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 Mahmoud Darwich

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bix229
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Ven 13 Mai 2011 - 16:11

- Mahmoud Dharwich : Nous choisirons Sophocle et autres poèmes. - Actes Sud

Anthologie de poèmes des années 80, dont la plupart inédits. La Quinzaine
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Ven 13 Mai 2011 - 16:43

bix229 a écrit:
- Mahmoud Dharwich : Nous choisirons Sophocle et autres poèmes. - Actes Sud

Anthologie de poèmes des années 80, dont la plupart inédits. La Quinzaine

Chouette!!! Je note!

Merci Very Happy
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Constance
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Dim 26 Juin 2011 - 18:36








On t'oubliera,
comme si tu n'avais jamais été





On t’oubliera, comme si tu n’avais jamais été.
On t’oubliera comme la mort d’un oiseau,
comme une église abandonnée,
comme un amour passager
et comme une rose dans la nuit ... on t’oubliera



J’appartiens à la route ... D’autres pas
ont précédé mes pas.
D’autres que moi ont dicté leurs visions
à mes visions,
d’autres ont répandu le verbe
afin qu’il intègre le récit
ou éclaire pour celui qui suivra,
trace lyrique ... et intuition
On t’oubliera ... comme si tu n’avais jamais été
homme ou oeuvre ... on t’oubliera



J’avance guidé par la vision. Le récit sera peut-être
plus personnel. Car les mots
me gouvernent et je les gouverne.
Je suis leur forme
et ils sont la libre transfiguration.
Mais ce que je dirai a été dit.
Un futur antérieur me précède.
Je suis le roi de l’écho.
Je n’ai de trône que les marges. Et le chemin
est la méthode. Les Anciens ont peut-être
oublié de décrire
quelque chose pour que j’y réveille
mémoire et sensations.



On t’oubliera comme si tu n’avais jamais été
acte ou trace ... on t’oubliera



J’appartiens à la route ...
Quelqu’un pose ses pas
dans mes pas, qui me suivra jusqu’à ma vision,
quelqu’un qui déclamera des vers de louanges
aux jardins de l’exil, devant la maison,
des vers délivrés de l’adoration du passé,
délivrés de ma métonymie et de ma langue,
et je témoignerai
que je suis vivant
et libre
quand on m’oubliera !



(Extrait de "Ne t'excuse pas", in Anthologie (1992-2005) / Ed. Babel)

Illustration : Mahmoud Darwich par Ernest Pignon Ernest
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Constance
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Jeu 18 Aoû 2011 - 21:24







Ils ne se retournent pas




Ils ne se retournent pas pour dire adieu à l’exil,
un autre les attend. Ils se sont habitués
à tourner en rond,
sans devant, sans arrière,
sans nord ou sud. "Ils migrent"
de la clôture vers le jardin et laissent un testament
dans chaque mètre du patio de la maison :
"Après nous, ne vous souvenez
que de la vie ... "
"Ils voyagent" du matin verdoyant
à la poussière du midi,
portant leurs cercueils emplis
des objets de l’absence :
une carte d’identité et une lettre d’amour
pour une femme à l’adresse inconnue :
"Après nous, ne te souviens
que de la vie ... "
"Ils migrent" des maisons vers les rues
faisant le V blessé de la victoire et disant
à quiconque les voit :
"Nous vivons encore,
ne vous souvenez pas de nous !"
Ils sortent du récit pour respirer et s’ensoleiller.
Ils rêvent de voler plus haut ...
et encore plus haut.
Ils s’élèvent et se posent, partent et reviennent,
sautent des céramiques anciennes
vers les étoiles
Et reviennent dans le récit ...
Pas de fin au commencement.
Ils fuient la somnolence
vers l’ange du sommeil,
blanc. Leurs yeux ont rougi
d’avoir tant contemplé
le sang répandu :
"Après nous,
ne vous souvenez que de la vie ... "



(Extrait de "Ne t'excuse pas", in Anthologie (1992-2005)/ Ed.bilingue Babel/ Traduction Elias Sanbar)

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Ven 19 Aoû 2011 - 12:28

Magnifique poème et tellement d'actualité. Merci Constance.
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Constance
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Sam 27 Aoû 2011 - 12:05

Cachemire a écrit:
Magnifique poème et tellement d'actualité. Merci Constance.


Tragique constat humanitaire en face duquel nous sommes hélas impuissants ... jypeurien
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Constance
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Dim 22 Jan 2012 - 11:34





Ici, sur les pentes des collines, face au couchant

Et à la béance du temps,

Près des vergers à l’ombre coupée,

Tels les prisonniers,

Tels les chômeurs,

Nous cultivons l’espoir.


***


Vous, qui vous tenez sur les seuils, entrez

Et prenez avec nous le café arabe.

Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous.

Vous, qui vous tenez sur les seuils,

Sortez de nos matins

Et nous serons rassurés d’être comme vous,

Des humains !


***


[A un assassin]


Si tu avais contemplé le visage de ta victime,

Réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la

chambre à gaz,

Tu te serais délivré de la sagesse du fusil

Et tu aurais changé d’avis : Ce n’est pas ainsi que

l’on recouvre son identité !


***



[A un autre assassin]



Si tu avais laissé trente jours au fœtus,

Les possibilités auraient été autres :

L'occupation finie, le nouveau-né aurait oublié

Les temps du siège,

il aurait grandi en bonne santé, serait devenu un

jeune homme,

Aurait étudié avec l’une de tes filles

L’histoire ancienne de l’Asie

Et ils auraient pu s’aimer,

Donner jour à une fille (et elle serait juive de naissance !)

Qu'as-tu donc fait ?

Ta fille est aujourd’hui veuve,

Ta petite fille, orpheline.

Qu'as-tu fait de ta famille fugitive ?

Comment as-tu pu, d’une seule balle, abattre trois colombes ?



(Extraits de "Etat de siège", in Anthologie/ 1992-2005)

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Constance
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Ven 16 Mar 2012 - 9:28






Le cyprès s'est brisé


Le cyprès n’est pas l’arbre mais le chagrin
de l’arbre ; il n’a pas d’ombre car il
n’est que l’ombre de l’arbre.

Bassam Hajjar




Le cyprès s’est brisé comme un minaret
et il s’est endormi
en chemin sur l’ascèse de son ombre,
vert, sombre,
pareil à lui-même. Tout le monde est sauf.
Les voitures
sont passées, rapides, sur ses branches.
La poussière a recouvert
les vitres ... Le cyprès s’est brisé mais
la colombe n’a pas quitté son nid déclaré
dans la maison voisine.
Deux oiseaux migrateurs ont survolé
ses environs et échangé quelques symboles.
Une femme a dit à sa voisine :
Dis, as-tu vu passer une tempête ?
Elle répondit : Non, ni un bulldozer ...
Le cyprès s’est brisé. Les passants sur ses débris ont dit :
Il en a eu assez d’être négligé,
il a sans doute vieilli
car il est grand
comme une girafe,
aussi vide de sens qu’un balai
et il n’ombrage pas les amoureux.
Un enfant a dit : Je le dessinais parfaitement,
sa silhouette est facile. Une fillette a dit :
Le ciel est incomplet
aujourd’hui que le cyprès s’est brisé.
Une jeune homme a dit :
Le ciel est complet
aujourd'hui que le cyprès s’est brisé.
Et moi, je me suis dit :
Nul mystère,
le cyprès s’est brisé, un point c’est tout.
Le cyprès s’est brisé !


(Extrait de "Ne t'excuse pas", in Anthologie (1992-2005)/ Ed.bilingue Babel/ Traduction Elias Sanbar)

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Ven 16 Mar 2012 - 12:13

C'est toujours un si grand plaisir de lire un poème de cet immense poète palestinien!
On vient d'ouvrir à Ramallah un musée à sa mémoire.
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coline
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Sam 25 Aoû 2012 - 18:14

Une mémoire pour l’oubli.

« La fièvre des métaux est la chanson de cette aube. »

« Depuis la mer, l’aube de plomb continue à progresser, portée par des sons comme je n’en avais jamais entendu. La mer tout entière est farcie des obus qui s’y perdent. La mer n’est plus liquide, se fait métal. Nous avons dit que nous sortirions. Alors, pourquoi cette pluie rouge, noire, grise, sur ceux qui s’apprêtent à sortir et ceux qui resteront, hommes, pierres, arbres ? Nous avons dit que nous sortirions. « Par la mer », ont-ils exigé. « Par la mer », avons-nous accepté. Alors, pourquoi arment-ils vagues et embruns de ces canons ? Pour que nous nous hâtions d’avantage ? Ils doivent commencer par lever le siège, du côté de la mer, ils doivent ouvrir la dernière voie pour laisser couler notre dernier filet de sang. Tant qu’il en sera ainsi - et il en est ainsi - nous ne sortirons pas. »


Beyrouth. Eté 1982.
La ville est soumise aux bombardements de l'armée israélienne qui cherche à faire fuir les Palestiniens.L’OLP a fait de la ville son quartier général.
Depuis juillet 1981, l’ONU et les Etats-Unis étaient parvenus à faire respecter un cessez-le-feu. Mais les tirs aériens israéliens ont repris en mai 1982.
La résistance palestinienne fait face dans les ruelles.
Sous les bombardements incessants, la ville est privée d’eau.
Des voitures explosent, minées par le Mossad afin de justifier des interventions militaires dans Beyrouth-Ouest, afin «que viennent les barbares. »

Les Palestiniens de Beyrouth doivent partir!
Partir. Mais pour aller où ?
Il n’y a nul pays qui soit le leur, hormis celui dont ils ont été dépossédés et qu’on leur demande d’oublier.
Il n’y a nul pays non plus qui veuille être le leur.
Oublier...

« Pourquoi demande-t-on à ceux que les vagues de l’oubli ont rejetés sur les rivages de Beyrouth de faire exception aux lois de la nature humaine ? Pourquoi leur demande-t-on tant d’oubli ? Qui peut leur fabriquer une mémoire nouvelle, ombre brisée d’une vie lointaine dans un carcan de métal hurlant ? Y a-t-il au monde assez d’oubli pour qu’ils oublient ? »

Les réfugiés seront recueillis dans des camps.
En septembre auront lieu les massacres de Sabra et Chatila.

Mais revenons à ce jour d’août 1982 qu’évoque Mahmoud Darwich dans Une mémoire pour l’oubli.
Depuis dix ans, Mahmoud Darwich vit au huitième étage d’un immeuble qui donne sur la mer à Beyrouth.
Il dirige un mensuel : Les affaires palestiniennes, et travaille comme rédacteur en chef au Centre de Recherche Palestinien de l'OLP. Il a rejoint l'organisation.
En 1981, il a aussi créé le journal littéraire, Al-Karmel, dont il est rédacteur en chef.

Piégé dans son appartement, puis dans les ruelles, il se fait ce jour d’août, le témoin et le rapporteur de la résistance palestinienne dans les rues de Beyrouth, à sa manière de poète et d’homme engagé.
Les textes qui composent ce livre bouleversant sont divers : descriptions, ressentis personnels, réflexions philosophiques, politiques, poèmes…
La guerre, la mort mais aussi l’amour au cœur de l’enfer.

« Trois heures. Une aube que porte le feu. Un cauchemar qui vient de la mer. Coqs métalliques. Fumée. Fer qui offre le festin du fer triomphant. L’aube qui naît des sensations avant que d’être perceptible. Un grondement me chasse du lit et me jette dans l’étroit couloir. Je ne veux rien, n’espère rien. Je suis incapable de bouger un membre dans ce bouleversement général. Pas de temps pour être prudent, pas de temps pour le temps. Si je savais seulement, si je savais comment mettre un peu d’ordre dans le déluge de mort ! Si je savais comment libérer les cris enfermés dans un corps qui ne m’appartient plus, tellement il s’efforce d’échapper au chaos des bombes ! Assez ! Assez ! »

L’eau


émission avril 1982
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Sam 25 Aoû 2012 - 18:36

Ça semble assez indispensable! Je vais me procurer un recueil. J'ai vu qu'il y en a un avec des illustrations d'Ernest Pignon.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Sam 25 Aoû 2012 - 19:28

Il me le faut aussi. Merci coline !
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Sam 25 Aoû 2012 - 22:01

Marko et Kierkegaard, en plus de ses poèmes, ce témoignage sur ce jour d'août 82 à Beyrouth est à lire, vraiment!Je suis certaine que vous ne serez pas déçus!
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Constance
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Dim 26 Aoû 2012 - 22:39

J'ai toujours eu tendance à penser que la curiosité nettienne amenait chacun à effectuer des rechercher personnelles, aussi je vous prie de m'excuser de ne pas avoir eu l'idée d'expliciter la situation dramatique dans laquelle se débattait Mahmoud Darwich.
Merci sincèrement à toi Coline ... sourire
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coline
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MessageSujet: Re: Mahmoud Darwich   Lun 27 Aoû 2012 - 14:38

Ne t'excuse pas Constance...Chacun cherche s'il en a envie...On ne peut pas tout donner...
Ce texte, Une mémoire pour l'oubli, prêtait forcément à donner quelques indications sur sa situation à ce moment-là. content
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