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 Michel Houellebecq

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K
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MessageSujet: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 18:53


Souvent décrié comme romancier, que faut-il penser du Houellebecq poète, une facette nettement moins connue ? J'avoue qu'en ce qui me concerne, j'ai été étonné de découvrir un Houellebecq assez différent, avec un recueil intitulé La poursuite du bonheur.
Si l'on y trouve parfois des similitudes avec son style sec, son goût pour les petites phrases assassines, l'essentiel de ses poèmes délaisse néanmoins la provocation qui a fait la célébrité de ses romans pour évoquer un monde intérieur fait de mal de vivre, d'angoisse, de regrets et d'une sensation de vide omniprésente. L'auteur y dévoile des sentiments et des sensations qu'il s'était plutôt gardé d'exposer de manière aussi franche dans sa prose romanesque vitriolée.
J'ai trouvé sa poésie souvent touchante et bien en phase avec les sentiments qui agitent notre époque. Je ne crains pas de dire que, depuis "Les Fleurs du Mal" de Baudelaire - référence évidente du Houellebecq poète d'ailleurs - peu de poèmes m'ont autant interpellé. Mais c'est un avis très personnel et il n'est pas question ici pour moi de débattre sur la qualité intrensèque de sa poésie. Car il existe des poèmes ciselés comme des joyaux qui ne trouve pourtant aucun écho en nous et, à l'inverse, des poèmes peut-être moins rutilants mais qui savent se frayer plus sûrement un chemin dans notre tête.

Je noterai ici certains aspects du recueil qui ont particulièrement attiré mon attention, avec quelques extraits de poèmes :

1. La poésie de Houellebecq est dénuée de lyrisme. Il s'agit d'une poésie assez terre-à-terre, proche du quotidien que nous pouvons chacun côtoyer. En témoigne les premiers vers du premier poème à l'intitulé déjà assez éloquent (et si peu "poétique" à première vue) : "Hypermarché - Novembre"

D'abord j'ai trébuché dans un congélateur
Je me suis mis à pleurer et j'avais un peu peur
Quelqu'un a grommelé que je cassais l'ambiance ;
Pour avoir l'air normal j'ai repris mon avance.

Des banlieusards sapés et au regard brutal
Se croisaient lentement près des eaux minérales.
Une rumeur de cirque et de demi-débauche
Montait des rayonnages. Ma démarche était gauche.


2. La poésie de Houellebcq est citadine. Chez lui, pas question de s'extasier sur un arbre en fleurs, un vallon ou un soleil couchant. Rien de "lamartinien". Ce désintérêt - disons le carrément ce dégoût de la nature (de la Nature) est là aussi proche de celle d'un Baudelaire. Les quatres premiers vers de "Nature" annoncent la couleur :

Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles
Qui s'extasient devant le terrier d'un lapin
Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile ;
Elle n'a aucun message à transmettre aux humains.


3. Contrairement à ces romans, où l'auteur garde une distance face aux événements qu'il décrits, souvent avec sarcasme et froideur, on découvre dans ces poèmes un autre Houellebecq, qui ne se cache plus derrière la provocation pour évoquer son mal de vivre, ses angoisses, sa solitude, et cette impression de vide omniprésente :

Il y a quelque chose de mort au fond de moi
Une vague nécrose une absence de joie
Je transporte avec moi une parcelle d'hiver
Au milieu de Paris je vis comme au désert
(...)
Je n'en veux pas à ceux qui m'ont trouvé morbide,
J'ai toujours eu le don de casser les ambiances
Je n'ai à partager que de vagues souffrances
Des regrets, des échecs, une expérience du vide.

Rien n'interrompt jamais le rêve solitaire
Qui me tient lieu de vie et de destin probable.


ou encore :

Vivre sans point d'appui, entouré par le vide,
Comme un oiseau de proie sur une messa blanche;
Mais l'oiseau a ses ailes, sa proie et sa revanche;
Je n'ai rien de tout ça. L'horizon reste fluide.


ou encore ce simple poème de quatre vers, beau et à la lucidité douloureuse :

Le matin était clair et absolument beau ;
Tu voulais préserver ton indépendance.
Je t'attendais en regardant les oiseaux :
Quoi que je fasse, il y aurait la souffrance.


