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 Ludmila Oulitskaïa [Russie]

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shanidar
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 26 Juil 2013 - 13:28

Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Oulits10 Daniel Stein, interprète

De ce livre il faut rapidement évacuer la problématique littéraire : ici pas d'affaire de style mais des lettres retranscrites, des conversations enregistrées, des extraits de journaux... qui permettent de découvrir un être dont le destin est fascinant : Daniel Stein est né Dieter Stein d'une mère juive polonaise et d'un père juif allemand. Du judaïsme la famille ne pratique pas assidument les principes religieux et le père est de ces hommes fascinés par l'Allemagne, sa culture et sa langue. Ainsi Dieter est-il inscrit dans une école allemande où il apprend cette langue et l'équitation, deux disciplines qui lui permettront de sauver sa peau juive quand les nazis arriveront en Pologne. En effet, grâce à ses talents linguistiques (et alors qu'il vient de jeter son étoile jaune pour fuir) Dieter est engagé comme interprète par la Gestapo. Sa situation au sein de l'appareil policier de la ville de Emsk lui permettra de sauver la vie de 150 juifs (et sans doute un peu plus)... Découvert, il se cache dans un couvent auprès de nonnes qui lui parlent du Christ. Survient alors dans la vie de Dieter, une illumination, une révélation, une grâce, lui qui estime que sa vie a été bien souvent sauvée par des circonstances miraculeuses, il choisit de donner sa vie au Christ. Il se convertit puis à la fin de la guerre, il entre dans les ordres et devient prêtre.
L'histoire de Daniel Stein ne s'arrête pas là. Car non seulement il décide de partir en Israël, terre juive mais il veut y construire une église catholique rassemblant les différents chrétiens sur place (musulman, israélien et émigrés catholiques). C'est alors, finalement, que Daniel Stein rencontre les pires difficultés de son existence pourtant déjà bien alourdie.

Ce livre est d'un immense intérêt. Il se lit extrêmement facilement, à travers les témoignages directs de ceux qui connurent Daniel Stein (de son frère à ses ouailles, en passant par ceux qui cherchèrent à s'opposer à son idée d'une Eglise commune). Surtout il soulève d'importantes questions religieuses sur les dogmes, sur les différences entre judaïsme et chrétienté, sur catholicisme et foi orthodoxe, sur la manière dont les hommes vivent le fait religieux et les rituels qui en découlent. Visiter le Saint-Sépulcre à Jérusalem, c'est pénétrer dans cette foire d'empoigne des chapelles ennemies (Eglise orthodoxe de Russie ou d'Arménie, Eglise d'Ethiopie, Eglise de Rome et autres déclinaisons d'une même foi..., la question sous-jacente étant bien réelle : s'agit-il vraiment de la même foi ?). 

Sans jamais faire œuvre de juge, Ludmila Oulitskaïa cherche à comprendre ces différences que le Père Daniel Stein désirait unifier. Des dogmes, cet homme pieux, n'avait que faire, sa volonté était de suivre les commandements et de vivre dignement. Au-delà du religieux, l'engagement de cet homme est précieux.

J'ajoute que ce livre s'adresse à tous, croyants comme non-croyants, sensibilisés ou non au religieux, il soulève une foule de questions importantes qui pourrait peut-être se résumer à une seule : comment vivre ensemble ?

Il met également en scène les problématiques éternelles de la famille : comment comprendre la génération précédente ou celle que l'on a enfantée ? Comment comprendre les engagements des uns et des autres, en direction du communisme comme de l'athéisme ou d'une foi qui n'est pas celle offerte au début de son existence ? Comment ne pas se renier malgré le temps qui passe ? Comment tenter de comprendre la foi, les gestes, les renoncements des uns et des autres ? Touchant à toutes les questions humaines (de l'homosexualité à la ferveur religieuse, du terrorisme à toute forme de militantisme) ce livre brasse la vie à pleines mains. 

Merci à Maline de m'avoir conseillé la lecture extrêmement enrichissante de ce livre aux thèmes œcuméniques et qui permettent de mieux comprendre les problématiques religieuses (et pas seulement en Israël puisqu'une grande partie de ce livre se déroule en Europe de l'Est, privée de religion par le pouvoir soviétique). Mais au-delà de tout, ce livre parle du destin d'hommes et de femmes, ceux qui font le monde, ceux qui cherchent à le rendre meilleur ou du moins qui permettent de mieux le comprendre.

Ce livre brille par sa tolérance et sa volonté d'éclairer le monde à la lumière d'une intelligence ouverte à l'Autre, éminemment humaine.

Une photo de Daniel Stein (en réalité Daniel Rufeisen que Ludmila Oulitskaïa a rencontré) :

Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Daniel10

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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 26 Juil 2013 - 17:13

Magnifique commentaire Shanidar ! Comme d'habitude oserais je dire ... dentsblanches 
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeMar 2 Sep 2014 - 15:01

Le chapiteau vert

« Avec ma gratitude, à la mémoire de tous les gens réels aujourd'hui disparus qui se tenaient derrière mes personnages, ceux qui ont été irréprochables et ceux qui ont trébuché en ces temps meurtriers, ceux qui ont tenu bon et ceux qui n'y sont pas parvenus, les témoins, les héros et les victimes, dont le souvenir restera pour les siècles des siècles. » (Ludmila Oulitskaïa)


Si le premier roman de Ludmila Oulitskaïa que j’avais lu (Sonietchka) m’avait semblé assez terne, il n’en fut pas de même de ce dense et captivant dernier roman de l’auteur édité en France en mai 2014 : Le chapiteau vert. (Ed. Du monde entier, Gallimard).

Je dois dire que j’y ai trouvé beaucoup de ce qui  compte pour moi : l’amitié, la littérature, la musique…Et une histoire qui s’inscrit sur le fond d’une période que j’explore depuis quelques temps à travers la littérature. C’est d’ailleurs ce qui avait attiré mon attention sur ce roman lors de sa récente sortie.

C’est l’histoire de trois garçons, Ilya, Sania et Micha qui, à Moscou, au lendemain de la mort de Staline en 1953 vont se rapprocher car ils sont tous trois mis un peu à l’écart par leurs camarades. Ilya est pauvre. Sania est musicien et fragile. Micha est un orphelin juif. A leur groupe, réuni dans une belle amitié qui les liera toute leur existence, ils donneront plus tard un nom : le  « Trianon », pour la beauté du mot.

Le soviétisme n’est pas mort avec Staline et, devenus étudiants, les trois amis auront un temps, pour accompagner et guider leur jeunesse, l’influence d’un professeur de lettres, Victor Ioulevitch. Elle sera déterminante. Bien au-delà du programme scolaire, il leur parle de poésie et les emmène en visite dans Moscou en des lieux marqués par l’histoire littéraire :

« Il avait un poème sous la main pour toutes les occasions de la vie absolument toutes ! »

« C’est ici que Mandelstam descendait chez son frère…Voilà la pharmacie dans laquelle Elena Sergueïevna, la femme de Boulgakov, venait chercher les médicaments pour son mari… »

« Nous étudions la littérature ! déclarait-il sans arrêt, comme si c’était une nouvelle toute fraîche. La littérature est ce que l’humanité possède de meilleur. Et la poésie est au cœur de la littérature, la concentration suprême de ce qu’il y a de meilleur au monde et dans l’homme. »

Pour Victor Ioulevitch, cela ne se terminera pas bien mais ce qu’il a semé dans l’esprit de ses élèves, garçons et filles, fera son œuvre. Ainsi nos trois amis, chacun dans leur domaine, vont devenir des dissidents par amour de la littérature où ils ont trouvé une « vérité supérieure ». Ainsi dans les écrits de Soljenitsyne, comme de ceux d’autres écrivains et poètes, dont les livres circulaient sous forme de feuilles volantes, recopiés à la main ou à la machine et circulant sous le manteau :

