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 Marina Tsvetaeva

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coline
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:05

Bien que s’enflamant souvent pour d’autres hommes (et femmes), elle a un dévouement et un amour indéfectibles pour son mari :

« Serioja, que je meure demain ou que je vive jusqu’à soixante-dix ans- c’est égal- je sais, comme autrefois déjà je le savais dès la première minute. – Pour toujours- Personne d’autre. »

« […]et pour que tous se le rappellent :
Tu es aimé ! aimé ! aimé ! aimé !-
Je signais de l’arc-en-ciel. »

« Il est l’être qui m’est le plus cher, pour toute la vie. Je n’aurais jamais pu aimer quelqu’un d’autre, il y a en moi trop de spleen et de révolte. Auprès de lui seul, je peux vivre comme je vis – totalement libre. »
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:08

Très longtemps, elle entretient des échanges passionnés avec Boris Pasternak .

« Je suis et je reste une grande amie du poète Boris Pasternak, qui m’a dédié son grand poème :1905. »

De même avec Rainer Maria Rilke :

« Je suis la dernière amie de Rainer Maria Rilke, sa dernière joie, sa dernière Russie…et son dernier, son tout dernier poème:
ELEGIE
Für Marina »
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:10

Mariana se sent mal dans la vie et son siècle :

« Je déteste mon siècle, parce qu’il est le siècle des masses organisées. »

« L’époque n’est pas contre moi personnellement, mais PASSIVEMENT, moi, je suis –contre elle- ACTIVEMENT. JE la déteste, je ne peux la voir – elle, ne me voit pas. »

Noir, ô mont qui étend
Son ombre au monde entier !
Au créateur : grand temps
De rendre mon billet.

Refus d’être. De suivre,
Asile des non-gens :
Je refuse d’y vivre.
Avec les loups régents


Des rues- hurler : refuse.
Quant aux requins des plaines-

Non ! Glisser : je refuse
Le long des dis en chaînes.

Oreilles obstruées,

Et mes yeux voient confus.
A ton monde insensé

Je ne disque : refus.


« Elle n’existe pas la vie qui aurait supporté ma présence. »
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:13



Elle ne vit que pour l’amour et ne trouvera pas le bonheur de ce côté-là :

« C’est ma voie depuis l’enfance : Aimer : avoir mal. Pour moi l’amour est un grand malheur. »

« En amour, je n’ai su qu’une chose : souffrir comme une bête- et chanter. »

« Sans l’amour, je n’ai pas de vie. »

« Quand je n’aime pas- je ne suis pas moi. »

« Je pourrai, un beau jour, cesser d’aimer. Alors je mourrai…Je finirai, bien sûr, par un suicide… »

« Je reconnais l’amour à son incurable tristesse. »

« Pour vivre – j’ai besoin d’aimer, c’est-à-dire d’être ensemble…[…]

J’ai besoin de chacun, car je suis insatiable. Mais la plupart du temps, les autres n’ont même pas faim, d’où cette attention éternellement tendue : a-t-on besoin de moi ? »

« On n’aime passes blessures, on ne s’enivre pas de ses blessures, on veut guérir ou mourir. Mais, au cours de la maladie, on a beaucoup appris et voilà qu’une fois debout, on bénit la blessure qui nous a fait homme. De même en amour. »

« C’est ma voie- depuis l’enfance. Aimer : avoir mal. J’aime – j’ai mal. »

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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:15




C’est écrire qui la maintient en vie : c’est sa raison de vivre. Son combat. Elle met dans ses écrits la passion qui l’anime, son âme.

« La possibilité pour moi d’écrire à ma mesure, c’est-à-dire sans mesure. »

« Trop a toujours été la mesure de mon monde intérieur. »

« DE quoi ai-je besoin en ce monde ? De mon émotion, point le plus haut de mon âme. De la plus forte tension. De la présence de mon âme. Tous les moyens sont les meilleurs. »

« Je sais qui je suis : une Danseuse de l’Âme. »

« Dans mes veines coule non pas du sang mais de l’Âme. »

« Je n’aime pas la vie en tant que telle, pour moi, elle ne commence à signifier, c’est-à-dire à prendre sens et poids – que transfigurée, c’est-à-dire dans l’art. […] Je ne vis pas pour écrire des vers, j’écris des vers pour vivre. »

« Retirez-moi l’écriture- je ne vivrai plus, tout simplement. »

« Tout, l’écriture exceptée, - n’est rien. »

« J’ai besoin des vers comme preuve : je suis encore en vie ? C’est ainsi que le prisonnier communique, en cognant au mur de son voisin. »