Mais il sait aussi évoquer un bonheur passé où tout semblait encore possible :

J'ai connu de ces nuits qui me rendaient au monde,
Où je me réveillais plein d'une vie nouvelle
Mes artères battaient, je sentais les secondes
S'égréner puissamment, si douces et si réelles.


mais très vite, la réalité du présent reprend ses droits :

C'est fini. Maintenant, je préfère le soir.
Je sens chaque matin monter la lassitude,
J'entre dans la région des grandes solitudes,
Je ne désires plus qu'une paix sans victoire.


4. Quant il évoque sa famille (et surtout son père), c'est avec une grande violence :

Mon père était un con solitaire et barbare ;
Ivre de déception, seul devant sa télé,
Il ruminait des plans fragiles et très bizarres,
Sa grande joie étant de les voir capoter.

Il m'a toujours traité comme un rat qu'on pourchasse ;
La simple idée d'un fils, je crois, le révulsait.
Il ne supportait pas qu'un jour je le dépasse,
Juste en restant vivant alors qu'il crèverait.


5.Mais au-delà d'un constat qui se voudrait narcissique, où le poète est tout occupé à sa propre souffrance, Houellebecq n'en oublie pas pour autant celle des autres qui l'entourent :

Tant de coeurs ont battus, déjà, sur cette terre
Et les petits objets blottis dans leurs armoires
Racontent la sinistre et lamentable histoire
De ceux qui n'ont pas eu d'amour sur cette terre.

La petite vaisselle des vieux célibataires,
Les couverts ébréchés de la veuve de guerre
Mon dieu ! Et les mouchoirs des vieilles demoiselles
L'intérieur des armoires, que la vie est cruelle !


6. Sur l'amour, il hésite souvent entre la constation de sa cruauté fondamentale... :

Il n'y a pas de destin ni de fidélité,
Mais des corps qui s'attirent.
Sans nul attachement et surtout sans pitié,
On joue et on déchire.


...et l'espoir malgré tout d'une possible exception :

S'il y a quelqu'un qui m'aime, sur Terre ou dans les astres,
Il devrait maintenant me faire un petit signe
Je sens s'accumuler les prémisses d'un désastre,
Le rasoir dans mon bras trace un trait rectiligne.


Pour terminer, voici deux poèmes reproduits dans leur intégralité, histoire de se faire une meilleure idée. Le premier est, pourrait-on dire, typique du ton propre à l'ensemble du recueil. Le second, d'une écriture moins sèche et plus surprenante chez lui, est idéal pour conclure.

(Sans titre)

J'ai peur de tous ces gens raisonnables et soumis
Qui voudraient me priver de mes amphétamines.
Pourquoi vouloir m'ôter mes dernières amies ?
Mon corps est fatigué et ma vie presque en ruine.

Souvent les médecins, ces pustules noircies,
Fatiguent mon cerveau de sentences uniformes ;
Je vis ou je survis très en dehors des normes ;
Je m'en fous. Et mon but n'est pas dans cette vie.

Quelquefois le matin je sursaute et je crie,
C'est rapide c'est très bref mais là j'ai vraiment mal ;
Je m'en fous et j'emmerde la protection sociale.

Le soir je relis Kant, je suis seul dans mon lit.
Je pense à ma journée, c'est très chirurgical ;
Je m'en fous. Je reviens vers le point initial.


DERNIERS TEMPS

Il y aura des journées et des temps difficiles
Et des nuits de souffrance qui semblent insurmontables
Où l'on pleure bêtement les deux bras sur la table
Où la vie suspendue ne tient plus qu'à un fil ;
Mon amour je te sens qui marche dans la ville.

Il y aura des lettres écrites et déchirées
Des occasions perdues des amis fatigués
Des voyages inutiles des déplacements vides
Des heures sans bouger sous un soleil torride,
Il y aura la peur qui me suit sans parler

Qui s'approche de moi, qui me regarde en face
Et son sourire est beau, son pas lent et tenace
Elle a le souvenir dans ses yeux de cristal,
Elle a mon avenir dans ses mains de métal
Elle descend sur le monde comme un halo de glace.

