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 Yoshimura Akira

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sousmarin
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MessageSujet: Yoshimura Akira   Mer 31 Jan 2007 - 20:00



Citation :
Akira Yoshimura est un auteur japonais, né en 1927 à Tōkyō. Ses romans s'inspirent de légendes japonaises (Naufrages) ou bien encore de faits divers souvent liés à la Seconde Guerre mondiale (La guerre des jours lointains). Son style d'écriture souvent assez sombre est d'une remarquable précision, presque chirurgicale. Il est décédé le 31 juillet 2006.
source Wikipedia


De Yoshimura Akira je me rappelle « Liberté conditionnelle », un très bon roman dont a été tiré un bon film « L'Anguille » (1997, Palme d'Or au Festival de Cannes).

Nous suivons un détenu condamné à perpétuité et en liberté conditionnelle dans ses difficultés d’adaptation face à un Japon qu’il ne connaît plus…par petites touches, progressivement, nous apprenons les causes de son acte criminel…écriture délicate et subtile qui mérite une attention soutenue !


Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans
1990 Les Drapeaux de Portsmouth,
2001 Liberté conditionnelle, Pages 1,  2, 3
2002 La jeune fille suppliciée sur une étagère, Pages 1, 5, 7
2004 La guerre des jours lointains, Pages 1, 2, 6
2004 Naufrages, Pages 1, 3, 8, 9,
2006 Voyage vers les étoiles, Pages 1 ,7
2008 Le convoi de l’eau, Pages 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,
2010 Le grand tremblement de terre du Kantô, Page 6,
2012 L’Arc-en-ciel blanc, Page 8
2014 Mourir pour la patrie Page 8,

Nouvelles :
2008 Un été en vêtements de deuils, Page 3,

Citation :
mise à jour le 19/01/2014, page 9
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Jeu 8 Fév 2007 - 12:47

Bon, je viens de finir « La guerre des jours lointains ».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le lieutenant Takuya, est chargé de surveiller sur les écrans radars l'avancée des bombardiers américains. Le jour de la défaite japonaise, le 15 août 1945, on lui ordonne de trancher la tête de tous les prisonniers américains. Il exécute cet ordre, le pensant juste, après tout, ces prisonniers ne sont que des criminels bombardant les populations civiles sans vergogne, sans parler de cette nouvelle bombe atomique, terrifiante, dont il a entendu la détonation à plusieurs centaines de kilomètres…

Mais les forces d’occupation ne voyant pas les choses de la même façon, il est déclaré criminel de guerre…
Une longue fuite commence, une errance infinie à travers un pays dévasté, affamé et appauvri où Takuya tente de se fondre dans l'anonymat de la population vaincue.

Ecriture tout en finesse, évolution de nos sentiments suivant l’environnement dans lequel on se trouve…voyons derrière le paravent…en ouvrant ce livre…
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kali
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Sam 7 Juil 2007 - 0:54

Naufrages

4e de couverture :
Isaku n'a que neuf ans lorsque son père part se louer dans un bourg lointain.
Devenu chef de famille, le jeune garçon participe alors à l'étrange coutume qui permet à ce petit village isolé entre mer et montagne de survivre à la famine : les nuits de tempête, les habitants allument de grands feux sur la plage, attendant que des navires en difficulté, trompés par la lumière fallacieuse, viennent s'éventrer sur les récifs, offrant à la communauté leurs précieuses cargaisons.
Sombre et cruel, ce conte philosophique épouse avec mélancolie le rythme, les odeurs et les couleurs des saisons au fil desquelles Isaku découvre le destin violent échu à ses semblables dans cette contrée reculée d'un lapon primitif.

