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 Halldór Laxness [Islande]

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Arabella
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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 14 Juil 2013 - 22:15

Le fameux humour islandais, dont les sagas sont pleines. Laxness se place vraiment dans le droit fil de l'héritage.

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 14 Juil 2013 - 22:29

Il faudra vraiment que je le relise un jour, dans de meilleures conditions.
Mais, outre la lecture fragmentée métro/RER qui n'avait pas fait du bien, c'est le nombre de coquilles et fautes de grammaire. Par exemple, dans le texte cité par Sigismond, on a :

"après que notre Seigneur leur ait envoyé"
Après que est suivi de l'indicatif, et pas du subjonctif. C'est un détail, c'est vrai, mais ça coupe la lecture, à chaque fois, et ça me fait pester quand il y en a trop... Surtout dans un livre qu'on présente comme un chef-d'oeuvre... Ça donne l'impression que l'éditeur n'a pas eu grand respect pour le texte.
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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 14 Juil 2013 - 22:31

Il est bon de préciser que les trois personnages principaux sont inspirés de personnages réels de l'histoire Islandaise. Jón Hreggviðsson, Snaefrid Eydalin Björnsdottir et Arnas Arnaeus (voir le message initial du fil, de Gunnar). Qu'un autre personnage, le gouverneur Eydalin, est inspiré d'un "vrai" gouverneur contemporain à l'époque dans laquelle se situe l'action de l'ouvrage (début XVIIIème).

Il est aussi bon de préciser:
-Que les références historiques et légendaires sont toutes corroborées en notes.
-Que c'est certes une fiction, un roman disons épique et parfois truculent, servi par un conteur de réel talent, de grande maestria. Mais pas seulement, il s'approche des meilleurs du genre grâce à la toile de fond de l'ouvrage, oeuvrant tel un bon maître européen du XIXème sur un support historique solidissime, où piocher pour trouver une faille semble très ardu (je ne sais s'il y a d'éminents spécialistes parmi les Parfumés Laughing !).

Autrement dit:
-Que tout est bien sûr plausible, exact quant à la terrible situation de l'Islande d'alors, sous le joug suzerain Danois et potentiellement vendue au plus offrant par les souverains de Copenhague, ainsi que les guerres en Europe qui sont évoquées ou décrites, jusqu'au mépris et préjugés -on dirait racisme aujourd'hui- dont étaient victimes les Islandais au Danemark.

-Que les pestes et les famines ont dévasté à cette époque cette île cinq fois grande comme la France, qui comptait 50000 habitants alors (320000 aujourd'hui).
-Que les Danois ont imposé le culte Luthérien, décapitant le dernier évêque "papiste" (une scène marquante pour Laxness, qui l'évoque à plusieurs reprises; Laxness lui-même, Luthérien, s'est converti au Catholicisme).
-Que l'église Luthérienne eut un rôle trouble, d'inféodation, sous l'occupation Danoise.
Tandis que les monastères (l'Islande fut fondée par des moines celtes irlandais Catholiques vers la fin du premier millénaire puis conquise par les Vikings) copiaient inlassablement les Sagas, écrits des Scaldes, Gestes des légendes, et que les Islandais s'étaient donné un régime qui n'est ni la république, ni la démocratie, mais qui reposait sur une sorte de jurisprudence mêlée d'un codex d'inspiration Viking où prédomine une morale fondée sur la liberté et l'honneur.
-Que l'Islande est devenue indépendante (province Danoise jusqu'alors) en 1944, et que ce livre fut écrit entre 1943 et 1946.
-Que tout ce qui relie l'Islande asservie, misérable, et les Islandais d'alors, rendus à l'état de gueux, sont leurs coutumes (le parlement de justice de plein air, l'Althing, près de l'Öxara dans le cadre majestueux du Thingvellir est central au roman), leurs légendes passées, leur littérature, aussi; fût-elle transmise surtout par oralité et copie interprétée, corrigée, en somme.