Il y aura la mort tu le sais mon amour
Il y aura le malheur et les tout derniers jours
On n'oublie jamais rien, les mots et les visages
Flottent joyeusement jusqu'au dernier rivage
Il y aura le regret, puis un sommeil très lourd.
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coline
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 19:53

La poésie de Houellebecq?...
C'est aussi ça...


Cela fait des années que je hais cette viande
Qui recouvre mes os. La couche est adipeuse,
Sensible à la douleur, légèrement spongieuse;
Un peu plus bas il y a un organe qui bande.

Je te hais, Jésus-Christ, qui m'a donné un corps.
Les amitiés s'effacent, tout s'enfuit, tout va vite,
Lesannées glissent et passent et rien ne ressucite,
Je n'ai pas envie de vivre et j'ai peur de la mort.
(M.H)

(jemetate Jésus Christ n'a donné de corps à personne à ce que je sache!)



Je m'adresse à tous ceux qu'on n'a jamais aimés,
Qui n'ont jamais su plaire;
Je m'adresse aux absents du sexe libéré,
Du plaisir ordinaire.
Ne craignez rien, amis, votre perte est minime
Nulle part l'amour n'existe.
C'est juste un jeu cruel dont vous êtes les victimes;
Un jeu de spécialistes.
M.H


Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles
Qui s'extasient devant le terrier d'un lapin
Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile;
Elle n'a aucun message à transmettre aux humains.


M.H


Dernière édition par le Lun 11 Fév 2008 - 23:05, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 19:54

content Et puis...il faut que je sois juste...ça aussi !


Ma vie, ma vie, ma très ancienne
Mon premier voeu mal refermé
Mon premier amour infirmé,
il a fallu que tu reviennes.

Il a fallu que je connaisse
Ce que la vie a de meilleur,
Quand deux corps jouent de leur bonheur
Et sans fin s'unissent et renaissent.

Entré en dépendance entière,
Je sais le tremblement de l'être
l'hésitation à disparaître,
Le soleil qui frappe en lisière

Et l'amour où tout est facile,
Où tout est donné dans l'instant;
Il existe au milieu du temps
La possibilité d'une île.
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 20:52

coline a écrit:
La poésie de Houellebecq?...
C'est aussi ça...

Je n'ai pas bien compris ce que tu voulais dire par "c'est aussi ça", Coline. jemetate
Est-ce pour dire que tu désapprouves personnellement les poèmes que tu cites dans ton premier post (haine du corps, de la nature, amour réservé à une élite) ? Ou bien juste l'envie de noter à ton tour quelques exemples de poèmes, sans a priori particulier ?
C'est assez ambigu scratch

Pour ce qui est du vers "Je te hais, Jésus-Christ, qui m'a donné un corps"... je suppose qu'à travers Jésus (et donc Dieu), il parle encore une fois de la Nature (avec un N majuscule comme une allégorie). Jésus ne serait qu'une autre manière de la nommer... peut-être.
Mais c'est vrai que la mention de Dieu dans certains de ses poèmes est assez curieuse pour quelqu'un d'aussi matérialiste en apparence. Mais on peut toujours y voir une manière très baudelairienne de se choisir un interlocuteur pour exprimer sa révolte (Dieu, en l'occurence, qui d'autre ?)

Un petit détail (tu vas me trouver bien "chipoteur" mais bon... sourire ), il y a une petite erreur dans ta transcription d'un vers. Il fallait écrire :

Ne craignez rien, amis, votre perte est minime (pour rimer avec "victimes")
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 22:53

K a écrit:
Je n'ai pas bien compris ce que tu voulais dire par "c'est aussi ça", Coline. jemetate
Est-ce pour dire que tu désapprouves personnellement les poèmes que tu cites dans ton premier post (haine du corps, de la nature, amour réservé à une élite) ? Ou bien juste l'envie de noter à ton tour quelques exemples de poèmes, sans a priori particulier ?
C'est assez ambigu scratch


J'ai juste posté deux types de poèmes de Michel Houellebecq que je trouve très différents ...
La première série me dérange...Je ne les trouve poétiques ni dans les idées ni dans le lexique choisi ....(Après MH peut bien dire ce qu'il veut...jypeurien )
Mais je ne voulais pas rester sur une vision trop partiale (il est vrai que le nihilisme de Houellebecq me hérisse). Donc j'ai posté à part un autre poème qui me semble très différent (proche de ceux que tu as postés d'ailleurs)...Il correspond davantage à l'idée que j'ai d'un texte poétique.
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 23:01