« Le poème c’est l’être : ne pas pouvoir faire autrement. »

« Pour moi – tous les mots sont trop petits. Et la démesure de mes mots n’est que le pâle reflet de la démesure de mes sentiments. »

« Je viens de mon pays du bout du monde, d’où vient toute poésie. »

« La création lyrique nourrit les sentiments dangereux, mais apaise les gestes. Un poète n’est dangereux que lorsqu’il n’écrit pas. »

« Quant à l’écriture, elle est ma fonction, une fonction en moi – comme la respiration. Là, je suis heureuse et sereine. A cet endroit-là du papier. »
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:17

Dans sa détresse de femme, de réfugiée et de poète, elle reste mère avant tout. Elle souffre lorsque Alia, devenue adulte, se détache d’elle pour se rapprocher de son père et de la politique. Cette dernière sera déportée au Goulag (seize ans je crois). Le père sera fusillé.

« Alia est la moitié de ma vie »


« Mour je vais l’aimer quel qu’il soit : pas pour sa beauté, pas pour son talent, pas pour sa ressemblance – parce qu’il existe. »

« La seule chose qui survit à l’amour, c’est l’enfant. »

« Il faut donner aux enfants, tout, sans aucun espoir. »

« Il faut donner aux enfants sans aucun espoir- même pas qu’ils tournent la tête. »

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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:20

Toute sa vie, Mariana doit lutter tout en se sentant totalement isolée et décalée du monde dans lequel elle vit. Elle écrit et ses vers ne sont pas publiés. Elle traîne sa mélancolie, doublée d’aspiration à l’absolu, avec courage jusqu'à son suicide par pendaison après le retour dramatique de la famille en Russie. Tout au long de ses écrits, on peut pressentir un peu la fin ...

« Elle n’existe pas la vie qui aurait supporté ma présence. »

« Il y a longtemps que je ne vis plus- parce qu’une vie pareille- ce n’est pas une vie, mais un atermoiement sans fin. Il me faut vivre du seul aujourd’hui- sans droit à un demain : sans droit à un rêve de demain ! »

« Personne ne voit- ne sait- que depuis un an déjà je cherche des yeux- un crochet, mais qu’il n’y en a pas.[…] Il y a un an que je prends des mesures -de la mort. Tout est laid et – terrible.[…] Je ne veux pas- mourir, je veux – ne pas être. »

« Dieu, en me créant, a dit : « Je t’ai créée de telle sorte que tu dois inévitablement te casser le cou. »

« Je n’aime pas la vie terrestre, je ne l’ai jamais aimée, en particulier – les gens. J’aime le ciel et les anges : là-haut, avec eux, je saurai m’y prendre. »

‘Je ne suis pas faite pour la vie en effet. En moi, tout est incendie. »

« Je suis une personne écorchée alors que vous portez tous une armure. »

« Je me consterne moi-même, je ne sais pas vivre et aimer ici. »

« Je ne sais pas vivre ici-bas. »

« Or il faut – vivre. Or pas de quoi- vivre. Toute ma vie est réduite à un avant et un après. Avant – tout mon avenir ! Mon avenir – c’est hier, vous saisissez ? Je suis sans lendemain. »

« Finir sa vie –finir sa bouchée
D’amère absinthe. »


La lettre d'adieu à son fils Mour (Alia et son père sont emprisonnés):

« Mourlyga ! Pardonne-moi mais cela aurait été de mal en pis. Je suis gravement malade, je ne suis plus moi-même. Comprends que je ne pouvais plus vivre. Dis à Papa et à Alia – si tu les vois- que je les ai aimés jusqu’à la dernière minute et explique- leur que j’étais dans l’impasse. »

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coline
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:23

Pour finir, au moins provisoirement, je citerai encore ces deux phrases:

"L'âme grandit de tout, surtout- des pertes."

"La manière dont nous subissons notre mal de vivre- voilà notre liberté."
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:28

Je ne sais si vous aurez l'envie et le temps de lire ces posts...Je l'espère un peu...et qu'ils vous donneront l'envie d'en savoir davantage sur Marina Tsvetaeva... Depuis l'époque où j'ai découvert Fernando Pessoa je n'ai pas subi un tel choc poétique...











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kenavo
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:46

coline a écrit:

Ah oui.. le problème avec les noms.. quand j'ai vu cette photo, je savais que je la connaissais.. et j'ai trouvé la "traduction" Wink
je la connais sous le nom de Marina Zwetajewa - parce que je l'ai lu en allemand.
En tout cas, merci pour ce fil..