Et que cette leçon-là peut se méditer en maints points du globe, si ce n'est partout, avec une cuisante acuité aujourd'hui.
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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 28 Juil 2013 - 19:52

Halldór Laxness [Islande] - Page 3 La-saga-des-fiers-a-bras-halldor-kiljan-laxness-9782914777285
La Saga des fiers-à-bras

Gunnar a écrit:
Mais je crois, et ça sera probablement ma prochaine lecture, que La Saga des Fiers-à-Bras vaut le détour.
Il s'y est inspiré de ses aînés médiévaux, de la Saga des Frères Jurés, précisément.
La quatrième de couverture en fait le Don Quichotte scandinave.

Oui, c'est à la fois une parodie des sagas de la Tradition Norroise, franchement moquées, et une variante du don quichotttisme, mais je dirais grinçante si ce n'est nihilisante, en ce sens qu'elle se veut à deux héros lamentables, bien plus désolants que désopilants. A bien y regarder, on trouve un troisième Quichotte d'ailleurs, le Roi Olaf. Et pas de perspectives d'espérance, ou même de bonté dans leurs délires.

Disons-le tout de suite, on peut sans doute rire de tout mais pas avec tous, pour ma part l'humour trop macabre ne me sied guère. La violence, l'abjection sont deux thèmes dont j'ai du mal à me gausser. La distanciation, de xième degré, en l'occurrence, je n'y parviens pas.
Exemples ?
Le massacre purement gratuit de gueux sans défense traduit en acte de bravoure de preux, dans l'imagination délirante des héros-failures, ou encore le coup des bébés démaillotés et jetés d'épieux en épieux comme une balle sanguinolente jusqu'à trépas dans d'atroces souffrances "mais le bébé rit la première fois qu'on le lance", ça ne provoque pas la moindre hilarité chez moi, à quelque recul que ce soit vis-à-vis de la chose narrée.

Autant Quichotte peut être un héros positif et véritable, "aimable", fût-il dérangé, ridicule, autant ces "frères"-là, psychopathes et décalés chacun à leur manière, laquelle est bien différente, demeurent antipathiques (à des degrés divers) tout en étant ridicules, idéalistes, et jusqu'au-boutistes dans leurs errements.

On sent le compte à régler avec l'histoire scandinave et la tradition des Scaldes, avec la conquérante violence Viking, avec la haute comme la basse époque médiévale au niveau du cercle polaire. Par exemple, le prestige, encore bien vivant et vivace de nos jours, du légendaire Olaf, Roi de Norvège en prend un coup décapant !

Toutes choses et contextes qui nous sont (en tous cas me sont) plutôt exotiques, encore un livre que j'ai lu le moteur de recherches de l'ordinateur à proximité (mais comment faisais-je, avant rire ?).

Mais la plume de Laxness sauve le tout.
Quelles que soient mes réticences, mes limites ci-dessus exposées, je conseille cependant aux âmes sensibles de surtout ne pas s'abstenir !

Cinquante deux chapitres, 380 pages environ de talent. Les personnages sont exceptionnellement sculptés, travaillés. Tantôt grand maître de l'absurde, tantôt conteur inégalé bâtissant sur un terreau historique riche, précis et fouillé (ainsi qu'il l'a prouvé aussi avec "La cloche d'Islande"), c'est bien le grand Laxness que nous lisons, aucun doute là-dessus.

Cela vaut bien quelques malaises, petits ou grands...