Mon avis :

Un « conte sombre et cruel », je trouve que l’image présentée sur la 4e de couverture est assez bien trouvée.
Isaku n’a vraiment pas la vie facile. A neuf ans, il trime comme les adultes, ne mange quasiment rien, se fait sans cesse rabrouer par sa mère et vit au sein d’une communauté qui vit perdue et sans ressources.
Il accepte toutes ces privations sans les remettre en question, sans jamais se rebeller. Il ne se pose pas vraiment de questions de conscience vis-à-vis des naufrages organisés, grâce auxquels les villageois survivent. Et le pire, c’est que nous non plus !! Tout est présenté de telle façon qu’on n’est qu’à peine choqué par ce que ces gens sont conduits à faire. Tout est simple, évident, sans détour.
Yoshimura crée un univers très particulier et vraiment prenant. D’une certaine manière, ce roman m’a fait penser à « Ouest » de François Vallejo, j’y ai retrouvé la même atmosphère simple mais dure et surtout inévitable.
C’est un petit bouquin qui n’a l’air de rien, mais qui, sans faire de bruit, vous laisse des traces.
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Dim 8 Juil 2007 - 21:06

Je ne savais pas que l'Anguille de Imamura était tiré d'un roman d'Akira Yoshimura. Merci pour l'info, je note et je vais essayer de dénicher ce bouquin car j'adore le film.
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Sam 22 Sep 2007 - 18:02



« Voyage vers les étoiles » est un recueil de deux nouvelles qui entraînent le lecteur dans un imaginaire étrange, aux frontières de l'angoisse.

« Un spécimen transparent »

Kenshiro a un métier pas comme les autres: certes, il travaille dans un hôpital, mais on accède à son bureau, à son antre, après un dédale de couloirs. Il prélève des spécimens osseux sur les cadavres, spécimens qui, une fois lavés, blanchis et préparé, serviront à la fabrication de squelettes utilisés pour les cours de sciences dans les établissements scolaires ou les laboratoires de recherche. Kenshiro est un orfèvre en la matière: ses « Oscar » sont souvent de véritables oeuvres d'art! Il faut dire qu'il a été à bonne école, enfant, avec son beau-père qui sculptait, la nuit, d'étranges et dérangeantes miniatures avec ce qu'il glanait dans les décombres de la guerre!
Kenshiro a un rêve: réussir à obtenir une transparence des spécimens osseux. Il affine et perfectionne sa technique, en secret, dans son bureau, chez lui. Il expérimente sur des spécimens osseux d'animaux. Il rêve de travailler sur des spécimens humains.... « frais », c'est à dire issus de décès récents. Il s'en ouvre à son supérieur qui le fait languir d'attente, à la limite du supportable, jusqu'à ce qu'un jour une occasion unique se présente à lui...
Non seulement, Kenshiro a un rêve, mais un obstacle se présente souvent dans sa vie intime: lorsqu'une femme apprend la teneur de son métier, elle s'enfuit irrémédiablement, dégoûtée et apeurée!
Le sujet a tout pour être difficilement supportable: le macabre se dispute aux détails peu ragoûtants du conditionnement des fameux spécimens osseux. Mais, Akira Yoshimura, parvient à rendre poétique les descriptions et le récit grâce à une écriture sobre, utilisant bien à propos les images empreintes de poésie de l'environnement familier d'une ville japonaise (la détente en fumant la pipe, aller au bain public, mettre son kimono d'été...). Le lecteur en arrive à trouver beaux, voire sublimes, les résultats finaux de la préparation des spécimens. Il parvient à être exalté par l'obtention de cette transparence poétique à l'esthétique picturale. L'écriture de Yoshimura réussit cette performance extraordinaire: faire oublier la particularité du récit pour ne laisser place qu'à la singularité, fascinante et belle, de son imaginaire.

« Voyage vers les étoiles »

Un jeune homme, en rupture d'école, rencontre d'autres jeunes adultes en rupture de société également.
Le détachement aux êtres et aux choses vont les emmener jusqu'en bord de mer, dans un village perdu de pêcheurs pauvres et isolés.
Un road movie vers un naufrage de jeunes êtres qui ne croient plus en rien ni en personne.
Keichi, Miyake, Arikawa, Makiko, Mochizuki ont en commun la perte de l'espérance en l'avenir, l'assurance qu'ils ne manqueront à personne. Keichi tremble jusqu'au bout, la peur de souffrir étant omniprésente, la peur de reculer et de ne pas passer à l'acte également...un sentiment, fort, de l'honneur, vestige de l'idéal des Samouraïs, vestige de l'aspiration des Kamikazes, le pousse à ne pas paraître lâche aux yeux des membres du groupe, le pousse à déceler sans cesse de l'ironie dans les regards que ses compagnons lui jettent. Keichi, personnage reflet d'une jeunesse pressurée par la performance, par la solitude vécue en raison des carrières professionnelles des parents, reflet d'une société qui aliène et conduit parfois à la désespérance....thème cher aux écrivains japonais (Ogawa l'exprime aussi à sa manière dans nombre de ses romans tels que « L'annulaire »).
Miyake est un personnage trouble, troublant même, qui met mal à l'aise, du moins qui m'a mise très mal à l'aise: il est le chef de ce groupuscule, le mentor, le gourou. Il dit, ils font, ils suivent. Miyake est le cerveau de ce road movie mortifère. C'est le personnage le plus déroutant et le plus dérangeant du récit: je n'ai pu m'empêcher de frissonner dès qu'il apparaissait et d'emblée je l'ai profondément détesté. Sans doute, le côté sectaire qui s'en dégageait.
Toujours est-il, que malgré la poésie de l'écriture de Yoshimura, je n'ai pu adhérer à cette nouvelle qui m'a vraiment angoissée et gênée. Même si la mort est « un voyage vers les étoiles » selon une croyance ancestrale et populaire relatée par sa grand-mère à Keichi, le gâchis d'une jeunesse en devenir est insupportable et inacceptable...du moins à mon sens. Mais que peut-on faire, comment peut-on agir quand l'aliénation sociétale devient invivable pour une jeunesse qui ne parvient pas à y trouver sa place?
Un récit qui m'a fait l'effet d'un coup de poing, poignant et révoltant à la fois. Une lecture qui ne laisse indemne le lecteur, sensation éprouvée par une écriture qui réussit à matérialiser l'odeur d'écorce de l'eau du torrent qui se jette dans la mer « L'eau qu'il reccueillit entre ses mains était très froide et sentait l'écorce. » (p 145) phrase qui placée à un autre moment aurait été banale, mais qui, à l'approche du dénouement, prend toute sa dimension poétique, picturale, olfactive et psychologique.
C'est ce qui donne cette force incroyable au récit: jusqu'au bout il y a des choix pour les protagonistes.
Là encore, Akira Yoshimura entraîne son lecteur au bout du monde intérieur comme aux confins du monde (ces falaises, cet océan aux accents nordiques, ce village perdu hors du temps, hors de la vie, hors de la société des hommes) en l'enveloppant dans la poésie de son écriture comme pour atténuer les chocs provoqués par son imaginaire si particulier.
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Dim 6 Jan 2008 - 18:33

La sortie d'un "nouveau" Yoshimura Akira est prévue pour le printemps (pas encore de date exacte disponible) : Le Convoi de l'Eau.
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Jeu 22 Mai 2008 - 23:00

Allez, faisons remonter un peu le fil de ce grand auteur japonais, mort en 2006.

La Jeune Fille suppliciée sur une étagère (1959), suivi de Le Sourire des Pierres (1962) (Shojo kakei et shi no bisho, 142 pages, Actes Sud, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle).

Il s'agit de deux récits de taille quasiment identiques mais d'intérêts différents.

