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 Jérôme Garcin

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Marie
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MessageSujet: Jérôme Garcin   Lun 4 Fév 2008 - 1:46



Difficile de ne pas connaitre Jérôme Garcin, mais on ne trouve pas grand chose sur le plan biographique.

Après une brillante scolarité au lycée Henri IV, Jérôme Garcin suit une formation de journaliste. Il a longtemps collaboré à la rédaction de 'L' Evénement du jeudi', et est aujourd'hui le producteur et l'animateur de l'émission littéraire 'Le Masque et la plume' sur France Inter. Il exerce également les fonctions de directeur adjoint de la rédaction du 'Nouvel Observateur' et est membre du comité de lecture de la Comédie-Française. Il a obtenu en 2003 le Prix France Télévision Essai pour 'Théâtre intime', dans lequel il raconte la passion qu'il entretient pour son épouse, fille de Gérard Philipe. Ses ouvrages, 'Pour Jean Prévost' et 'La Chute de cheval', ont également été récompensés respectivement par le Prix Médicis en 1994 et le Prix Roger Nimier en 1998. Il est l'initiateur du 'Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française par eux-mêmes' dont la deuxième parution recense trois cent cinquante écrivains. Il publie en 2005 'Le Masque et la Plume', une anthologie de l'émission radio, co-écrite avec Daniel Garcia. Son dernier ouvrage, 'Cavalier seul', paraît chez Gallimard en 2006.
Source : Evene

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Marie
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Lun 4 Fév 2008 - 2:32

Les Soeurs de Prague
Editions Gallimard

C'est le deuxième roman de Jérôme Garcin qui a écrit plusieurs récits, un journal ( Cavalier seul) des essais, et des livres d'entretiens avec Jacques Chessex, Pascal Lainé et André Dhôtel.
J'ai à peu près tout lu, j'aime beaucoup Jérôme Garcin. Sa pudeur dans l'écriture, son ironie et son air de ne pas y toucher. Sa façon de parler de ses passions, les livres, les chevaux , sa famille, la Normandie.
Il le dit lui même, les héros vertueux lui plaisent dans la réalité mais l'ennuient dans la fiction.
J'ai un bon souvenir de son premier roman,C'était tous les jours tempête, dont le titre est emprunté à une phrase de Stendhal, "Chez cet être singulier, c'était presque tous les jours tempête", une biographie romancée de Marie-Jean Hérault de Séchelles ,et roman sur l'ambition. voir ici
auquel il prête ces mots qui n'ont pas d'époque...:

" Même à la veille du supplice, je persiste et je signe. En politique comme ailleurs, y compris en amour, le succès est à ceux qui savent jouer, sur la scène publique, des rôles de composition et connaissent les lois de l'éloquence.Je crois la rhétorique plus forte que les idées. Je crois le mensonge plus prégnant que la sincérité. Je crois qu'il faut apprendre très tôt à taire ses enthousiasmes, ses détestations, et même ses idéaux; ne jamais offrir à l'ennemi l'occasion de vous percer. La franchise, qui est d'aillers une illusion, ne m'a jamais valu que d'être méprisé et davantage critiqué. Je crois que l'habit fait le moine, que l'acteur est dans ce qu'il proclame et dans les poses qu'il ne laisse de prendre sous des costumes d'emprunt.
Je suis toujours parti du principe que le monde dans lequel je vivais était corrompu ( qu'il fût coiffé d'une couronne ou d'un bonnet phrygien n'y changeait rien) et qu'il était non seulement ridicule mais surtout vain de lui opposer une morale. L'Histoire nous a appris que la vertu ne peut rien contre le vice et que , pour triompher des cyniques, il s'agit d'être plus cynique encore."


IL n'a pas du être suffisamment cynique, Hérault de Séchelles, car il a été guillotiné.

