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 Pierre Bergounioux

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lekhan
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MessageSujet: Pierre Bergounioux   Sam 16 Fév 2008 - 18:29



Une petite biographie par nos amis d'Evene:

Citation :
Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé et docteur en lettres, Pierre Bergounioux enseigne le Français en région parisienne pour 'décrasser les cerveaux' des élèves. Engagé politiquement, il adhère au Parti Communiste en 1970. Son premier roman 'Catherine', rédigé en douze jours seulement, est publié en janvier 1984. Il quitte le PC en 1985. L'écrivain remporte le premier prix François Mauriac en 1986 pour 'Ce pas et le suivant'. Pierre Bergounioux a à son actif une trentaine d'ouvrages.

Comment introduire sur l'œuvre de Bergounioux? J'avoue être assez embêté.
Il y a un ouvrage qui m'a assez marqué, et c'est le cas de le dire puisque que l'ouvrage s'appel l’Empreinte . Œuvre hors temps, de territoire. L'exploration vers l'au-delà de l'immédiateté si j'ose dire. Le texte commence par:
Citation :
Je suis de Brive. Si j'ai mis longtemps à concevoir qu'on puisse naître ailleurs, vivre autrement, ce fut par la force des choses. Une officieuse main y avait travaillé dès l'âge permo-carbonifère, quand nous étions encore dans les limbes, à attendre. Elle avait disposé, en rond, des collines égales ou alors taluté le pied de la montagne limousine, au bord de l'Aquitaine, puis enfoncé le pouce à leur jointure. Peu importe


Le cadre est posé, le sujet aussi. Il se résume vite, la traversé, le mouvement vers un nouvel espace, la ville voisine, via un trajet en voiture. Un trajet Madeleine, un trajet métaphysique.

Je ne vais pas m'étendre l'homme est discret, édité chez Verdier et Fata Morgana. On croise souvent sa plume sur de très bon site comme remue.net . Je crois qu'il participe également au projet tiers livres dont je dirais peut être un mot.

Pour ma part je trouve que c'est un auteur bien intéressant, ses Carnets de Notes édités chez Verdier sont d'ailleurs assez foisonnant, assez réjouissant. Un de nos (je n'ose pas dire grand, Gracq est encore trop présent dans ma mémoire je pense) bons écrivains encore Vivant.
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lekhan
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Mar 4 Mar 2008 - 11:39

Citation :
La mouche est une pêche entrante, d’eau vive. Quand on a décelé le cercle fugitif qu’un poisson en chasse trace au loin, dans les courants, il faut s’immerger, approcher à bonne portée et lui présenter le simulacre d’insecte en plume de coq de façon qu’il ne puisse douter qu’il a affaire à la réalité. C’est ainsi que je me suis retrouvé, à la fin de la première année, au milieu de la Dordogne, en aval du pont de M. Je concentrais toute mon attention sur l’emplacement limité où il semblait se passer quelque chose tout en avançant vers le milieu de la rivière. Elle peut accuser, à cette hauteur, une centaine de mètres de large et court sur un lit de galets. J’aurais dû me méfier. Mais on n’a que deux yeux et c’est à terre que nous avons nos fondations, notre ancrage. La première des cuissardes s’est remplie d’un seul coup. J’ai noyé la seconde en voulant me dégager et je me suis retrouvé avec l’équivalent, à chaque pied, des boulets qu’on passait, au bagne, aux condamnés. Ce fut la première chose. La seconde – il est d’étranges lenteurs au cœur des pires urgences –, ç’a été de détacher mes regards du point très précis sur lequel je les tenais obstinément fixés, vers la gauche, pour les reporter devant moi. La vision, lorsque prudemment je la ravive et l’étudie à loisir, conserve à vingt-cinq ans de distance sa violence irruptive, déracinante. La Dordogne tout entière se ruait sur moi. Je me découvrais aux prises avec un fleuve, affronté sans préavis et pour de bon à ce qui n’écoute ni ne pardonne – l’eau, l’élément, l’impavide matière –, chassé, à reculons, avec des bottes pleines comme des chaînes aux pieds. Il y avait une dernière chose, et c’est elle qui a éveillé la terreur que nous portons lovée aux tréfonds de notre être. Le pavement de galets que je dévalais malgré moi s’abaissait vers les creux – les « gours » – de trois et quatre mètres de profondeur où la Dordogne aime à paresser, à dormir d’un sommeil qui n’est que feint, entre ses brillantes foucades. On y avait récupéré, sous mes yeux, trois ou quatre ans plus tôt, avec des crochets, les corps d’une famille d’estivants qui s’étaient fiés à ses fossettes, à son babil le long des plages de galets.
C’est curieux. C’est ce jour-là, disputant mètre par mètre le terrain à la rivière, que je me suis su en charge de la vie, avisé que c’est chose grave. Lorsqu’on l’examine à tête reposée, qu’on y pense en toute sûreté, il peut sembler que c’est l’affaire de la matière et non pas vraiment la nôtre puisque nos pensées n’y changent rien, qu’elles sont peut-être sans rapport avec ce qui est et ceci, par contrecoup, sans pouvoir sur ce que nous pensons, sur l’être, quel qu’il soit, que nous sommes. À la seconde où j’ai compris vers quoi j’étais en marche, je me suis senti empli d’une prodigieuse gravité, la même, exactement, que celle qui nous submerge, un jour, devant l’amour, et j’en fus revêtu, occupé jusqu’à ce que, imperceptiblement, le fond, sous moi, se relève, la vie – l’oubli, la possibilité de penser à autre chose, de faire un peu ce que l’on veut, de rêver – me soient rendus.