Dans la première nouvelle, La Jeune Fille suppliciée sur une étagère, une jeune fille d'un milieu pauvre vient de mourir, et c'est elle qui raconte, à la première personne, ce qu'il advient de son corps. Elle perçoit ce qui se passe, de façon à la fois ultra-précise pour certaines sensations qui se trouvent exacerbées (vision, ouïe) et plus floue, en ce qui concerne par exemple le passage du temps. Elle se détache des choses, ne cherche pas vraiment à anticiper les événements, elle se remémore un peu le passé mais pas trop. Le tout écrit avec un style en apesanteur, très doux... Vraiment excellent.

Le récit suivant, Le Sourire des Pierres, paraît en comparaison tenir un peu du complément de programme, pas désagréable en soi mais inférieur à La Jeune Fille. Il est intéressant d'y trouver des échos thématiques avec le premier récit. Eichi, un jeune homme qui vit avec sa soeur, répudiée pour cause de stérilité, rencontre par hasard Sone, un camarade d'enfance. Ce dernier va s'incruster dans leur vie... Sone est-il machiavélique ou bien ses actes sont-ils mal perçus ? Cimetières, pierres bouddhiques sont omniprésents dans l'histoire.
Le lecteur verra venir la fin bien avant le pauvre Eichi, qui ne fait pas preuve d'une très grande perspicacité...


A l'origine, ces deux nouvelles ont été publiées au Japon dans le même recueil que Voyage vers les Etoiles, voir ci-dessus l'analyse Chatperlipopettienne (entrée prochaine prévue dans le Dictionnaire de l'Académie Française).
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Ven 23 Mai 2008 - 16:50

J'ai resisté jusqu'à maintenant, mais là je viens de le rajouter à ma liste (interminable) d'auteurs à lire.

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La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mer 1 Oct 2008 - 13:15

La sortie du Convoi de l'Eau est enfin prévue... pour janvier 2009.
Mais c'est déjà ça.
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MessageSujet: Akira Yoshimura   Mer 1 Oct 2008 - 14:28

Moi, c'est la guerre des jours lointains que je voudrais lire. Tu ne l'as pas lu eXPie ?
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Sam 4 Oct 2008 - 8:23

Ah oui, Bix !

La Guerre des jours lointains (Toi hi no senso, 1978, traduit du Japonais en 2004 par Rose-Marie Makino-Fayolle, Actes Sud, 286 pages).

Ce roman commence juste après la défaite japonaise de 1945. Pour une fois, il nous est donné de suivre le point de vue Japonais.

Les Américains ont gagné, ils arrivent au Japon. Cela donne, au cours du livre, quelques réflexions amusantes par leur décalage avec notre perception d'occidental. Pour ne citer qu'un exemple, les camions des Américains ont leurs phares allumés, même en plein jour. Qu'y voit l'officier Takuya Kiyohara, fraîchement démobilisé ?
Citation :
"On disait que s'ils roulaient dans la journée les phares allumés, c'était pour faire étalage de la richesse de leurs ressources […]" (page 15).
On a déjà lu chez Amélie Nothomb (Stupeurs et Tremblements) le décalage qui pouvait exister entre Occidentaux et Japonais, mais on est ici dans un cadre autrement plus sérieux.

Par flash-backs - et avec un sentiment de fatalité dû à notre connaissance de l'Histoire - le lecteur est amené à suivre avec Takuya, qui travaille à la coordination des informations liées à la surveillance aérienne, les petits points sur les écrans radars que sont les B29 lorsqu'ils largueront la Bombe sur Hiroshima à 2000 kilomètres de là : "il venait d'entendre un curieux bruit, comme si l'on déchirait du papier, aussitôt suivi d'un choc étrange qui fit vibrer l'air autour de lui" (page 81) ; il sortira de son bunker pour découvrir la région de Fukuoka ravagée par des bombes incendiaires. La colère monte : "le spectacle horrible auquel il était confronté dépassait de loin tout ce qu'il aurait pu imaginer" (page 73).

Des avions américains sont abattus, des Américains faits prisonniers.

Ainsi, pour la première fois, Takuya se trouve en présence de ces ennemis et là, surprise :
Citation :
"Il ne s'attendait pas à ce que la plupart d'entre eux fussent des jeunes gens de vingt ans, auxquels se mêlaient des garçons âgés de tout au plus de dix-sept ou dix-huit ans" (page 54).
A peine l'Empereur Hiro-Hito annonce-t-il l'abdication du Japon qu'une décision est prise : la décapitation des prisonniers. Takuya a la "haine" comme on dirait aujourd'hui, d'autant qu'il a appris de la bouche des prisonniers que sur le chemin du retour après leurs missions de bombardements, ils avaient l'habitude d'écouter de la musique de jazz en regardant des photos de femmes dénudées. Takuya se porte volontaire. Mais c'est un crime de guerre qu'il commet ; il va être pourchassé par les forces américaines. Sera-t-il rattrapé, jugé, condamné ?

Le roman aborde l'extrême pauvreté du Japon de l'immédiate après-guerre, la famine qui fait des ravages, et l'humiliation face à l'occupant Américain. Il pose également des questions délicates sur la justice : exécuter des prisonniers est un crime de guerre, mais bombarder aveuglément des dizaines de milliers de civils n'en est-il pas un, si l'on se base sur les lois internationales ? Mais les lois, évidemment, sont appliquées par les vainqueurs, pas par les vaincus (c'est un peu ce que dit, toutes proportions gardées, le narrateur de Braveheart, le film de Mel Gibson : "Historians from England will say I am a liar, but history is written by those who have hanged heroes" - Les historiens d'Angleterre vous diront que je suis un menteur, mais l'Histoire est écrite par ceux qui ont pendu les héros).

On suit également très bien les retournements successifs de l'opinion japonaise quant à ces criminels de guerre, opinion modelée par les journaux au gré des intérêts américains par rapport à la situation géopolitique de la région. De là à souligner toute l'actualité de ce livre, il n'y a qu'un pas.
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Dim 5 Oct 2008 - 20:48

Allez, histoire d'avoir parlé de tous les livres de Yoshimura parus en Français (avant le début 2009, donc).

Liberté conditionnelle (Kari-shakubo, 295 pages, Actes Sud, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle).
Un condamné à perpétuité sort de prison après quinze ans grâce à son comportement exemplaire.
On découvre peu à peu ce qui l'a conduit à commettre un crime, en même temps que l'on suit ses difficultés d'adaptation. Car le Japon a beaucoup changé pendant sa détention : escalators, inflation, etc. De plus, il a été habitué à ce que l'on décide pour lui : il est tétanisé lorsqu'il doit prendre une décision, si minime soit-elle. Pris en charge par un tuteur qui lui trouve un travail dans un élevage de poulets, il tente de se réinsérer tout en ayant peur que son passé soit connu de ses nouveaux collègues... Pendant des années, il n'avait pensé qu'à une chose : sortir de prison, mais une fois dehors, il ne sait pas trop que faire de sa liberté et il donne l'impression de chercher à se recontruire une cellule à l'image de celle qu'il a habitée pendant si longtemps.

Très bon livre, adapté au cinéma par Imamura Shohei sous le titre L'Anguille (1997, Palme d'Or au Festival de Cannes).
Le livre est très différent du film.

Si l'on est intéressé par l'univers carcéral japonais, on pourra lire également La Lumière du Détroit, de Tsuji Hitonari.
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Milly
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mer 5 Nov 2008 - 10:27

Naufrages.

Akira Yoshimura nous livre ici, un conte sombre et cruel, violent.

Isaku, un jeune garçon de neuf ans, vivant dans une "contrée reculée d'un Japon primitif", voit son destin bouleversé un jour de printemps. Son père a été obligé de se vendre dans un village voisin pour trois ans, afin de permettre à sa famille de survivre dignement.

Isaku devient alors, par la force du destin, le chef de famille. C'est lui qui doit subvenir aux besoins de son frère, sa mère et ses soeurs. Commence alors pour lui, une vie faite de pêche, de cueillette et de divers travaux.
Parmis ceux-ci, il se voit confier la tâche de la cuisson du sel, sur la plage, lors des longues nuits d'hiver. Mais cette corvée ne sert pas seulement à cuire le sel pour l'échange contre des céréales ; Isaku, très vite, découvrira l'autre but macabre de ce travail.

"Il commençait à comprendre. Il avait été longtemps persuadé que la cuisson du sel était une cérémonie pour que les bateaux en difficulté viennent s'échouer sur la plage, et il se rendait compte maintenant que c'était surtout un moyen de provoquer un naufrage.".

Le naufrage des bateaux certains hivers, permet au village de survivre et de ne pas être rayé de la carte. Les villageois ne peuvent, malheureusement, pas faire autrement, la survie de leurs familles et du village tout entier dépend de cela.

"Les naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition.".

Ce livre bouleversant, intense, brutal, obscur est écrit magnifiquement. Très poétique, ce conte philosophique m'a littéralement transportée, absorbée. Devant mes yeux se dessinait le village d'Isaku, aux pieds des montagnes ; je sentais le froid glacial de l'hiver me mordre ; j'avais dans la bouche le goût de la soupe de riz et du saké ; je vivais au rythme des couleurs des saisons qui défilaient, gravées à jamais sur ces pages magnifique. Je pleurais en accord avec Isaku et sa famille. Mon coeur battait au rythme du sien... Ma vie se mêlait à la sienne...

Un récit dépaysant, ravageur qui joue avec la perfection littéraire.
Un chef d'oeuvre de la littérature Japonaise qui m'a subjuguée et qui a insinué le désir, pour moi, de continuer l'exploration de cette dernière.
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mer 5 Nov 2008 - 12:42

Pour faire écho à ta critique positive, Malorie, je copie/colle ce que j'avais gribouillé il y a quelques années :

Naufrages (1982) est un roman intemporel situé dans un village de pêcheurs extrêmement pauvre isolé du monde par la mer et les montagnes.
Le livre est écrit du point de vue d'un garçon de neuf ans, Isaku qui, en l'absence de son père parti louer ses services pour plusieurs années dans un village lointain, doit faire vivre le reste de la famille. On suit son apprentissage de la vie (son passage à l'état d'adulte), notamment tout ce qui touche aux cérémonies qui rythment la vie du village, décrites avec beaucoup de détails au début du livre puis, comme les saisons passent mais que les rites restent immuables, mentionnées avec moins de détails, le lecteur étant désormais familier avec elles. La survie du village dépend du naufrage occasionnel de bateaux chargés de marchandises, synonymes de richesses, qui surviennent parfois pendant la saison des tempêtes - d'autant plus que ces naufrages peuvent être un peu aidés. Mais la punition peut également venir de la mer...

La première partie possède peut-être un intérêt plus ethnographique que proprement romanesque (dû aux très nombreuses descriptions des cérémonies, les méthodes de pêche, etc.), mais la deuxième partie est vraiment réussie, avec une montée de tension qui aboutit à une fin très forte.

On peut rapprocher ce livre de Narayama, le livre de Fukazawa Shichirô, adapté au cinéma par Imamura Shohei (1982), ce qui est d'autant plus intéressant que ce même réalisateur a adapté un roman de Yoshimura Akira : Liberté conditionnelle (sous le titre "L'Anguille").


Si avec tout ça les Parfumés ne se jettent pas en masse sur l'oeuvre de Yoshimura, c'est à ne plus rien comprendre Very Happy
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mer 5 Nov 2008 - 13:43

Merci pour ton avis Expie...

J'ai adoré la description des cérémonies ; j'ai plus qu'aimé suivre Isaku au fil des années, en fait c'est tout le conte que j'ai aimé, chaque ligne, chaque mot est un vrai bijou...
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Yoshimura Akira
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