Une autre cynique dont le trajet est le même, c'est l'héroïne des Soeurs de Prague, Klara. Sauf que le milieu dans lequel elle évolue est différent, c'est celui du cinéma et de la littérature de nos jours. Et qu'on ne guillotine plus, on massacre par voie de presse ce que l'on a porté aux nues un mois avant.
Les Soeurs Gottwald ont une agence littéraire et artistique , et travaillent beaucoup à exploiter la vanité et le goût du toc de tout un petit cercle, que Garcin décrit de façon assez féroce. Faiseuses de rois médiatiques provisoires, avec pour ce faire le sans foi-ni loi nécessaire.
Dans leur griffes va tomber le narrateur ,peut être moins dupe que les autres, ou plus observateur .
Difficile de ne pas penser à des noms connus ,d'autant plus qu'ils abondent ( sous forme d'éloges le plus souvent) dans ce roman. Il y a certainement du vécu, ou du moins une forte inspiration...
Mais c'est aussi, , à travers un récit qui semble écrit avec une certaine distance et une certaine froideur,et toujours la même écriture où chaque mot a une importance, une invitation à méditer d'une part sur l'exil - que ces deux femmes viennent d'un pays de l'Est n'est pas sans importance -, d'autre part sur la dépossession, sur la manière dont des artistes peuvent se laisser prendre en main, voire humilier, dans l'espoir d'atteindre ce qu'ils croient être la réussite.

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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Lun 8 Juin 2009 - 3:59

Son excellence, monsieur mon ami
Gallimard

Je persiste et je signe aussi, j’aime beaucoup Jérôme Garcin! Qui dans le livre raconte un, ou plutôt deux amis, François Régis Bastide et Bertrand Poirot - Delpech , et donne encore une fois beaucoup à lire sur lui, les questions qu’il se pose, ses passions, et ce qu’il aimerait. Faire revivre et réconcilier...
Peu importe, à la lecture ,que l’on ne sache pas grand-chose au départ de ce François Régis Bastide, ce qui était mon cas. Un brillant touche à tout musicien, écrivain, germaniste, critique littéraire, animateur très longtemps du Masque et la plume (c’est là que Garcin l’a connu), nommé par Mitterrand ambassadeur en Autriche et en Allemagne. Un « terrien hédoniste », mais aussi un brin mythomane, à la fois paresseux et hyperactif et qui peu à peu s’est posé la question de ce qu’il allait laisser. Car la véritable question posée dans ce portrait est celle de ce qui reste d’un écrivain .Et un des combats de Jérôme Garcin est la lutte contre l’oubli , que ce soit dans ses romans récits, ou essais ou dans ses critiques hebdomadaires du Nouvel Observateur dans lesquelles il n’aime parler que d’écrivains très obscurs la plupart du temps oubliés ou quasiment inconnus, « la voix des insoumis, des réprouvés, des irréguliers ».

Très beau livre, hommage sans aucune complaisance mais plein de tendresse, belle écriture, également, dont je vous donne un extrait:

Je m’endors en imaginant le roulement du tambour du garde-champêtre sur la place de l’église, l’accueil du fringant parisien par le maire et ses adjoints sur le quai de la petite gare, les premières remarques du genre «  On ne le voyait pas si haut, ou si maigre, ou si jeune », la petite foule des femmes pomponnées qui font la queue à l’entrée de la salle des fêtes pour entendre un garçon à la fois cravaté et emprunté leur raconter par le détail la mort de Louis XIV, le combat entre Dieu et le diable, la curieuse manière qu’avait Ravel de jouer du piano «  d’un toucher sec qui donnait aux pouces un rôle primordial », la guerre de Troie façon Giraudoux, et conclure, en parlant de Saint-Simon: «  La solitude, le désespoir et le néant ne sont grands et producteurs que lorsqu’on les a soi-même conquis »
..Il trouvait le Pays basque, dont au contraire sa littérature était pleine, rétif et «  farouche ». Il avait consacré sa vie à s’en souvenir, il ne voulait pas y être enterré. De Biarritz, où l’architecture gardait l’empreinte des vagues espagnoles, russes, anglaises, peuplée de vrais princes en exil, de faux Arsène Lupin, de métèques, de fauchés, de décavés, Régis disait: " C’est une ville laide et capiteuse, inachevée et que j’aime.J’y suis né. Le tourisme l’achèvera. "Il regrettait davantage, à Mauléon, à Tardets ou Saint-Jean-Pied-de-Port, les parties théâtrales, musicales, avec flûtes et tambours, de pelote basque, et surtout la ferveur sautillante des joueurs abbés dans leurs soutanes élimées: «  Ils viennent de dire vêpres en chasuble dorées, ils sentent encore l’encens, ils descendent vers le fronton blanc , l’œil plus noir, car il n’est de belle partie que sous le regard de Dieu, dans la contemplation des morts qui dorment à côté, au cimetière, et reçoivent, éternels arbitres, entre les tombes, toutes les pelotes perdues. »


