez eux d'un couple d'Américains, les Higgins, rencontrés à Hawaï, c'est un peu la panique et c'est un regard tourné vers un passé qu'il aimerait oublier.
Le lecteur vit l'arrivée des troupes américaines au Japon, les GI's jetant tablettes de chocolat et de chewing-gum aux japonais affamés, leur installation dans le pays et leurs relations avec les jeunes filles et jeunes femmes japonaises qui se vendaient pour ne pas mourir de faim. Il suit Toshio récupérant un des colis parachutés, l'ouvrant et découvrant qu'il ne contient que des tablettes de chewing-gum (ça ne cale que provisoirement la faim) et une étrange denrée aux allures d'algues. On a beau la cuire, l'eau devient rougeâtre ou marron, mais cette algue demeure toujours aussi dure. Il s'avère que cette étrange chose est du thé, consommé d'une manière plus qu'exotique pour un Japonais!
Les souvenirs de Toshio amène le lecteur dans les salles de classe, pendant la guerre, où des cours d'auto-défense et d'anglais sont donnés....un moment où on ne peut s'empêcher de sourire: Toshio se rend compte, a posteriori de l'énorme différence de taille entre les Japonais et les Américains (qui sont en moyenne 20 cm plus grands!) et ironise en pensant que de ce fait le Japon ne pouvait être vainqueur! Le traumatisme fait surface d'une manière poignante et inattendue lors d'une séance de voyeurisme organisée dans une maison de plaisirs où un couple japonais célèbre pour ses exhibitions pornographiques (l'homme est connu pour avoir un sexe de belle taille) se produit. Seulement, l'homme est de la même génération que Toshio et devant Higgins, il ne parvient pas à assurer le spectacle!

"Tous ces souvenirs le submergeant comme s'ils dataient de la veille, il y avait de quoi vous rendre impuissant, mais ça, Higgins ne le comprendra jamais! Il n'y a que les Japonais de ma génération qui peuvent comprendre....Tous les autres, ceux qui savent discuter posément avec des Américains, ces types qui ne perdent pas la tête en se retrouvant au milieu d'eux une fois là-bas, ceux qui ne se mettent pas sur la défensive dès qu'il y en a un qui entre dans leur champ de vision, qui n'ont as honte de leur anglais, tous ceux qui peuvent les dénigrer, ou les porter aux nues....ceux-là ne peuvent pas comprendre l'Amérique de Kitchan, c'est à dire l'Amérique qui est en moi." (p 138)
Ce qui peut sembler être drôle n'est que triste ironie du sort! L'apothéose est atteinte lorsque Higgins prétexte un rendez-vous à l'ambasse américaine pour ne pas partager un plantureux repas avec Toshio et Kyokô qui se retrouvent seuls à manger....jusqu'à la nausée. Les algues d'Amérique sont bien difficile à avaler.

------------------


Nosaka peint le menu peuple, les faibles, les laissés pour compte, les insignifiants afin de mieux ironiser sur la bonne société japonaise. Il est le chantre de la culture des opprimés, des petites gens, des petites et grandes frustrations de la vie quotidienne. Pour cela, il utilise un langage familier, parfois vulgaire, des tournures argotiques ou des images un peu lestes (il est l'auteur de "Les Pornographes") pour magnifier les splendeurs et misères du menu peuple et tourner en dérision les élites.
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Sam 15 Déc 2007 - 15:43

La tombe des lucioles / récits traduits du japonais par Patrick de Vos et Anne Gossot / Editions Philippe Picquier


(Même s'il est difficile d'écrire et de rajouter quelque chose à la très belle critique de Chatperlipopette, je me lance pour vous parler de ce livre que j'ai énormement aimé)

Ce volume contient deux longues nouvelles, La tombe des lucioles et Les algues d'Amérique. Les deux évoquent la période de la fin de la deuxième guerre mondiale, la défaite du Japon et l'occupation par les troupes américaine. Mais surtourt les souffrances et les privation vécues pendant cette périodes par les civils, surtout femmes et enfants,la mort qui arrive par les bombardements puis par la mulnutrition et autres privations.

Le premier récit se situe au moments de ces évenements, le second des années plus tard, mais même pour les survivants, qui en apparence ont réussi, la trace de ce qui s'est passé est indélébile.

Les évenements décrits sont tragiques et même atroces, mais l'écriture de Nosaka est pleine de pudeur, comme ses personnages, qui ne reprochent rien à personne, mais se contentent d'essayer de survivre, et acceptent le pire, même la mort avec une sorte de dignité douloureuse.