« Il était impossible de s’opposer à ces feuillets, c’était une vérité écrasante, nue et terrible sur soi-même, sur son pays, sur le crime et le pêché. »

« Pour ceux qui avaient perdu tout ce qui faisait leur vie avant la guerre (les conservatoires, les bibliothèques, les sciences et les littératures), qui avaient connu les baraques et les hôpitaux des camps, soigné avec rien, tout et n'importe quoi - c'était cela, le bonheur : se retrouver la nuit tous les deux tous seuls, dans le silence d'un minuscule appartement bien à eux encombré de livres et de disques, au chaud et le ventre plein. »

Ilya sera  photographe puis choisira l’exil.
Micha s’exposera en se consacrant au samizdat (littérature interdite qui circule clandestinement, auto-éditions ou rééditions sous la forme de manuscrits dactylographiés et photocopiés).
Sania lui deviendra musicologue.

Autour d’eux, Ludmila Oulitskaïa met en place toute une galerie de personnages, fictifs ou ayant bien existé (Iouri Daniel, Iouri Lioubimov, Iossif Brodsky, Andreï Sakharov, Alexandre Soljenitsyne, Andreï Siniavski…). On pourrait s’y perdre mais cela n’arrive pas car l’écrivaine est une grande conteuse.
A travers tous ces portraits, c’est le visage d’une époque terrible, d'oppression et d’ arbitraire, qui se dessine (des années 50 aux années 90) et aussi toutes les facettes du visage humain dans ce contexte, des plus belles aux pires. L’engagement, le courage et la lâcheté, l’espoir et la désespérance qui conduit à l’exil ou au suicide. La solidarité et la trahison…Et la vie qui continue malgré tout…

Cette époque est celle de la romancière Ludmila Oulitskaïa. Elle rend hommage dans ce roman aux chestidessiatniki, les intellectuels dissidents qui se sont dressés contre le système, à leur courage et à leurs destins dramatiques. Elle les juge trop oubliés aujourd’hui en Russie, voire discrédités par le pouvoir.

C’est un rêve d’Olga, peu après la mort d’Ilya son mari en exil, qui donne le titre à cet ouvrage. Elle a rêvé d’un chapiteau de cirque vert où les gens font la queue pour entrer. Dans la file elle reconnaît les personnes connues dans son existence. Certains sont encore vivants, d’autres morts.

J’ai beaucoup aimé ce beau roman, il m’a passionnée. Il y a en plus du récit et de ce que j’ai déjà évoqué du contexte, une réflexion sur le pouvoir de l’Art, notamment la littérature et la musique.

« Mon Dieu, que de vers ! Que de poèmes ! Jamais la Russie n'a connu une époque pareille, ni avant ni après. La poésie remplissait le vide sans air, elle se transformait elle-même en air. C’était peut-être de « l’air dérobé » comme a dit Mandelstam. La plus haute reconnaissance pour un poète, ce n’était pas le Prix Nobel, mais le bruissement de ces feuillets recopiés à la machine ou à la main, avec des fautes et des coquilles, presque illisibles : Tsvétaeva, Akhmatova, Mandelstam, Pasternak, Soljénitsyne et, pour finir, Brodsky. »



La sonate pour violoncelle de Shostakovitch

« Sur le bureau de Vinberg (un professeur) était posé sur un tas de revues, de lettres et de feuilles grisâtres couvertes d’une écriture acérée à l’accent gothique.
« C’est Daniil Shafran, on vient de me l’apporter. Un enregistrement unique : la sonate pour violoncelle de Shostakovitch composée en 46, dans sa première interprétation. Chostakovitch en personne joue dedans… […]A l’époquel Daniil Shafran n’avait que vingt-trois ans. Un violoncelliste génial, absolument génial...»
« C’était la toute première interprétation. Par la suite, en 1950,  Chostakovitch avait enregistré cette sonate avec  Rostropovitch et l’avait même un peu transformée par rapport à la version originale. »