Pas de balles perdues entre les cippes de La Garde-Freinet, dans cette Provence où il se sentait chez lui, alors qu’en terre basque, «  on est je ne sais où, aux origines de l’homme, au point oméga de Teilhard de Chardin, à la source des langues agglutinantes. La Provence donne envie de parler, le Pays basque de chantonner les dents serrées. » Et Dieu que Régis avait besoin de parler!

Et puis quoi, son enfance atlantique réglée par les cycles de l’année liturgique et les vacances thermales, le mugissement de l’orgue dans la villa rose de Biarritz et à l’église Sainte-Eugénie, l’obsédant parfum du lagerstrémia familial, les concerts du dimanche au Casino, le père tutélaire qui distribuait des ordonnances aux duchesses andalouses, aux majors écossais, aux généraux de Lyautey, et dont il avait hérité l’amour vorace des femmes, la mère adorée qui l’appelait «  Régis » et à laquelle il rendit visite jusqu’à ses derniers jours ( elle est morte nonagénaire), l’enfance rêvée que la guerre avait réveillée, tout cela, il n’avait jamais cessé de le célébrer dans son œuvre, avec une détermination proustienne. Il avait d’ailleurs passé l’âge où ,se souvenir, c’est essayer de se mettre debout dans une eau profonde, en prenant garde à ne pas se noyer.Désormais, il lui fallait vivre encore un peu, et mourir ailleurs que dans ses livres. Ce fut ce village de montagne et de haute solitude où l’hiver a des indulgences d’oued nord-africain et où, l’été, chaque fleur, chaque massif, chaque bosquet, chaque perspective débroussaillée est une victoire sur la sécheresse.
A l’enfant catholique devenu le cardinal vieillissant d’une cathédrale de verdure, il importait moins de savoir s’il y avait, là-haut, un royaume des morts, et même un roi, que de s’assurer de pouvoir, encore, y gouverner le paysage et boire du vin frais sous la tonnelle. «  Là où nous serons tous un jour, et dont nous ne savons rien, se demandait-il un an avant sa disparition, est-ce qu’il y a des arbres, de la résine et des roses, et des tables où l’on peut poser ses coudes? Est-ce que cela se fait? »
Oui, je crois. Enfin, je n’en sais rien. Tu me diras. Je compte sur toi, mon cher, très cher Régis.

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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Lun 8 Juin 2009 - 11:50

A force de l'écouter au masque et la plume j'ai du mal à l'imaginer en écrivain. C'est idiot mais ce que tu en dis donne envie de franchir le pas bien que je ne sois pas particulièrement passionné par les chevaux.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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Marie
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Lun 8 Juin 2009 - 20:15

Citation :
bien que je ne sois pas particulièrement passionné par les chevaux.
A part dans Perspectives cavalières ( et le livre sur Bartabas, bien sûr, je ne l'ai pas lu), il parle très peu de chevaux. Par contre reviennent régulièrement la mort de son frère jumeau à 12 ans, et celle de son père, à la suite d'une chute de cheval..

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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Mar 19 Oct 2010 - 15:09

Jérôme Garcin poursuit, quinze ans après Littérature vagabonde, son voyage littéraire par mots et par vaux

parution le 21/10 en poche:


Les livres ont un visage
Citation :
Présentation de l'éditeur
Le premier écrivain que, derrière une porte vitrée, il a vu au travail, c'était son père, dont il a raconté la fin précoce et tragique dans La chute du cheval. Depuis, Jérôme Garcin n'en finit pas de s'introduire chez les auteurs qu'il aime et qui lui ouvrent leur maison comme on ouvre un livre, pour quelques confidences et beaucoup de souvenirs. De Vézelay à Saumur, de Thiercelieux à Trouville, du Paris rive droite de François Nourissier au Paris rive gauche de Jean-Jacques Sempé, de la terrasse angevine de Julien Gracq à la lande bretonne de Jean-Marie Gustave Le Clézio et du jardin londonien de Julian Barnes, où il attend de mystérieuses oies, à un rez-de-chaussée de Francfort-sur-le-Main, où il guette des écureuils en compagnie de Gabrielle Wittkop, Jérôme Garcin poursuit, quinze ans après Littérature vagabonde, son voyage littéraire par mots et par vaux. En avion, en voiture, à pied, et parfois même à cheval.

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La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Mar 4 Jan 2011 - 21:00

Cavalier seul

Moi qui monte à cheval depuis mon enfance, je me suis toujours dit que le sentiment que je ressentais lorsque je montais était ineffable, impossible à traduire en mots, et pourtant, j'ai pu constater maintes et maintes fois pendant mes lectures la puissance des mots. Ce journal de Jerome Garcin m'a presque détrompée. Même si je persiste à penser que les mots pour la décrire n'atteindront jamais la sensation ressentie lorsqu'on monte à cheval, Jerome Garcin s'en approche ici très fortement. On sent toute la force de sa passion pour le cheval, tout son amour pour Eaubac, son cheval, mais aussi pour les paysages de Normandie qu'il sillone de longues heures durant. Son écriture est à la fois légère et forte, pleine de délicatesse mais lourde de la puissance des sentiments ressentis. En dehors des moments qu'il partage avec Eaubac, son cheval, Jerome Garcin invite aussi le lecteur à le suivre dans sa vie d'homme de lettres, d'intellectuel qui parle avec passion de ses coups de coeur artistiques et humains. Au détour des promenades dans lesquelles il nous emmène, nous croiserons des hommes tels que Julien Gracq, Bernard Pivot ou Bartabas. On sent tout le respect de cet homme pour les hommes qu'il admire, pour les oeuvres qu'il admire, et, par dessus-tout, pour les chevaux, dont il saisit avec une justesse incroyable le sentiment qu'ils font naître en ceux qui les aiment. Mêlez à cela la description amoureuse d'une Normandie à la fois paisible et douloureuse par la nostalgie qu'elle lui inspire (c'est le lieu de son enfance, où son père et son frère sont morts) et voyez si vous pouvez tenir la lecture sans que votre gorge ne se serre par moments et même que les larmes montent devant tant de beauté, et surtout, tant de pureté, de vérité (et pourtant je ne suis pas siiii sensible). Une très bonne surprise, un très beau livre, plein de force et de douceur, de sauvagerie et d'amitiés, d'admiration et de regrets, de sentiments mêlés, en somme, d'une véritable humanité...

Je crois que si j'ai été touchée, c'est que dans ce livre, on ressent que cet homme à deux passions sans lesquelles il lui serait tout à fait impossible de continuer à vivre : le cheval et la littérature. C'est la même chose pour moi, ce sont les deux choses qui me sont indispensables, essentielles. Je regrette de n'avoir pas noté de phrases lors de ma lecture, car de nombreux passages l'auraient mérité. Je recopie quand même ici, pour donner une idée, la quatrième de couverture qui est aussi un beau passage du livre...

Citation :

Dernier galop dans la plaine arasée de l'été déjà finissant. Dernière cueillette des mûres, et l'Eaubac gourmand qui s'arrête le long des haies épineuses et incline sa tête curieuse vers ma main gorgée de justeuses douceurs. Dernière plongée dans les sous-bois où je serre si fort et embrasse son encolure de velours pour éviter les branches basses et le laisser m'emmener, comme un fils donne la main à son père. Dernier trotting sur les petites routes, et je ferme les yeux, et je ne vois qu'avec mon corps en lévitation, et j'oublie tout, bercé par le rythme cadencé des fers sur le macadam tiède. Derniers frissons. Dernière promenade amoureuse, animale, végétale, sous un ciel d'accompagnement, dans une lumière d'autrefois qui lentement décline.

