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 Gunnar Gunnarsson [Islande]

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Marko
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Marko

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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeDim 13 Mai 2012 - 11:00

tom léo a écrit:
Alors, Marko : je te recommande d'y aller, car j'ai été ravi de ces pages. S'il y a bien référence à un univers réligieux (et comment ne serait-ce pas le cas dans ces temps-là?), il y a pourtant rien qui empêchera une lecture fructueuse. Le narrateur est poussé aussi, dans les derniers pages, devant les questions éternelles qui font justement douté d'une sécurité qui l'environnait jusqu'à là...

J'ai du en parler rapidement quelque part pour les lectures du mois (mais quel mois et quelle année? Je ne sais plus). J'ai lu le premier volume "Le jeu des brins de paille"et j'ai été séduit par l'histoire (bien que très simple) et l'atmosphère mais je pense que la traduction française manque de relief et j'avais trouvé l'écriture trop plate, presque banale, me maintenant un peu à distance. Le sentiment de lire des souvenirs d'enfance comme tant d'autres sans que je puisse pénétrer ceux-là avec plus de densité. Mais je me suis dit que j'y reviendrais parce qu'il y avait quand même de très beaux moments et quelques personnages savoureux. Ton commentaire me donne du regret de ne pas avoir poursuivi. D'autant plus que trouver ces livres (j'ai aussi la 3e partie "La nuit et le rêve" dans un volume indépendant) n'a pas été une mince affaire! Ils ont d'ailleurs bien vécu rire

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Nuit et Rêve   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeVen 1 Mar 2013 - 21:53

Nuit et Rêve

Originale : Natten og drømmen (Danois, 1926)

CONTENU :
Il s'agit du troisième tome (de cinq dans l'originale) de la saga d'inspiration autobiographique de l'auteur islandais. De ces premiers tomes j'ai parlé plus haut. Le fil de narration reprend là, où le deuxième tome s'est achevé : après la mort de la mère, c'est l'arrivée d'une belle-mère dans la maison d'Uggi. Dans les premiers pages il décrit le matin de son neuvième anniversaire... et la narration va nous conduire jusqu'à ses 18 ans et son départ vers le Danemark, pour des études dans une école.

REMARQUES :
Le livre se divise en douze chapitres, qui sont encore sous-divisés par des unités de sujets, thèmes divers, indiqués par une séparation de quelques points (dans mon édition allemande des années 20).

Le roman autobiographique est très chronologique et construit simplement, sans trop d'artifices. L'histoire nous est raconté par un narrateur, parlant de son propre passé assez lointain, son enfance, sa jeunesse dans une Islande rurale, assez dure, simple.

Si les deux premières parties avaient été empreintes de souvenirs d'enfance presque romantiques, se terminant avec la mort de la mère, nous trouvons dans ce tome à la suite de ce recit des descriptions beaucoup plus marquées par des expériences dures, tristes. Ainsi la nouvelle femme du père va être difficilement adoptée par les enfants et Uggi doit se retenir fortement pour ne pas exprimer son malaise. Seulement après beaucoup d'années il semble reconnaître les efforts de sa belle-mère et commence à l'apprécier. Mais une certaine innocence a disparu et le deuil de sa mère, une solitude et le sentiment d'un monde perdu marquent ces années après sa mort. S'ajoutent encore d'autres séparations : le départ d'amis pour le plus ou moins lointain, le refus d'un premier amour.

On trouvera les descriptions des travaux plus ou moins quotidiens ou exceptionels ; les achats dans la prochaine bourgade ; les cours temporaires à l'école de la ville et l'hébérgement là-bas ; le naufrage d'un bateau et comment on videra la cargaison etc
Et à coté de tout ce travail très prenant le desir d'aller plus loin dans l'apprentissage qui est perçu comme une concurrence qui va enlèver des mains tant utiles de la ferme dans des périodes d'apauvrissement. Et les premières tentatives d'écriture, la découverte aussi de la lecture....