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coline
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mar 2 Sep 2008 - 15:54

kenavo a écrit:
coline a écrit:

Ah oui.. le problème avec les noms.. quand j'ai vu cette photo, je savais que je la connaissais.. et j'ai trouvé la "traduction" Wink
je la connais sous le nom de Marina Zwetajewa - parce que je l'ai lu en allemand.
En tout cas, merci pour ce fil..

Même en français, son nom n'est pas toujours orthographié de la même manière... content
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Marie
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mer 3 Sep 2008 - 1:11

Merci Coline, et en plus je sais qu'ils l'ont reçu à la bibliothèque !

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coline
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Mer 3 Sep 2008 - 14:23

Marie a écrit:
Merci Coline, et en plus je sais qu'ils l'ont reçu à la bibliothèque !

Marie...le temps que j'ai accordé à l'alimentation de ce fil dit à quel point je juge cette découverte littéraire d'importance... Wink
Vivre dans le feu est un livre passionnant...
Pour aborder Marina Tsvetaeva, il me semble prioritaire sur les autres édités car reflet du talent et autobiographie très complète de l'auteur.
Les autres pour aller plus loin, après...
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Marie
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Sam 25 Oct 2008 - 3:48



Coline a déjà beaucoup parlé de cet ouvrage , qui regroupe une partie de la correspondance et des carnets de M.T., avec nombre de citations, il y aura bien sûr des redites…
La préface est de Tzvetan Todorov, qui a extrait de dix tonnes d’écrits intimes ceux qui lui apparaissaient les plus importants pour conter le destin tragique de cette femme .

Toute sa vie, M.T. ne cesse d’écrire des lettres, à des amis ou à des inconnus, ou dans ses cahiers. Ce qu’elle écrit, c’est sa vérité ( comme dans ses poèmes qui ressemblent souvent à des aphorismes, tant ils sont concis., un mot, un tiret, un autre mot…). A la fin de sa vie, elle écrira même à Beria pour implorer son aide, là aussi en lui faisant un résumé de la vérité . Et ses dernières lettres seront des lettres d’adieu.

Un grand écrivain parvient à trouver les mots pour accéder à la vérité des choses. Les mots pour la dire…Sur sa tombe, elle aurait voulu que l’on écrive Sténographe de l’Etre . Pas un philosophe, disait-elle, mais un poète qui sait aussi penser.
A défaut d’avoir une «  conception «  du monde, j’ai une « sensation » du monde.
Mais le monde a souvent peu à faire d’un être semblable, dont toute l’existence est une aspiration à l’absolu, qui plus est si c’est une femme et dans le contexte historique dans lequel elle évolue.

Amour fou, confiance totale, loyauté inébranlable.
Jusqu’au bout, c’est vrai, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de raison de vivre. Et là, elle demeure ce qu’elle est, une femme qui ne peut faire de compromis, elle se suicide.

Amour fou… M.T. a épousé à 18 ans un jeune homme de 17 ans, Serguei Efron, en deuil de sa mère et ses sœurs, malade, et c’est à cet homme-enfant - à peu près inapte à tout qu’elle restera fidèle jusqu’au bout, parce qu’elle s’est engagée.. Cela ne l’empêchera pas de reproduire en permanence le même schéma , fixation sur un homme- ou une femme - de préférence plus jeunes, malades, ou victimes de persécution ( le côté maternel de M.T. est très fort..) . Poètes, bien sûr. Après, une brève rencontre fait l’affaire et son imagination fait le reste- pour la plus grande surprise de l’intéressé du moment..- qu’elle bombarde de lettres, de poèmes d’amour. Fin rapide de l’enthousiasme devant le peu de répondant, et au suivant. Tout lui est égal, pourvu qu’elle aime. Qu’elle s’aime.
Toi, c’est moi plus la possibilité de m’aimer moi-même- Toi, seule possibilité de m’aimer moi- l’extériorisation de mon âme.
Besoin en permanence d’un état amoureux complètement fantasmé le plus souvent, puis des souffrances de la fin de l "amour " pour créer.
Qui pourrait parler de ses souffrances sans en être complètement enthousiasmé , c’est-à-dire heureux.

Confiance totale dans l’écriture, et pour M.T., il n’y a pas de séparation entre œuvre et existence.
Il ne s’agit pas du tout de: vivre et écrire, mais de vivre-écrire et écrire, c’est vivre.
Hélas, il y a la vie, la vie terrestre d’une femme -épouse-mère, et qui pour elle est faite de corvées. C’est évident que l’on peut se demander ce qu’aurait été le destin et l’œuvre de M. T. sans la Révolution d’octobre.. Mais là aussi, elle est d’une honnêteté intellectuelle sans compromis , il n’y a qu’une issue, l’exil, comme de nombreux Russes. , car elle estime ne plus avoir sa place dans une société où le collectif l’emporte sur l’individuel. Mais elle ne s’identifie pas davantage aux Russes blancs , ce qui fait d’elle une étrangère partout. Cette inadaptation complète a bien sûr des conséquences sur sa vie quotidienne et le thème de la misère est constamment présent.

Loyauté enfin.,envers les choix politiques de son mari et de sa fille, qui provoqueront leurs pertes à tous. Le retour en Russie et la catastrophe. L’arrestation d’Alia et de Serguei, il reste son fils, mais déjà il s’éloigne.. Et dira après le suicide de sa mère que c’était un bon choix..

Son avant-dernier quatrain:

Le temps venu pour enlever les ambres,
Le temps venu pour remplacer les mots,
Le temps venu pour décrocher la lampe
Qui pend sur le portail..


Son destin, comme l’écrit Todorov dans la préface, est contenu en germe dans sa conception même de l’absolu.
Il lui reste l’immortalité de l’œuvre. Serguei Efron est fusillé peu après la mort de sa femme, Mour meurt à 19 ans sur le front. Seule Alia, revenue après 16 ans de goulag, consacrera sa vie à l’édition de l’œuvre de sa mère.

La vie de cette femme écorchée vive, ce feu qui brûle en elle jusqu’à la consumer entièrement n’est- ce pas, en fait , ce qu’elle décrivait très tôt de façon si belle:
Tout est lié au fait que mon cœur commence à battre- et cela ne fait rien,s’il vole en éclats! Je me suis toujours brisée en éclats et mes vers sont, littéralement, des fragments argentés de mon cœur.

Merci à Coline de m’avoir incitée à cette lecture, un peu éprouvante, mais magnifique!

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kenavo
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MessageSujet: Re: Marina Tsvetaeva   Jeu 9 Avr 2009 - 22:57

Paru fin janvier, mais ce n'est pas trop tard d'en parler Wink


Oeuvres : Tome 1, Prose autobiographique
Citation :
Présentation de l'éditeur
Marina Tsvetaeva (1892-1941) est l'un des plus grands écrivains de langue russe du XXe siècle. En France, où pourtant elle a vécu quatorze ans (de 1925 à 1939), et dont elle a pratiqué remarquablement la langue, au point de s'en servir pour écrire certaines de ses œuvres, elle reste encore mal connue. Plusieurs de ses textes ont été traduits, mais le plus souvent dans des éditions isolées et confidentielles. Le moment est venu de donner au lecteur français un ensemble ordonné des écrits de Tsvetaeva, ses œuvres restituées dans leur continuité, annotées et présentées dans des traductions nouvelles. Ce tome est consacré à la prose autobiographique. Tsvetaeva se tourne vers de mode d'écriture une fois partie en émigration : elle veut faire vivre le passé et l'ailleurs, ressusciter les morts à travers leur évocation affectueuse et lyrique. Les textes, écrits et publiés par fragments, retrouvent ici leur cohérence, accomplissant ainsi le projet créateur de Tsvetaeva : produire un récit subjectif des trente premières années de son existence.

et le commentaire qui va avec:

Marina, fille du feu

Thierry Clermont
09/04/2009


Marina Tsvetaïeva, ce grand écrivain russe de l'entre-deux-guerres, amie de Pasternak, Mandelstam, Rilke, était la démesure faite femme. Le premier tome de ses œuvres complètes vient de paraître.

On la disait infréquentable, infidèle en amour comme en amitié, d'une noirceur colérique, d'humeur toujours mélancolique. Elle-même se définissait comme une «frondeuse». Elle fut sans doute tout cela, et peut-être pire. Mais elle était aussi la Tsvetaïeva, un des plus grands écrivains russes de l'entre-deux-guerres, aux côtés de Pasternak, dont elle fut l'intime, Mandelstam et Akhmatova. Comme eux, elle aura connu l'exil contraint, les désillusions et les persécutions d'un régime de fer et de sang. « Vivre ne me plaît pas » : elle l'a écrit. Quel destin ! Tout de douleurs et de combats. Née dans une famille d'intellectuels moscovites, Marina Tsvetaïeva a déjà publié deux recueils de poèmes au moment de la révolution d'Octobre. Elle a vingt-cinq ans et la reconnaissance de ses pairs. Ses héros s'appellent Napoléon (« le dernier dieu sur terre »), Chénier et Pouchkine.

Sergueï, son jeune époux, rejoint les rangs de l'Armée blanche. Commence une longue période de famine et de privation, marquée par le décès de sa seconde fille. Elle se sait condamnée à « vivre dans le feu ». Malgré l'adversité, elle fréquente les milieux du théâtre et écrit de nombreuses pièces, avant de quitter la Russie. Après trois ans en Tchécoslovaquie, elle s'installe à Paris en 1925. Elle y restera quatorze ans, entre Meudon et Vanves, « traquée dans le trou du quotidien ». La communauté russe exilée se méfie de cette femme incontrôlable, obsédée par une soif inextinguible d'absolu, et qui dénonce le stalinisme tout en louant Maïakovski, poète proche du régime. Elle frappe à la porte de la NRF, écrit à Gide et à Anna de Noailles, dont elle avait traduit en russe un roman : sans succès. Seule avec ses deux enfants, elle ne vit alors que de subsides, de traductions et de l'aide des rares amis. Mais le cœur est toujours prêt à s'embraser. Elle déclare sa flamme aussi bien à un Rilke moribond (il lui dédiera une de ses ultimes Élégies) qu'à Pasternak (« Boris, j'ai besoin de toi comme de l'abîme, de l'infini »).

Durant cette période, elle délaisse la poésie au profit de la prose, s'échinant, avec brio, à poétiser son quotidien dans une incessante quête spirituelle : « le verbe - seconde chair de l'homme ». Cet aspect essentiel de son art est au cœur du premier tome de ses œuvres complètes, qui en comptera trois. Une entreprise de haute volée, comprenant des inédits, copilotée par Véronique Lossky et Tzvetan Todorov, et qui complète la monumentale édition des Carnets publiés en 2008 aux Éditions des Syrtes.

Dans ses textes intimistes, Tsvetaïeva évoque la figure de ses parents, revient sur ses amitiés littéraires, notamment celle nouée avec le plus français des poètes russes : Max Volochine, (« un géant chevelu, moitié bœuf, moitié dieu »), ami de Diego Rivera et traducteur de Claudel. Le portrait de son père, conservateur, permet à Tsvetaïeva de décrire l'inauguration du Musée des beaux-arts de Moscou (l'actuel Musée Pouchkine) par Nicolas II. Un hommage directement écrit en français. À propos de sa mère, pianiste frustrée, qui avait voulu lui imposer Chopin et Schumann, elle se souvient de Pouchkine et de l'apprentissage des gammes ( Le Conte de ma mère, Ma mère et la musique). Sa confession la plus troublante reste l'évocation de Sonia Holliday, une comédienne qu'elle avait aimée au lendemain de la Révolution. Son credo littéraire : « Le secret, c'est de raconter les événements d'aujourd'hui comme s'ils avaient eu lieu il y a cent ans, et ce qui s'est passé il y a cent ans - comme un fait d'aujourd'hui. »

Ni blanche ni rouge

Entre-temps, son mari a viré de bord et pris parti pour les bolcheviques. Il grimpe les échelons, anime le réseau parisien du NKVD, futur KGB. Impliqué dans l'assassinat d'un opposant, il est contraint en 1937 de rejoindre Moscou. D'indésirable, Tsvetaïeva passe au statut de paria au sein de la communauté russe parisienne. Elle s'entête à n'être ni blanche ni rouge : elle restera l'insoumise.

En 1939, elle parvient finalement à rejoindre Sergueï. Sur le sol natal (la rodina, en russe), elle se brûle les ailes qu'il lui reste. « Trop a toujours été la mesure de mon monde intérieur », écrira-t-elle. Trop tard. Un jour d'été 1941, à bout de forces, Marina se pend dans un bourg de la lointaine Tatarie, où elle avait été reléguée. Son corps sera jeté dans la fosse commune, comme celui de Mandelstam, trois ans auparavant. Ses derniers mots furent : « Ne m'enterrez pas vivante ! Vérifiez soigneusement. » Quelques semaines plus tard, Sergueï est fusillé. Mour, son fils, mourra au front en 1944. Il avait vingt-cinq ans.

Selon son compatriote l'ex-dissident Joseph Brodsky, la voix de Marina « résonnait de quelque chose d'inconnu et d'effrayant pour l'oreille russe : l'inadmissibilité du monde ».


source: ici

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