C'est un livre qui laisse une très forte impression sur le lecteur, on ne peut rester indiférent à ce que nous raconte l'auteur, et qui est en partie autobiographique, Nosaka a aussi perdu sa mère adoptive et sa soeur comme Seita, le héros de La tombe des lucioles, même s'il a eu la chance de retrouver son père et de se voir sauver de la mort.

Une lecture poignante, qui me donne envie de continuer à lire d'autres livres de Nosaka, et d'explorer cette prose en apparence dépouillée, mais extremement porteuse d'émotion et de sensiblité, caractérisée par une poésie discrète mais riche.

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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Sam 15 Déc 2007 - 17:14

Citation :
Nosaka a aussi perdu sa mère adoptive et sa soeur comme Seita, le héros de La tombe des lucioles, même s'il a eu la chance de retrouver son père et de se voir sauver de la mort.

J'aime bien les belles histoires, alors voilà : ses parents adoptifs sont morts pendant l'été 45, oui... mais ce n'est qu'à cette occasion qu'il a découvert qu'ils n'étaient pas ses vrais parents, qu'il avait été adopté. A 14 ans, sans parents, sans racines, dans un monde en ruine...

Akiyuki a ensuite fait du marché noir pour survivre (un peu comme tout le monde, j'imagine), puis a été mis en maison de redressement.
Et c'est seulement à ce moment-là que son vrai père est venu le chercher. Eh oui, le vice-gouverneur de la province de Niigata, c'est papa !
Sympa, non ?
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Sam 15 Déc 2007 - 23:01

eXpie a écrit
Citation :
J'aime bien les belles histoires

C'est vrai que c'est une belle histoire, et si on la trouvait dans un livre on penserait que ce n'est pas possible, que l'auteur exagère pinocchio

Je constate à nouveau que tu es incollable sur les auteurs japonais, c'est bien agréable que tu nous donnes toutes ces informations.

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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Dim 6 Déc 2009 - 14:07

La tombe des lucioles

Après le très bon commentaire de Chatperlipopette, je ne sais pas trop quoi rajouter à ce bon petit recueil de 2 nouvelles. J'ai personnellement préféré la deuxième, peut-être mieux traduite, je ne sais pas, que la 1ière. Le traumatisme de la guerre est perpétuellement là et comme l'a expliqué Chaperlipopette plus haut, la scène ultime de ce malaise est symbolisé par cette scène porno râtée par la présence de l'américain.
Il y a de l'amertume. De la souffrance, mais aussi de la dérision. Dans la préface est expliqué que Nosaka est un romancier du peuple, au contraire d'un Mishima auquel est attaché un certain élitisme.

En clair j'ai bien aimé mais il y a un je ne sais quoi dans la traduction qui m'a un peu dérangé. Je n'ai pas trouvé ça très fluide.
A lire tout de même.
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Dim 13 Mai 2012 - 22:01


Les Pornographes (Erogotoshitachi, 1963). Roman traduit par Jacques Lalloz. 267 pages. Philippe Picquier.
"« Voilà un roman qui épouvantera le monde. C'est un roman affreusement, impitoyablement insolent, qui plus est enjoué comme un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir...» (Yukio Mishima)" nous dit la quatrième de couverture.

Le roman commence ainsi :
Citation :
"Un de ces petits immeubles populaires bien d'aujourd'hui, un plancher grêlé de trous de noeuds qui grince à tout va avec une agitation inhabituelle, et en cadence les halètements profonds d'une femme à son affaire qui s'envolent en échos. Parfois s'y mêlent quelques paroles.
- Hé, qu'est-ce qu'elle peut bien dire, bon sang ? Y a pas moyen que ça s'arrange un peu ?
D'un mouvement impatienté, Subuyan plongea le buste contre le sol de tatamis et plaqua l'oreille au haut-parleur du magnétophone [...]" (page 5).

On fait tout de suite connaissance avec nos deux héros principaux, Subuya et Banteki.
Nous sommes au début des années 1960, chacun se débrouille comme il le peut pour gagner sa croûte, et nos deux compères ont leur créneau à eux : le porno. Au début du roman, ils enregistrent les moments intéressants que l'on peut entendre chez les voisins, dans cet immeuble mal isolé. Ils tâchent de placer les micros là où l'on entendra le mieux les couples à leur affaire quitte à se "choper une bonne crève, du coup, à passer la nuit à enregistrer" (page 9).
Ils font des montages... Et vendent tout ça.
Mais il faut de la créativité, agrémenter la bande-son de dialogues "réalistes". Ce qu'il veut, le client, c'est du réalisme.
Alors, pour lui en donner, il faut se débrouiller : montages de bande-sons, mais aussi montage de photos. Le réalisme, comme les coiffures artistiquement décoiffées : c'est du boulot.