Et bien sûr nous continuons à trouver des descriptions impressionantes de la (force de la) nature : on vit en et avec elle, des fois comme partenaire, des fois comme un jouet face aux éléments. J'ai lu en allemand, mais dans ces scènes il me semble que la langue de l'écrivain devient des fois grandiose et nous tire avec lui. Bon, certains pourraient la trouver un peu pathètique, contenant des anciennes tournures et idées, mais ce livre se meut souvent entre nuit et rêve, entre réalité dure et espoir, lumière. Dans ce melange de réalisme et d'humanisme Gunnarsson rappelle vraiment un peu un certain Maxime Gorki, ou aussi, de point de vue de style, de langue, des fois à l'oeuvre de Knut Hamsun ou Ernst Wiechert.

Donc recommandation (de ma part) pour les amateurs de ces auteurs et un recit qui se situe dans l'environnement nordique, islandais !
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églantine
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeSam 2 Mar 2013 - 7:50

Après ce commentaire de Tom Léo , encore un à rajouter dans ma PAL !!!!! ça n'en finit plus et le temps n'est pas extensible !!!! jypeurien
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeDim 31 Mar 2013 - 3:07

Je partage l'enthousiasme de tom léo pour le jeu des brins de paille et vaisseaux dans le ciel que nous avons peut-être lus, réunis en un seul livre, dans la même édition (celle de Stock 1942) ?
Spoiler:
 
Quelques remarques:
tom léo a écrit:
il se souvient de son enfance, à cheval entre le XIXème et XXème siècle

Fin XIXème, avant 1900, puisque l'auteur a 7 ans au moment du drame final, qui clôt "Vaisseaux".

tom léo a écrit:
Je ne cessais de m'émerveiller comment un garçon, vivant dans une ferme somme toute assez reculée, peut nous conter et raconter de tant de choses vécues.
Ayant moi-même été un petit garçon qui a ouvert les yeux sur le monde puis grandi dans une ferme (mais l'analogie s'arrête là, ce n'était ni le même siècle, ni la même terre, ni la même culture), l'univers s'appréhende de façon plutôt non formatée, non stéréotypée. Dès que tu sais marcher, tu es libre et non plus claque-murable: c'est en vain qu'on voudrait te tenir entre quatre murs. Il s'ensuit beaucoup de liberté, d'esprit comme de mouvement. Et un apprentissage du monde par l'expérience, dans lequel les générations restent proches et mêlées, et pas seulement dans la famille.
Au reste, pour un livre dont l'action se déroule dans des endroits quasi déserts, combien de personnages ?
C'est ahurissant comme cet ouvrage est peuplé, et la confusion des prénoms oblige à soutenir l'attention !
Pour notre plus grand bonheur, les talents de portraitiste de Gunnarsson sont immenses. Qu'il s'agisse de descriptions fouillées ou composées à petites touches (pour les personnages principaux), ou encore juste esquissées.

L'exercice auquel se livre Gunnarsson est périlleux, parce qu'archi rebattu: Combien d'écrivains ont un jour publié des souvenirs d'enfance ?
On entre dans l'ouvrage en douceur, c'est très fluide et lisible. Au début on croit même s'être fourvoyé, que ce sera la petite maison dans la prairie sous le glacier, et la vie est un long ruisseau paisible.
Très vite, on est frappé par des fulgurances, des envolées sans lyrisme mais avec profondeur. L'élégance, ce n'est jamais hyper complexe. Ce livre respire l'élégance, est tout simplement élégant.

tom léo a écrit:
S'il y a bien référence à un univers religieux (et comment ne serait-ce pas le cas dans ces temps-là?), il y a pourtant rien qui empêchera une lecture fructueuse.
Oui, encore qu'il serait parfaitement lisible, avec toutes les clefs de lecture, par quelqu'un qui n'aurait jamais entendu parler du Christianisme !
Ceci dit un lecteur plus érudit en la matière reconnaîtra sans peine, de çà, de là, quelques traits parsemés, très caractéristiques de l'Eglise Luthérienne, dont le meilleur symbole parmi les personnages est le Pasteur Björn.
Il y a aussi des références à toutes les traditions orales, le souvenir des épopées et des sagas. Au reste le personnage le plus mystique -chrétiennement- est Bergliot "vieille Begga", qui est aussi la passeuse de tous ces contes, de toutes ces légendes insulaires, de tout ce folkore (si ce dernier mot n'est pas pris dans un sens péjoratif), véhiculant par là un grand vent de paganisme, ce qui est un de ses paradoxes.

Il est à noter que la première mauvaise action consciente d'Uggi (le héros) consiste en un pillage agressif -violent, disons-le- fort inspiré des méthodes de ses lointains ancêtres, un jour de tête-chaude où il s'était quelque peu monté le bourrichon, si vous me passez cette expression.

eXPie a écrit:
"Ce qui est visé, c'est la profondeur dans la simplicité, l'universalité dans le singulier."
Cette observation d'eXPie à propos de "berger de l'Avent" vaut aussi pour les "brins" et pour "vaisseaux".
Gunnarsson délivre du tellurique, du cosmique et de l'humain avec un art consommé, avec une époustouflante limpidité de narration.
Rien que ça, direz-vous, je m'emballe ??
Pas du tout, rien que ça, je maintiens !!
Et, tout d'accord avec tom léo, pas une page où le lecteur ne trouvera une raison pour sourire. Il y a beaucoup de tendresse, beaucoup de bonté.

Comme j'ai dû laisser à peu près un marque-page par chapitre pour des passages d'excellente facture sur lesquels je ne me lasse pas de revenir, vous délivrer quelques mini-extraits plonge dans l'embarras tant il y a le choix, oui c'est un problème de riche !
Par alliance du pragmatisme et de la flemme je vais opter pour les plus courts:

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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeVen 5 Avr 2013 - 17:30

C'est aujourd'hui, après une plus longue absence, que je découvre tes commentaires précieux, Sigismond, et je suis si content qu'on partage une certaine sensibilité de la beauté de ce monde-là! Merci pour ces commentaires!

Pour préciser: Non j'ai lu en allemand (je suis allemand d'origine), et en plus dans une édition splendide de 1929 (1ère traduction en allemand), encore en écriture gothique!
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeDim 9 Juin 2013 - 8:52

Marko a écrit:
De Gunnarsson, je garde un excellent souvenir de L'oiseau noir qui se présente sous la forme d'une intrigue policière, avec meurtre et enquête, dans un climat un peu hors du temps, même si l'action se situe en Islande au XIXe siècle. Une atmosphère fascinante au sein d'une petite communauté paysanne où sommeille une violence sourde et contenue. Un peu comme dans Jours de Colère de Sylvie Germain mais dans un style très différent.

Le début du roman, copié/collé sur Internet, pour m'éviter de recopier! :

Spoiler:
 

Oui, d'accord avec Marko, excellent et noir ouvrage.
Qui "remue" son lecteur en profondeur !

Une autre facette du talent de Gunnarsson, cette écriture-là est très différente de celle du "jeu des brins de paille" et de "vaisseaux dans le ciel". Et ce que vous dites du "Berger de l'Avent" laisse déduire une troisième facette encore. Je vais faire le maximum pour me procurer "Berger de l'Avent" et "Frères jurés", bien que ce soit à prix prohibitif, très rare et d'occasion...pour des éditions en format basique !

En attendant d'éventuelles autres traductions, disons tout le bien que Gunnarsson inspire.
Il est inouï que le travail prolifique d'un auteur de cette dimension-là, si talentueux et à aspects multiformes, du peu que je peux en dire, soit si absent de nos rayonnages en langue française: Il y a là une grande énigme.
Il a été prétendu qu'il était nobélisable dans les années 50, mais que le fait que le prix a été attribué à son compatriote Halldór Laxness en 1955 a rebuté les académiciens Suédois, peu enclins à saluer deux écrivains du même petit pays à peine peuplé en un aussi bref laps de temps.

Titre original: Svartfugl. Ecrit en Danois, parution en 1929. Sera traduit en Islandais en 1938 seulement.



Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Images-stories-skaldid-verk-svartf-ursvartfugli-209x212
Couple accusé comparaissant, Islande, 1886. On peut imaginer Steinunn et Bjarni sous des apparences à peu près similaires.

Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Teikning_fugl
Svartfugl de Sjöundaà. Illustration tirée d'une présentation d'une adaptation du roman pour le théâtre, en Islandais, ci-dessous le lien, avec quelques-uns des principaux personnages "incarnés" (casting de "têtes"):
http://www.halaleikhopurinn.is/sjounda.htm

Roman noir, donc.
Que de morts, et j'ajoute: que d'innocents morts de mort violente, enfants compris !
Je refuse à tenir le compte exact des cadavres qu'empile Gunnarsson. Et pourtant nous ne sommes pas dans la surenchère de violence et d'hémoglobine, telle qu'elle envahit nos écrans pour la plus grande délectation des populations contemporaines.
Tout, ici, est plus sourd.

Au niveau du genre, je souscris à peine à policier, même s'il y a beaucoup de thrill, et pas mal de suspense, une enquête, un jugement. Plutôt une mise en évidence de la condition humaine, beyond evil and good, au-delà du mal et du bien. Avec de belles pistes de réflexions sur la justice divine mise en vis-à-vis de la justice humaine.
Et, toujours, par petites touches, ces somptueuses descriptions de paysages Islandais, de la vie rurale, et cet extraordinaires talent de portraitiste, où l'on retrouve le Gunnarsson de "Vaisseaux" et des "Brins", dans une entreprise romanesque complètement d'un autre ordre, d'un autre genre...

A ce moment-là du message, j'avoue tourner mon clavier sept fois dans la bouche:
Dois-je parler de l'oeuvre, mais comment faire sans dévoiler, et donc sans nuire au suspense et au thrill que je viens d'évoquer jypeurien ?
Utiliser un spoiler, qui est à la discrétion ce que la feuille de vigne est au cache-sexe ?

scratch Je me donne la journée ou un peu plus si nécessaire pour la réflexion: au besoin j'éditerai.

Question, comment fait-on chez les Parfumés, dans des cas similaires, quel est l'usage en ces lieux ?
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kenavo
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeDim 9 Juin 2013 - 9:01

Sigismond a écrit:
Utiliser un spoiler, qui est à la discrétion ce que la feuille de vigne est au cache-sexe ?
rire j'adore...
mais c'est la façon de le faire... si tu veux parler en plus de détails d'un livre qui révèle trop à ceux qui veulent encore le lire, mais peuvent être utils pour ceux qui connaissent, tu peux utiliser la fonction spoiler Wink

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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMar 11 Juin 2013 - 2:46

OK alors tchintchin ! Je tente un compromis.

Ne pas ouvrir la partie de ce message sous spoiler si vous comptez lire ce livre, et, sitôt lu, n'hésitez pas à partager, reprendre, compléter, contredire mon humble ressenti !
(NB: Pour les extraits, je suis moins doué que Marko, je n'ai pas trouvé l'ouvrage transcrit sur la Toile rire !)

Pour un policier -si tant est que ce soit un polar- Gunnarsson n'use pas de développements digressifs, destinés, par exemple, à amener le lecteur à considérer certaines pistes comme possible. Même ce qui nous paraît éloigné du sujet finit par se retrouver, porteur de sens, de signification, à un moment donné de l'histoire.

Ainsi, le roman s'ouvre sur un chapelain, futur Pasteur, fraîchement nommé, le héros principal (Eyjolfur), du moins celui par (ou plutôt pour) qui l'histoire est écrite au "je" (voir post de Marko plus haut dans le fil).
Le prêche que vous lisez partiellement dans le post de Marko se rapporte à la mort (péri noyé en mer) du fils d'Amor Jonsson, Hilarius. Le héros épousera sa nièce, l"achètera" selon les termes utilisés par lui-même. Alors qu'elle préférait le propre frère du chapelain, Pall, avec qui elle flirtait, qui vit avec ledit chapelain et est, ni plus ni moins, son employé, son fermier:
Eyjolfur est là par une histoire d'héritage combinée à sa réussite scolaire. Mais sa vocation est sincère:
chapitre I a écrit:
Lorsque, après de longues études, je devins pasteur, ce ne fut pas seulement parce que j'avais émis le voeu de me consacrer à ce vieux sanctuaire qu'un vague parent m'avait laissé en héritage. J'ai voulu servir cette maison de prières, aussi bien par mes paroles que par mes actes.
Ainsi, on trouve le bloc mort-amour-argent-communauté de destinée-spiritualité déjà en piste.

Au chapitre II entre Bjarni, peut-être le vrai héros, le personnage principal de cette histoire. Et quelle entrée, voyez plutôt:
chapitre II a écrit:
- Quel étrange cercueil ! criai-je brusquement, comme le ferait un gamin et non une soutane.
Le paysan me regarda attentivement et demanda:
- C'est vous, notre nouveau chapelain ? Quel est votre nom ?
Je fis semblant de ne pas avoir entendu.
- Qu'avez-vous dans ce cercueil ? dis-je d'un ton solennel. Peut-être était-ce la dépouille d'un homme voûté par l'âge et la misère, peut-être était-ce une de mes ouailles dont il n'avait pu étendre décemment le cadavre dans le cercueil, peut-être était-ce un malheureux estropié, un pauvre homme sans jambes. Mais aucune de ces suppositions n'expliquent pourquoi ce grand et solide paysan se montrait d'une telle avarice pour choisir ce cercueil.
Le g'ant à la barbe dorée hésita un moment.
- Je m'appelle Bjarni Bjarnason, fermier de Sjöundaà, de votre paroisse, dit-il avec grandiloquence.
Il avait déposé le cercueil sur le gazon d'une tombe toute proche.
- Dans ce cercueil se trouvent mes petits paysans...Oui je les appelais ainsi, Bjarni et Egill - ils avaient sept et huit ans. Ils ont commencé à tousser...comme ma femme a toujours toussé depuis que nous sommes mariés, il y a douze ans. Mais ces petits m'ont quitté brutalement. Des enfants, comprenez-vous...Ils n'ont pas pu résister au mal. Ne croyez surtout pas que c'est par avarice que je les ai mis dans le même cercueil...Est-ce qu'ill y a du mal à ça ?
- Pas du tout, dis-je, honteux.
Sur le lieu, à présent, la toute petite paroisse de Raudasandur. La description est prestement menée et est somptueuse, vraiment la plume de Gunnarsson est exceptionnelle de puissance évocatrice concise:
chapitre IV a écrit:
De ma vie, je n'oublierai ce dimanche. Un soleil fatigué disparaissait derrière le fjord et la grève, jetant une lueur rougeâtre sur la blanche écume des vagues. Nous étions assis non loin du pré où je l'avais suivi, tandis que sa monture broutait l'herbe à nos pieds.
- Pourquoi t'évertuer à persuader les gens de Rausandur qu'une maison ne peut se construire sur le sable, me dit Amor Jonsson en riant. Nous avons douze fermes ici, et il y en a onze, y compris la tienne - avec l'église et son cimetière - qui sont bâties sur le sable rocailleux que le Bredefjord a jeté au rivage: c'est ainsi que cette terre s'est formée. Bjarni de Sjöundaà est le seul paysan de cette paroisse dont la maison fut bâtie sur la roche. Une maison qui se cache, solitaire, derrière le versant de Skor. Oui, cachée et solitaire. Et Dieu est seul à savoir si cette ferme est plus solide que les autres.
Sa voix le parut sombre et hallucinée, comme un feu couvant sous la cendre. Et je me souvins tout à coup qu'Amor Jonsson regardait souvent Bjarni mais ne parlait jamais avec lui. Oui, il le regardait d'un air attentif, presque curieux mais sans hostilité. Et lorsque je rapprochai cette attitude de ce qu'il m'avait dit à propos de la situation solitaire de la ferme, je frissonnai.
- Ce sont les loups marins qui, en mâchant, ont jeté, grain à grain, la base de Raudasandur, continua Amor Jonsson. Et si j'étais le pasteur, le prêche serait pour moi une excellente occasion de bénir leur éternel appétit. Regarde-les. Ils forment d'interminables files, ces loups qui mâchent leurs algues en regardant la terre. Leurs gueules mâchonnantes ressemblent à des lettres noires et prophétiques écrites sur l'abîme..gueules sombres, changeantes.
Il y eut un silence.
- Mais souviens-toi, mon fils, que sans les dents des loups, sans la rocaille des moules et leur éternel appétit, on ne parlerait point de Raudasandur. Et, se levant: dois-je emporter tes compliments vers Keflavik ?
Il parla ainsi, sans me regarder, et il n'attendit pas ma réponse. Les sabots résonnèrent sur le sol dur des champs, puis leur bruit s'adoucit et mourut dans l'ombre de la nuit.
Je regagnai la maison, mais je sentais mon âme rongée par des vers dont j'ignorais la provenance: sombres pressentiments, désirs assoupis, peur incertaine, haine mais surtout un amour jeune et sans limites.

