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 Albert Camus

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Lilou
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Dim 31 Aoû 2014 - 16:17

De Camus, j'ai beaucoup aimé le théâtre pour ma part : le malentendu, Caligula et Les justes.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Lun 1 Sep 2014 - 9:36

Je viens de lire Le Malentendu et je vais essayer d'en dire quelques mots cette semaine...

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colimasson
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Lun 1 Sep 2014 - 20:46

Les points de suspension sont rarement de bon augure...

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colimasson
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Lun 8 Déc 2014 - 21:12

La mort heureuse (1971)




Sensiblement convaincante, l’histoire racontée par Albert Camus laisse pourtant tout le temps à distance. Meursault est un homme compliqué plus que complexe qui rêve, comme d’un idéal de romantisme, de faire sienne la doctrine du « Carpe Diem ». Il aimerait être sans attaches ni ambitions, parce qu’il espère que le seul moyen d’être heureux consiste à être dénué de tout ce qui fait une existence conventionnelle.  Et pourtant, s’il parvient à quitter sa famille et ses amours, ses tâches professionnelles et ses occupations quotidiennes, il n’arrive jamais à prendre du recul quant à lui-même, dans le sens où il est contraint de vivre malgré tout.


La description de cette souffrance intellectuelle et psychologique semble authentique et pourtant, du début à la fin de la Mort heureuse, Albert Camus donne l’impression de nous raconter l’histoire d’un homme malheureux parce qu’il n’arrive pas à vivre l’instant présent, et pire encore : dont la seule satisfaction est d’être malheureux parce qu’il n’arrive pas à être heureux ; voire se contemplant être heureux d’être malheureux parce qu’il ne peut pas l’être… assez agaçant. La forme du roman n’est sans doute pas adaptée pour ce thème. Trop démonstratif, Albert Camus aurait peut-être mieux fait de s’exprimer directement plutôt que de passer par l’intermédiaire d’un personnage chancelant, théorisé jusqu’à l’abstraction même dans ses sentiments les plus intimes.




Citation :
« Une affreuse douceur lui venait à la bouche devant tant d'abandon et de solitude. À se sentir si loin de tout et même de sa fièvre, à éprouver si clairement ce qu'il y a d'absurde et de misérable au fond des vies les mieux préparées, dans cette chambre, se levait devant lui le visage honteux et secret d'une sorte de liberté qui naît du douteux et de l'interlope. »


J'ai du mal, cela sonne faux. Mais dans la mélancolie du temps qui passe, imperturbable, je retrouve le Camus que j'aime :


Citation :
« À la fin de l'année le blé germait déjà dans certaines terres, tandis que d'autres finissaient à peine de recevoir les labours. Un peu plus tard, les amandiers à nouveau furent blancs dans le ciel glacé et bleu. La nouvelle année se poursuivit dans la terre et le ciel. Le tabac fut planté, la vigne labourée et soufrée, les arbres greffés. Le même mois, les nèfles mûrirent. À nouveau la fenaison, les moissons et les labours d'été. À la moitié de l'année de gros fruits juteux et collant aux doigts garnissaient les tables : figues, pêches et poires qu'on mangeait goulûment entre deux battages. Aux vendanges suivantes, le ciel se couvrit. Venant du nord, passèrent des bandes noires et silencieuses d'étourneaux et de grives. Pour eux les olives étaient déjà mûres. On les cueillit peu après leur passage. Dans la terre gluante, une seconde fois le blé germa. De gros vols de nuages venant aussi du nord passèrent sur la mer et sur la terre, brossèrent l'eau de son écume et la laissèrent nette et glacée sous un ciel de cristal. Pendant plusieurs jours, il y eut dans le soir des éclairs lointains et silencieux. Les premiers froids commencèrent. »


peinture de Yaroslav Gerzhedovich

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Casus Belli
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Sam 27 Déc 2014 - 15:07

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
L’indifférence l’accable dés l’ouverture du roman. Je ne pense pas qu’il soit une victime. Je pense au contraire qu’il est solide comme un roc, là où ses congénères tournoient sans arrêt. Il est Étranger parce qu’il est seul à atteindre le bonheur. Il n’est pas veule, ce n’est pas une épave, mais au contraire, c’est un homme d’aveu, qui a tué l’affect passager, un homme de l’absolu. Le bonheur est ce qui est durable. Il n’est pas possible tant que les tourments nous saisissent, tant que l’affect se joue de nous. Tout sentiment dirigé finit par s’éteindre, même le Deuil, même l’Amour.
L’image du Christ est galvaudée : au lieu de suivre son exemple, les hommes qui se chargent de juger Meursault s’en servent pour ennuyer les autres et faire peur.
Le Christianisme est devenu ennuyeux, et quelque peu effrayant. Au lieu de nous tourner vers nos péchés, on se fie à un corpus de valeurs figées qu’on est sensé suivre. Le Christ qu’on présente à l’Étranger n’est pas générateur d’aveux, mais générateur de peurs. Meursault est un Christ différent : il a vaincu ses peurs, a trouvé sa vérité, et n’essaie pas de l’infliger aux autres. Les autres sont comme étrangers à eux-mêmes. Ils ne se sont pas sondés, et s’en remettent à des valeurs vétustes, d’il y a 2000 ans. Meursault est un Christ du perpétuel présent. Un Christ non figé. Un Christ résolument moderne.
Le livre est scindé en deux parties. La fin de la première partie se termine sur le meurtre. Il vient de frapper à la porte du malheur. Sa vie réglée prend fin. Commence alors la vie déréglée, la deuxième partie. Mais le style ne change pas. Les phrases sont toujours au passé composé (ce qui « accentue la solitude de chaque unité phrastique ») ; pourquoi est-ce que ça ne change pas ? Parce que la distance que l’Étranger prend par rapport à sa vie est la même, qu’elle soit réglée ou déréglée.
L’Étranger est entouré d’individus qui n’ont pas vaincu leur peur, leur Amour (son voisin jaloux), leur Deuil (le maître du chien). En conséquence de quoi, ce qu’ils jugent, ce n’est pas le meurtre de l’Arabe ; ce qu’ils jugent c’est son indifférence apparente au monde. Parce qu’eux vivent constamment dans l’affect.
L’homme et son chien sont à l’image de Meursault et son patron : plus l’employé désire de libertés, plus le patron tire sur sa laisse. Mais à la différence du chien, l’employé qu’est Meursault n’est pas affecté. Parce qu’il comprend le caractère absurde de cette situation.
Qu’en est-il du meurtre ? Il y est fait état d’une chaleur intense à ce moment, le même soleil que le jour où il a enterré sa mère. Ce soleil ne laisse aucune zone d’ombre.
L’assertion « absurde » m’est préférable à « la vie n’a pas de sens ». Pourquoi ? Parce que la première est une affirmation, alors que la deuxième est une négation.
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Ven 15 Mai 2015 - 13:25

La chute:

Un court récit très particulier, sous la forme d'un long monologue dans un bar d'Amsterdam. Une lecture un peu étrange, où j'en ressors un peu perturbé, dans une sorte de malaise. Je pense qu'il y a tout un tas de niveau de lectures de ce texte. J'ai l'impression que par moments il voulait régler ses comptes avec l'Eglise. En tout cas, j'admire la richesse de la langue, et la maîtrise du Monsieur.

Camus est très fort dans son expression, c'est un écrivain de génie. L'étranger est sublime. Je vais enchaîner avec La peste.

Petite anecdote personnelle: J'ai une tendresse particulière pour Camus, car mon grand-père était à l'école primaire avec lui, et qu'il m'a raconté leur enfance difficile dans les quartiers populaires d'Alger.

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Dernière édition par ArturoBandini le Sam 16 Mai 2015 - 18:16, édité 1 fois
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Ven 15 Mai 2015 - 18:34

tu peux grossir l'anecdote elle est sympa ! sourire

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Sam 16 Mai 2015 - 18:19

Bédoulène a écrit:
tu peux grossir l'anecdote elle est sympa ! sourire
voilà :)

Bon je n'arrive pas à rentrer dans La peste, je ne sais pas si c'est moi qui ne suis pas réceptif, ou le sujet qui ne m'intéresse pas vraiment... Sans doute un peu des deux, je trouve la lecture pénible. Je vais le laisser de côté, et revenir un jour si l'envie s'en fait ressentir.
Sinon j'ai écouté son discours de réception du Nobel, il est d'une éloquence assez stupéfiante!
Et j'ai oublié de mentionner Le Mythe de Sisyphe, qui est un texte important à mes yeux.

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Eulalie_Manea
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Ven 3 Juil 2015 - 20:26

Je viens tout juste de terminer La Chute. C'est un texte que j'ai connu à la fac, dont j'avais du traduire une partie. Mais je ne me suis jamais vraiment penchée dessus. La traduction en elle même m'a donné du fil à retorde et le passage en question m'a dégouté un moment de l'ouvrage.
J'avais déjà lu Caligula que j'avais beaucoup aimé. La Chute me plait beaucoup aussi, en somme Camus est un écrivain que j'apprécie particulièrement.
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titine
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MessageSujet: Albert Camus - "l'étranger"   Ven 18 Déc 2015 - 14:49

L'étranger - Albert Camus

J’ai lu qu’un parfumé (une ?) disait avoir peu accroché tout au long du livre mais que les dernières pages du livre lui avaient enfin apporté de la satisfaction et avaient pour ainsi dire justifié le livre. Je crois me souvenir que quand j’avais lu le livre au lycée, j'étais passée par les mêmes couleurs : j’avais d’abord été irritée par le narrateur Meursault, que j’avais perçu comme amorphe, bizarre, globalement indifférent à tout, pour le trouver enfin « réveillé » en fin du livre (lorsqu’il s’énerve assez violemment contre l’aumônier de la prison).
Aujourd’hui, le schéma s’est inversé pour moi : j’adhère complètement et « comprends » (du moins je le pense) le narrateur tel qu'il apparait dans la plus grande partie du livre. Je trouve sa perception du réel juste, sans hypocrisie, quasiment libertaire (libre, à l'écoute de son corps, de ses ressentis), tant au moment de l’enterrement de sa mère, que lors de ses relations professionnelles, de voisinage ou amoureuses, puis de ses relations avec l’avocat général, l’avocat de la défense, l’aumônier.
et j’ai aussi apprécié qu’au travers de la perception et de l'attitude de Meursault passent plusieurs fils de réflexion : une réflexion sur la difficulté de juger un homme (lui), et plus généralement de se faire un jugement sur un homme (ou une femme) - ce qui interroge la morale, la justice, la prison, la peine de mort - , une réflexion sur la différence, sur le décalage entre un individu et la société dans laquelle il vit, entre lui et les conventions sociales, entre lui et les gens ordinaires comme lui (sa relation à ses voisins, à sa copine Marie), entre lui et les représentants des institutions sociales (son patron, les hommes de justice ou de religion), une réflexion sur la prison et la liberté, une réflexion sur la mort : y a-t-il une différence entre la mort naturelle et celle judiciarisée ? que génère la conscience de l'imminence de sa mort ? permet-elle de s'y préparer ? de prendre conscience du "noyau" de la vie ?
Questions qui m'avaient très peu réellement interpelées du temps de mon adolescence... Temps où je n'étais même pas sûre de m'être arrêtée sur le titre et ses différents sens possibles : l'étranger qui désigne Meursault le désigne moins comme l'étranger qu'il est pour les arabes que comme l'étranger dans le sens de celui qui est jugé "étrange" d'abord d'avoir commis un meurtre sans raison, et plus généralement jugé étrange dans sa façon de penser et de se comporter.
Cependant, si j'ai adhéré à la personnalité assez floue de Meursault , j'ai été un peu dérangée par son accès de violence ultime Je comprends que cette violence est l’aboutissement nécessaire du roman, sa tension finale, enfin cristallisée, mais j’ai trouvé dommage que ce personnage, "ni bon ni mauvais" (même s’il tue un homme), en arrive à cette violence verbale et presque physique, perde son espèce de « flegme existentiel », auquel je m’étais habituée au fil des pages. Je vois bien qu’il exprime vraisemblablement par cet accès de violence une sorte de saturation de l’emprise de la société (l’avocat général, l’avocat de la défense, l’aumônier) sur lui, au travers de ce religieux qui revient sans cesse vers lui après sa condamnation et fait le siège entre les 4 murs de sa cellule. Mais il me semble que le mot « haine », dernier du livre, point final très puissant, "contamine" de mon point de vue " Meursault, s’applique finalemnet à lui autant qu'aux gens venus assister à son exécution, le rend haineux lui-même, comme les autres.
De la violence chez les doux, choquante, d'autant plus qu'on ne les avait connus que doux ou plutôt doux... D'où je retiens de ce roman que chez tout homme (Meursault, les autres personnages, moi, toi) tout est possible comme comportement (qu'on donne aux autres le meilleur comme le pire). Mais je vous ai peut-être perdu en suivant mon fil...

Sinon, au-delà de l’histoire elle-même, j’ai été carrément bluffée par l’écriture de Camus, dont j’ai véritablement pris la mesure à l’occasion de cette lecture : phrases courtes, synthétiques, elliptiques (s’appuyant sur des détails ou des relevés signifiants), qui produisent un récit dense même s’il rassemble peu de faits (là est la prouese de son écriture), excellente ponctuation des paragraphes par des phrases qui posent doucement comme des points, simplicité et justesse des mots (bien aimé retrouver par exemple « narquois »), fluidité dans l’enchaînement des phrases, richesse de l’ensemble (du récit surgissent les scènes, diverses interprétations possibles, puis ce que potentiellement suggèrer l'auteur).

Albert Camus \"l'étranger" p 100 (conversation de Meursault avec son avocat) a écrit:
Cependant, je lui ai expliqué que j’avais une nature telle que mes besoins physiques dérangeaient souvent mes sentiments. Le jour où j’avais enterré maman, j’étais très fatigué et j’avais sommeil. De sorte que je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait. Ce que je pouvais dire à coup sûr c’est que j’aurais préféré que maman ne mourût pas. Mais mon avocat n’avait pas l’air content.
Albert Camus – « l’étranger »

Bien aimé notamment son utilisation de l’imparfait, et du subjonctif.
J’ai hâte de lire « la chute », livre dont s’est inspiré Kamel Daoud pour écrire « Meursault contre-enquête », que je lis actuellement, et qui est à l’origine de ma relecture de « l’étranger ».
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shanidar
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Sam 19 Déc 2015 - 14:13

Ah c'est chouette quand les lectures ou relectures sont inspirées par d'autres lectures et qu'elles ouvrent sur de nouvelles sensations. J'étais partie pour relire un peu Camus et puis je me suis arrêtée en chemin... Il faudrait... En tout cas merci titine pour ce commentaire très complet et personnel qui donne envie d'y revenir ! (mais quand ??)...

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titine
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Dim 20 Déc 2015 - 10:41

merci pour ton retour shanidar :)
j'ai feuilleté hier les premières pages de "la chute". le style à ce stade-là m'apparait comme très différent de celui de "l'étranger". ça me laisse un peu perplexe...à creuser

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titine
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MessageSujet: La chute - ALbert Camus   Mer 30 Déc 2015 - 14:48

La chute - Albert Camus

Ce livre est un long monologue entre un ex-avocat parisien et un interlocuteur anonyme, dans un bar à Amsterdam principalement, dans les rues autour du bar, enfin dans la chambre du narrateur. Celui-ci raconte comment il « fonctionnait », quels étaient ses pensées, paroles, actes, sa psychologie dans le passé, puis un jour l’arrivée du doute (un rire entendu, dont on ne sait pas s’il est externe ou interne, peut-être l’un puis l’autre, en résonance, peut-être un rire intime, genre moqueur) et la crise existentielle suite à un événement (le fait de ne pas porter secours une nuit à une jeune femme tombée d'un pont dans le fleuve ) et ce qu’il est devenu, la métamorphose de sa conscience.
J’ai bien aimé cette autocritique de sa vie lorsqu’il était avocat et adepte des « bonnes actions ». C’était la première fois que je lisais quelque chose de pareil, d’aussi frontal comme dénonciation des comportements « moraux ».
Pour ce que j’en ai perçu, le livre tourne autour de comment se comporter alors que Dieu n’est plus considéré comme un maître, que faire de sa liberté, quels rapports aux autres, quelle forme pour la démocratie. Et, a priori, pour le narrateur (et l’auteur), l’autocritique est la clef qui libère la "mauvaise conscience" : elle seule, par un glissement de l’autocritique vers la généralisation, permet de juger les autres et/ou permet de les amener eux-mêmes à l’autocritique (ce que j’ai compris).
Globalement, je n’ai pas vraiment aimé la forme du livre : ce grand monologue, par lequel un individu dispense son expérience à un autre, au lecteur. Ça fait « papa » ou essai maquillé en roman. Mais ça aurait pu être pire, car Camus conduit son monologue avec finesse.
Autrement, au-delà de la forme, je n’ai pas trouvé (en tout cas pas immédiatement) d’intérêt intime au questionnement existentiel tel que posé par le livre (l’acceptation par un individu de ce qu’il est), ni à l’aboutissement de cette réflexion en une sorte de « guide de conduite » ou de « mode d’emploi pour une existence heureuse ». ça a le mérite de proposer quelque chose (s’accepter tel que l’on est, sans faux-semblants) mais ce quelque chose, moderne en ce qu'il essaie d'étudier comment l'homme peut vivre bien sans Dieu, a-t-il quelque chose à nous apprendre à nous individus "post-modernes" qui venons après Camus et vivons dans un monde où le développement personnel (apprendre à s'apprivoiser, à vivre en harmonie, à grandir...) est devenu quasiment une institution ? et ce quelque chose (comment faire sans Dieu, seul avec soi) est-il toujours aussi pertinent, d'actualité, crucial alors que le monde autour a changé (retour du religieux par exemple) ? (à cette question j'ai envie de répondre "oui", question posée seulement pour signifier que Dieu, "éconduit par la porte", est "revenu par la fenêtre", mais pas pour tout le monde, alors la question de Camus se pose toujours).

Pour finir sur une note « positive » :
Citation :
Asseyez-vous, je vous prie. Vous regardez cette pièce nue. Nue, c’est vrai, comme un Vermeer, sans meubles ni casseroles. Sans livres, non plus, j’ai cessé de lire depuis longtemps. Autrefois, ma maison était pleine de livres à moitié lus. C’est aussi dégoûtant que ces gens qui écornent un foie gras et font jeter le reste. D’ailleurs je n’ai plus que les confessions, et les auteurs de confession écrivent surtout pour ne pas se confesser, pour ne rien dire de ce qu’ils savent. Quand ils prétendent passer aux aveux, c’est le moment de se méfier, on va maquiller le cadavre. Croyez-moi, je suis orfèvre. Alors, j’ai coupé court. Plus de livres, plus de vains objets non plus, le strict nécessaire, net et verni comme un cercueil. D’ailleurs, ces lits hollandais, si durs, avec des draps immaculés, on y meurt dans un linceul déjà, embaumés de pureté.
J’aime cet extrait qui congédie les livres (on aime l’ironie), évoque un intérieur hollandais et se recentre sur le « cœur des choses » (si on veut) : la confession, la mort, la pureté. Ça, ça me parle. C’est encore plein de culture religieuse (le linceul) mais ça va glisser vers une introspection plus contemporaine.
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titine
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Mer 30 Déc 2015 - 17:10

erratum : mon petit commentaire sous l'extrait de "la chute" pourrait faire penser à un contre-sens de ma part.
Camus dit seulement : plus de livres, plus de livres-confessions (soit plus d'autobiographies). Il ne parle que de ces "confessions"-là. j'ai tiré un peu trop ce mot vers d'autres sphères. ce n'est pas dit strictement par Camus.
mais il me semblait quand même (entre les lignes donc) que le narrateur n'est pas hostile aux confessions, aveux, dans le sens de confidences d'individu à individu, sans aucune connotation religieuse.
il fallait que ce soit écrit Wink indispensable !...
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Albert Camus   Jeu 31 Déc 2015 - 7:28

Bien fait d'ajouter le commentaire, titine! L'autofiction est une tendance plutôt récente (à partir des années 1980? 1990?), postérieure à la mort de Camus.

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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Albert Camus
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