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 Joseph Roth [Autriche]

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kenavo
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MessageSujet: Joseph Roth [Autriche]   Mar 8 Jan 2008 - 15:48



Citation :
Biographie
Ses biographes ont dû séparer la réalité de certains récits mégalomanes du romancier sur sa propre vie.
Son père, représentant d'une firme de céréales de Hambourg, quitte sa mère et meurt en Russie. Joseph Roth fantasmera ce père absent et se dira plus tard enfant illégitime d'un haut fonctionnaire autrichien. Son oncle est tailleur et son grand-père rabbin. Juif né en Galicie, tout près de la frontière russe, Joseph Roth étudie la philosophie et les lettres à Lemberg, puis à Vienne. En 1916, il s'engage dans l'armée impériale et royale : selon ses dires, il fut un officier prisonnier par les Russes ; en fait, il fut démobilisé et ne semble pas avoir fait partie des unités combattantes.
Après guerre, il devient journaliste (de tendance socialiste jusqu'à un voyage en Union soviétique en 1926 qui lui fit perdre ses illusions) à Berlin pour la Neue Berliner Zeitung et le Berliner Börsen-Courier. Correspondant de la très libérale Frankfurter Zeitung en 1923, il voyage à travers l'Europe. Sa femme fut atteinte de schizophrénie à la fin des années 1920 ; internée, elle sera éliminée par les nazis à cause de sa «tare biologique ». De retour à Vienne après l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne, il s'exile dès 1933 à Paris où il réside la plupart du temps à l'hôtel Foyot 33 rue de Tournon (voyages en Pologne et aux Pays-Bas). Il sombre dans la misère et l'alcoolisme, tout en dénonçant l'Anschluss et la montée du nazisme dans les publications émigrées. Devenu catholique (conversion liée à la fidélité envers la monarchie austro-hongroise), il meurt à l'hôpital Necker de Paris et est enterré à Thiais.
Son écriture se caractérise par une élégance désenchantée et un humour certain. Son œuvre la plus célèbre est son roman La Marche de Radeztky, qui retrace la chute de l'Empire austro-hongrois et la désintégration de la société autrichienne à travers trois générations de la famille von Trotta. Le Poids de la grâce fait également partie de ses oeuvres les plus abouties.
Source: Wikipedia

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Dernière édition par kenavo le Mer 23 Sep 2009 - 22:15, édité 1 fois
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kenavo
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Mar 8 Jan 2008 - 15:48

Hôtel Savoy

Citation :
Présentation de l'éditeur
La Première Guerre mondiale s'achève. L'immense Russie libère ses prisonniers qui affluent, de plus en plus nombreux, aux portes de l'Europe. C'est là, dans une de ces petites villes dont il connaît bien l'étrange atmosphère, que l'auteur nous conduit. Gabriel Dan rentre de Sibérie ; séduit par le gigantesque hôtel Savoy, il y loue une chambre. Le jeune homme croira bientôt découvrir un monde nouveau. Mais plutôt, ces longues années de guerre et de captivité l'ont à ce point transformé que tout lui apparaît maintenant sous un jour différent. C'est un regard neuf, regard d'enfant parfois, qu'il jette désormais sur le monde ? Et nous découvrons avec lui la vie fascinante de l'hôtel, faisant successivement la connaissance des êtres les plus divers, extravagants, touchants ou inquiétants : Santschin, le pauvre clown, l'industriel Neuner, qui tente de faire face à ses ouvriers en grève ; Bloomfield, le richissime ; Alex, le jeune dandy ; Ignace, dont l'ombre plane sur tout l'hôtel, et surtout la tendre Stasie, et Zwonimir, révolutionnaire passionné, devenu le fidèle ami de Gabriel.
L'hôtel Savoy, où le luxe des premiers étages contraste avec la misère qui règne aux étages supérieurs, est un évident symbole : " A l'image du monde, le Savoy rayonnait à l'extérieur d'un éclat intense, étincelant de la splendeur de ses sept étages ; et la misère y habitait ans la proximité de Dieu... "

L’écriture de Joseph Roth est telle qu’elle tire son lecteur vraiment dans le livre – et à partir de ce moment il n’y a plus d’échappement.
Je ne suis pas si sûr d’ou vient cette fascination. Probablement la combinaison de tout – le style, l’histoire et sa façon d’approcher ce thème.
Utiliser un hôtel comme ‘moteur’ pour son récit donne déjà un flair spécial au livre.
On a l’impression qu’il y règne une atmosphère gentille-douillette – mais on réalise assez vite que cela n’est qu’un aspect trompeur.
Une des premières scènes du livre est celle où Gabriel Dan est guidé en ascenseur vers sa chambre – sans beaucoup de mots, Roth arrive à montrer à ses lecteurs ses 7 étages – et à partir de ce moment on est au milieu de la réalité riche/pauvre de l’hôtel (de la société ?).
On ne peut pas reprocher à Dan qui vient de retourner de la guerre et en plus a vécu quelque temps comme prisonnier, qu’il est sans motivation et traverse ses journées en se laissant ‘glisser’ – mais c’est en fait ce glissement qui domine aussi le rythme du livre.
A côté il y a en plus des rencontres impressionnantes avec beaucoup de gens dans et aux alentours de l’hôtel – ici il y a vers la fin du livre une atmosphère de départ qui ne va résulter pour la plupart d’entre eux que dans la prochaine catastrophe.
Joseph Roth n’a pas connu la deuxième guerre mondiale, mais dans ce livre on peut avoir l’impression qu’il a écrit une rétrospective après 1945.
Ce livre est pour moi une part d’une littérature mondiale qu’il faut préserver.

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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Dim 10 Aoû 2008 - 19:32

kenavo a écrit:
Hôtel Savoy

[Joseph Roth n’a pas connu la deuxième guerre mondiale, mais dans ce livre on peut avoir l’impression qu’il a écrit une rétrospective après 1945.
Ce livre est pour moi une part d’une littérature mondiale qu’il faut préserver.

Alcools

L'alcoolisme a fini par emporter Joseph Roth l'extraordinaire romancier juif autrichien en 1939 à Paris.C'est un auteur que j'admire comme ses compatriotes Schnitzler, Zweig, Perutz dont on reparlera.

L'oeuvre la plus célèbre de Joseph Roth est La Marche de Radetzky qui met en scène la famille von Trotta à travers trois générations lors du déclin et de la chute de l'Empire Austro-Hongrois, cette charnière entre deux civilisations, deux modes de vie. Le choc de ce basculement de l'Europe a souvent été décrit notamment par les écrivains que je viens de citer. La Crypte des Capucins en est un peu la suite. Dans ces romans comme dans une bonne partie de l'oeuvre de Roth Vienne, personnage principal cherche à s'étourdir car bientôt la superbe et si romantique capitale des Habsbourg ne sera plus qu'une préfecture noyée dans la nouvelle Europe. Roth est un prosateur génial mais sa littérature ne s'arrête pas à Vienne.

Joseph Roth était aussi un très grand journaliste et Liana Levi a publié Une heure avant la fin du monde et Symptômes viennois, des bijoux de clairvoyance avant l'horreur des camps que son alcoolisme allait lui éviter en le faisant mourir en 39 dans un hôpital parisien.

Voici d'autres titres, tous excellents,Notre assassin(un soir de beuverie à Paris, comme Roth en a connu,des souvenirs s'échangent venus de loin,des moujiks et des princes) , Hôtel Savoy, des nouvelles dont La Légende du Saint Buveur qui fut un beau film d'Ermanno Olmi. Piocher dans Joseph Roth c'est, je crois, un peu mieux comprendre notre siècle. Les cinéphiles pourront peut-être rapprocher cet univers du grand film du Hongrois Istvan Szabo Colonel Redl.
.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Dim 10 Aoû 2008 - 20:17

Bellonzo a écrit:
L'oeuvre la plus célèbre de Joseph Roth est La Marche de Radetzky qui met en scène la famille von Trotta à travers trois générations lors du déclin et de la chute de l'Empire Austro-Hongrois,
enthousiaste merci de nous parler de ce roman..
c'est marrant que ce fil est remonté aujourd’hui - hier j'ai trouvé qu'un éditeur allemand a regroupé dans une belle édition ses nouvelles.. je vais revenir sur ce fil pour ceux qui ont été traduits Wink

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MessageSujet: joseph roth   Lun 11 Aoû 2008 - 0:54

Oui, lisez donc Joseph Roth...

Un Roth peut en cacher un autre. Et ce serait dommage de rater La marche de Radetzky ou La légende du saint buveur...
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tom léo
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Mar 16 Juin 2009 - 18:21

Le poids de la grâce

Originale en allemand: Hiob (1930)

Contenu: Une famille juive de la Russie tsariste émigre en Amérique, se sépare du plus jeune fils, épileptique dans un état de continuelle prostration. Puis le fils cadet est tué à la guerre, la mère meurt de chagrin, l'aîné est porté disparu, et la soeur, devenue folle, doit être internée. Le père se révolte contre Dieu... (citation)

On n'a pas besoin de se disputer quel oeuvre de Roth est plus connu, mais "Hiob" est certainement parmi ceux-là. C'est par ailleurs avec un certain amusmemnt que je constate que l'allusion si claire du titre allemande disparaît en français. On le voit avec le contenu: Mendel Singer, le père de cette famille où se passent plein de malheurs, est le juste, innocent, souffrant pour quoi?
La fin du livre ouvre vers l'inattendu...

En ce qui concerne la langue, je renvoie aux commentaires de kenavo, si justes! Il y en a des énumérations de descriptions splendides, des répétitions qui soulignent la beauté ou la souffrance...

Si Mendel Singer est bien UNE personne dans un contexte concret, l'auteur fait tout pour souligner, à coté de l'exceptionnel malheur, sa normalité. C'est comme ci nous tous, nous sommes dans un certain sens des "Jobs" souffrants, innocents.
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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Sam 19 Sep 2009 - 20:37



Intéressante expo au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme pour ceux qui veulent en savoir plus sur le grand Joseph Roth,un de mes favoris catégorie Mitteleuropa.
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Sam 19 Sep 2009 - 21:24

Bellonzo a écrit:
Intéressante expo au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme pour ceux qui veulent en savoir plus sur le grand Joseph Roth,un de mes favoris catégorie Mitteleuropa.
merci de le mentionner aussi sur son fil, j'en avais parlé ici


Et je profite de parler d'un livre qui vient de sortir, au cas où on voudrait faire connaissance avec son travail journalistique:


Une heure avant la fin du monde
Citation :
Présentation de l'éditeur
L’œuvre journalistique de Joseph Roth occupe, dans l’édition allemande, plus de trois mille pages serrées : politique, vie quotidienne, portraits de personnalités, critiques de livres ou de films, récits de voyages. Les textes choisis pour ce recueil dénoncent le développement d’un nationalisme agressif dès les années vingt, l’avènement du nazisme. Roth prodigue des avertissements à l’Europe : aucune alliance avec les nazis n’est possible, l’Europe ne peut exister que sans le IIIe Reich, les Juifs ne doivent pas se croire protégés par leur fidélité à une Allemagne à laquelle ils ont fourni tellement d’intellectuels, d’artistes, de savants… On voit ainsi l’Histoire se développer au jour le jour, avec une présence et une richesse de détails pris sur le vif que les reconstitutions les plus fidèles ne peuvent guère posséder

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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Lun 12 Oct 2009 - 14:25

A l'occasion de la traduction française de l'étude comparatiste de l’œuvre de Joseph Roth à la lumière de la tradition juive orientale. dans Loin d'où ? Joseph Roth et la tradition juive-orientale de Magris Claudio



Article paru dans La Libre Belgique de ce lundi 12 octobre 2009 :

Citation :
Joseph Roth : la fin de deux mondes

Jacques Franck

Mis en ligne le 12/10/2009
Un grand écrivain autrichien éclairé par la tradition juive orientale. L'homme moderne vit comme en exil, autrement dit loin, mais loin d'où ?

Claudio Magris, né à Trieste il y a soixante-dix ans, et qui y vit toujours, est une figure cruciale de l’histoire littéraire de l’Europe centrale. En 1986, son livre sur le Danube, qui coule de la Forêt-Noire à la Mer Noire, a ravivé la mémoire d’un univers trop longtemps occulté par la guerre et les régimes communistes. Son essai sur "Le Mythe et l’Empire (des Habsbourg) dans la littérature autrichienne" a magistralement éclairé cette relation complexe. Souvent cité pour le prix Nobel, Magris recevra, le 18 octobre, le réputé Prix de la Paix des Libraires allemands à la Foire de Francfort. En 2010, il sera "l’auteur littéraire invité" du Festival de Salzbourg.

Aujourd’hui, paraît la traduction française de son étude comparatiste de l’œuvre de Joseph Roth (à ne pas confondre avec l’écrivain juif américain Philip Roth, dont Guy Duplat parlait ici même la semaine dernière) à la lumière de la tradition juive orientale. Né en 1894 à Brody, en Galicie orientale, alors en Autriche, aujourd’hui en Ukraine, il mena une double carrière de journaliste et de romancier, s’exila à Paris lors de l’accession des nazis au pouvoir en Allemagne, et y mourut en 1939, miné par l’alcoolisme et la désespérance.

Son importante production se compose de chroniques journalistiques, révélant un observateur sensible aux détails significatifs d’une silhouette ou d’une situation (on en trouvera un nouvel exemple dans "Cabinet de figures de cire" et "Images viennoises" dont la traduction vient de paraître) et de merveilleux romans, tels "La Marche de Radetzky" et "La Crypte des Capucins", qui dépeignent l’évanouissement quasi simultané de l’empire des Habsbourg et du judaïsme oriental, l’Ostjudentum.

Cette simultanéité est au cœur de la magnifique étude que Magris consacre à un Roth d’une sensibilité exacerbée, capable de passer d’une extrême lucidité critique, notamment sur les situations sociales de son époque, à un passéisme nostalgique et sentimental. Nous ne suivrons pas Magris dans son étude quasi chronologique des ouvrages de Roth, préférant égrener quelques grands thèmes qui les structurent et qui, tout juif assimilé qu’il était, constituent comme un catalogue idéal de thèmes et de motifs yiddish.

Ainsi en va-t-il de l’exode de tant de juifs orientaux fuyant jusqu’en Amérique les persécutions antisémites et les pogroms, mais aussi par l’assimilation à la société occidentale un oppressant traditionalisme familial et religieux. Cet exode a inspiré toute une littérature juive, racontant les tribulations des transfuges des "shtetls" (ces bourgs et villages d’Europe de l’Est où les Juifs vivaient en quasi-autarcie), passant d’une société patriarcale à une société capitaliste avancée, d’un monde réglé par des valeurs transcendantes et supra-individuelles (celles de la Torah) à "un chaos vertigineux dont la seule loi est la réussite individuelle". Avec tous les déboires et malaises psychologiques qu’on devine.

Ces déboires et malaises ont entraîné, a contrario, une pléthore de célébrations hyperboliques de l’Ostjudentum, ses fêtes, ses rites, ses contes, au mépris de la misère, de la saleté et des tyrannies familiales et religieuses qui le caractérisaient aussi. Déjà Kafka avait représenté un cas extrême de cette mythification du judaïsme oriental, lorsqu’il identifia, dans sa distanciation de leurs traditions et dans son incapacité à retourner sous le joug de la Loi, l’origine de son infélicité et de sa culpabilité.

Au fil de ses analyses, Claudio Magris entre-tisse mille liens avec les œuvres de Cholem Aleichem, Isaac Bashevis Singer, Saul Bellow, Bernard Malamud, Arthur Schnitzler, Thomas Mann, Joseph Conrad, Dostoïevski, etc. Par là, il inscrit l’univers de Roth dans un univers plus vaste qui le contient et le déborde. Ainsi, par exemple, lorsqu’il fait du rapport père-fils ou plus largement du rapport entre les générations, un pivot de l’univers narratif de Roth. Comme beaucoup d’auteurs juifs, celui-ci s’est tourné vers le monde des pères pour chercher dans la solidité patriarcale un soutien que la nouvelle société anonyme et impersonnelle ne procure plus aux fils qui y vivent. Des fils toujours représentés comme des êtres faibles, irrésolus, ratés par comparaison avec leurs géniteurs.

Autre grand thème : la décrépitude mais aussi le charme de l’Empire, incarné dans le vieil empereur François-Joseph. Roth le compare à une marionnette sur un théâtre voué à disparaître, mais il lui donne toute sa sympathie, comme à quelqu’un qui unit "solitude, impuissance et sagesse".

Accablant de sa hargne une société bourgeoise, en laquelle il ne voit pas une classe socio-économique mais l’opérateur de la transmutation des valeurs humaines et spirituelles en "valeurs boursières", Roth la rend responsable de la subjectivité exaspérée qui a engendré une démocratie de masse, laquelle n’est qu’une tyrannie camouflée. À cette situation, Roth propose comme antidotes la restauration des valeurs familiales et religieuses des ghettos hassidiques d’Europe orientale, et le stoïcisme individuel. Des antidotes assurément simplistes, mais qui n’enlèvent rien à la richesse chatoyante et humaniste de son univers romanesque.
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Mer 11 Nov 2009 - 19:33



Les articles de Joseph Roth dans les journaux autrichiens puis allemands valent bien effectivement ses romans,formidables par ailleurs. Prochainement et à la lumière de ce que vient de dire Sentinelle.
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Dim 15 Nov 2009 - 16:34

Cafés viennois d'entre eux guerres


On connaît le Viennois Joseph Roth surtout pour La marche de Radetzky et La légende du saint buveur.On sait sa fin parisienne et alcoolique juste avant le déluge en 1939.Encore sous-estimé par rapport à ses amis Zweig ou Musil par exemple on sait moins ses débuts dans le journalisme et c'est l'objet de ce passionnant recueil de quelques-uns de ses textes parus pour Images viennoises dans Der neue tag en Autriche vers 1920 et pour Cabinet des figures de cire dans Die Frankfürte Zeitung en 1929 en Allemagne.Bien sûr on retrouve les accents de cette Mitteleuropa qu'on aime tant d'autant plus qu'entre les deux horreurs ce monde a déjà opéré une première bascule qui ne sera pas la dernière.Mais ces textes très brefs permettent aussi à Roth de savoureuses digressions sur le temps par exemple:le très curieux Voile qui recouvre une horloge d'une feuille de journal.Ou ses interrogations sur L'avenir des théâtres impériaux en cette époque où L'Autriche-Hongrie a vécu et ne se doute pas encore de ce qui l'attend.

Mais je suis surtout ébloui par la prose de Joseph Roth,Juif Galicien,quand il dépeint en quelques pages Le portier d'un grand hôtel.L'hôtel où Roth a beaucoup vécu est un personnage important dans ce Cabinet des figures de cire et cet homme aux clefs d'or nous fait irrémédiablement penser au Dernier des hommes de Murnau,quasi contemporain. Journaliste, Roth nous entraîne aussi dans les coulisses de la presse avec le portrait du Rédacteur de nuit,oiseau nocturne appréhendant l'actualité de toute sa foi en ce métier et "rangeant" les nouvelles dans l'intérêt de ses lecteurs.En ces heures ultra-matinales l'odeur d'imprimerie se mêle là celle des cafés et le rédacteur de nuit se prend à rêver,pas longtemps,à cette nouvelle Europe Centrale.

Le futur n'est pas sûr mais ses lignes sur une Arrivée en Albanie sonnent pourtant comme le kafkaïen destin de ce pays.Et vous saluerez Le congrès qui m'a paru comme mis en scène par Lubitsch,avec petits délégués nerveux et grégaires dansant sur un volcan mais l'ignorant encore.Joseph Roth publierait La marche de Radetzky en 32 avant de quitter l'Allemagne comme beaucoup d'autres.
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Dim 29 Nov 2009 - 16:47



Quel beau livre que Tarabas un hôte sur cette terre.Tarabas,tour à tour étudiant, soldat, révolutionnaire, colonel, antisémite,mendiant s'est vu promettre par la gitane de New York le meurtre puis la sainteté.Pour devenir meurtrier c'est assez vite fait: l'Europe à feu et à sang vous tend les bras et Joseph Roth le juif galicien sait de quoi il parle.Pour la sainteté...
Tarabas retrouve le chemin de son enfance,là où il pourrait donner un nom à chaque saule,chaque bouleau,là où l'attendent ses bonnes chaussures,et surtout là où père et mère sont leurs propres cercueils d'égoïsme et de folie.Quand criera-t-on plus fort le génie de Joseph Roth?
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Ven 10 Sep 2010 - 21:33

Le marchand de Corail
(en allemand, Der Leviathan)

Nissen Piczenik, un humble juif ukrainien vit dans la petite ville de Progrody où il est marchand et fabriquant de bijoux en corail. Il mène une existence régulière et tranquille, rythmée par les seules exigences de son commerce et ses prières quotidiennes à la Synagogue. Mais sa passion pour le corail l’amène souvent près du petit étang qu’il imagine relié dans ses profondeurs à la mer dont il rêve… Il accompagnera ensuite le seul marin issu de sa ville à Odessa, ses premières vacances et sa rencontre tardive mais éblouissante avec l’objet de sa passion, celle qui contient ces objets fascinants avec lesquels il travaille depuis longtemps, les coraux. Mais la mer le mènera pourtant à sa perte…

Cette nouvelle d’une grande délicatesse, embellie par une écriture à la fois nerveuse et tendre, concise et élégante, ne peut qu’émouvoir : l’histoire d’un personnage ordinaire, habité d’une passion extraordinaire qui finit par le dévorer.
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Sam 11 Sep 2010 - 11:32

Cachemire a écrit:
Le marchand de Corail
(en allemand, Der Leviathan)

Nissen Piczenik, un humble juif ukrainien vit dans la petite ville de Progrody où il est marchand et fabriquant de bijoux en corail. Il mène une existence régulière et tranquille, rythmée par les seules exigences de son commerce et ses prières quotidiennes à la Synagogue. Mais sa passion pour le corail l’amène souvent près du petit étang qu’il imagine relié dans ses profondeurs à la mer dont il rêve… Il accompagnera ensuite le seul marin issu de sa ville à Odessa, ses premières vacances et sa rencontre tardive mais éblouissante avec l’objet de sa passion, celle qui contient ces objets fascinants avec lesquels il travaille depuis longtemps, les coraux. Mais la mer le mènera pourtant à sa perte…

Cette nouvelle d’une grande délicatesse, embellie par une écriture à la fois nerveuse et tendre, concise et élégante, ne peut qu’émouvoir : l’histoire d’un personnage ordinaire, habité d’une passion extraordinaire qui finit par le dévorer.

En français, il est dans un recueil de nouvelles qui porte ce nom (250 pages).
Il faudra que j'essaye Joseph Roth, ça changera de Philip !
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   Sam 11 Sep 2010 - 12:01

eXPie a écrit:

En français, il est dans un recueil de nouvelles qui porte ce nom (250 pages).
Il faudra que j'essaye Joseph Roth, ça changera de Philip !

Oui! Voilà deux homonymes bien différents !!!

Joseph Roth a un style particulier, intéressant à lire... et bien sûr, sa manière de "voir le monde", comme chaque auteur: Il est assurément à découvrir.
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MessageSujet: Re: Joseph Roth [Autriche]   

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