Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
Accueil*Portail*RechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 Rutebeuf, Trouvère Poète.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
colimasson
Abeille bibliophile


Messages : 16258
Inscription le : 28/06/2010
Age : 25
Localisation : Thonon

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Mer 3 Déc 2014 - 20:58

C'est grâce à Le Goff que tu t'es penché sur Rutebeuf ?

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://colimasson.over-blog.com/#
tina
Sage de la littérature


Messages : 2058
Inscription le : 12/11/2011
Localisation : Au milieu du volcan

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Jeu 4 Déc 2014 - 12:35

Non, il l'évoque à peine et je comprends pourquoi.
Rutebeuf n'admire pas cette société de Mendiants, qu'il accuse d'hypocrisie et de cupidité, face à un roi dupe et à la botte des papes (ils défilent en ce temps l).

Il doit le citer 2 à 3 fois sur 600 pages.

C'est que je voulais vivre l'époque "de l'intérieur" et en même temps savoir s'il y avait autant de crédulité populaire.

Rutebeuf est clerc, donc bien placé pour voir le dessous des cartes.

Il explique qu'on est loin des Ecritures et prône une noblesse de coeur qui n'a pas dû effleurer grand monde à ce moment là.

Il faut lire le poème où il se fiche des Béguines. C'est à mourir de rire.

Quant à St Louis, entouré par toutes ces "sectes", il apparaît comme un faible.

Le Goff en fait plutôt un vrai monarque, conscient de sa tâche.

La vérité est entre les deux. C'était sans doute un homme torturé par sa conscience mais qui a dû se faire rouler ici ou là par quelques malins bigots, et en même temps un vrai politique, usant de l'expérience de sa redoutable mère. Qui malgré sa dévotion, avait bien les pieds sur terre.

Bref, entre ciel et terre, je me promène...

...comme le poète !!


sourire
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
colimasson
Abeille bibliophile


Messages : 16258
Inscription le : 28/06/2010
Age : 25
Localisation : Thonon

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Lun 8 Déc 2014 - 20:42

D'accord... cette incertitude autour de ce qui fait partie du mythe et de la réalité dans les personnages médiévaux est excitante et intrigante content

N'hésite pas à transcrire les passages que tu aimes. Je serais curieuse de les lire.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://colimasson.over-blog.com/#
colimasson
Abeille bibliophile


Messages : 16258
Inscription le : 28/06/2010
Age : 25
Localisation : Thonon

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Mer 26 Aoû 2015 - 21:13

Poèmes de l’infortune




Rutebeuf vivait au 13e siècle. C’est loin, oui, mais finalement, on verra que rien ne change vraiment avec les siècles. A cette époque, la société française connaît une mutation lente mais décisive qui se traduit dans les faits par la multiplication des nouveaux ordres religieux et l’identification du nouvel ennemi de l’Eglise : le philosophe. Dans le domaine culturel, la littérature de chevalerie et de croisade est peu à peu délaissée pour la littérature courtoise, qui remue les tripes de l’ami Rutebeuf jusqu’au dégoût.


Pauvre petit Rutebeuf : il déplore l’effondrement des valeurs positives de la société féodale et en bon conservateur, il défend le statut quo universitaire contre les moines mendiants, harangue les foules pour partir à nouveau en croisade, se complait dans les genres de l’hagiographie et du fabliau et et se lamente sur le pourrissement de l’ordre de la chevalerie. Du blanc on vire au noir et entre les deux, Rutebeuf décrit la grisaille intermédiaire de son quotidien :


« Dans le monde d’autrefois, on vivait selon la foi chrétienne ; aujourd’hui, le mal a terrassé et vaincu le bien, au point que l’échelle des valeurs est renversée […]. »


Comme d’autres avant lui et comme d’autres après lui, Rutebeuf rêve d’un monde immuable où les choses acquises une fois le sont pour toujours. Rutebeuf est un pauvre petit gars qui n’accepte pas de voir que le monde change autour de lui. En brave pessimiste, il assimile le changement à la ruine, et déplore la voie pervertie sur laquelle s’engage son siècle, hurlant bien sûr que c’était terriblement mieux avant. Ainsi et bien malgré lui, en pleurant sur les ruines d’un ancien monde adoré, exposant son corps torturé à la vue des idoles du nouveau siècle, tristement mortel et répandant les derniers lambeaux épargnés de sa peau, Rutebeuf annonce le tournant matérialiste de l’avenir. Tel est pris qui croyait prendre.