Je ne sais pas si ce livre plaira autant qu'à moi à ceux que les chevaux n'intéressent pas particulièrement, mais pour moi rien que l'écriture vaut la peine de tenter le coup. En tout cas, il est sûr que je lirai d'autres livres de lui.
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Mer 5 Jan 2011 - 0:49

Citation :
Une très bonne surprise, un très beau livre, plein de force et de douceur, de sauvagerie et d'amitiés, d'admiration et de regrets, de sentiments mêlés, en somme, d'une véritable humanité..
Tout à fait d'accord avec toi, Camille, et ceci pour tous les livres dans lesquels Jérôme Garcin parle de lui à travers les autres, comme aussi Théâtre intime, que je te conseille!

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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Mer 5 Jan 2011 - 1:04

Si tu aimes tant les chevaux et la littérature, Camille, tu pourrais lire Le Vagabond ensorcelé de
Nicolas Leskov. C' est un très bon livre russe et il y est beaucoup question de chevaux, le narrateur
et personnage principal étant un "expert en chevaux".

Entre autres choses !
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Camille19
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Mer 5 Jan 2011 - 20:38

Contente que Jerome Garcin te plaise aussi, Marie ! Merci pour vos conseils à tous les deux, je prends note des deux ! Je ne connais pas du tout l'auteur dont tu parles, mais de la littérature russe et des chevaux... que demande le peuple !! (bon, d'accord, moi Very Happy ) En plus, le titre me plait bien, je vais me renseigner !
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Dim 10 Avr 2011 - 2:51

Olivier
Récit
Gallimard

En écoutant en boucle les Leçons de ténèbres de Couperin , chantées par Alfred Deller, je guettais, dans les correspondances , les journaux intimes , les carnets de notes, les textes inachevés, les oeuvres interrompues, des traces du terrible pressentiment qui saisit celles et ceux dont la vie sera brève, dont l'oeuvre sera empêchée, et dont je me croyais secrètement, par je ne sais quel héritage spirituel, le légataire testamentaire.
Cette sensibilité exacerbée aux textes des vivants précaires et aux témoignages des survivants figés dans la douleur ne m'a jamais quitté. On ne lit bien que pour se retrouver . On ne veut pas être étonné, on veut être conforté dans ses idées noires et ses frayeurs. Tous les enfants condamnés te ressemblent, Olivier, comme tous les morts jeunes et bravaches ont le visage de notre père, qui galopait vent debout pour se fuir et te rejoindre.
Je crois à la sincère communion de tous ceux qui ont perdu un être chéri, plus particulièrement un enfant, et que relie une abondante littérature de l'infortune. Elle repose sur une illusion capitale: chaque expérience du deuil est unique, irréductible, en apparence incomparable, et pourtant, dès qu'elle est couchée sur le papier, elle devient universelle, chacun de nous peut s'y reconnaître. On y lit ce qu'on a le sentiment d'avoir soi-même écrit.


Jérôme Garcin avait déjà brièvement évoqué dans La chute de cheval la disparition brutale, sous ses yeux , de son frère jumeau, Olivier. Il y revient ici , et si c'est bien un livre sur le deuil, ce n'est pas un livre sur l'absence, mais sur l'omniprésence en lui, survivant, de ce double " amniotique", auquel il parle, qu'il recherche partout , dont il imagine les destins désormais impossibles Ce faisant, il parle bien sûr beaucoup de lui et de ses proches, de ses angoisses , du manque de cet être semblable que personne ne peut remplacer, manque qui lui donne , à mesure qu'il vieillit, un sentiment croissant d’incomplétude, une manière de boiterie, invisible mais récurrente.

C'est un livre fort beau, grave et mélancolique , à la fois impudique et très retenu dans le style , un petit tombeau de papier..pour un double amputé.

C'est mon défaut, je prends tout au pied de la lettre. Il suffit qu'on me dise: " Tu mets les bouchées doubles", ou : " Ta phrase est à double sens", qu'on me demande, à l'hôtel, si je désire une " chambre double", ou qu'on me prie de bien " conserver un double" par- devers moi pour qu'aussitôt me revienne en mémoire l'aveu d'Ernest Renan " Je suis double, quelquefois une partie de moi rit quand l'autre pleure." L'important est que cela ne se voie pas...

....Après moi, de toi, il n'y aura plus rien. Vouloir te prolonger aura été une illusion. Je ne t'aurai accordé dans ce monde qu'un ajournement dérisoire. A moins que ce soit toi, généreux, qui me l'aies concédé en me soufflant à l'oreille , avant de me quitter: " Va, vis et deviens." Ce sont, dans le film de Radu Mihaileanu, les mots adressés par une mère éthiopienne à son jeune fils qu'elle envoie en Terre sainte pour le sauver de la famine. Manque seulement une quatrième injonction: " N'oublie pas." Tu vois, je t'ai bien obéi. J'ai été sage. J'ai avancé, galopé, respiré, ferraillé, aimé, et me suis dédoublé, convaincu que mes hivers d'homme précaire finiraient tôt ou tard par se confondre avec ton printemps d'enfant éternel.





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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Dim 10 Avr 2011 - 21:46

Noté dans ma LAL, pour lui je ferai peut-être même une petite entorse à mon habitude de n'acheter que des poches sourire
La prose de Jerome Garcin est extraordinaire...
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Dim 28 Aoû 2011 - 16:00

Marie a écrit:
Olivier
Récit
Gallimard

En écoutant en boucle les Leçons de ténèbres de Couperin , chantées par Alfred Deller, je guettais, dans les correspondances , les journaux intimes , les carnets de notes, les textes inachevés, les oeuvres interrompues, des traces du terrible pressentiment qui saisit celles et ceux dont la vie sera brève, dont l'oeuvre sera empêchée, et dont je me croyais secrètement, par je ne sais quel héritage spirituel, le légataire testamentaire.
Cette sensibilité exacerbée aux textes des vivants précaires et aux témoignages des survivants figés dans la douleur ne m'a jamais quitté. On ne lit bien que pour se retrouver . On ne veut pas être étonné, on veut être conforté dans ses idées noires et ses frayeurs. Tous les enfants condamnés te ressemblent, Olivier, comme tous les morts jeunes et bravaches ont le visage de notre père, qui galopait vent debout pour se fuir et te rejoindre.
Je crois à la sincère communion de tous ceux qui ont perdu un être chéri, plus particulièrement un enfant, et que relie une abondante littérature de l'infortune. Elle repose sur une illusion capitale: chaque expérience du deuil est unique, irréductible, en apparence incomparable, et pourtant, dès qu'elle est couchée sur le papier, elle devient universelle, chacun de nous peut s'y reconnaître. On y lit ce qu'on a le sentiment d'avoir soi-même écrit.


Jérôme Garcin avait déjà brièvement évoqué dans La chute de cheval la disparition brutale, sous ses yeux , de son frère jumeau, Olivier. Il y revient ici , et si c'est bien un livre sur le deuil, ce n'est pas un livre sur l'absence, mais sur l'omniprésence en lui, survivant, de ce double " amniotique", auquel il parle, qu'il recherche partout , dont il imagine les destins désormais impossibles Ce faisant, il parle bien sûr beaucoup de lui et de ses proches, de ses angoisses , du manque de cet être semblable que personne ne peut remplacer, manque qui lui donne , à mesure qu'il vieillit, un sentiment croissant d’incomplétude, une manière de boiterie, invisible mais récurrente.

C'est un livre fort beau, grave et mélancolique , à la fois impudique et très retenu dans le style , un petit tombeau de papier..pour un double amputé.

C'est mon défaut, je prends tout au pied de la lettre. Il suffit qu'on me dise: " Tu mets les bouchées doubles", ou : " Ta phrase est à double sens", qu'on me demande, à l'hôtel, si je désire une " chambre double", ou qu'on me prie de bien " conserver un double" par- devers moi pour qu'aussitôt me revienne en mémoire l'aveu d'Ernest Renan " Je suis double, quelquefois une partie de moi rit quand l'autre pleure." L'important est que cela ne se voie pas...

....Après moi, de toi, il n'y aura plus rien. Vouloir te prolonger aura été une illusion. Je ne t'aurai accordé dans ce monde qu'un ajournement dérisoire. A moins que ce soit toi, généreux, qui me l'aies concédé en me soufflant à l'oreille , avant de me quitter: " Va, vis et deviens." Ce sont, dans le film de Radu Mihaileanu, les mots adressés par une mère éthiopienne à son jeune fils qu'elle envoie en Terre sainte pour le sauver de la famine. Manque seulement une quatrième injonction: " N'oublie pas." Tu vois, je t'ai bien obéi. J'ai été sage. J'ai avancé, galopé, respiré, ferraillé, aimé, et me suis dédoublé, convaincu que mes hivers d'homme précaire finiraient tôt ou tard par se confondre avec ton printemps d'enfant éternel.





Je viens de finir ce récit: C'est un véritable hymne à la vie par delà les morts...Son Frère Olivier, son père, le mari de sa femme, les grands parents

Que d'analogie dans les prénoms: Olivier est aussi le frère de sa femme; Philippe le prénom de son père & nom du père de sa femme ...........

L'écriture est riche, recherchée. En plus un véritable ouvrage sur la gémellité et la psycho-généalogie.. Very Happy Very Happy

PS: J'ai plusieurs jumeaux (vrais et faux ) dans mon entourage
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Constance
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Dim 28 Aoû 2011 - 16:31




Quatrième de couverture :
Citation :
Le 1er août 1944 tombait, au pied du Vercors, Jean Prévost, alias capitaine Goderville, les armes à la main. ...
Il avait quarante-trois ans, la fureur de vivre libre, et la passion d'écrire. Romancier, essayiste, poète, ce chroniqueur brillant de La NRF avait publié une trentaine de livres et travaillait encore à une étude sur Baudelaire quand il entra dans la Résistance. Elève d'Alain, complice de Saint-Exupéry, et protégé de Martin du Gard, il a été journaliste, champion de boxe, et stendhalien ...
Curieux de cinéma, d'architecture, d'économie, de politique et de sport, ce normalien au tempérament fougueux fut sans doute, dans les années 30, l'intellectuel le plus curieux de son siècle.
Il rêvait de le comprendre et ambitionnait d'être utile à ses contemporains. Jérôme Garcin raconte, en les mêlant intimement, l'oeuvre et la vie de l'auteur de "Dix-huitième année". Avec ferveur, il sort de l'oubli un grand esprit ; avec émotion, il plaide pour qu'on relise, cinquante ans après sa mort, cet humaniste exemplaire.
Ce livre a reçu le prix Médicis de l'Essai en 1994.



Il y a environ deux mois (ou plus, je ne sais plus), lorsque j'ai lu cet ouvrage, j'en avais placé cet extrait du préambule écrit par Jérôme Garcin sur le forum ... cet ouvrage m'a permis de découvrir sa belle plume, et la passion qu'il éprouve pour le parcours littéraire et humain de Jean Prévost :

Citation :
J'aime le verbe résister. J'aime qu'on l'applique à l'arbre ancestral qui ne cède ni aux bourrasques ni aux promoteurs, et, comme le platane de Balzac à Vendôme, protège ceux qu'il rassemble sous sa frondaison équitable; qu'on l'attribue à la pierre qui souffre de la main qui la sculpte, du statuaire qui la dompte; qu'on l'emploie pour l'air ou l'eau qui s'opposent calmement aux mouvements des corps. J'aime qu'à peine nommé, ce verbe induise et combatte ses contraires : fléchir, capituler, se soumettre, abdiquer, faiblir, démissionner, s'abandonner.