Citation :
"Banteki devorait du regard des photos de magazines de sumo, comme en proie à une intense excitation. Ça alors ! Depuis quand était-il mordu de lutte ? Explication de l'intéressé : l'expression du champion à cet instant crucial collait au poil sur les mecs des photos pornos [...]" (page 32).

Il faut sans cesse être à l'affût de la nouveauté, précéder le désir du client :
Citation :
"Maintenant que les clients sont de plus en plus connaisseurs, si ça continue à ce train-là, on va en arriver à ce qui arrive aux grandes compagnies de ciné, on va plonger. On a assez distribué de films pour les autres, et pas sans pet d'ailleurs, pourquoi pas continuer avec des films maison cette fois ?" (page 34).
Et en avant la musique !
Ah, les projections de films muets agrémentés de commentaires d'un benshi ! (voir la définition de wikipedia)

Citation :
"Ce que je veux c'est frapper un grand coup, leur balancer en pleine poire un feu d'artifice, à nos affamés du calebar, qu'ils voient ce que c'est que l'érotisme bien compris !" (page 167).

La pornographie, c'est un truc à prendre au sérieux.
Citation :
"Tu sais que dans les pharmacies, les trucs aux hormones et les fortifiants se vendent comme des petits pains, eh ben, mon boulot c'est pas autre chose. T'en as dont le truc est en berne, tout ratatiné, que moi, grâce à mes photos spéciales et mes bouquins, je les aide à redresser la tête encore une fois. Voilà, je rends service, par le fait. Je les compte plus, ceux qui sont venus me remercier jusqu'à maintenant, et ceux qui n'attendaient que ça, tiens, les larmes aux yeux, de se confier à moi. [...]
Initialement devenu pornographe pour se faire de l'argent, il en était arrivé ces derniers temps à considérer cette activité sous l'angle humanitaire." (pages 58-59).
"Bien sûr, on en tire du profit, bien sûr, ça ne vole pas toujours bien haut, mais n'importe, le but de tout ça, dis-toi bien que c'est le salut des hommes." (pages 156-157).

Le livre aborde aussi les limites du genre littéraire. Un de nos héros discute avec Lagratte, éminent auteur d'histoires porno :
Citation :
"Un gus en train de marquer midi, avouez qu'on a pas tous les jours l'occasion de voir ça. Toi, Lagratte, quand t'en décris dans tes bouquins, de quoi tu parles, hein ? de "dard qui se dressa dans un jaillissement d'épaisses nervures noires", de "hampe fine au chef lourd qui, tirée au clair, se cambra dans une vigoureuse saillie", mais c'est ringard, ces expressions, si tu veux mon avis." (page 134).

Prospection de la clientèle, arnaques en tous genres, mise en place de grands projets... et l'intervention de la police plane toujours comme l'épée d'un Damoclès samouraï...
Il y a beaucoup de burlesque.
Donc, on rigole... mais plus ou moins : on rit parfois à défaut d'autre chose. Le début donne le ton, avec ses quelques descriptions de gens morts brûlés pendant les bombardements : un passage se finit par "[...] et aujourd'hui encore une chose qu'il ne pouvait supporter, c'était la vue d'un poulet rôti" (page 16).
C'est drôle, mais le fond est triste. "enjoué comme un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir", écrivait Mishima : c'est bien ça.
"La chair est triste, hélas" : c'est bien connu.

Le texte français de Jacques Lalloz est très bon, savoureux, si je puis dire.

Ce roman a été adapté par Imamura Shôhei en 1966.
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Mer 2 Oct 2013 - 23:10

   

Le Dessin au sable et l'apparition vengeresse qui mit fin au sortilège (Sunae shibari gonichi no kaidan, 107 pages, Editions Philippe Picquier, récit traduit par Jacques Lalloz). Maintenant disponible également en poche. J'en profite pour poster quelques lignes écrites il y a pas mal de temps.

L'histoire se déroule à l'Epoque d'Edo. Le style est beaucoup plus sage que dans La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés. Une geisha part, avec sa fille, à la recherche du père de cette dernière. Le père était parti sans savoir qu'il allait avoir une fille. Mais comment le retrouver ?