K a écrit:
Pour ce qui est du vers "Je te hais, Jésus-Christ, qui m'a donné un corps"... je suppose qu'à travers Jésus (et donc Dieu), il parle encore une fois de la Nature (avec un N majuscule comme une allégorie). Jésus ne serait qu'une autre manière de la nommer... peut-être.
Mais c'est vrai que la mention de Dieu dans certains de ses poèmes est assez curieuse pour quelqu'un d'aussi matérialiste en apparence. Mais on peut toujours y voir une manière très baudelairienne de se choisir un interlocuteur pour exprimer sa révolte (Dieu, en l'occurence, qui d'autre ?)


Jésus..C'est Jésus...
Jésus s'est incarné et n'a pas donné un corps à Houellebecq!...
Jésus n'est pas Dieu...jypeurien
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Lun 11 Fév 2008 - 23:02

K a écrit:
Un petit détail (tu vas me trouver bien "chipoteur" mais bon... sourire ), il y a une petite erreur dans ta transcription d'un vers. Il fallait écrire :

Ne craignez rien, amis, votre perte est minime (pour rimer avec "victimes")

J'ai rectifié.Wink
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Mar 12 Fév 2008 - 18:59

Citation :
J'ai juste posté deux types de poèmes de Michel Houellebecq que je trouve très différents ...
La première série me dérange...Je ne les trouve poétiques ni dans les idées ni dans le lexique choisi ....(Après MH peut bien dire ce qu'il veut...jypeurien )
C'est bien ce que j'avais compris mais je préférais poser la question pour en avoir confirmation.
Mais c'est là où je ne suis pas d'accord, et c'est d'ailleurs en partie pour cette raison que j'ai proposé ce fil sur le Houellebcq poète.
Je ne pense pas qu'un poème doit forcément utiliser de "jolis mots" ou des idées qui seraient, selon toi, "poétiques". Je l'ai d'ailleurs dit en début de post : la poésie de Houellebecq n'est pas lyrique, et c'est justement cet aspect-là de sa poésie que je voulais mettre en avant (je ne trouve d'ailleurs pas que les extraits que j'ai cité sont proches du poème de ton second post mais plutôt l'inverse. Les termes utilisés sont tout de même assez cru, sauf pour le dernier "Derniers instants".)

Ce problème d'ailleurs dépasse le cadre de l'exemple Houellebecq et mériterait un fil plus général à lui seul. La poésie doit-elle forcément utiliser un lexique "poétique" (tel que ceux de ton second exemple de poème : premier amour, bonheur, soleil, lisière,...) ? Des "idées poétiques" ? (c'est à dire ? L'amour perdu ? le coeur qui soupire ? le soleil couchant - ou levant - ? la maison natale ? les forêts-cathédrales ? etc...etc...)
Tout cela est bien beau - j'en ai lu aussi - mais la poésie contemporaine doit pouvoir emprunter d'autres chemins, moins bucoliques certes, mais tout aussi légitimes, que ce soit dans le choix de ses sujets ou dans celui des mots. Et Houllebecq fait partie de cette mouvance-là.
Léo Ferré a bien écrit un poème sur... un crachat ! Je pourrais aussi citer Gainsbourg ou Brassens. Pourquoi Houellebecq ne se servirait-il pas de termes anatomiques pour décrire sa douleur, de supermarché plutôt que de petit jardin ?

Mais bon, évidemment, c'est encore une fois une question de goût - ou de dégoût - et il n'est pas dans mes intentions d'imposer une vision unique de la poésie, d'autant que j'en ai lu et apprécié de bien différentes.
Quant au nihilisme de Houellebecq, ben... là aussi, cela dépend du caractère et du vécu du lecteur. Et c'est vrai que je suis plutôt pessimiste en général, voir parfois nihiliste, donc sa poésie me convient plutôt bien. sourire

Voilà, cela m'a au moins donné l'occasion d'exposer mon point de vue, en annexe de mon premier post. Wink
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Mer 13 Fév 2008 - 0:39

K a écrit:
Je ne pense pas qu'un poème doit forcément utiliser de "jolis mots" ou des idées qui seraient, selon toi, "poétiques".

