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 Robert Desnos

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Milly
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MessageSujet: Robert Desnos   Lun 28 Jan 2008 - 19:10



Biographie trouvée sur Evene.fr :

Après avoir quitté le collège à seize ans, Robert Desnos, qui n'est pas bon élève à l'école, devient commis dans une droguerie. Son engagement politique commence à se dessiner lorsqu'il publie ses écrits dans 'La tribune des jeunes', une revue de tendance socialiste. En 1919, il dirige la maison d'édition de Jean de Bonnefon et publie quelques poèmes dont 'Le fard des argonautes'. Dans les milieux littéraires, il rencontre André Breton et intègre le groupe surréaliste dans les années 1920. Il devient un spécialiste de 'l' écriture automatique' et joue avec le langage dans ses poèmes intitulés 'P'Oasis' ou 'L' asile ami'. Pour gagner sa vie, il est caissier au journal 'Paris-Soir' où il devient ensuite journaliste. Il publie des chroniques cinématographiques, écrit des chansons et des scénarii. Vers 1929, en désaccord avec les surréalistes, il quitte le mouvement. Il travaille alors pour la radio sur l'émission 'La grande complainte de Fantomas'. Résistant et membre du réseau Action, il fournit des informations à la presse clandestine et continue d'écrire des poèmes comme 'Maréchal Ducono' où il critique le pétainisme. Le 22 février 1944, il est arrêté à son domicile et est acheminé vers le camp de travail de Flöha en Saxe. Epuisé, Robert Desnos est hospitalisé à Térézin, en Tchécoslovaquie, où il décède le 8 juin 1945.



Destinée arbitraire :
J'ai emprunté ce recueil à la bibliothèque la semaine dernière. Je ne connaissais pas du tout ce poète, je me suis donc lancée.
Et je dois dire, que c'est une vrai belle découverte. J'aime beaucoup son style, sa manière de décrire les choses.

Je vous met ci-dessous un poème tiré de ce recueil :

Couchée.

A droite, le ciel, à gauche, la mer.
Et devant les yeux, l'herbe et ses fleurs.
Un nuage, c'est la route, suit son chemin vertical
Parallèlement à l'horizon de fil à plomb,
Parallèlement au cavalier.
Le cheval court vers sa chute imminente
Et cet autre monte interminablement.
Comme tout est simple et étrange.
Couchée sur le côté gauche,
Je me désintéresse du paysage
Et je ne pense qu'à des choses très vagues,
Très vagues et très heureuses,
Comme le regard las que l'on promène
Par ce bel après-midi d'été
A droite, à gauche,
De-ci, de-là,
Dans le délire de l'inutile.
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Steven
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Lun 28 Jan 2008 - 20:52

J'aime bien Robert Desnos ! Certains de ses poèmes enfantins contiennent une profondeur :
Citation :
LA FOURMI

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
ça n'existe pas, ça n'existe pas.

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
ça n'existe pas, ça n'existe pas.

Une fourmi parlant français,
Parlant latin et javanais
ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Eh ! Pourquoi pas ?

Robert Desnos - Chantefables et Chantefleurs - Editions Gründ

Ici tout est dans le dernier vers : Eh ! Pourquoi pas ?, sorte d'interpellation du lecteur !

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Steven
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Lun 28 Jan 2008 - 21:04

Desnos a toujours eu des positions pacifiques. Or, alors que la conjoncture internationale devient de plus en plus menaçante, Desnos renonce à ses positions pacifistes : la France doit, selon lui, se préparer à la guerre, pour défendre l'indépendance de la France, sa culture et son territoire et pour faire obstacle au fascisme. Il écrit en février 1938 :


Citation :
Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.
Les plaisire de la vie.
Le vin qu'on boit avec les camarades.
L'amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l'on chante en marchant sur la route.
Le lit où l'on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.
Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d'autres choses
Dont on refuse la possession aux hommes.

Desnos a été résistant et a été arrêté. Il est mort suit à une longue incarcération :
Desnos est mort le 8 juin 1945, à cinq heures trente de matin.
Éluard, dans le discours qu'il prononça lors de la remise des cendres du poète, en octobre 1945 écrit :

Citation :
Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues.