Concerto pour piano N°23 de Mozart par  Maria Yudina

« Eléna Danilova lui avait raconté un jour une histoire à propos de ce concerto : Staline l’avait entendu à la radio interprété par Youdina et avait réclamé le disque. Ce disque n’existait pas. La nuit même, on avait réveillé Youdina, le chef d’orchestre et la douzaine de musiciens, on les avait emmenés dans un studio d’enregistrement, on  les avait enregistrés et, au matin, le seul et unique exemplaire du disque était prêt. Staline avait généreusement récompensé la pianiste. On raconte qu’il lui avait envoyé une enveloppe contenant vingt mille roubles. Elle avait répondu par une lettre disant qu’elle avait donné l’argent à l’Eglise, et qu’elle allait prier Dieu qu’il lui remette ses crimes. Staline lui avait pardonné. Il avait dit : « C’est une illuminée… »



Le clavier bien tempéré par Samuel Feinberg

« Samuel Feinberg était une pure merveille. Il y avait chez Feinberg une telle tristesse, une telle fragilité, une telle élégance…Comme si la vie tout entière s’était déjà écoulée et qu’il n’en restait plus que ces modulations, des battements d’ailes du papillon, non la chair, mais l’âme de la musique. »

Et ce qui parlera à chacun, à propos de l’amitié qui est aussi le grand sujet de ce roman :

« Nul ne connaît le secret ni la loi de l’attirance irrésistible qui pousse un homme donné vers une femme donnée. […]Mais que faire de l’amitié ? Tous les philosophes du monde placent l’amitié au sommet de l’échelle des valeurs.
[…]
L’amitié n’est pas déterminée par la nature, elle n’a aucun but, et consiste toute entière à partager ses émotions, ses pensées et ses sentiments, et ce, jusqu’à « donner sa vie pour ses amis. » Mais pour connaître ce bonheur, il convient de nourrir l’amitié avec du temps prélevé sur la seule vie dont on dispose. »
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeLun 6 Oct 2014 - 20:45

Le chapiteau vert


Citation :
Peut-être que la beauté sauverait le monde, ou la vérité, ou un truc magnifique du même genre, mais la peur était quand même plus forte que tout, elle détruirait tout, tous les germes de beauté, toutes les pousses de ce qui est magnifique, sage, éternel… Ce ne serait pas Pasternak qui resterait, mais Mandelstam, parce que l'horreur de ce temps était davantage présente chez lui. Pasternak, lui, avait toujours voulu se réconcilier avec l'époque, l'expliquer de façon positive.



C'est d'abord l'histoire d'une belle amitié de collégiens, trois garçons unis par l'amour de la littérature et des arts, fédérés par un professeur charismatique, et qui vont, de près ou de loin, se suivre toute leur vie.

Citation :
Les deux amis eurent l'occasion de se voir longtemps à deux reprises, et se retrouvèrent d'emblée enveloppés par ce nuage d'intimité venu de leur enfance, de leur adolescence. Quand tout, chez votre ami, vous est compréhensible, et que ce qui ne l'est pas suscite intérêt et sympathie.

Seulement,  cela se passe dans l'URSS après la mort de Staline,  après laquelle on s'est demandé si cela allait être mieux, tout en sachant que, de toute façon, « ça ne pouvait pas être pire ».

Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 St10

Les trois garçons, farouchement, lisent, s'instruisent, découvrent.  Des garçons passionnés, simplement nés au mauvais endroit, un endroit où cela les oblige à flirter avec l'interdit.  De plus en plus. Le réseau s'enrichit, des intellectuels et des scientifiques de la dissidence, et peu à peu, le filet se resserre avec ce que cela implique : surveillance, arrestations, incarcération, fidélité et trahison, mise à l'écart et émigration.

Citation :
Le thé et la vodka coulaient à flots, les vapeurs des discussions politiques s 'accumulaient dans les cuisines au point que l'humidité remontait le long des murs jusqu'aux micros cachés dans les plafonds.

C'est une histoire d'hommes enthousiastes et chaleureux, souhaitant une vie simplement dévolue à leurs passions, parqués dans de petits appartements communautaires, pris dans des familles et des amours compliquées, faisant des choix dangereux, n'excluant pas de petites compromissions, écartelés par un pouvoir totalitaire implacable.
 
La complexité des situations, l'épaisseur du volume, la multiplicité des personnages fictifs ou réels (...et leurs patronymes russes...),  l'ancrage revendiqué dans une réalité russe littéraire, musicale  et politique qu'on n'est pas obligé de connaître, le choix délibéré de faire fi de la chronologie pourraient effrayer et faire redouter un roman indigeste, où l'on se perd, où l'on est submergé. C'est au contraire une lecture totalement embarquante, un fleuve voluptueux, dont on suit naturellement le cours tourmenté, aussi sensible aux aventures des personnages principaux qu'à celles des seconds rôles, qui sont l'occasion de faire envisager toute l'inventivité de l'organisme de répression.

De l'émotion, un brillant talent de conteuse, beaucoup de choses à apprendre (ou réapprendre toujours) sur ce  monde terrifiant où se sont débattus ces trois hommes , au milieu de tous les autres soviétiques russes.
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeLun 6 Oct 2014 - 21:36

Aïe, coline et topocl vous m'avez convaincue ! Merci de me rappeler cette auteure dont j'ai aimé les deux ouvrages lus mais qui ne fait pourtant pas encore partie des auteurs que j'attends !

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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeLun 6 Oct 2014 - 23:08

topocl a écrit:
Le chapiteau vert


La complexité des situations, l'épaisseur du volume, la multiplicité des personnages fictifs ou réels (...et leurs patronymes russes...),  l'ancrage revendiqué dans une réalité russe littéraire, musicale  et politique qu'on n'est pas obligé de connaître, le choix délibéré de faire fi de la chronologie pourraient effrayer et faire redouter un roman indigeste, où l'on se perd, où l'on est submergé. C'est au contraire une lecture totalement embarquante, un fleuve voluptueux, dont on suit naturellement le cours tourmenté, aussi sensible aux aventures des personnages principaux qu'à celles des seconds rôles, qui sont l'occasion de faire envisager toute l'inventivité de l'organisme de répression.

De l'émotion, un brillant talent de conteuse, beaucoup de choses à apprendre (ou réapprendre toujours) sur ce  monde terrifiant où se sont débattus ces trois hommes , au milieu de tous les autres soviétiques russes.

Je ne boude pas mon plaisir à lire ton commentaire Topocl... cela me rend heureuse de partager mes enthousiasmes . content

Shanidar, j'espère que tu tenteras avec autant de plaisir que nous cette lecture.
Ludmilla Oulitskaïa est sérieusement remontée dans mon estime depuis. content Je ne l'attendais pas spécialement non plus et c'est bien le sujet de son roman qui m'a portée à le choisir.
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeJeu 30 Oct 2014 - 15:04

Sonietchka

1992 - Prix Medicis étranger 1996

Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Index150

Cent  pages pour raconter la vie d'une femme dans l'URSS  du XXe siècle. Une femme pas vraiment belle,  mais qui sait se contenter de ce qu'elle a. Une philosophie de la bienveillance lui permet d'aimer sa simple vie apparemment sans relief, de faire gagner l'amour contre la misère. Forgée par les livres, auxquels elle retournera ( Ludmila Oulitskaia l'explique dans les éblouissantes premières pages du roman), elle met simplicité et obstination à connaître un bonheur serein qui échapperait à d'autres.
Dans cette biographie ramassée, l'auteur va à l'essentiel de l'intime des êtres, dans une prose à la fois claire et emportée.
Une réussite.
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 11:15