Pierre Bergounioux in La ligne (vous aurez compris de quoi il est question :) ).
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lekhan
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Mar 18 Mar 2008 - 12:22

Un inédit, Partir:

Citation :
C’est très loin, au seuil aride d’un après-midi de l’arrière-saison, peu avant la rentrée, quand l’école reprenait au 1er octobre. Je suis là parce qu’on n’a pas le temps de s’occuper de moi. C’est donc après la mort de grand-père qui, jusqu’à la fin ou presque, est descendu chaque jour en ville, où je vis, pour m’emmener chez lui, sur le coteau, et vraisemblablement la fin de l’été qui a suivi le jour éblouissant et glacial de février où mon père a dit que c’était fini. Et de fait, je ne verrai plus, à mon chevet, en ouvrant les yeux, la haute figure aux blancs cheveux qui attend mon réveil pour m’emporter.
Je n’arrive pas à me souvenir si la carrosserie miroitante où je contemple la scène est peinte en bleu nuit, si elle tire son éclat sombre, sa nuance trouble du ciel qu’elle reflète ou si ce sont les mots que j’entends qui communiquent à la réalité, à son reflet déformé, cette apparence maléfique, ces teintes cyanosées.
On m’a confié à de grandes filles de quatorze ou quinze ans, méprisantes et péremptoires, pleines de petits rires coupants, d’insinuations, de secrets. Nous sommes adossés à la grille en fer qui coiffe un muret d’un blanc cru, devant une voiture aux ailes ampoulées, au coffre bombé, bleu nuit, peut-être, ou peut-être sous un ciel étouffant, congestionné. L’air a la saveur sèche, le goût de fièvre des beaux jours finissants.
Je les ai écoutées, d’abord. J’ai essayé. Elles parlaient à voix haute et intelligible et je discernais vaguement quelque chose dans le vague. Mais quand je m’appliquais à en saisir mieux les contours, la teneur, elles se sont penchées, se sont parlé alternativement à l’oreille, les yeux au ciel ou le front baissé, comme si elles lisaient simultanément sur la caillasse du trottoir ou dans la nue métallisée les mots qu’elles échangeaient sans bruit, sans se servir de l’air intermédiaire. Ce qui fait que les choses déjà peu distinctes dont il était question s’effaçaient à peine entrevues et que parfois c’est trop de peine. Je me borne donc à observer la vie déconcertante qu’on mène dans la tôle. On peut fixer le soleil.
Le muret affecte la forme d’une ellipse surlignée de noir – la grille –, avec deux croissants par dessus, l’un beige clair qui correspond à la façade du pavillon, dans notre dos, l’autre qui représente la nue vénéneuse. Lorsqu’on se rapproche, on se découvre pourvu d’une tête de gnome ou d’animal à la lèvre épaisse, aux naseaux béants. La main, quand on la tend, devient si grande qu’on pourrait y entrer, s’y lover tout entier.
Il se peut que les trois ou quatre péronnelles aient fini par m’oublier ou par me regarder comme je me vois moi-même, comme un crétin au crâne plein d’eau. À moins qu’elles ne se soient rendu compte que je ne suis pas autrement curieux de percer leurs mystères, que tout ce manège est superflu. Il doit s’écouler un moment avant que je ne repasse, en pensée, de l’autre côté du reflet. J’ignore si c’est de l'aîné ou cadet des deux frères de la maison voisine ou de la suivante qu’il est question, quels travaux, études, à supposer qu’elles le sachent, il a entrepris au loin. Il est devenu, par le fait, quelqu’un d’étrange dont la conduite inspire aux demoiselles un mélange de dégoût, de mépris et de perplexité. Il revient, parfois, des lointains obscurs où sa vie se passe s’il se peut qu’on vive ailleurs, si le mot convient. On le voit à peine. Il parle très peu. Ce qu’il peut bien faire, on n’en a pas idée et puis – je ne crois pas avoir mal entendu, affabuler – il sent mauvais et je devine les grimaces, les nez froncés dans les visages lilliputiens, au fond du reflet.