La poésie doit-elle forcément utiliser un lexique "poétique" (tel que ceux de ton second exemple de poème : premier amour, bonheur, soleil, lisière,...) ? Des "idées poétiques" ? (c'est à dire ? L'amour perdu ? le coeur qui soupire ? le soleil couchant - ou levant - ? la maison natale ? les forêts-cathédrales ? etc...etc...)
Tout cela est bien beau - j'en ai lu aussi - mais la poésie contemporaine doit pouvoir emprunter d'autres chemins, moins bucoliques certes, mais tout aussi légitimes, que ce soit dans le choix de ses sujets ou dans celui des mots.

Ouhlala...K...mais tu prêches une convaincue là!...
L'Art est bien ailleurs que dans le "joli"...
Et si tu vas voir ce que je défends en poésie ou au théâtre (quelques fils en parlent) tu verras que je suis très loin de ce que tu as compris...
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Mer 13 Fév 2008 - 1:22

Je trouve qu’il ressemble plus à un vendeur jouant au nihiliste qu’à un nihiliste… il nous affirme qu’il est bien agréable de couler, ce qu’il ne fait pas lui, bien sûr… Rolling Eyes

Ces poèmes sont complètement égocentriques, complaisants envers lui-même et dur envers les autres, qui ne le comprennent pas et ne l’aiment pas, lui le pauvre malheureux. Rolling Eyes
Techniquement, ils sont bancals, sans rythme et les images sont pauvres...et la forme, plus que la joliesse, a son importance.

Bref, je n’aime ni sa poésie, ni ses romans, ni lui et il devrait méditer cette maxime du Maître bouddhiste et philosophe japonais Dôgen:
« Se connaître soi-même, c'est s'oublier. S'oublier soi-même, c'est s'ouvrir à toutes choses »… Wink

Bon d’accord, j’ai peut être la critique lourde mais je trouve qu’il est caractéristique d’une certaine littérature française qui veut alors l’air …mais qui pour moi n’a l’air de rien du tout. jypeurien
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Mer 13 Fév 2008 - 13:35

Avançons sur des oeufs Sousmarin...Tu te souviensque Houellebecq ne nous réussit pas bien...Razz

Mais pour en revenir à toi K...ne te sens pas jugé à travers notre dépréciation de Houellebecq...Tu as vraiment bien fait d'ouvrir ce fil et j'espère que beaucoup s'y exprimeront (sans se fâcher, se vexer, s'insulter...je me méfie avec Houeellebecq....content )...Donc ...zen

Tu l'auras compris, ce n'est pas la question du "joli" qui est en cause en ce qui me concerne...Les petis oiseaux, les petites fleurs , les papillons et l'amour ne suffisent pas pour la poésie...C'est évident!...En tout cas, ça l'est pour moi...
En fait, pour tout dire, j'ai une réaction épidermique à Houellebecq (l'homme et le peu que je connais de ses écrits) à cause de ce nihilisme dont parle Sousmarin et dont l'auteur fait son fond de commerce.
("Le monde pue. Odeurs de cadavres et de poissons mêlés. Sensation d'échec, hideuse dégénérescence. Le monde pue. Il n'y a pas de fantômes sous la lune tumescente; il n'y a que des cadavres gonflés ballonés et noirs, sur le point d'éclater dans un vomissement pestilentiel. Ne parlons pas du toucher. Toucher les êtres, les entités vivantes, est une expérience impie et répugnante. Leur peau boursouflée de hideux bourgeonnements suppure des humeurs putréfiées. Leurs tentacules suceurs, leurs organes de préhension et de mastication constituent une menace constante. Les êtres, et leur hideuse vigueur corporelle. Un bouillement amorphe et nauséabond, une puante Némésis de chimères demi-avortées; un blasphème. Nos sens convergent pour confirmer que l'univers est une chose franchement dégoûtante."
(Michel Houellebecq)

... honte ...
Pour moi, trop, c'est trop...Je peux avoir mon avis personnel K...comme tu peux avoir le tien...
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Mer 13 Fév 2008 - 19:01

Je ne me sens pas du tout vexé, je te rassure, Coline. Very Happy Il faudrait être bien chatouilleux... (et si il m'arrive de l'être, c'est surtout à la plante des pieds).

Le problème, c'est qu'il n'est jamais facile d'exprimer une opinion avec un maximum de nuances par ordinateur ou de rectifier certains points avec la même rapidité que le dialogue de visu. C'est la limite propre au Net. C'est pourquoi je voudrais tout de même préciser que je ne suis pas un fan de Houellebecq, loin de là, ni en tant qu'écrivain et surtout pas en tant qu'homme (son côté "grand morveux égocentrique et poseur" peut aussi m'agacer).
En réalité, mon sentiment envers Houellebecq a toujours été ambivalent. D'un côté, j'ai lu avec un vrai intérêt "Extension du domaine de la lutte" et "Les particules élémentaires" (et "La poursuite du bonheur" donc) mais je me suis arrêté là car, par la suite, l'auteur n'a fait que se répéter. D'un aute côté, j'apprécie peu son attitude systématiquement négative, son opportunisme, ses facilités, sa manière de se comporter en interview (peu d'arguments solides à donner, des propos entrecoupés de "pfft" qui donnent l'impression d'un pneu qui est en train de se dégonfler). Houellebecq a effectivement un côté "sale gamin", l'attitude infantile d'un homme de trente ans qui semble ne pas s'être remis des problèmes de son adolescence.
La littérature selon Houellebecq est ce que l'on pourrait appeler une littérature du ressentiment. Et je ne parle même pas de ses relations douteuses avec le gourou Raël. Bref, tout cela me dépaît autant que beaucoup de gens, encore que je mentionne ici l'homme et non sa prose. Mais de toute manière, l'une ne va pas sans l'autre. Le style fait l'homme, comme on dit, ou l'inverse.
Je ne retourne pas ma veste en écrivant ses lignes, je nuance (ce que je ne pouvais faire dans mon premier post).

Alors pourquoi est-ce que je continue malgré tout à apprécier certains de ses textes ? Si je veux être honnête, je dirais sans doute : parce que les écrits de Houellebecq se font l'écho de ma propre part "houellebecquienne", ma moitié "sale gamin nihiliste et sarcastique" (mais une moitié, seulement, contrairement à lui peut-être). Je pourrais dire la même chose de mon rapport avec Céline (même si, évidemment, celui-ci est bien meilleur écrivain mais là n'est pas la question).
Je ne vais pas m'étendre sur cet aspect personnel qui n'a pas sa place ici mais bon, on connaît l'adage : "dis-moi ce que tu lis et je te dirais qui tu es", ce qui fait que chaque opinion que tu avons sur un écrivain, une oeuvre, reflète forcément une part de nous (mais une part seulement). Et puis, toujours en vertu du principe de nuance, il est arrivé aussi à Houellebecq d'affirmer quelques vérités bien senties sur notre époque.
Je crois d'ailleurs que c'est ce qui explique le succès de Houellebecq, malgré tous ses défauts. On nous a assez répété que nous étions des "adulescents" - du moins une majorité des trentenaires - et la prose ou les thèmes de quelqu'un comme Houellebecq le sont assurément. Cinquante ans plus tôt, un auteur comme lui n'aurait sans doute jamais été publié. Mais de toute façon, cinquante ans plus tôt, Houellebecq n'aurait sans doute pas écrits les mêmes livres. Il a eu assez de chance pour arriver à une époque où ses écrits "nihilistes" ne pouvaient que trouver une résonnance chez une génération également bien souvent "nihiliste" elle aussi (je met le mot entre guillemmets car il ne reflète qu'une partie de la vérité et on l'utilise souvent pas convention, facilité. Etre totalement nihiliste, cela voudrait dire ne croire en rien, ne s'intéresser à rien, n'admettre que le néant, ce qui n'est évidemment ni mon cas, ni celui des autres trentenaires. Ce serait d'ailleurs une position intenable et paradoxale avec le simple fait de rester en vie). Mais bon, je vais arrêter là car je risque de devenir assommant.

En ce qui concerne l'extrait que tu donnes, Coline (le monde pue, etc...etc...), je ne le connaissais pas mais ce qui me frappe, c'est que cela ressemble beaucoup à du Lovecraft (dans le vocabulaire en tout cas). Rien d'étonnant, d'ailleurs, puisque Houellebecq a commencé sa carrière en écrivant un essai sur l'auteur américain, un texte qui renvoie à ses propres écrits ultérieurs. Le titre était assez éloquent : "H.P. Lovecraft. Contre le monde. Contre la vie".
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Mer 13 Fév 2008 - 19:23

En tout cas bravo pour ton côté nuancé. Ce post explique clairement et avec une grande sincérité pourquoi tu apprécies certains côtés de cet auteur. bonjour
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Jeu 14 Fév 2008 - 0:46

K a écrit:
Je ne me sens pas du tout vexé, je te rassure, Coline. Very Happy Il faudrait être bien chatouilleux... (et si il m'arrive de l'être, c'est surtout à la plante des pieds).

Le problème, c'est qu'il n'est jamais facile d'exprimer une opinion avec un maximum de nuances par ordinateur ou de rectifier certains points avec la même rapidité que le dialogue de visu. C'est la limite propre au Net.

La littérature selon Houellebecq est ce que l'on pourrait appeler une littérature du ressentiment.

Je ne retourne pas ma veste en écrivant ses lignes, je nuance (ce que je ne pouvais faire dans mon premier post).

Alors pourquoi est-ce que je continue malgré tout à apprécier certains de ses textes ? Si je veux être honnête, je dirais sans doute : parce que les écrits de Houellebecq se font l'écho de ma propre part "houellebecquienne", ma moitié "sale gamin nihiliste et sarcastique" (mais une moitié, seulement, contrairement à lui peut-être).

Etre totalement nihiliste, cela voudrait dire ne croire en rien, ne s'intéresser à rien, n'admettre que le néant, ce qui n'est évidemment ni mon cas, ni celui des autres trentenaires. Ce serait d'ailleurs une position intenable et paradoxale avec le simple fait de rester en vie). Mais bon, je vais arrêter là car je risque de devenir assommant.

En ce qui concerne l'extrait que tu donnes, Coline (le monde pue, etc...etc...), je ne le connaissais pas mais ce qui me frappe, c'est que cela ressemble beaucoup à du Lovecraft (dans le vocabulaire en tout cas). Rien d'étonnant, d'ailleurs, puisque Houellebecq a commencé sa carrière en écrivant un essai sur l'auteur américain, un texte qui renvoie à ses propres écrits ultérieurs. Le titre était assez éloquent : "H.P. Lovecraft. Contre le monde. Contre la vie".

L'association Houellebecq-Lovecraft a souvent été faite en effet...

K...Je dois dire que j'apprécie beaucoup ton humour déjà...au début de ce post.
Puis la tempérence et l'objectivité de ton point de vue et de ton propos sur Houellebecq.
Je pense que tu as compris mes réticences...Je vais te confier qu'en décembre une de mes amies comédiennes (avec laquelle je partage beaucoup de choses) lisait un texte de Houellebecq en public...Je lui disais: "Je n'irai pas t'écouter"...Mais elle et moi savions que je viendrai...J'ai failli être... séduite par les mots de Houellebecq...Elle y était aussi peut-être pour beaucoup...content (des textes pris dans Rester vivant et La poursuite du bonheur.
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MessageSujet: Re: Michel Houellebecq   Ven 15 Fév 2008 - 1:03

Merci à vous deux, Coline et Sousmarin, pour vos commentaires - vos compliments, oserais-je dire : nuance, clarté, sincérité, humour, tempérance et objectivité ? Bigre, quel beau profil vous me faites ! Vraiment, c'est trop ! J'aimerais vraiment croire qu'il s'agisse là de ma seconde moitié et si tout cela est vrai, je ne devrais pas avoir trop de mal à compenser mon autre moitié "sale gamin nihiliste et sarcastique" sourire
Qui eut cru qu'un fil consacré à Houellebecq pouvait prendre cette tournure aimable ! Wink
Mais assez parlé de moi. Honneur à la nuance, donc, et je laisse la parole à Verlaine, qui devrait, lui, mettre tout le monde d'accord :

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
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