Sonietchka

Citation :
                               Pendant vingt années, de sept à vingt-sept  ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comment on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu'à la dernière page du livre.
                          Elle avait pour la lecture un talent peu ordinaire, peut-être même une sorte de génie. Les mots imprimés avaient sur elle un tel empire qu'à ses yeux, les personnages imaginaires existaient au même titre que les êtres vivants, que ses proches, et les  nobles souffrances  de Natacha Rostov au chevet du prince André mourant avaient la même authenticité que le chagrin déchirant qu'éprouva sa sœur lorsqu'elle perdit sa petite fille de quatre ans par suite d'une négligence stupide : bavardant avec une voisine, elle n'avait pas vu basculer dans le puits la fillette boulotte et pataude au regard paresseux...
                           Qu'était-ce au juste ? Une incapacité totale à comprendre l'élément de jeu présent dans tout art, la confiance ahurissante d'une l'enfant attardée, une absence d'imagination abolissant la frontière entre le fictif et le réel, ou bien, au contraire, la faculté de se laisser si complètement absorber par un monde imaginaire que tous ce qui reste en deçà des limites de cet univers perdait son sens et sa substance ?
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 14:58

Je crois que c'est ce qui m'avait si fortement déçue dans le personnage de Sonietchka, ce don et cet amour de la lecture qui n'a pas servi à la libérer...Cette résignation à son sort qui lui est venu, lui faisant même abandonner ce qu'elle avait longtemps tenu pour l'essentiel, les livres.

coline a écrit:
j’aurais voulu qu’elle tire sa force de ses lectures ! J’aurais voulu qu’elles soient son refuge !…Même pas !
Dès son mariage, elle abandonne les livres pour le ménage, la cuisine, la lessive…Et sans révolte…

Le père et sa fille, eux, affichent leur complicité. « Tous les deux, lui par un sentiment de supériorité naturel, elle, du fait de sa jeunesse et de son hérédité, prétendaient à la meilleure part, celle d’un intellectualisme élitaire, laissant à Sonietchka les tâches bassement matérielles de la vie quotidienne. Mais il ne venait même pas à l’idée de Sonietchka de s’attrister de la part qui était la sienne et d’envier leurs sommets. »

Ainsi avais-je trouvé
coline a écrit:
Sonietchka bonne, lisse…jusqu’à l’inconsistance !
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 16:26

On peut voir les choses comme ça; on peut aussi voir une femme qui sait prendre du bonheur là où une autre ressasserait sur ses misères. Et qui a un amour qui n'est pas égoïste.
Évidemment il ne faut laisser son féminisme au vestiaire!
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 16:40

Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Oulits10

Très bon recueil de nouvelles.
On passe un moment avec la société moscovite d'après guerre, chaque nouvelle met en scène un personnage, une femme la plupart du temps, des fragments de vie, un ressort qui se casse, les certitudes bien ancrées qui s'envolent.
Les gens sont pauvres, voire marginaux ou infirmes, pourtant émane d'eux une lumière bien vivante qui fait de toutes ces nouvelles un condensé d'humanité et de réalisme.
L'écriture est parfaite, pourquoi s'arrêter là ?
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 17:42

Je n' ai pas lu le dernier livre d' Oulitskaia, et tant mieux s' il est réussi. Mais pour avoir lu un roman
récent, j' ai préféré de loin les recueils de nouvlles que vous citez, Topocl et Darkaanny.

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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 20:00

darkanny a écrit:

L'écriture est parfaite, pourquoi s'arrêter là ?

Vous faites bien de remettre cet auteur à l'honneur, j'ai lu deux livres d'elle que j'ai aimé, en effet pourquoi s'arrêter là ? Peut être Les pauvres parents pour continuer.

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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 22:52

Je pense qu'il pourrait te plaire.
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Oct 2014 - 23:07

Je pense que je tenterai aussi peut-être Les pauvres parents...un de ces jours...
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MessageSujet: Re: Ludmila Oulitskaïa [Russie]   Ludmila Oulitskaïa [Russie] - Page 2 Icon_minitime

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Ludmila Oulitskaïa [Russie]
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