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 Yoshimura Akira

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eXPie
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mar 13 Mar 2012 - 23:15



L'Arc-en-ciel blanc. Quatre récits traduits en 2012 par Martin Vergne. Actes Sud, 182 pages.

1/ L'Arc-en-ciel blanc (Shriroi Niji, 1953). 28 pages.
Ayako est mariée avec Toshisuke. Leur première nuit ensemble, après leur mariage, s'est mal passée.
Citation :
"Ce soir-là, à l'instant où son mari l'avait touchée, Ayako n'avait pas caché sa violente aversion. Comme pour le repousser elle s'était débattue bras en avant de toutes ses forces. Elle avait même crié.
Devant cette résistance inattendue pour une jeune mariée, Toshisuke avait été troublé et désorienté. Cette peur avait stimulé son désir. Ayako s'était retrouvée sans défense.
Lorsque bientôt Toshisuke avait lâché le corps d'Ayako, le visage de celle-ci était blême, ses yeux fendus, et son corps frissonnait comme si elle avait de la fièvre. D'entre ses dents fortement serrées sortait même de l'écume blanche. [...]
Son dos sous le kimono de nuit avait la fragilité d'une petite fille encore immature.
Toshisuke avait regretté. Il avait déploré son étourderie pour n'avoir pas pris en compte dans sa réflexion la jeunesse de sa femme." (pages 9-10).
On en apprendra plus sur Ayako, dont la santé semble chancelante.

Assez bonne nouvelle, elle donne son titre au recueil, mais ce n'est pas la meilleure de l'ensemble. Ce qui est finalement normal, l'auteur avait 26 ans à l'époque.


2/ Un été en vêtements de deuil (Fukumo no Natsu, 1958). 47 pages.
Ce récit avait déjà paru hors-commerce dans la traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle. Le texte, ici, est très proche, tellement qu'on ne peut s'empêcher de penser que Martin Vergne s'est basé sur cette traduction, qu'il a toutefois modifiée ici ou là.
Je vais donc reprendre mon petit commentaire plus haut et le modifier légèrement moi aussi.

Kiyoshi vit donc avec sa grand-mère dans une grande maison. La grand-mère passe ses journées allongée. Elle se dit mourante, depuis des années.
Il y a une domestique, et puis aussi une femme de ménage qui vient régulièrement.

Dans une ancienne chambre de bonne, à l'écart, vit une femme - la nièce de la grand-mère - ainsi que son mari et sa fille, Tokiko.
Ils sont pauvres, mais doivent tout de même payer un loyer à la grand-mère. Ils n'attendent qu'une chose : la mort de la vieille.
Les parents de Kiyoshi sont tous deux décédés depuis plusieurs années.

Kiyoshi est un petit garçon très sympathique. Regardons-le s'intéresser aux poussins du poulailler :
Citation :
"Le matin de ce jour-là, Kiyoshi avait découvert que ce poussin se débattait, écrasé par les robustes pattes de sa mère. A l’aide d’un bâton, il tira aussitôt le poussin sur le sable, mais les pattes du petit animal étaient déjà brisées à la racine, tandis qu’à travers le duvet jaune pointaient un peu d’os et de chair. […]
Kiyoshi fronçait ses sourcils clairs. Il était sensible à la douleur du poussin qui devenait lancinante à hauteur de ses cuisses. Le petit animal affaibli continuerait à se tordre de douleur du fait de ses blessures, et le lendemain matin son corps serait certainement raidi. […]" (page 42)

Brave garçon, se dit-on.
Avant de lire la suite :
Citation :
"Manifestement rassuré de se retrouver sur sa paume, le poussin les yeux mi-clos continuait à piailler faiblement. Kiyoshi observa le petit corps un moment et bientôt, décidé, il prit la tête du poussin entre ses doigts et la tourna lentement. La tête fit un tour complet et revint sur le devant. Les petits yeux au contour bien dessiné se fermèrent lentement, par à-coups, tandis que l’extrémité un peu froide des griffes touchait en palpitant le poignet de Kiyoshi. Du bec entrouvert pointa tout droit une langue rugueuse et orange.
Kiyoshi mordit ses lèvres de ses petites dents.
Le corps du poussin était mollement allongé sur sa paume. La tiédeur de ses plumes n’en finissait pas de disparaître." (page 43)