Le mauvais que les petites pecques imputaient au malheureux, les sept ou huit ans qui me séparaient d’elles en avaient purgé l’atmosphère. Je n’ai pas été spontanément enclin, comme elles, qui ne partiraient pas et qui le savaient, confusément, à tourner l’immobilité qui les attendait en répugnance pour quiconque s’éloignait. Mais je partageais leur conviction foncière, sans quoi la clarté meurtrie, les difformités dont je me suis vu affligé ne me seraient pas restées, avec les paroles qu’elles accompagnaient ou qui les faisaient naître.
Nous habitions le seul endroit de la terre où l’existence fût possible ou bien nous étions faits d’une certaine étroite, particulière et susceptible sorte à laquelle le moindre changement de décor porterait préjudice, empêchement. Comme on n’invente rien, il faut bien, pour nourrir pareille appréhension, qu’on en ait pris le germe à l’air qu’on respirait, à la terre qui nous portait.
Il faut remonter au permo-carbonifère pour comprendre nos âmes encloses. Un pouce renversé, comme au cirque de Rome, avait laissé son empreinte dans le grès ocre du primaire. On était venu, beaucoup plus tard, en occuper le creux. Nous étions cernés de collines dont la ligne de faîte bornait l’horizon à moins d’une demi-lieue. On ne voyait rien d’autre. On n’imaginait pas.
Il y avait des routes, bien sûr, des nationales, même, deux – la 20 et la 89 – qui se croisaient à l’extrémité distale du pont Cardinal, entre le flanc nord de la cuvette et la rivière qui allait au couchant. Mais elles ressortissaient moins à une nécessité qu’à des considérations décoratives, avec les clous de bronze à large tête des passages protégés, les platanes pour la promenade et la ronde mécanisée des samedis soir. Dès que le ruban d’asphalte quittait l’agglomération, il commençait à se contorsionner dans les étroits de la zone métamorphique qui nous séparait de l’Auvergne, en est, cherchait à l’aveuglette son chemin à travers les creux et les bosses de la montagne limousine ou s’enfonçait dans les vallons ruisselants comme des douves qui nous séparaient du Midi. On était pris de nausée. On ne faisait que descendre et monter sur place. On n’en sortait pas. Il y avait la gare, aussi, au bout d’une avenue en pente. Jamais une locomotive n’aurait pu s’extraire de la cuvette. Aussi passaient-elles à la périphérie et leur course tangentielle, surplombante, loin d’éveiller des rêves de départ, d’envol, faisait planer sur nos têtes une écrasante menace.
Avant ça, encore, du vivant de grand-père, l’entrepôt que nous longeons, main dans la main et conversant, chaque matin, pour gagner le coteau. Derrière des grilles oxydées, de la même couleur, à peu près, que le grès originel, des carcasses de camions au profil anguleux rouillent en compagnie de bidons, de bottes de fer rond, de profilés et de poutrelles sous des tôles ondulées percées comme des cribles. Un fouillis de liserons, d’orties, de sureaux a reconquis le terrain. Il fleurit les capots à opercules, enguirlande ridelles et marchepieds, couronne les roues ensablées, comme si l’effort dont témoignent les gros moteurs n’avait pu surmonter l’obstacle des collines, lever l’interdit. Les machines ont affronté le nord pentu comme un mur, la coupure du sud, l’est froncé, nauséeux dont les lacets, sous ombre de mener ailleurs, s’ingénient à vous perdre. Mais inégales à la tâche en dépit de leurs membrures d’acier, de leurs chevaux nombreux, elles sont revenues se coucher, vaincues, au pied du versant ainsi que font, m’a dit grand-père, les éléphants lorsqu’ils sont sur le point de mourir.