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Cliniou
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 11 Nov 2009 - 17:51



Le Pélican

Le capitaine Jonahtan
Etant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-orient,


Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.


Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un œuf tout blanc
D'où sort, inévitablement
Un autre, qui en fait autant.


Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 11 Nov 2009 - 21:28

Je colle ici ce magnifique poème que j'avais déjà mis sur le fil consacré au compositeur Witold Lutosławski, qui a mis ce texte en musique. J'aime énormement, et je n'avais pas vu qu'il y avait un fil consacré à Desnos.

Les espaces du sommeil
Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s'y heurtent confusément
avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneuret
celui de l'assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l'aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l'immolée, toi que j'attends.

Parfois d'étranges figures naissent
à l'instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d'artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l'âme palpable de l'étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d'il y a 2,000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présente dans mes rêves,
t'obstines à s'y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m'appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n'approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu'à la réalité.

Toi qu'en dépit d'un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d'êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n'y a pas d'anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.

Dans le jour aussi.

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Marko
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 11 Nov 2009 - 21:56

Je l'ai relu en écoutant la musique de Lutoslawski. Un régal! ça me fait penser qu'il faudrait ouvrir un fil sur la poésie et la littérature dans la musique. Un bon moyen de découvrir tous ces textes. Je vais m'y mettre...

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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Arabella
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 12 Nov 2009 - 7:37

Marko a écrit:
Je l'ai relu en écoutant la musique de Lutoslawski. Un régal! ça me fait penser qu'il faudrait ouvrir un fil sur la poésie et la littérature dans la musique. Un bon moyen de découvrir tous ces textes. Je vais m'y mettre...

Très bonne idée Marko. Le sujet est vraiment très vaste.

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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Sam 28 Nov 2009 - 20:30

je ne sais pas si j'ai trouvé le poème que j'avais appris à l'école (puisque, depuis, je l'ai oublié) :

Les sources de la nuit

Les sources de la nuit sont baignées de lumière.
C’est un fleuve où constamment
boivent des chevaux et des juments de pierre
en hennissant.

Tant de siècles de dur labeur
aboutiront-ils enfin à la fatigue qui amollit les pierres ?
Tant de larmes, tant de sueur,
justifieront-ils le sommeil sur la digue ?

Sur la digue où vient se briser
le fleuve qui va vers la nuit,
où le rêve abolit la pensée.
C’est une étoile qui nous suit.

À rebrousse-poil, à rebrousse-chemin,
Étoile, suivez-nous, docile,
et venez manger dans notre main,
Maîtresse enfin de son destin
et de quatre éléments hostiles.

en fait je ne crois pas... ce foutu poème était plus compliqué (mais choisi !), peut être celui-là aussi ?

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Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Sam 28 Nov 2009 - 21:09





Demain

Agé de cent-mille ans, j'aurais encore la force
De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: neuf est le matin, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.


Photo: Ronis/ Bastille
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 6 Mai 2010 - 10:59




A la dame si reine

A la dame si reine
Est le cabaret où je suis attablé ce soir
Parmi des tables vides et nues comme des tombeaux
Les garçons ont fait grande toilette
Ils s'affairent autour des chaises sans occupant.
Dans leur costume de corbeaux
Ils ont l'air de célébrer le mariage
de la solitude et de la nuit
Et moi j'attends.
Parfois le téléphone résonne et nul ne va répondre
Et peut-être est-elle au bout du fil, loin d'ici, à m'appeler,
Mais nul ne répond et je ne sais quelle force m'interdit d'aller
prendre l'appareil et de dire
"C'est moi. L'alcool brille dans les bouteilles
Viens, viens vite
Nous boirons toute la nuit si tu le désires
Si tu veux dormir tu dormiras dans mes bras
En attendant le matin de cristal et le drap mouillé
Qui tombe comme une vague sur la ville".
Là-bas la maison est vide
Je cours de chambre en chambre en appelant
Je pleure sur ton oreiller
Je sanglote en disant ton nom
Car nulle année passant après une autre année
Ne pourra distraire ma pensée de ta pensée
Mon désir de ton désir et ma bouche de ta bouche.
Les draps se saliront sans être froissés
Sur le lit où tu aimais dormir
Et je crève d'être seul et d'appeler et d'imaginer
Les larves immondes que le destin
A dressées sur notre chemin.


(Poème inédit offert par Youki Foujita à Jean-Pierre Rosnay)

Toile "Study for whisky at Las Brujas", de Fabian Perez
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 13 Mai 2010 - 9:21







Ô douleurs de l'amour!
Comme vous m'êtes nécessaires et comme vous m'êtes chères.
Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires,
mes mains qui se tendent sans cesse vers le vide.
J'ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d'aventures dangereuses
aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la vie,
qui sont aussi le point de vue de l'amour.
Au réveil vous étiez présentes, ô douleurs de l'amour, ô muses du désert, ô muses exigeantes.
Mon rire et ma joie se cristallisent autour de vous.
C'est votre fard, c'est votre poudre, c'est votre rouge,
c'est votre sac de peau de serpent, c'est vos bas de soie...
et c'est aussi ce petit pli entre l'oreille et la nuque,
à la naissance du cou,
c'est votre pantalon de soie et votre fine chemise et votre manteau de fourrure,
votre ventre rond c'est mon rire et mes joies
vos pieds et tous vos bijoux.
En vérité, comme vous êtes bien vêtue et bien parée.

Ô douleurs de l'amour, anges exigeants, voilà que je vous imagine
à l'image même de mon amour, que je vous confonds avec lui...
Ô douleurs de l'amour, vous que je crée et habille,
vous vous confondez avec mon amour dont je ne connais
que les vêtements et aussi les yeux, la voix, le visage, les mains,
les cheveux, les dents, les yeux ...



(Poèmes à la Mystérieuse, in Corps et biens)

Toile "After the thrill is gone", de Jack Vettriano
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Sam 15 Mai 2010 - 10:25





La caverne


Voici dans les rochers l'accès du corridor,
Il descend, dans la nuit, au coeur de la planète.
Le bruit du monde ici se dissout et s'endort.
A son seuil le soleil et la lune s'arrêtent.
Eurydice est passée par là, voici son pied
Dans la terre marqué mais la piste se brise
La phrase s'interrompt, le serment est délié,
Le cavalier se cabre et se fixe à la frise.
Ces autres pas qui vont ailleurs sont ceux d'Orphée,
L'éclipse est terminée et le ciel resplendit
En nous rendant notre ombre et sa maison hantée
Loin, derrière un fourré d'épines et de roses
La ménade s'endort dans le bois interdit.
Un nuage est au ciel comme une fleur éclose.


(In Contrée)

Toile "Orphée ramenant Eurydice des enfers", de Jean-Baptiste Corot
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Lun 17 Mai 2010 - 13:19





Poème à Youki



Et toi,
Te souviens-tu de cette sirène de cire que tu m'as donnée?
Tu te prévoyais déjà en elle et dans celle qui te ressemble.
Tu ne meurs pas de la transfiguration de mon amour, mais tu en vis, elle te perpétue.
Car c'est l'amour qui prévaut même sur toi, même sur elle.
Et tu ne seras vraiment morte
Que le jour où j'aurai oublié que j'ai aimé.
Cette sirène que tu m'as donnée, c'est elle.
Sais-tu quelle chaîne effrayante de symboles m'a conduit de toi qui fut
l'étoile à elle qui est la sirène?
Ô soeurs parallèles du ciel et de l'Océan!
Mais toi.
Je t'ai rencontrée l'autre nuit,
Une fameuse nuit d'orages, de larmes, de tendresse et de colère.
Oui, je t'ai rencontrée, c'était bien toi.
Mais quand je me suis approché et que je t'ai appelée et que je t'ai parlé,
C'est une autre femme qui m'a répondu:
"Comment savez-vous mon nom?"