Kiyoshi aime bien discuter et jouer avec Tokiko, sa cousine :
Citation :
"Kiyoshi et Tokiko, après avoir étendu la natte, jouaient souvent à la dînette sous le parasol chinois.
- Ta grand-mère, elle n’est toujours pas morte ?
Dès qu'elle voyait Kiyoshi, Tokiko lui posait question comme un salut, après quoi elle guettait sa réaction.
- Pas encore, répondait invariablement Kiyoshi avec candeur.
- Mon garçon, il ne faut pas jouer avec elle, parce que c’est la fille d’un voleur, lui répétait la domestique en tordant les lèvres, un éclair de colère dans le regard." (page 49).

L'histoire se poursuit. La famille de Tokiko attend toujours avec impatience la mort de la grand-mère.
Et l'on en apprend plus sur la mort de la mère de Kiyoshi, ainsi que sur son père…

Un excellent récit, cruel.


Dernière édition par eXPie le Mer 14 Mar 2012 - 19:48, édité 2 fois
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eXPie
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mar 13 Mar 2012 - 23:15


3/ Etoiles et funérailles (Hoshi no sôrei, 1960). 53 pages.
Jirô a seize ans. Il n'est pas tout à fait normal : à la suite d'un choc, son intellect semble avoir cessé de se développer. Il n'est pas idiot pour autant.
Jirô est fasciné par les étoiles et les funérailles (c'est le titre, et cela aurait été finalement un beau titre pour ce recueil, peut-être moins accrocheur).
Citation :
"Jirô, au début, avait été grisé par l'odeur de naphtaline des tenues de deuil et les couleurs éclatantes des couronnes et les bouquets de fleurs, les lumières scintillantes et le tissu blanc tout neuf qui recouvrait le cercueil. Mais à force de voir des enterrements, il avait compris que ceux-ci suivaient un protocole déterminé, et bientôt son coeur avait été captivé par la précision inchangée de leur déroulement." (page 94)
On est dans le Japon de la pauvreté de l'après-guerre, de la faim.Tokiko, une jeune fille très maigre, porte sa petite soeur sur son dos. "Son corps était fin et maigre, chitineux comme celui d'un insecte." (page 128).
Cela fait un peu penser au Tombeau des Lucioles.
Un excellent récit, parfois beau, mais aussi douloureux. On retrouve la fascination de Yoshimura Akira pour les ossements, les crématoriums.


4/ Le Mur de briques (Rengabei, 1964). 37 pages.
Deux enfants, un garçon et sa petite soeur, veulent sauver un cheval, destiné à être tué (on saura dans quel but). Ils s'échappent avec le cheval, la nuit. "Avec son frère et le cheval, tous les trois, allaient-ils continuer à marcher vers un endroit éloigné, une lande inhabitée ? Là il y aurait des fleurs en abondance avec des pétales de toutes les couleurs, et l'on y entendrait des ruisseaux, on y verrait peut-être même se découper des lacs. Ou alors ce serait comme dans un livre d'images qu'elle avait vu, un endroit de forêt avec des écureuils bondissant et des petits oiseaux gazouillant aux plumes colorées ?" (page 149).
Bonne nouvelle (dont on voit la fin arriver), assez sombre. On y retrouve le thème de l'extrême pauvreté, de la faim.


Ce sont finalement des récits sur la cruauté, vue, ressentie ou pratiquée par les enfants. Cruauté (pour dire le moins) d'enfants qui ne comprennent pas bien ce qu'est la vie dans Un Eté en vêtements de deuil (à moins que, à époque sans pitié, les enfants soient également et logiquement sans pitié), cruauté des enfants entre eux dans Etoiles et funérailles, cruauté (apparente) des adultes vus par les enfants dans Le Mur de briques, qui ne comprennent pas bien leurs motivations. Ce sont aussi des récits sur l'immédiate après-guerre, qui parlent de la lutte pour sortir de la pauvreté et trouver de quoi manger à sa faim, la tentation du suicide, les parents avec leurs enfants, lorsque c'est la seule échappatoire à la misère.

Se détachent particulièrement, de cet excellent recueil très sombre, deux récits : Un été en vêtements de deuil et Etoiles et funérailles.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Lun 9 Juil 2012 - 20:35

L'arc en ciel blanc


eXpie en a fait un résumé des plus complet, dans les deux posts précédents, je ne vais donc revenir sur les trames des nouvelles qui composent ce court recueil (c'est décidément très pratique de passer après un commentaire d'eXPie). C'est sont les premières nouvelles de l'auteur que je lis, je ne sais pas si c'est parce qu'il en a écrit peu ou parce qu'on ne les a pas traduites. Ce qui serait dommage, car je les ai trouvées excellentes. Sauf peut être la première, qui est loin d'être mauvaise, mais pas complètement aboutie à mon sens, avec cette trame, l'auteur aurait pu être plus percutant. On comprend ses intentions, mais j'ai un peu eu le sentiment qu'il n'a pas complètement maîtrisé le déroulement du texte. Mais c'est la première chronologiquement et les trois autres textes sont vraiment marquants, chacun à sa façon. Dans les trois textes, les personnages principaux sont des enfants, qui vivent des choses difficiles, mais tout cela sans aucun angélisme, il y quelque chose de très cru dans ces nouvelles, une vraie violence de l'enfance, le tout dans un style limpide et serein, qui fait vraiment contraste avec le contenu, ce qui ajoute à la force des récits.

Une très bonne lecture, qui me fait espérer pouvoir lire d'autres nouvelles de l'auteur (si elles existent).

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Avadoro
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mar 10 Juil 2012 - 12:18

Le convoi de l'eau

A la suite d'un grand nombre d'avis élogieux, je vais aussi insister sur la puissante beauté du style. Yoshimura construit une double confrontation, à la fois collective (les ouvriers/les habitants du hameau) et individuelle (le narrateur face à son passé et à la recherche d'un accomplissement). Le trouble marquant laissé par ce récit très épuré provient de la clarté d'images figées, qui imposent malgré tout peu à peu l'idée d'un mouvement presque imperceptible, vers une réappropriation de soi.
Au final, il me reste une légère frustration par rapport à mes attentes....sans doute parce que l'ouvrage est emblématique d'une littérature japonaise et ne m'a donc pas surpris ou bousculé. Ce constat ne m'empêchera pas de poursuivre avec l'auteur.
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Exini
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Dim 30 Sep 2012 - 10:37

Après un coup d'oeil sur les commentaires, je vais donc m'initier à la littérature japonaise avec "Le convoi de l'eau", qui semble enchanter tous ses lecteurs.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mer 3 Avr 2013 - 12:27

Après tous ces commentaires élogieux, je ne peux qu'ouvrir ma LAL à cet auteur !
Et merci pour vos votes qui ont permis d'élire Yoshimura Akira "auteur reste du monde" et m'ont conduit à le découvrir !
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shanidar
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Sam 27 Avr 2013 - 17:39

Le Convoi de l'eau

Faut-il voir dans ce court récit une métaphore parfaite du Japon ? Pays (ou plutôt myriades d'îles) entouré d'eau et pays menacé par les hommes qui l'habitent et l'abîment... C'est en tout cas l'impression profonde qui a surgi en moi à la lecture de ce roman d'eau, roman mouillé, pluvieux, torrentueux, où les sources chaudes galvanisent les hommes et où l'on dynamite les montagnes pour créer des barrages hydrauliques qui inondent des villages.

Roman dans lequel chaque mot, chaque situation semblent avoir été longuement polis par l'auteur pour en donner une forme douce, chaude, lissée par l'eau si abondante. Un roman tellurique qui fait aussi intervenir le feu, cet élément sauvage et beau qui efface les traces et purifie les lieux. Et puis la terre bien sur, celle du cimetière qu'il faut profaner, celle dans laquelle se cherche la paix des corps, celle qui combinée à la pluie verdit et putréfie... Il faut alors pour le narrateur aller chercher l'air qui lui apportera la paix et monter sur cette tour de guet qui offre le spectacle irréel d'hommes fourmis partant conquérir d'autres terres, d'autres eaux, d'autres feux...

Un seul bémol pour ma part : la fulgurante cruauté enfantine du narrateur m'a semblé un peu trop redevable aux visions académiques que nous avons des tueurs en série mais c'est bien peu au regard d'un livre dense et reposant.


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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Jeu 8 Aoû 2013 - 20:34

L'Arc-en-ciel blanc

Un recueil de nouvelles à la tonalité douloureuse derrière l'apparence d'un renoncement et d'un apaisement. La violence semble en effet omniprésente, liée à la fragilité de l'enfance et se confondant avec son innocence.
La concision de chaque récit accentue un traumatisme à vif qui s'épanouit et se révèle avec la limpidité de l'écriture. Yoshimura maintient cependant une forme d'opacité psychologique, de mystère à travers des développements d'une gravité étrangement sereine. Je trouve aussi que la première nouvelle est moins aboutie et manque de cohérence par rapport aux trois autres qui expriment une angoisse proche.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Lun 9 Déc 2013 - 20:46

Naufrages

Nous sommes dans un village japonais hors temps, dans lequel les gens vivent comme ils ont toujours vécu, en essayant de survivre et ne pas mourir de faim. La pêche fourni l'essentiel des ressources. La vie de la communauté est un élément essentiel de la survie, d'où l'importance accordée aux cérémonies, célébrations, suivants des rites ancestraux. Le personnage principal, Isaku n'a que neuf ans, lorsque son père se vend pour trois ans de dur travail dans un village avoisinant pour permettre à sa famille d'avoir de quoi manger. Isaku, qui est l'aîné des enfants doit prendre sa place pour la pêche et les autres tâches de survie. Il devient précocement adulte et doit donc assumer ses responsabilités. Le village, au bord de la mer, espère pour améliorer l'ordinaire, des naufrages des bateaux, et aide même à leur survenue.

Un livre très fort, et complètement réussi. La sobriété de l'écriture, une sorte d'effacement, sert merveilleusement le propos de l'auteur. Les personnages sont très bien campés, ainsi que la vie de la communauté villageoise. Un monde cruel, dans lequel pour que certains puissent survivre, d'autres doivent mourir. Tout cela avec quelques aspects d'un monde de conte, de cérémonies magiques, auxquelles croient les habitants. L'émotion est comme mise à distance, alors que des événements très durs sont racontés par moments, mais comme des phénomènes météorologiques, des choses auxquelles ont ne peut pas échapper.

Juste un tout petit bémol sur la fin, qui a quand même (à mon sens) un petit côté moral, mais c'est un magnifique récit, qui marque son lecteur pour longtemps.

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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Lun 9 Déc 2013 - 22:11

Arabella a écrit:
Juste un tout petit bémol sur la fin, qui a quand même (à mon sens) un petit côté moral

Qu'est-ce que tu entends par là ?

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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Lun 9 Déc 2013 - 22:24

Je ne veux pas raconter tout, mais il y a un côté, ils sont punis par là où ils ont péché.

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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Lun 9 Déc 2013 - 22:34

Arabella a écrit:
Je ne veux pas raconter tout, mais il y a un côté, ils sont punis par là où ils ont péché.
Oui, c'est vrai. Mais c'est une façon de faire une "vraie fin" au livre... Sinon, on découvre les rites, et puis après, année après année, ça continuerait...
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Mar 10 Déc 2013 - 8:57

Je pense qu'il y aurait pu avoir une autre vraie fin, rien que le retour du père, ou son non retour, ou un autre malheur collectif frappant la communauté....
Je ne sais pas qui a dit plus haut que l'auteur ne jugeait pas le comportement de ces villageois contraints de survivre, et cette fin au final fait un petit peu jugement.
Mais c'est un petit défaut, compte tenu des qualités de ce livre magnifique. Il se voit peut être d'autant mieux que le reste est tellement superbe.

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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Jeu 16 Jan 2014 - 22:08


Couverture : Jeune Japonais pendant un entraînement militaire, lithographie de 1938. Collection privée.
- Mourir pour la patrie - Shinichi Higa, soldat de deuxième classe de l'armée impériale (Junkoku-Rikugun Nitôhei Higa Shin'ichi, 1967). Roman traduit du japonais par Sophie Refle. Actes Sud, 174 pages.

Nous sommes à Okinawa en mars 1945.


Cela paraît difficilement pensable, les Américains se rapprochent. Il faut les empêcher d'avancer plus et montrer au Japon tout entier de quoi les habitants d'Okinawa sont capables !
Le roman commence :
Citation :
"Les élèves de première et de deuxième année pleuraient à chaudes larmes.
Ils restaient en rangs, avec une expression obstinée, inhabituelle sur leurs visages, sans écouter le professeur qui essayait de les raisonner et répétait qu'ils devaient rentrer chez eux parce qu'ils étaient trop jeunes." (page 5).
Les pauvres ne pourront pas aller combattre et mourir héroïquement pour leur Empereur...

Nous allons suivre un des garçons assez âgé pour se battre : Shinichi Higa. Il est petit pour son âge, plus petit que nombre d'élèves jugés trop jeunes, mais il pourra se battre ! "Être reconnu comme faisant partie des grands grâce au débarquement imminent de l'armée américaine lui procurait donc une fierté certaine." (pages 6-7).
Alors que le canon gronde et que les incendies flamboient dans le ciel nocturne, voici que les élèves sont exaltés :
Citation :
"- Nous, les élèves de l'école secondaire numéro un, sommes prêts à mourir ! Chacun d'entre nous tuera dix ennemis ! Nous les éliminerons tous, jusqu'au dernier ! Nous ne leur donnerons pas notre sol et nous défendrons jusqu'à la mort le Japon pays des dieux ! criaient-ils, la voix tremblante d'émotion." (page 7).

On leur distribue des grenades : trois par personne.
Citation :
"- Vous utiliserez les deux premières contre l'ennemi, et la dernière vous servira si par malheur vous êtes blessés et que vous ne pouvez plus vous battre. Un soldat de l'empereur choisit la mort. Vous m'avez compris ? lança l'officier.
Tous les élèves crièrent leur assentiment.
Au même instant, quelqu'un hurla "attaque aérienne !" et l'air s'emplit du sifflement des bombes et de détonations." (page 15).

Shinichi rêve d'un beau sacrifice.
Citation :
"Cette mort serait nécessairement héroïque, il la trouverait dans une action de choc, par exemple en attaquant l'ennemi, une mine dans son dos.
Mais la mort à laquelle son quotidien l'exposait en permanence n'avait rien d'héroïque. Il courait le risque d'être fauché par une balle ou un obus sitôt qu'il quittait la tranchée-abri." (page 39)

Shinichi aide à transporter les blessés dans un hôpital enterré. La puanteur y est insupportable, l'aération insuffisante, les mèches des lampes à huile brûlent à peine.
Citation :
"Lorsqu'un médecin militaire lançait : "Ventilation !", les élèves féminines se levaient et brassaient l'air en agitant des serviettes." (page 33).
Quant aux blessures des soldats :
Citation :
"Ceux qui avaient perdu bras et jambes et se tordaient sur leur couche, ceux qui réclamaient sans cesse de l'eau, brûlés au lance-flammes sur tout le corps et le visage, ceux qui produisaient à chaque inspiration le son d'un sifflet et s'étranglaient quand on les nourrissait à la paille parce qu'ils avaient été touchés à la gorge." (page 34).
Les conditions d'hygiène sont dramatiques.
Citation :
"Il suffisait d'observer un sous-vêtement pour distinguer les oeufs transparents qui couvraient les coutures. Si on le retournait, on voyait grouiller des larves rose pâle, repues de sang, qui agitaient leurs pattes avec langueur." (page 44).

Mais la confiance règne encore, car il est impensable que le Japon perde.
Citation :
"- En fait, les avions d'attaque spéciale qu vont arriver en masse de Kyūshū couleront tous les bateaux. Ça sera un spectacle formidable quand la mer se teintera du rouge de leur sang.
Cette perspective éveillait leur excitation." (page 22).

Bras et jambes arrachés, boyaux qui fichent le camp, suicides, corps en décomposition, asticots qui grouillent, soldats qui vont à la mort sans sourciller - du moins en apparence... Mais notre soldat de deuxième classe, fier d'appartenir à une unité Fer et Sang pour l'Empereur, aura-t-il une fin digne de ses aspirations patriotiques ?

Une horreur scotchante, apocalyptique, écrite sans pathos.
On voit ce qu'un bon bourrage de crânes peut amener les gens à faire.
Très impressionnant.

On pourra en lire les quinze premières pages sur : http://books.google.fr/books?id=oJ1aAgAAQBAJ
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MessageSujet: Re: Yoshimura Akira   Ven 17 Jan 2014 - 9:04

Cela m'intéresse ! Il va juste falloir trouver le bon moment ...
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