Et ce que j’ai appris, longtemps après, d’un tiers, des tribulations de mon père qui fut si bien l’enfant du lieu, qui en avait si scrupuleusement assimilé l’esprit, que partir, pour lui, c’était périr. Mais il avait touché, pour prix de son zèle, un souverain remède aux atteintes de l’éloignement. C’était le sommeil. Je savais qu’il avait fréquenté des endroits aux noms gothiques, Uberach, Phalsbourg, Pfaffenhoffen, qu’on l’avait pris, avec des blessés intransportables qu’il soignait comme il pouvait, à Raon L’Étape, expédié de l’autre côté du pays, en Vendée, pour s’occuper de tirailleurs sénégalais rongés par la phtisie après quoi il était rentré pour ne plus jamais bouger.
Un camarade qui avait servi dans la même unité passa inopinément vingt-cinq ans plus tard. J’étais là. Il m’a semblé que c’est l’habitant d’un songe très ancien qui débarquait dans la réalité. Jusqu’au soir, le visiteur plein de faconde rappela des noms, des figures, des moments et je me souviens que mon père, sous un sourire affable, un peu figé, avait l’air qu’on voit aux dormeurs. Il hochait la tête, rajustait son sourire, mais je sentais bien que son approbation était de pure forme, qu’il ne se prononçait pas sur le fond de l’affaire où il s’était trouvé, paraît-il, mêlé.
Est-ce la raison pour laquelle son compagnon de rêve fit à deux reprises le récit suivant, que je transcris ? Ils battaient en retraite avec de l’infanterie, des civils, du bétail. Était-ce encore l’Alsace ou déjà la Lorraine ? Ils avaient croisé une colonne qui montait en renfort, avec des chars qui, bien évidemment, attiraient l’attention. Ça n’avait pas traîné. Le ciel s’était mis à vrombir, à hurler lorsque des avions avaient amorcé leur dégringolade droit sur l’embouteillage de charrettes, de tanks, d’ambulances, de bicyclettes et de bêtes à cornes et c’est la terre, alors, avec les attelées de bœufs, les chars, les maisons voisines, emportés par le souffle, qui était montée tumultueusement vers le ciel.
Le narrateur avait aperçu à temps l’essaim strident. Il s’était jeté dans un fossé où il avait attendu que l’averse de fer, de moellons, d’hommes et de bêtes prenne fin.
Quand il s’était relevé, le paysage avait intégralement changé. Il était creusé d’entonnoirs, jonché de véhicules incendiés, de débris de toutes sortes, de corps. Il s’était rapproché de l’ambulance qui paraissait intacte dans la désolation. La porte arrière s’était entrebâillée. Il avait vu mon père, qui de tout ce temps-là avait dormi sur une couchette, considérer d’un œil mal ouvert le tableau fumant et lui demander d’une voix candide, légèrement enrouée, à lui qui courait les bras en l’air, la bouche ouverte, ce qui était en train de se passer.
Il y avait aussi ceux qui lui ressemblaient au point qu’on se demandait quand, de loin en loin, ils nous rendaient visite, si ce n’était pas quelque version de lui-même, l’homme plus âgé ou la femme qu’il aurait pu être ou son double des rêves qui revenaient en ce lieu très étroit, ocre, concave et circulaire, de la terre dont il fut l’émanation. Ils vivaient à Paris s’ils vécurent vraiment dans l’intervalle des soirs très espacés qui les ramenaient à la source, au principe foncier où mon père se tenait avec une constance inexpugnable. Mêmes traits tombants, même mélancolie, même signe fatal qui leur avaient attiré, à tous, les grandes peines, les maux irréparables auxquels les destinait l’ascendant, sur eux, de Saturne. Quelle trompeuse espérance les avait entraînés dans le vide extérieur, quel sortilège tenus captifs des limbes que trois ou quatre fois, dans mon enfance et mon adolescence, je les ai vus quitter, l’espace d’un soir ? Ils ont emporté leur secret. Ils furent comme les envoyés du songe que mon père avait fait, à ce qu’on disait, dans l’inconnu, le gage palpable de l’absence où il excellait à se plonger et qui était à l’épreuve, même, des bombes pleuvant du ciel de la réalité.
C’est avec ces antécédents, et quelques autres, encore, qu’il a fallu envisager, un beau jour, de partir, d’essayer.