La clef du titre nous est offerte dans le chapitre VIII (on vient d'enterrer Gudrun, l'épouse de Bjarni).

chapitre VIII a écrit:
Nous étions seuls, Bjarni et moi, car, lorsque Pall avait vu l'emplacement de la nouvelle tombe, ses yeux s'étaient troublés et il nous avait quittés brusquement.
- Deux ans ont déjà passés, Bjarni...
- Oui...deux années bien longues, murmura t-il sans me regarder. Puis il y eut un silence.
Après quelque temps, il s'épongea le front, se redressa et me regarda de ses yeux bleus et clairs.
- Tu te souviens de l'été passé, dans la "falaise des oiseaux" ? me dit-il en souriant. Tu te rappelles qu'un morceau de la roche s'est détaché et qu'il ne me restait plus qu'une main pour se cramponner à la paroi ? J'ai bien cru, alors, que s'en était fait de moi, et que ce serait mon cadavre qu'on ensevelirait ici, à côté de mes petits paysans.
Bjarni reprit son travail et dégagea de grandes mottes dures du sol gelé.
- Mais ce n'était pas mon destin...
Je me rappelais parfaitement la journée dont parlait Bjarni. La haute paroi de la montagne surplombant les vagues clapotantes. D'en bas, on eût dit que cette paroi se perdait dans le ciel. Et cette masse bruyante d'oiseaux, cette mosaïque mobile et étincelante d'oiseaux noirs nichant dans les falaises, papillonnant, voletant vers les roches pour aller s'évanouir dans la brume des hauteurs.
J'étais encore un gosse quand j'admirai ce spectacle pour la première fois. J'étais persuadé, alors, que de sombres esprits marins lançaient ces oiseaux contre la montagne. L'année précédente, j'avais de nouveau frissonné en revoyant ces falaises grouiller d'une vie impitoyable, cette mêlée ardente où la vie triomphait dans le vacarme et la puanteur, une vie jeune, fraîche et impétueuse à l'assaut d'une triste falaise.
Non, je n'avais pas oublié cette journée, et je me souvenais très bien de Bjarni et des autres chasseurs, groupe de petits insectes que je voyais ramper le long des rochers. Je me souvenais de la chute vertigineuse du grand bloc qui s'était détaché du rocher. Et de Bjarni, agrippé d'une seule main à la paroi, qui se balançait dans le vide...
Il avait donc songé à ses petits paysans à ce moment terrible ! Evidemment, il ne pouvait songer qu'à eux.
- T'a-t-on déjà parlé de l'oiseau noir, l'oiseau porte-malheur qu'on a vu au-dessus du village ? lui demandai-je.