(extrait de Siramour, 1931)

Illustration : photo de Youki Foujita




Citation :

Lucie Badoud, baptisée Youki par Foujita et appelée la sirène par Desnos, est née en 1903 à Paris.
Jeune, elle devint une des reines de Montparnasse grâce entre autre à la toile Nu allongé du peintre japonais Foujita. Elle eut d'ailleurs le coup de foudre pour le peintre à qui elle servit de modèle à de nombreuses reprises et dont elle devint la maîtresse. C'est Foujita qui la baptisa Youki, qui signifie neige rose en japonais.
Quand Youki fit la connaissance de Robert Desnos, elle était toujours la compagne de Foujita. C'était en 1928. Desnos devint un très bon ami du couple mais tomba profondément amoureux de Youki, se rapprochant de plus en plus d'elle tout en s'éloignant d'Yvonne George dont l'amour ne fut jamais partagé.
Bientôt, on eu droit à un triangle amoureux, Foujita se rendant bien compte des sentiments qui liaient Youki et Desnos. Mais Foujita trouva un nouvel amour en la personne de la jeune et jolie Mady Dormans. Il quitta Youki en lui disant qu'il l'a laissait entre bonnes mains et qu'il pouvait partir confiant, la sachant auprès de Desnos. Youki aurait, tant qu'à elle, souhaité garder ses deux amants et accepta difficilement l'abandon de Foujita.
Desnos gagna le coeur de sa sirène mais fut plutôt malheureux dans cette relation, Youki étant reconnue pour être volage et assez écervelée. Plusieurs des poèmes de Desnos racontent sa tristesse, ses attentes et ses espoirs envers Youki.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Dim 24 Oct 2010 - 16:35

Je ne connais de Desnos que le recueil intitulé Fortunes. Je le trouve bien meilleur lorsqu'il fait des poèmes enfantins (comme La fourmi cité par Steven ou Le pélican cité par Cliniou) que lorsqu'il aborde par exemple le thème de l'amour (Siramour était vraiment éprouvant à lire, aussi triste que pouvait l'être son histoire...)

Par contre, j'ai lu quelques extraits de La liberté et l'amour et ce livre a l'air pas mal. Quelqu'un l'a déjà lu ?

Allez, mon petit préféré :

Les quatre sans cou

Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête,
Quatre à qui l’on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c’était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c’était du sang.

Quand ils couraient, c’était du vent,
Quand ils pleuraient, c’était vivant,
Quand ils dormaient, c’était sans regret.

Quand ils travaillaient, c’était méchant,
Quand ils rodaient, c’était effrayant,
Quand ils jouaient, c’était différent,

Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c’était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c’était d’amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui leur restait de sang.

Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdraient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.

Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leur croix
Quand devant elles ils passaient droits.

On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
Les ayant retrouves à la chasse ou dans les fêtes,

Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Cela ne faisait peut-être pas l’affaire
Des chapeliers et des dentistes.
La gaîté des uns rend les autres tristes.

Les quatre sans cou vivent encore, c’est certain,
J’en connais au moins un
Et peut-être aussi les trois autres,

Le premier, c’est Anatole,
Le second, c’est Croquignole,
Le troisième, c’est Barbemolle,
Le quatrième, c’est encore Anatole.

Je les vois de moins en moins,
Car c’est déprimant, à la fin,
La fréquentation des gens trop malins.
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Constance
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 20 Avr 2011 - 17:52







Un jour qu'il faisait nuit


Un jour qu'il faisait nuit
Il s'envola au fond de la rivière.
Les pierres en bois d'ébène les fils de fer en or et la croix sans branche.
Tout rien.
Je la hais d'amour comme tout chacun.
Le mort respirait des grandes bouffées de vide.
Le compas traçait des carrés et des triangles à cinq côtés.
Après cela il descendit au grenier.
Les étoiles de midi resplendissaient.
Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons sur la rive au milieu de la Seine.
Un ver de terre marque le centre du cercle sur la circonférence.
En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours.
Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la foule.
Quand la marche nous eut bien reposé nous eûmes le courage de nous asseoir puis au réveil
nos yeux se fermèrent et l'aube versa sur nous les réservoirs de la nuit.


La pluie nous sécha.



(Extrait de Corps et biens, in Langage cuit)

Illustration : L'oeil du silence de Max Ernst (1943-1944)




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