Un extrait, histoire de dépeindre la genèse d'un deux fiers-à-bras, le "d'où vient-il ?"
chapitre troisième a écrit:
Jamais maîtresse Thorelf ne mentionnait comment Havar Klepsson, viking du Hordaland, était tombé près de la barrière du clos sans avoir levé la main pour se défendre; elle le présentait toujours comme un inépuisable fier-à-bras qui avait tout mis à feu et à sang, combattant en première ligne dans les batailles des grands rois; de son père, Thorgeir n'entendit jamais dire qu'une seule chose: comment il se tenait auprès de l'étendard; il était parfaitement évident pour le gamin que la bonne et la mauvaise fortune des rois ne tenaient qu'à son père et qu'ils avaient pris conseil de lui aux moments décisifs, bref, que le camarade Havar avait personnifié cet homme d'épée et de meurtre que l'on appelle terreur dans la poésie scaldique. Maîtresse Thorelf enseignait à son fils que c'est à leur verbiage que l'on reconnaît les indigents et les femmes occupées à leur ménage; les mots, disait-elle, ne sont bons à rien si ce n'est à la louange qui sied aux rois, à l'épée et à la bataille; un héros est un homme qui ne parle guère, ses lèvres ne profèrent ni blâme ni louange et elles ne laissent échapper nulle parole qu'il ne soit prêt à tout moment à soutenir par les armes: il n'est pas de réponse correcte si elle ne s'exprime par la langue véridique de l'épée. La vaillance d'un homme au combat, sa force et sa ruse, voilà sa valeur. Que sa vie soit longue ou brève, qu'il survive ou périsse dans la bataille, il n'importe, pourvu que ses actes appellent l'éclat de la renommée. La noblesse, c'est de ne pas craindre pour sa vie, que l'on affronte une force supérieure ou que l'on batte à l'improviste un ennemi sans défense. Il est noble de n'entendre raillerie de personne, de tirer vengeance de tout affront, de savoir pénétrer les desseins d'ennemis sournois et d'être le premier à asséner des horions. Sa mère disait qu'un brave doit être le plus fidèle au roi qui se montre le plus généreux, car la chance accompagne un tel roi; toutefois il y a lieu de le trahir si l'argent vient à lui faire défaut. Jamais un brave ne doit s'envergogner à choisir la paix si la guerre s'offre. Sa mère disait aussi qu'un bon viking n'épargne ni femme ni enfant lorsqu'il fait la guerre. Et quiconque suivrait ces sains conseils, son nom vivrait parmi les nations tant que le serpent de Midgard serait noué.  
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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeSam 19 Avr 2014 - 19:43

Les annales de Brekkukot


Le personnage principal du roman (narrateur) est le jeune Alfgrimur, abandonné par sa mère juste après sa naissance, il vit chez ceux qu’il appelle ses grands-parents. Ce couple a fait de sa maison une sorte de refuge pour différents personnages excentriques et plus ou moins sans domicile fixe. Alfgrimur aimerait devenir pêcheur, comme son grand-père, mais celui souhaite lui faire faire des études, dans lesquelles son protégé réussi plutôt bien. Mais sa route croise celle de Gardar Holm, le neveu de sa grand-mère, considéré comme une gloire nationale grâce à une carrière internationale dans le chant. Et cette rencontre marquera durablement l’adolescent.

Qu’il est difficile de parler d’un livre que l’on a énormément aimé. D’autant s’il est complexe et original. Cela commence comme une sorte de résurgence de roman picaresque, avec une galerie de personnages très pittoresques et un peu ridicules, mais en même temps attachants. Avec un humour très particulier, pas forcément réaliste mais par moments très drôle (l’histoire de la vache et de la Bible par exemple).

Et puis sans qu’on y prenne garde, une émotion et une gravité s’installent, qui font qu’on se retrouve dans un roman d’apprentissage. Assez cruel au demeurant, mais plein de tendresse aussi. Mais avec toujours cette mise à distance, le refus d’un sentimentalisme dans lequel on prend plaisir à souffrir, un humour parfois féroce, parfois juste nécessaire. Que Laxness est allé chercher forcément dans les anciens textes islandais, il y a vraiment une filiation, mais en même temps il est complètement à lui aussi.

Un très beau texte qui joue sur de nombreux registres.

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 10:44

Ben moi ça me parle bien ce que tu racontes, alors je le note ce bouquin !

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 11:30

Le côté ironie (parfois féroce) et distanciation associé à une grande tendresse souterraine, je pense que le mélange est pour toi. Je peux te le prêter.  dentsblanches 

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 14:08

Et le récupérer dans deux cents ans ?

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 18:18

Cela fait réfléchir.  jemetate 
Mais je suis sûre que ne mettra pas tout ce temps pour le commencer, et une fois commencé tu iras rapidement au bout.

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 19:09

On va y réfléchir !

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 20:11

C'est un auteur qui est dans ma liste d'envies amazon depuis un bon moment déjà. J'y pense et puis j'oublie comme dirais je ne sais plus qui, mais de temps en temps son fil remonte et je me dis qu'il faut passer à l'acte. Quel est celui que tu recommandes pour commencer Arabella ?