En exergue, Garcin situe la haute estime en laquelle il tient Jean Prévost, en citant cet extrait de Lucien Leuwen :

- De la hauteur ? dit Leuwen étonné.
- Sans doute. Vous avez eu des idées, ils ne vous ont pas compris.
Vous avez eu cent fois trop d'esprit pour ces animaux-là. Vous tendez vos filets trop haut.
(Stendhal)



Je crois savoir qu'un scénario sur la vie de Jean Prévost est actuellement en cours d'écriture, et que le film pourrait être réalisé par Bertrand Tavernier ...


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Marie
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MessageSujet: Re: Jérôme Garcin   Ven 28 Juin 2013 - 2:53

Bleus horizons
Gallimard

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre
Le souffle qui vous grise emplit mon coeur d'effroi
Mais votre appel ,au fond des soirs, me désespère
Car j'ai des grands départs inassouvis en moi.

En écoutant en boucle les Leçons de ténèbres de Couperin , chantées par Alfred Deller, je guettais, dans les correspondances , les journaux intimes , les carnets de notes, les textes inachevés, les oeuvres interrompues, des traces du terrible pressentiment qui saisit celles et ceux dont la vie sera brève, dont l'oeuvre sera empêchée, et dont je me croyais secrètement, par je ne sais quel héritage spirituel, le légataire testamentaire.Jérôme Garcin dans Olivier.

Après Hérault de Séchelles , Etienne Beudant et Jean Prévost, Jérôme Garcin continue à parler de destins trop tôt brisés.
Empruntant son titre à un recueil de Roland Dorgeles, il évoque dans ce roman la vie d'un écrivain et poète Jean de La Ville de Mirmont mort au Chemin des Dames en novembre 1914. Employé à la Préfecture le jour, auteur d'un seul roman Les dimanches de Jean Dézert et d'un recueil de poèmes, L'horizon chimérique qui inspirera Gabriel Fauré... et beaucoup plus tard Julien Clerc.

Un jeune homme rêvant  de voyages , de dangers, idéaliste , passionné , rongeant son frein dans son travail et trouvant dans cette guerre une occasion de vivre. Il y vivra deux mois.

Pour le faire réexister, Jérôme Garcin lui a inventé un "jumeau de guerre",amoureux, comme lui, de la littérature ,Louis Gémon , rencontré à Libourne  et témoin de sa mort.
Louis Gémon, lui, survivra. Enfin, si peu. Car le rôle des jumeaux, pour Jérôme Garcin , quand l'autre manque, est de le faire exister quand même.
En le faisant connaître, reconnaître.Et, ici, publier,c'est difficile ce qui vaut un chapitre assez savoureux sur Bernard Grasset frappé d'indignité nationale en 1918.
On croise aussi dans ce roman Fauré, devenu sourd,  Mauriac, l'ami d'enfance et tous les écrivains morts au combat.

C'est, encore,  le récit  d'un survivant qui ne comprend pas ,comme souvent, pourquoi il l'est . Louis Gémon ne se remettra jamais de la mort de Jean, se confondant en lui et refusant d'exister. Jusqu'au bout et au dernier chapitre, plein d'une  ironie désespérée.





On ne rattrape pas plus le soleil perdu qu'on ne réveille de son sommeil éternel l'ami disparu. Je me demande si cette fable sur l'illusion d'optique que Jean a écrite à vingt ans ne m'était pas destinée, si du moins elle n'était pas destinée au frère imaginaire qui lui survivrait. Ce pétrel plaintif, ignorant et borné, qui fonce droit vers la clarté sans comprendre que le soleil descend pour mourir, c'est moi. Je suis devenu un oiseau de l'amer aux ailes brisées qui se terre dans un trou humide du Senonais.  

Je persiste et je signe toujours, j'aime beaucoup Jérôme Garcin. L'écrivain.

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville


Dernière édition par Marie le Ven 28 Juin 2013 - 18:56, édité 1 fois
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