Spoiler:
 
Il y a quelque chose de l'univers Shakespearien dans ce roman. Je le ressens sans être capable de le qualifier (bon, il est très tôt -même si pour moi c'est déjà le matin- en même temps rire ). Il faudra que j'y repense.
Surtout je ne voudrais pas avoir suggéré un roman "no-futuriste", d'une noirceur extrême, macabre, morbide et même morbide aggravé d'un "s": sordide, donc.
Ni un roman traitant d'un monde médiéval ou quasi, et révolu.
Parce que c'est bien au-delà de ces considérations-là.
Et les problématiques, questions, pistes etc...soulevées sont contemporaines, puiqu'elles sont intemporelles.
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topocl
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMar 11 Juin 2013 - 7:41

Tu peux préciser de quel livre tu parlesSTP?
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMar 11 Juin 2013 - 14:22

Bien sûr topocl, c'est toujours du même livre de Gunnar Gunnarsson, intitulé l' oiseau noir dont il s'agit.
Ci-dessous l'édition la moins difficile à trouver en français, celle d'Arléa 1992:
Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 2869591306
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMar 11 Juin 2013 - 18:57

Petit aparté : où trouvez-vous vos exemplaires ?
Sur le site d'Hippolyte, pas moyen d'en trouver ...
Et cet oiseau noir est tentateur
Et j'espère
Un beau jour, ou peut-être une nuit,
Près d'un lac je m'étais endormi ....
merci d'avance pour vos bons plans ....

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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMar 11 Juin 2013 - 20:51

Pour l'oiseau noir, il en reste (peu) chez les institutionnels de la vente en ligne, et seulement d'occasion, à ce qu'on dirait (fnac, priceminister, etc...).
A des prix un rien hauts pour de l'occasion.
L'exemplaire que j'ai lu est emprunté à la bibliothèque municipale de Bordeaux (Mériadeck), je ne dirai jamais assez combien je revis depuis sa ré-ouverture le mois dernier, après une interminable fermeture. Mériadeck a aussi le Berger de l'Avent en stock, mais ce livre-là n'est jamais disponible.
J'aimerais, pourtant, le lire avant une éventuelle acquisition (acquisition qui ne saurait tarder pour l'oiseau noir, soit dit en passant dentsblanches ).
Parce que 40€ d'occasion pour une édition basique, seule possibilité trouvée lors de mes dernières recherches sur le web, je toussote un peu Shocked !

Tout ceci participe à mon étonnement, Gunnarsson est un auteur très peu traduit, et pourtant ce qui est disponible en français est, dirait-on, prisé et demandé (sinon ce ne serait pas prisé, me direz-vous: certes, sans doute Laughing !).
J'avais eu la chance de tomber sur le jeu des brins de paille et vaisseaux dans le ciel rassemblés sous titre unique "vaisseaux dans le ciel" dans l'édition Stock de 1942 (voir mon post du 31 mars dans ce fil, photo d'un exemplaire similaire sous le 1er spoiler, le mien est en meilleur état), à l'occasion d'un vide-grenier, pour quelques centimes.
Le coup de bol.
Peut-être aurai-je un jour la même chance pour frères jurés et pour le berger de l'Avent.

Toujours est-il que vaisseaux dans le ciel" est moins rare que le Berger de l'Avent, qui cote joliment aujourd'hui.

En attendant qu'on se plaise à traduire, éditer (et ré-éditer, pour ce qui existe en français) Gunnarsson...
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMar 11 Juin 2013 - 20:56

J'avais acheté Frères jurés neuf, c'était encore disponible. J'avoue ne pas avoir été totalement emballée, c'est un peu une imitation d'une saga islandaise, avec les passages obligés, un peu dans le genre de ....J'ai très récemment donné mon exemplaire, sinon je me serais fait un plaisir de te l'offrir.

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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMer 12 Juin 2013 - 10:11

Merci Sigismond & Arabella !
En espérant une prochaine réédition ou une découverte lors d'une brocante ....
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MessageSujet: Re: Gunnar Gunnarsson [Islande]   Gunnar Gunnarsson [Islande] - Page 2 Icon_minitimeMer 12 Juin 2013 - 15:42

Arabella a écrit:
J'avais acheté Frères jurés neuf, c'était encore disponible. J'avoue ne pas avoir été totalement emballée, c'est un peu une imitation d'une saga islandaise, avec les passages obligés, un peu dans le genre de ....J'ai très récemment donné mon exemplaire, sinon je me serais fait un plaisir de te l'offrir.


Grand merci Arabella, mais je vais très bien me débrouiller pour parvenir à le lire: Donc l'avoir offert à quelqu'un d'autre est la meilleure des choses !
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