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeDim 20 Avr 2014 - 20:31

En fait, je n'ai lu que trois jusqu'à maintenant. Tout d'abord La cloche d'Islande, qui est de loin le plus connu. Et après j'ai pas mal attendu, parce qu'il n'est pas facile à trouver, puis j'avais peur d'être déçue, comme La cloche d'Islande est souvent présentée comme son chef-d'oeuvre. Puis il y a quelques mois j'ai lu Le paradis retrouvé, que j'ai apprécié ce qui entraîné la lecture maintenant de Les annales de Brekkukot, qui est mon préféré à ce jour. Mais les trois sont très différents, même si on retrouve la patte et l'écriture de Laxness.

J'aurais tendance de conseiller peut être Les annales de Brekkukot, parce que je le trouve le plus original et jouant sur le plus de registres.

C'est un auteur que je vais continuer de lire, je sens que je ne vais pas tarder à acheter ce que je peux trouver de lui.

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeVen 13 Fév 2015 - 0:56

Les annales de Brekkukot (titre original: Brekkukotsannáll), 1957.
.

Arabella a écrit:
Les annales de Brekkukot


Le personnage principal du roman (narrateur) est le jeune Alfgrimur, abandonné par sa mère juste après sa naissance, il vit chez ceux qu’il appelle ses grands-parents. Ce couple a fait de sa maison une sorte de refuge pour différents personnages excentriques et plus ou moins sans domicile fixe. Alfgrimur aimerait devenir pêcheur, comme son grand-père, mais celui souhaite lui faire faire des études, dans lesquelles son protégé réussi plutôt bien. Mais sa route croise celle de Gardar Holm, le neveu de sa grand-mère, considéré comme une gloire nationale grâce à une carrière internationale dans le chant. Et cette rencontre marquera durablement l’adolescent.

Qu’il est difficile de parler d’un livre que l’on a énormément aimé. D’autant s’il est complexe et original. Cela commence comme une sorte de résurgence de roman picaresque, avec une galerie de personnages très pittoresques et un peu ridicules, mais en même temps attachants. Avec un humour très particulier, pas forcément réaliste mais par moments très drôle (l’histoire de la vache et de la Bible par exemple).

Et puis sans qu’on y prenne garde, une émotion et une gravité s’installent, qui font qu’on se retrouve dans un roman d’apprentissage. Assez cruel au demeurant, mais plein de tendresse aussi. Mais avec toujours cette mise à distance, le refus d’un sentimentalisme dans lequel on prend plaisir à souffrir, un humour parfois féroce, parfois juste nécessaire. Que Laxness est allé chercher forcément dans les anciens textes islandais, il y a vraiment une filiation, mais en même temps il est complètement à lui aussi.

Un très beau texte qui joue sur de nombreux registres.
Ma troisième rencontre avec une œuvre de Laxness, après "La cloche d'Islande" et "La Saga des fiers-à-bras", pour conclure sur un avis de troisième chef-d'œuvre !

chapitre 11, l'Université des Islandais a écrit:
Un homme au visage battu par les vents, venu de loin, assis sous la lampe dans l'embrasure de la porte est de la soupente, en tain de lire un livre ou de raconter une histoire;  mon grand-père, qui a fixé un filet à l'une des poutres, réparant en silence maille sur maille; et de même la corde du capitaine Hogensen qui s'allonge et le montant du lit qui craque chaque fois qu'il tire; Runólfur assis, ses doigts entre ses gencives édentées comme un tout petit enfant, les larmes lui coulant le long des joues, non pas parce qu'il est en train de pleurer, mais parce qu'il a été si longtemps en mer que la brûlure du sel ne quitte plus le coin de ses yeux; d'autres encore, assis sur les lits et autres sièges; et la trappe ouverte, ma grand-mère assise en tricotant sur la marche du bas parce qu'elle attend d'autres arrivants. Et l'histoire qui progresse.

 Quelle histoire cela pouvait bien être ?
 
 Les histoires étaient nombreuses, et leur point commun était que la manière de les raconter était diamétralement opposée à celle que nous avions coutume d'associer aux romans danois: jamais n'interférait dans l'histoire la propre vie du narrateur, et encore moins ses opinions. Seul, le sujet de l'histoire avait droit de cité.