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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Sam 2 Mai 2009 - 15:54

Parait Une chambre en Hollande.

Curieux que Bergounioux ne fassse pas plus parler de lui ici.

C' est quand meme un des meilleurs écrivains français.
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Dim 3 Mai 2009 - 20:34

bix229 a écrit:
Parait Une chambre en Hollande.

Curieux que Bergounioux ne fassse pas plus parler de lui ici.

C' est quand meme un des meilleurs écrivains français.

Ben parles.

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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Jeu 10 Sep 2009 - 13:42

bix229 a écrit:
Parait Une chambre en Hollande.
Curieux que Bergounioux ne fassse pas plus parler de lui ici.
C'est quand meme un des meilleurs écrivains français.

Tu parles sérieusement ou pas ?
"On" m'en a dit du bien, mais "on" enseignait dans le même établissement que lui,
et donc, ce n'était pas forcément objectif !

J'ai l'une de ses oeuvres (le titre m'échappe), mais comme
"on" m'avait dit que ce n'était pas hyper facile à lire,
je ne m'y suis toujours pas penchée.

C'est plus facile de commencer par un court ?
"Miette" il est bien ? (pas celui de Loana, heing !)
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bix229
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Jeu 10 Sep 2009 - 15:01

Tout à fait sérieux, Maryvonne...
Bergougnoux est largement aussi bon et meme parfois meilleur que la plupart des romanciers français cités ici.
C' est un obsédé de lecture et de littérature. Une sorte d' halluciné.

Quand on l' interviewe, il parle très vite, des phrases très écrites,
parfaites sur le plan de la syntaxe
On a parfois l' impression qu' il lit ses phrases sur un prompteur !
Commencer par Miette me parait un très bon choix...


Dernière édition par bix229 le Jeu 10 Sep 2009 - 17:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Jeu 10 Sep 2009 - 15:04

Bon, c'est bien ce que je me disais. Je vais emprunter "Miettes" !
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Ven 9 Oct 2009 - 11:52

J'ai découvert Bergounioux cette année, grâce à Assouline qui le citait également parmi les plus grands auteurs français d'aujourd'hui. Sa prose est envoûtante.
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Lun 1 Nov 2010 - 11:17

Lecture du premier tome de son Carnet de notes (1980 - 1990).

C'est une belle voie pour mieux comprendre son oeuvre - sa passion pour la minéralogie, le bois, la sociologie. Je découvre aussi un lecteur boulimique, passant de l'astrophysique à la sociologie, féru de récits de voyages et de sciences humaines.

Et puis, de plus en plus, j'ai la conviction que la vie d'écrivain, peut-être plus encore dans notre monde moderne, est à contre-courant. Et que la vie à l'écart que suppose la création est de plus en plus difficilement supportable, car de plus en plus dévalorisée :

Citation :
Voilà quatre jours que je n'ai pas ouvert un livre et il me semble qu'ils ont été balayés de ma vie comme des enveloppes vides. Quinze ans que je me suis fixé d'employer chaque instant à étudier, à gagner un surcroît de discernement, de nouvelles clartés. Il suffit que je manque à cette loi d'airain pour que m'envahisse un intolérable sentiment de culpabilité.
11.11.1981
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bix229
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Lun 1 Nov 2010 - 14:22

Je regrette que mes lectures de Bergounioux soient lointaines pour en parler.. Quant à lui,
c' est fou de lecture et de littérature comme Pierre Michon, peut etre plus...
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Jeu 6 Oct 2011 - 16:04

Miette

"Le haut plateau granitique du Limousin fut l'un des derniers refuges de l'éternité. Des êtres en petit nombre y répétaient le rôle immémorial que leur dictaient le sang, le sol et le rang. Puis le souffle du temps a touché ces hauteurs. Ce grand mouvement a emporté les personnages et changé le décor. On a tâché de fixer les dernières paroles, les gestes désormais perdus de ce monde enfui."

Un roman extrêmement âpre, sans dialogues, avec si peu d'amour, qui raconte des histoires de mariages forcés, de vies conformes à ce qui en est attendu. La terre est vivante, dure, elle asservit les hommes. Pas de joli roman sur les fleurs et les petits oiseaux, la terre est acide, le climat rude, les arbres ne sont là que par la volonté des hommes et dans un but précis. Ceux qui parviennent à quitter la terre finissent par revenir, happés et repris.
Cette vie difficile ne connaît aucune pose, aucune relâche, on tombe même "comme une pierre, dans un sommeil sans rêves", avant de repartir au travail.
Je n'ai pas eu l'impression que les personnages bavardaient ou même se parlaient, le seul mot qui revient et qui retrace une idée de dialogue est "non".
Un beau roman, mais un peu trop âpre pour moi. Si quelqu'un a des suggestions d'autres livres de cet auteur un peu moins... enfermés ?

Quelques extraits :

"Certains, en vérité, n'existent pas vraiment quand, pourtant, on peut les voir passer et repasser dans la lumière, entendre ce qu'ils disent. Ce n'est pas eux. "

"C'est peut-être pour ça que les filles, alors, on les appelait Marie. Le mot contenait sans doute une allusion à la Mère du Sauveur, à ses sainteté et bénignité, mais il ressemblait un peu, aussi, à des vocables comme Truc, Machin, avec son féminin, Machine, et l'acceptation que prend ce dernier lorsqu'il est commun - machine. "

"Il tenait de sa mère la résolution qui lui interdisait de jamais regarder à quoi que ce soit qui aurait été lui, d'écouter cette voix qui souhaite des ménagements, de l'indulgence, d'arrêter, cette faiblesse en quoi consiste, en fond, un soi. Mais il lui est arrivé d'émettre quelque réserve sur le goût de tel ou tel plat. "

"Ce fut décidément pour ces hommes et ces femmes - ou cet homme de trente siècles qui eut nom Baptiste et cette femme de trois mille ans qu'on appela Miette, et pour Jeanne, encore, qui était déjà un peu étrangère - un rude baptême, un passage mouvementé que celui qui les conduisit de l'éternité au temps. Ils n'eurent même pas le temps de se retourner, de considérer tout ce qui, à cet instant, se passait à grand bruit, en ce lieu où ils vivaient et mouraient et renaissaient depuis le fond des âges, identiques à eux-mêmes, inchangés, tels que la terre, les choses, sans interruption, les avaient requis. "
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Jeu 6 Oct 2011 - 16:12

Merci Isa pour ce commentaire !

Je continue à penser que Bergounioux est un des meilleurs écrivains français.
En plus il parle bien de cette région apre et ingrate, tout comme Pierre Jourde de la sienne...
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MessageSujet: Re: Pierre Bergounioux   Sam 23 Jan 2016 - 16:40

B-17 G

Comme le bombardier. Comme la forteresse volante d'une bande d'archive vue encore jeune puis moins jeune. Le film a été filmé par le chasseur allemand qui a abattu l'avion. Une séquence, courte, floue, brutale.

En reconstituant l'instant et ainsi en le dilatant l'auteur médite sur l'achèvement par la vitesse d'un monde, en quête peut-être d'un basculement symbolique et historique de l'âme humaine.

Cette dilatation ou distortion opère en mêlant la reconstitution de l'intérieur avec quelques détails techniques de l'appareil avec la vie supposée de l'un des mitrailleurs, alter ego potentiel, et ses propres réflexions sur la littérature avec deux auteurs de la génération d' avant que sont Faulkner et Hemingway.

Malgré tout si l'on est réticent à certains choix ou postulats, on peut par exemple imaginer que le gros gâchis ou qu'une forme très technique de cruauté n'ont pas attendu le presque milieu du XXè siècle, ou que cette forme de littérature qui s'empare d'un fragment de quelque chose souvent dramatique pour en faire de la littérature ne nous séduit pas instantanément, on peut rester sur la défensive.

Ce qui a été mon cas et méfiant à l'égard de la forme très brève. Bien écrit certes, pour ce que ça peut vouloir dire, et pas forcément animé par de mauvaises ambitions mais enfin que reste-t-il. La "littérature" pour elle-même et avec trop peu de choses ? Et encore. Comme si une pensée qu'elle soit remâchée ou de l'instant une fois enfermée dans quelques pages se retrouvaient empreinte d'une valeur supérieure. Et en fait non, pas forcément et pourquoi en plus avec le prétexte d'un fait tragique ?

Et la postface de Pierre Michon qui nous éclaire encore un peu de littérature, on passe à Moby Dick, et du jeu de piste autobiographique.

Non.

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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Pierre Bergounioux
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