Khnopff


LE GUIGNON D'HIVER

« C’est peu d’esprit et peu de mémoire
Que m’a donnés Dieu, le roi de la gloire,
Peu de bien aussi,
Et froid au cul quand souffle la bise :
Le vent me vente au visage, le vent m’évente,
Et c’est trop souvent
Que je sens les rafales du vent. »



LE MARIAGE DE RUTEBEUF

« Pour combler de joie
Les gens qui me haïssent à mort,
J’ai épousé une femme
Que je suis seul capable d’aimer et d’apprécier,
Et qui était pauvre et misérable
Quand je l’ai épousée.
Quel beau mariage,
Car je suis maintenant aussi pauvre et misérable
Qu’elle !
Elle n’est même pas avenante ni belle,
Elle a cinquante ans dans sa corbeille,
Elle est maigre et sèche :
Je n’ai pas peur qu’elle me trompe. »


LA CHANSON DE POUILLE

« Jeunes gens, à quoi pensez-vous ? De quoi pourrez-vous vous vanter lorsque vous serez vieux ? Que pourrez-vous reprocher à Dieu, puisqu’il vous a donné le courage, la force, la vie et la santé ? C’est vous qui lui avez refusé votre cœur, la seule chose qu’il réclame. »


LE PHARISIEN

« Vous le voyez, c’est le signe
Que s’approche la venue
De l’Antéchrist :
Ils ne croient plus à la loi écrite
Dans l’évangile de Jésus-Christ
Ni à ses paroles ;
A la place du vrai, ils disent des fariboles
Et des mensonges vains et frivoles […]. »

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://colimasson.over-blog.com/#
Sullien
Sage de la littérature


Messages : 1591
Inscription le : 23/10/2012

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Mer 26 Aoû 2015 - 23:06

Merci de ce commentaire !

Je sens une certaine amertume dans ton commentaire. Suis-je dans le vrai ?
Et pourquoi ce "tel est pris qui croyait prendre" ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sigismond
Agilité postale


Messages : 875
Inscription le : 25/03/2013

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Jeu 27 Aoû 2015 - 22:46

feuilllle a écrit:
[center] LA GRIESCHE D'YVER

(...)

Li vent me vient, li vent m'esvente,
Et trop sovent
Plusors foïes sent le vent.


Magnifiques allitérations s/v, de plus les "ie" de "vient" et de "foïes" correspondent.
Métrique audacieuse, dans laquelle s'enchâssent des voyelles tantôt ouvertes ou fermées, l'ensemble est sûrement propice à une diction chantée.
Dire (faire ?) autant en si peu de mots, c'est juste incroyable.

L'action des siècles ne donne rien de révolu, mais tout à l'opposé du cachet, lorsque telle est la maîtrise.

Alors que les extraits "poésie traduite" cités par Coli me laissent froid, quasi nauséeux.
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
colimasson
Abeille bibliophile


Messages : 16258
Inscription le : 28/06/2010
Age : 25
Localisation : Thonon

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Lun 31 Aoû 2015 - 21:25

Sullien a écrit:

Je sens une certaine amertume dans ton commentaire. Suis-je dans le vrai ?
Et pourquoi ce "tel est pris qui croyait prendre" ?

Non, pas d'amertume... mais je me suis globalement ennuyée à la lecture. Comme le dit Sigismond, il faudrait peut-être s'amuser à chanter ? Et la traduction en français moderne n'aide certainement pas à apprécier le texte d'origine à sa juste valeur.

D'ailleurs, et si on s'amusait un peu à chanter la Pauvreté de Rutebeuf ?


« Granz rois, c'il avient qu'a vos faille,
A touz ai ge failli sans faille.
Vivres me faut et est failliz;
Nuns ne me tent, nuns ne me baille.
Je touz de froit, de fain baaille,
Dont je suis mors et maubailliz.
Je suis sanz coutes et sanz liz,
N'a si povre juqu'a Sanliz.
Sire, si ne sai quel part aille.
Mes costeiz connoit le pailliz,
Et liz de paille n'est pas liz,
Et en mon lit n'a fors la paille. »



Le dit des cordeliers est assez fort aussi :


« [E]n la corde s’encordent cordee a trois cordons;
A l’acorde s’acordent dont nos descordé [s]ons;
La descordance acordent des max que recordons
En lor lit se de[t]ordent por ce que nos tortons. »

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://colimasson.over-blog.com/#
eXPie
Abeille bibliophile


Messages : 15620
Inscription le : 22/11/2007
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   Lun 31 Aoû 2015 - 22:49

En tout cas, d'autres bien connus ont chanté Rutebeuf :
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.plathey.net
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Rutebeuf, Trouvère Poète.   

Revenir en haut Aller en bas
 
Rutebeuf, Trouvère Poète.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» COMPLAINTE de Rutebeuf
» Un grand poète est mort aujourd'hui: Roger Tabra.
» Henri d'andeli
» Serge Gainsbourg
» Abdelkader Khaldi (1896-1964), ce grand poète de l'Oranie ,

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Poésie (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: