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 Cesare Pavese [Italie]

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Flibustière
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeSam 15 Déc 2012 - 17:58

J'ai aimé La Lune et les Feux

De retour à son pays d’origine où il a vécu depuis l’enfance jusqu’à son départ en Amérique, le narrateur revenu au pays, sur les traces de son passé, retrouve ceux qu’il a côtoyés autrefois, à la fois les mêmes et à la fois devenus étrangers à lui, il apprend les drames qui se sont passés depuis son départ, puis ceux qui sont morts, et ceux qui sont partis de la région. Rien n’a changé et en même temps, tout a changé. A travers les collines, la plaine du Piémont, les tilleuls et leur senteur marquée comme une empreinte, à travers ces paysages familiers, c’est le rapport au temps qui fait mal. Se mêlent le passé et le présent, la nostalgie de l’impossible retour dans le passé, et ce temps qui passe inexorablement. La solitude du narrateur est comme un destin, solitude de souffrance mais aussi solitude voulue. Derrière ces descriptions des paysages de son Piémont, la mélancolie d'aujourd'hui est la douleur qui fait place à l’ennui d’autrefois. Ce temps qu’il a vécu ailleurs, en Amérique, puis à Gênes, cette rupture avec le passé pour échapper à l’ennui, aux jours qui s’égrènent toujours les mêmes, insupportables jusqu’à partir…, ont-ils forgé un autre homme ? Quel homme serait-il devenu s’il était resté ?
Le récit de Pavese, ce récit du narrateur, est celui de la solitude, de l’ennui, de la nostalgie.


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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeSam 15 Déc 2012 - 18:44

Merci pour tes impressions, Flibustière ! Tu as saisi l' atmosphère prégnante de l' oeuvre de Pavese, qu' on retrouve de livre en livre...
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeDim 6 Jan 2013 - 14:41

merci Flibustière, tu me donnes bien envie de le lire Very Happy
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeDim 6 Jan 2013 - 16:18

Je t'y encourage, d'autant qu'il n'est pas très long !

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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeMer 23 Jan 2013 - 18:01

Impression mitigée après ma lecture de La lune et les feux. Comme le souligne Flibustière, la nostalgie est très marquée dans ce récit. On sent beaucoup de regret du perso principal par rapport à son pays idéalisé qu'il ne retrouve plus comme avant : les jolies filles qui le faisaient rêver ont eu une vie peu enviable, il découvre la trahison et la mort... les descriptions sont agréables mais le tout me fait l'effet de lire un vieux papier défraîchi. Trop d'amertume sans doute, ou trop de souvenirs. J'ai préféré "la Plage" qui est dans le même volume et qui représente des relations ambiguës entre les personnages, la jalousie de l'un et la nostalgie de l'autre face à une amitié et une époque à jamais révolues.
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeMer 23 Jan 2013 - 18:04

... Et si vous appréciez la poésie, jetez un coup d' oeil à La Mort viendra et elle aura tes yeux.
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeMar 29 Jan 2013 - 20:39

Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Pavese10 Le bel été/Le Diable sur les collines/Femmes entre elles.

Trois nouvelles pour découvrir l'univers de Pavese.

J'avoue que je n'ai pas vraiment réussi à trouver d'intérêt profond à la lecture de ces trois nouvelles. C'est après coup, que certains thèmes, certaines postures, certaines visions de la vie me sont revenus en mémoire et ont trouvé une forme de pertinence. Le traitement stylistique de l'auteur est sans doute la cause d'un certain désintérêt pour ces nouvelles. Je n'aime pas beaucoup les auteurs qui écrivent comme on parle et c'est un peu le reproche que je ferai à Pavese. Beaucoup de répétitions fastidieuses et une banalité revendiquée, un aplatissement du propos rendent le texte d'une simplicité crue, figée, distanciée et peu séduisante (en tout cas pour moi).

Ce défaut ne m'empêche pas d'être sensible à l'univers de cet auteur, un univers de jeunesse qui par sa frivolité et la superficialité de certains milieux (qu'il s'agisse de la bohême artistique ou d'une certaine classe aristocratique) montre la misère de l'âme, la soif de nouveau, la volonté de s'étourdir pour échapper à l'ennui et au destin de vies sans remous. Le texte est gravé dans le marbre d'une lourde mélancolie, dans cette impossibilité à vivre l'instant, dans le désir d'être toujours ailleurs, un peu plus loin, un peu plus haut, dans l'espoir toujours déçu de vivre enfin quelque chose d'extraordinaire, de fabuleux, de transcendant. Mais la vie rattrape les rêves, la nostalgie (si courante chez les jeunes) marque les gestes, accable chaque pensée, endeuille chaque nuit d'ivresse. Et ni le vin, ni la danse, ni la nudité ne parviennent à sortir les personnages de cette espèce de léthargie, d'ennui, de renoncement qui les habillent, les fatiguent et les tuent…

J'ai donc été touchée par les thèmes évoqués et par l'espèce d'angoisse existentielle étreignant les personnages mais le style trop simple de l'auteur ainsi que le choix de placer ses personnages dans des milieux terriblement superficiels m'ont détourné de cette lecture. Sans compter que bon nombre de dialogues me sont restés totalement hermétiques, comme si les personnages faisaient référence à un métalangage totalement inatteignable pour moi…

Un livre dont les nouvelles rappellent l'atmosphère un peu sulfureuse et frivole des tableaux de Tamara de Lempicka, cette atmosphère un peu folle de l'entre-guerre, au moment où la jeunesse se cherche dans une quête sans succès pour échapper à la lourdeur du temps, un livre qui me donne envie de relire Le bal du comte d'Orgel de Radiguet et de replonger dans cette époque où les femmes commencent à s'émanciper, se mettent à boire et à fumer, se coupent les cheveux et deviennent femmes d'affaires… Epoque où les hommes commencent à perdre de leur superbe et à sombrer dans la neurasthénie...

Cependant, même si le taitement sociétal est réussi il me manque une petite touche stylistique un tout petit peu plus recherchée pour vraiment être séduite par l'univers de Pavese.

Dubitative, je suis...

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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeMer 30 Jan 2013 - 19:25

Le Métier de vivre (1952)


Cesare Pavese [Italie] - Page 3 416pjy10

Quinze années d’une existence peuvent paraître longues. Si on demandait à chacun d’en résumer les évènements, les rencontres et les pensées afin d’en tirer l’analyse d’une évolution individuelle, on imagine facilement qu’il y aurait de quoi remplir un bon feuillet de pages. Quid alors de quinze années notifiées au jour le jour ? Pour Cesare Pavese, il n’est pas nécessaire de remplir une somme au volume extravagant. Quatre cent pages suffisent amplement à l’écrivain pour s’analyser au cours de cette période.


Cesare Pavese s’engage pour le métier de vivre en 1935, à l’âge de 28 ans, et s’y tient jusqu’à sa mort –une démission par suicide- en 1950. Pas forcément régulier, faisant parfois preuve d’un absentéisme tenace lorsqu’il délaisse carrément son Métier de vivre pour de longs mois, sans justification ni explication, il nous permet de suivre l’évolution de sa carrière d’écrivain, du grand inconnu qu’il était encore en 1935, à l’homme de lettres reconnu qu’il devint au fil des ans, particulièrement au faîte dans les années 1948-1949. A croire que la gloire littéraire ne peut pas faire tout le bonheur d’un homme qui misait pourtant sur la reconnaissance de sa nature « poétique » lorsqu’il était encore jeune… Et de constater que plus Cesare Pavese trouvera confirmation de son talent, moins il s’évertuera à se proclamer poète, rêve naïf et halluciné d’un jeune homme qui croyait alors pouvoir trouver le bonheur de l’accomplissement à travers l’écriture. A cette époque, les poses se multiplient. Agaçantes, elles donnent à voir un jeune homme qui semble prétentieux –si nous ne poursuivions pas notre lecture au fil des années pour découvrir ce qui se cachait en réalité derrière ces velléités.


« Un poète se plaît à s’enfoncer dans un état d’âme et il en jouit ; voilà la fuite devant le tragique. Mais un poète devrait ne jamais oublier qu’un état d’âme pour lui n’est encore rien, que ce qui compte pour lui c’est la poésie future. Cet effort de froideur utilitaire est son tragique »


La reconnaissance littéraire venant, Cesare Pavese cessera de se complaire dans ces poses fantasmées. Son rêve s’est accompli, c’est-à-dire qu’il s’est détruit et qu’il lui accorde à peine la satisfaction nécessaire pour continuer à survivre. Tel est le malheur que Cesare Pavese nous révèle du bout de la plume à travers ses confessions.


« Le problème n’est pas la dureté du sort, puisque l’on obtient tout ce que l’on veut avec une force suffisante. Le problème, c’est plutôt que ce que l’on obtient dégoûte. Et alors, on ne doit jamais s’en prendre au sort, mais à son propre désir. »


Cette difficulté, Cesare Pavese la retrouve aussi –et surtout- dans sa vie sociale. Que les amis soient une source d’ennui passe encore : l’écrivain sait se donner toutes les apparences de la cordialité, et le bonheur qu’il dit éprouver lorsqu’il se retire enfin du cercle des mondanités compense tous les désagréments. Mais lorsqu’il s’agit des femmes… Cesare Pavese avoue aimer comme un éternel adolescent et se lamente, au fil des ans, de ne pas savoir apprendre de ses erreurs sentimentales et d’éprouver dans ce domaine les mêmes sentiments contradictoires que dans la reconnaissance littéraire. Il lui suffit d’obtenir une femme pour cesser de la désirer, et si celle-ci reste distante et lui livre un amour médiocre, alors seulement il croit éprouver des sentiments inaltérables qui le conduisent à chaque fois à la déception amoureuse. Sans doute pour ne pas sombrer dans l’écriture poisse du malheur, l’homme déçu se complaît dans la misogynie et nous livre des réflexions crues et désabusées sur le sentiment amoureux.


Cesare Pavese [Italie] - Page 3 A_la_m12

« Tu es pour les femmes que tu aimes comme, pour toi, une de ces femmes qui te font débander. »

Impossible pour cet homme de se débarrasser d’une souffrance qui semble s’être faite de plus en plus sincère au fil des ans. La faute à la littérature ? Alors que Cesare Pavese semblait chercher à la stimuler lors de ses jeunes années, croyant peut-être qu’il s’agissait là d’un matériau littéraire digne d’étude, celle-ci finit par faire partie intégrante de sa vie. Se révélant alors telle qu’il ne l’avait jamais imaginée, il se rend compte que la souffrance n’a rien de noble. