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 Alexandre Ostrovski [Russie]

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MessageSujet: Alexandre Ostrovski [Russie]   Sam 29 Déc 2007 - 15:36



Alexandre Nikolaïevitch Ostrovksi est né dans une famille de prêtres orthodoxes à Moscou le 31 mars 1823 et mort à Chtchelikovo le 2 juin 1886.
Sa famille, riche, ne voulant pas de la jeune fille "d'humble extraction" qu'il avait choisie, Alexandre ne peut plus compter sur l'aide financière de son père.
Il aura pendant longtemps des problèmes d'argent, qui vont le contraindre à produire énormément. Il traduira également Plaute, Shakespeare et Goldoni.
Il a des problèmes avec la censure, devient rédacteur adjoint, pour la partie littéraire du journal Le Moscovite (1850), mais est très mal payé… quand il l'est.

En 1853, son père meurt… et il ne touche presque rien.
Il continue à produire un nombre conséquent de comédies qui se déroulent généralement dans le milieu des marchands.

En 1856, il participe à une mission ethnographique et économique le long de la Volga. Cette mission sera très importante pour son œuvre : elle fournira nombre de détails, expressions populaires, etc.
Le succès et la reconnaissance arrivent en 1859 avec l'Orage : 4000 représentations entre 1859 et 1917. Ouf !

Ostrovski est un des plus importants dramaturges russes. Il est l'auteur notamment de : Le Failli (1849), apprécié par Gogol et Gontcharov, L'Orage (1859), la Forêt (1871), Sniegourotchka (1874, musique de scène de Tchaïkovski, et base du fameux opéra de Rimski-Korsakov).

L'Orage (1859). Traduction de Françoise Flamant. Edition Folio Théâtre.

Il s'agit d'une des pièces de théâtre les plus connues du répertoire russe, avec Le Malheur d'avoir de l'Esprit (de Griboïedov), Le Révizor (de Gogol) et quelques autres pièces (Pouchkine, Tchékhov).

Cette pièce, qui n'est pas une comédie, a pour cadre une ville de province russe.

Le petit peuple y est exploité par quelques riches propriétaires ; il y a aussi des mendiants errants qui demandent la charité et sont hébergés temporairement, en échange de quoi ils prient pour les donateurs (comme dans La Guerre et la Paix, par exemple) et colportent les nouvelles du vaste monde, nouvelles souvent étoffées et déformées...

Katerina, l'héroïne, est mariée à une marchand, une chiffe molle du nom de Kabanov, qui est sous le joug de sa mère tyrannique (Kabanova), tendance chantage aux sentiments, manipulatrice pseudo-vertueuse.

Extrait, pages 59-60 :
Citation :
Kabanov
Mais, maman, nous prions Dieu pour vous nuit et jour qu'Il vous donne santé et bonheur en toute chose et réussite dans vos affaires.

Kabanova
Allons, ça suffit, arrête s'il te plaît. Peut-être bien que tu aimais ta mère, en effet, tant que tu étais célibataire. Qu'as-tu besoin de moi maintenant que tu as une jeune femme.

Kabanov
L'un n'empêche pas l'autre, maman : ma femme c'est une chose, le respect que j'ai pour ma mère en est une autre.

Kabanova
Alors tu préfères ta mère à ta femme ? Jamais de la vie je le croirai.

Kabanov
Enfin, pourquoi devrais-je te préférer ? Je vous aime toutes les deux.

Kabanova
Oui, oui, c'est ça, passe-moi de la pommade ! Je le vois bien assez, que je vous encombre la vie.

Kabanov
Pensez ce que vous voulez, libre à vous, c'est votre droit ; seulement je ne sais pas ce que j'ai fait au bon Dieu pour être incapable de vous donner la moindre satisfaction.

Kabanova
Pourquoi prends-tu ces airs de victime ! Ça ressemble à quoi, ces pleurnicheries ? Le beau mari que tu fais là ! Regarde-moi un peu ! Crois-tu que ta femme te craindra, après ça ?

Kabanov
Mais pourquoi faut-il qu'elle me craigne ? Tout ce que je demande, c'est qu'elle m'aime.

Kabanova
Que dis-tu ? Pourquoi faut-il qu'elle te craigne ? Pourquoi faut-il qu'elle te craigne ? Non mais tu perds la tête ou quoi ? Si elle ne te craint pas, moi elle me craindra encore moins. Quel ordre est-ce que ça nous promet dans la maison ?

Ah la la, pas facile…

Evidemment, Katerina tombe rapidement amoureuse d'un autre, Boris, le neveu d'un marchand particulièrement cupide et tyrannique (qui va sans doute le spolier de son héritage), et dont le mode de communication réside essentiellement dans l'injure, la menace, et le mépris en bloc de tout ce qui est nouveau (la nouveauté risquant de remettre en cause ses affaires).
Entre Boris et Kabakov, il n'y a pas photo. Le premier est gentil, bien fait de sa personne, et a de l'éducation ; d'ailleurs, il ne se sent pas à sa place :
Citation :
"Elles sont barbares, monsieur, oui, barbares, les mœurs de notre ville ! Dans le petit peuple, monsieur, vous ne verrez rien d'autre que rustrerie et misère noire. Et de ça, monsieur, nous ne pourrons jamais nous désencroûter ! Parce qu'un travail honnête ne nous fera jamais gagner plus que notre pain quotidien. Quant à celui qui a de l'argent, monsieur, celui-là il ne pense qu'à esclavager le pauvre pour se faire encore plus d'argent sur son dos sans que ça ne lui coûte rien."
(pages 50-51).

Kabanov doit partir quelques jours pour affaires (ce qui lui permet, loin de sa mère, de se prendre des cuites monumentales)…
Et ce qui doit arriver arrivera , car on n'est pas dans une comédie.


On trouve dans la pièce l'hypocrisie religieuse des deux riches chefs de famille (Kabakova - la fausse dévote manipulatrice - et l'oncle tyrannique) ; chez les pêcheurs, c'est la peur panique de l'enfer qui domine.
Comme l'écrit Françoise Flamant dans son introduction à propos de la foi orthodoxe : "Dans l'Orage elle n'est pas ébranlée, mais elle est comme vidée de cette part essentielle de son contenu qui est d'enrichir la vie et de résister au mal par l'amour et le pardon." (page 26).

Le personnage de l'héroïne anticipe sur une autre adultère célèbre de la littérature russe, Lady Macbeth du district de Mtsensk, de Nikolaï Leskov (dans l'introduction, on apprend – enfin, moi, en tout cas- que Chostakovitch, lorsqu'il fut obligé d'édulcorer son opéra, se servit de l'héroïne de l'Orage comme modèle).

Katerina est hautement symbolique, mais reste à savoir de quoi… et là, les avis divergent. Globalement, la pièce est suffisamment bien écrite (ambiguïté, complexité) pour que toutes les tendances de la Russie de l'époque - et d'après - aient pu l'apprécier, chacune y voyant ce qu'elle voulait, les progressistes, les radicaux, jusques et y compris les Soviétiques.
Selon l'axe d'analyse, on peut en effet y voir une apologie de la culture russe traditionnelle, ou bien une remise en cause de ces mêmes traditions.

La langue est importante dans l'œuvre. Ostrovski, passionné de dialectes, différencie très fortement les personnages ; la traductrice a, dit-elle dans sa préface, tenté de conserver à l'Orage "au prix sans doute de quelques anachronismes la couleur de son oralité et de son style familier". (page 17).

Pour finir, l'Orage a servi de base au fameux opéra de Janaek, Katia Kabanova (1921).

Très bonne pièce, un classique de la littérature russe, que dire de plus ? Le temps a déjà jugé !
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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Sam 29 Déc 2007 - 19:58

Une très intéressante présentation,eXpie. Ce texte fait partie de mes listes à lire depuis de nombreuses années, il faudrait que je me décide un jour.
J'adore par ailleurs l'opéra de Janacek, Katia Kabanova, comme toute sa musique d'ailleurs.

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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Sam 29 Déc 2007 - 21:49

Depuis plusieurs années ? "Ma" version est une traduction récente (2007) ; "ta" version ne doit pas être non plus la traduction d'André Markowicz, je suppose... ?

Ca se lit vite une pièce de théâtre, ça change des romans, en plus.
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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Dim 30 Déc 2007 - 18:09

En fait je ne possède pas ce texte, même s'il est disponible en Médiathèque et je ne peux donc pas te dire quel est le traducteur. Cela fait juste partie de quelques centaines ou plutôt miliers de livres que je me suis promis de lire un jour, et là ta présentation me l'a remis en mémoire.

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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Dim 30 Déc 2007 - 20:18

Eh bien, heureusement que tu n'as pas la bibliothèque de Babel en face de chez toi ! Very Happy (tiens... Babel... Isaac Babel... il y a un fil à faire ! et même un deuxième, puisque bibliothèque de Babel, ça amène forcément à Borges, mais là on sort des Russes...)
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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Dim 30 Déc 2007 - 20:36

eXPie a écrit:
Eh bien, heureusement que tu n'as pas la bibliothèque de Babel en face de chez toi ! Very Happy (tiens... Babel... Isaac Babel... il y a un fil à faire ! et même un deuxième, puisque bibliothèque de Babel, ça amène forcément à Borges, mais là on sort des Russes...)

Oui, un fil sur Babel serait une excellente idée, j'ai lu les Contes d'Odessa et surtout le fabuleux Cavalerie Rouge, et puis la vie de Babel est vraiment passionnate aussi.

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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Dim 30 Déc 2007 - 23:33

Sans vouloir trop dévier du fil, le style de Cavalerie Rouge m'a parfois fait penser au Rivage des Sythes (dont on parle pas mal en ce moment) : des images jamais lues, jamais vues jusqu'alors, comme la trace lumineuse d'un sabre dans la nuit... Un style incroyable, qui semble dévorer les histoires.
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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Lun 31 Déc 2007 - 10:42

eXPie a écrit:
Sans vouloir trop dévier du fil, le style de Cavalerie Rouge m'a parfois fait penser au Rivage des Sythes (dont on parle pas mal en ce moment) : des images jamais lues, jamais vues jusqu'alors, comme la trace lumineuse d'un sabre dans la nuit... Un style incroyable, qui semble dévorer les histoires.

Je vais oser l'avouer, ici ce sera moins voyant que sur le fil consacré à l'auteur, mais je ne suis jamais arrivée à rentrer dans l'univers de Julien Gracq, Le rivage ses Syrtes, je me suis ennuyée comme rarement, je trouvais les titres de chapitres trés prometteurs, alors je me disais que le chapitre suivant avec un si beau titre serait forcement le bon, que cela va décoller et que j'arriverai à me passionner. Et puis non rien honte

Du coup j'ai du mal à fair le lien avec Cavalerie Rouge que j'ai dévoré. C'est vrai que l'écriture est essentielle (mais dans quel grand livre ne l'est-t-elle pas) flamboyante, allégorique, mystique, ton image de la trace lumineuse d'un sabre dans la nuit est très belle et si parfaitement adaptée au contexte du livre. Moi cela m'avait évoqué une mosaïque, chaque mot compte et semble s'enchasser à la seule place possible, avec certains morceaux encore plus éclatants que les autres, qui focalisent un peu plus l'attention, et provoquent l'ébouissement.

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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Lun 31 Déc 2007 - 18:30

Ce que je voulais dire, c'est que dans les deux cas le style est un élément très important dans le texte, je veux dire plus important que chez d'autres auteurs.

Le style est toujours important, bien sûr, mais chez Gracq il fait presque tout (si on résume le Rivage des Syrthes, par exemple, ça ne paierait pas de mine).
Maintenant, c'est vrai que si le style de Gracq est étouffant, comme une lave bien épaisse, chaude et moite, décadente mais traversée de rougeoiements, le style de Babel dans Cavalerie Rouge est éclaté, à la fois dans les récits, et à l'intérieur des récits (mais je ne t'apprends rien, puisque tu l'as lu et que tu parles d'ailleurs de mosaïque).

Je ne connais pas d'autres romans, même grands, dans lesquels le style joue un rôle aussi important. A combien de reprises, dans ces deux livres (même si le Rivage des Syrthes n'est pas haletant, je suis d'accord), on tombe sur des images, des tournures ahurissantes...

C'est pour cela que je comparais les deux livres, peut-être à tort, d'ailleurs.
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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Mer 2 Jan 2008 - 23:07

eXPie a écrit:
Ce que je voulais dire, c'est que dans les deux cas le style est un élément très important dans le texte, je veux dire plus important que chez d'autres auteurs.

Le style est toujours important, bien sûr, mais chez Gracq il fait presque tout (si on résume le Rivage des Syrthes, par exemple, ça ne paierait pas de mine).
Maintenant, c'est vrai que si le style de Gracq est étouffant, comme une lave bien épaisse, chaude et moite, décadente mais traversée de rougeoiements, le style de Babel dans Cavalerie Rouge est éclaté, à la fois dans les récits, et à l'intérieur des récits (mais je ne t'apprends rien, puisque tu l'as lu et que tu parles d'ailleurs de mosaïque).

Je ne connais pas d'autres romans, même grands, dans lesquels le style joue un rôle aussi important. A combien de reprises, dans ces deux livres (même si le Rivage des Syrthes n'est pas haletant, je suis d'accord), on tombe sur des images, des tournures ahurissantes...

C'est pour cela que je comparais les deux livres, peut-être à tort, d'ailleurs.

Je ne crois pas que tu les compares à tort si tu as fait ce rapprochement je pense que c'est parce que tu as été touché avec la même intensité par ces deux écritures, même si objectivement on peut leur trouver des différences que tu explicites très bien d'ailleurs. Personnellement l'écriture de Gracq ne me parle pas, mais on a tous nos limites, et il est impossible de rentrer dans tous les univers.

Le côté morcelé des récits de Cavalerie Rouge vient peut être en partie du fait que cela a d'abord été publié comme des articles (et là on croit rêver, pourrait-on imaginé aujoud'hui des articles de cette qualilté) même si je pense que c'est inhérent à la façon de sublimer le réel de Babel et que finalement cette forme courte de récits indépendants lui convenait miraculeusement bien.

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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Mar 3 Mar 2009 - 19:52

L'orage



Déjà résumé plus haut par eXPie, je ne vais ne vais donc pas raconter l'histoire. J'aimerais bien voir ce que cela donne lors d'une représentatation, cela me semble très efficace et percutant, rien d'inutile, les personnages sont caractérisés par des scènes mettant en évidence très clairement leur personnalité, sans répétitions, droit à l'essentiel. Du coup cette histoire qui pourrait être trop mélodramatique est sèche et nerveuse, pas larmoyante. Mais peut être trop sec et clinique, l'histoire de Katia pourrait être un petit peu plus émouvante, ce qu'elle est infiniment plus dans l'opéra de Janacek, le livret est pourtant très proche de la pièce, c'est peut être la musique qui rend l'héroïne attachante, de même qu'elle rend d'autres personnages plus sympathiques ( Boris, Varvara...).

J'ai eu surtout le sentiment de lire une charge dirigée contre une classe sociale, une mentalité, ces riches marchands, sans instruction, culture, egoïstes, impitoyables, adorant écraser les autres, les personnages en eux même ayant moins d'importance.



Le plus malin s'y laisse prendre



Gloumov, un jeune homme peu fortuné, décide de prendre son avenir en main, obtenir une situation et faire un mariage riche. Pour ce faire, il va essayer de rentrer par tous les moyens dans les grâces de personnes influents, et en premier lieu d'un parent éloigné. Pour réussir, il va flatter sans vergogne, satisfaire les petites manies de chacun, tromper et mentir des gens qu'il méprise royalement. En ce faisant il nous dévoile tous les défauts et petitesses de ses protecteurs.

Le côté amoral de Gloumov est finalement assez sympathique, car ses protecteurs sont vraiment des gens pour lesquels on ne peut avoir aucune attirance, imbus d'eux même, méprisants des autres, se servant des gens. Mais le côté refus de tout sentiment et de tout aspect vraiment positif chez tous les personnages de la pièce marque un peu sa limite, c'est une satire, brillante et réussie, mais ce n'est au fond que cela. Au final, le devenir de Gloumov, sa réussit ou échec on s'en fiche, et il en est de même pour les autres personnages. Fort amusant, mais je ne crois pas que j'aurais envie de le relire.



Coeur ardent


Intrigue compliquée, la fille d'un riche marchant est éprise d'un jeune homme ruiné. Son père se fait voler, en fait par sa jeune épouse, qui donne cet argent à son amant. L'amoureux de la fille est arrêté et mis en prison. Il sera délivré par un richard qui veut s'amuser et qui en fait son bouffon.

La moins convaincante des trois pièces, on se perd dans l'intrigue et les amours de la jeune fille sont pour le moins étranges. Mais la satire sociale est toujours l'aspect le plus réussie, et elle est impitoyable, Ostrovski démontre la corruption et l'abus de pouvoir dont souffrent les plus faibles de la part des gens qui sont sensés les protéger.

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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Mar 3 Mar 2009 - 23:05

Si je comprends bien, et si l'on peut généraliser, Ostrovski ne fait pas vraiment dans le pathos...
J'aime bien ce côté sec de l'Orage (il y a un jeu de mots à faire, je crois). Evidemment, ça peut tendre au démonstratif, à la mécanique montée uniquement pour démontrer à quel point les riches et puissants sont méchants, mais c'est rudement bien fait.

Tu ne donnes pas tellement envie de lire Coeur ardent, par contre...
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MessageSujet: Re: Alexandre Ostrovski [Russie]   Mer 4 Mar 2009 - 21:34

L'Orage est effectivement une excellente pièce, sans pathos, alors que le sujet avec ses victimes (Katia, Boris....), son "adultère", et le suicide final de l'héroïne pourrait donner lieu à des démonstrations de sensiblerie, et essayer de provoquer des crises larcimales chez les spectateurs. J'ai été impressionnée par la façon dont Ostrovski mène le déroulement de l'intrigue, sans fioritures, les choses arrivent, par exemple le suicide, pas d'annonces bien à l'avance, de doutes, directement il a lieu un point c'est tout, de même le cadavre est retrouvé immédiatement sans suspens. Cela donne une grande force à l'oeuvre.

Cela dit, cela rend tout de même les personnages moins humains et moins attachants, je n'ai pas la sensation que l'auteur ait de la sympathie pour aucun d'entre eux. Mais la difficulté pour moi par rapport à cette oeuvre est de connaître depuis beaucoup plus longtemps Katia Kabanova et forcement de comparer. Et là par exemple, le personnage de Varvara est infiniment plus attachant, une fille saine, heureuse de vivre, qui manifeste de l'intérêt et de l'affection à Katia, et qui refuse de devenir victime de son entourrage. Dans la pièce, elle a un côté pragmatique et froid, qui la rend moins intéressante. Mais c'est peut être aussi parce que je n'ai jamais vu cette pièce dans un théâtre.

Et les deux autres pièces sont moins réussies à mon sens, et le côté satire sociale et le côté uniquement antipathique des personnages tournent en effet un peu au procédé.

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