C'est une histoire fantastique dont on a peine à deviner le cheminement, parfois on se demande vraiment comment l'auteur va faire pour continuer... mais il y parvient. La vengeance, néanmoins, est un peu facile, car il est très aisé pour un être surnaturel disposant de pouvoirs quasiment infinis d'exercer les représailles de son choix.

Quelques scènes étonnantes même pour lecteurs blasés (certains passages sont assez "explicites", notamment lors de la mise en application d'une méthode destinée à rendre aux hommes leur virilité perdue...).

J'aime bien.


Dernière édition par eXPie le Mer 2 Oct 2013 - 23:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Mer 2 Oct 2013 - 23:14

Juste au-dessus, je parlais de La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés.
Je me permets de mettre ici une petite notice que j'avais écrite il y a bien longtemps de cela, à une époque où je savais être concis.



La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés (125 pages, Editions Philippe Picquier, deux récits traduits par Corinne Atlan).
La Vigne (Honegami Toge Hotoke-Kazura, 1967) est une histoire incroyable, excessive, qui zigzague sans qu'on puisse deviner où elle va mener. L'histoire est un long flash-back qui commence sur la description d'une mine de charbon, des baraquements et de la faune qui y travaille. Une vigne fascinante avec de jolies fleurs pousse sur les tombes...
Takao, la fille du propriétaire de la mine, est fascinée par ces fleurs, elle aimerait en avoir dans son jardin. Son frère, Setsuo, bravant pour elle l'interdit paternel, lui en apporte, mais la vigne dépérit. Pourquoi ?
Citation :
"Setsuo inspecta soigneusement le cimetière, et quand il fut convaincu que la plante subsistait effectivement en dévorant le sang et la chair des morts, il se dit que s'il racontait cela à Takao, elle renoncerait enfin à son projet." (page 34).
Le lecteur, lui, n'en est pas certain.
Citation :
"Il se réveilla au beau milieu de la nuit, s'aperçut qu'elle n'était pas dans son lit, et descendit dans le jardin, comme à l'appel d'un fantôme, en proie à un étrange pressentiment. A la lumière de la lune, qui éclairait le jardin comme en plein jour, le feuillage rouge des érables semblait une mare de sang. Poursuivi par le bourdonnement assourdissant des insectes d'automne, Setsuo s'avança d'un pas chancelant vers le buisson d'acanthes : Takao, accroupie, creusait un trou dans la terre d'une main mal assurée" (page 37).
Suivent des scènes assez ahurissantes, qui elles-mêmes sont quasiment peu de choses en comparaison de la suite. L'auteur va assez loin dans certaines scènes, on peut dire...
Vraiment très bien, donc, pour peu qu'on ne se formalise pas de certaines scènes qui peuvent sembler dépasser la mesure !

Le récit suivant, La Petite Marchande d'Allumettes (Macchi-Uri no shojo, 1969) est de moindre envergure
C'est l'histoire d'une pauvre fille un peu simple qui est amenée à se prostituer, avec la bénédiction de sa mère, de préférence avec des hommes mûrs, car ils lui rappellent son père, qu'elle n'a pas connu.

L'auteur n'y va pas de main morte dans le sordide, l'histoire est un petit peu démonstrative, mais néanmoins pas mal du tout.
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Jeu 10 Déc 2015 - 18:40

Citation :
Akiyuki Nosaka, indomptable écrivain japonais aux multiples facettes, connu en France pour sa nouvelle autobiographique La Tombe des lucioles ou Les Pornographes, s'est éteint le 9 décembre 2015 à Tokyo, au Japon, à l'âge de 85 ans.
Lettre de France culture du 10/12/2015.

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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Jeu 10 Déc 2015 - 18:58

églantine a écrit:
Citation :
Akiyuki Nosaka, indomptable écrivain japonais aux multiples facettes, connu en France pour sa nouvelle autobiographique La Tombe des lucioles ou Les Pornographes, s'est éteint le 9 décembre 2015 à Tokyo, au Japon, à l'âge de 85 ans.
Lettre de France culture du 10/12/2015.
Merci !Je pensais qu' il était déjà mort ! Ses livres sur l' après-guerre sont interessants.

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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Jeu 10 Déc 2015 - 22:36

J'ai trouvé que ce qui ne se passe pas dans l'après-guerre aussi est intéressant.
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MessageSujet: Re: Nosaka Akiyuki   Jeu 10 Déc 2015 - 23:30

Pour le plaisir, un peu de publicité pour l'alcool Suntory Gold avec Nosaka Akiyuki



L'abus d'alcool, etc.
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