 Jamais ils ne se hâtaient de dire leur histoire, ces hommes. Quand ils en venaient à une chose que les auditeurs trouvaient bien excitante, ils entreprenaient souvent de débiter de longues généalogies; puis ils se lançaient dans une digression, souvent détaillée. L'histoire elle-même avait sa vie propre, calme et lointaine, indépendamment du récit , libre de toute odeur humaine, un peu comme la Nature elle-même, où les éléments règnent seuls sur toute chose. Qu'était un petit homme recroquevillé, invité de passage, comparé au vaste monde de l'époque des héros, le monde de l'épopée avec ses grands évènements qui se sont produits jadis et pour l'éternité ?    

On trouve aussi un thème récurrent dans ses œuvres, la quête de ce qui caractérise l'islandais (plus que l'Islande, bien individualisée sur une carte du monde). L'extrait ci-dessus est parlant à cet égard.

Dans ce roman il n'est pas trop malaisé de reconnaître que Laxness lui-même s'est mis en scène, mi-Alfgrimur, mi-Garðar Holm.  La vie de bohème en Europe continentale de Laxness, le retour au pays, avec son corollaire de notoriété artistique glanée à l'étranger, tout ceci sonne vécu de l'intérieur.

Je crois aussi qu'Alfgrimur "est" Laxness, lorsqu'il affirme tout au long du roman que, dans le fond aurait bien voulu être pêcheur de lompe "à l'ancienne", suivant des méthodes saisonnières et une pêche à taille humaine, non mécanisée. Mais que celle-ci est irrémédiablement condamnée avec l'avènement d'une pêche productiviste et "moderne". Et donc qu'Alfgrimer/Laxness ne se consacrent à leur art que par défaut, somme toute - il me semble possible de le déceler aussi dans le mystérieux -bien qu'envahissant, curieusement envahissant et absent- personnage de Garðar Holm.
Selon une sentence, de mémoire attribuée à Toulouse-Lautrec (?), démythifiant l'art comme un absolu: "on peint...faute de mieux...".
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Ah, et l'humour, l'humour de Laxness, jouant un peu sur le grotesque, un peu sur la tendresse, je le trouve magnifique ici, car à la différence de la Saga des fiers à bras, où l'humour était prégnant mais pouvait aller jusqu'à donner des hauts-le-cœur sur certaines pointes extrêmes, il n'est, dans ces "Annales", jamais mâtiné de "cru", de violence à la limite (du mauvais côté de la limite ?) du mauvais goût.

La peinture de l'Islande à l'orée du XXème siècle, à juxtaposer, par exemple à celle de Gunnar Gunnarsson est un régal.
Les personnages des grands-parents adoptifs, au reste comme ceux des autres habitants de ce lieu pas ordinaire qu'est Brekkukot, peuvent peut-être paraître secondaires, ou posés sur l'arrière-plan.
A la réflexion, il n'en est rien.
Eux sont cette Islande, sur laquelle l'influence Danoise n'a que peu -ou même pas- de prise, Islande que sans doute Laxness rêve et idéalise.
Une fois de plus, ne choisit-il pas un titre somme toute évocateur de la très ancienne tradition, disparue, de la littérature médiévale islandaise, comme un clin d'œil ?

Tout comme Arabella, un roman que j'ai beaucoup apprécié, à recommander vivement.
N'est-ce pas la marque d'un grand écrivain que de proposer une matière très riche servie par une écriture toute en simplicité ?
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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeVen 13 Fév 2015 - 9:08

Contente de voir que tu as aimé, Sigismond. J'ai pour ma part La saga des Fiers-à-bras dans ma PAL, ce sera ma prochaine lecture de l'auteur.

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitimeVen 13 Fév 2015 - 15:40

C' est, en effet, un des plus grands romanciers européens du début du 20e siècle au meme titre que
Knut Hamsun ou Italo Svevo et Thomas Hardy...

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MessageSujet: Re: Halldór Laxness [Islande]   Halldór Laxness [Islande] - Page 3 Icon_minitime

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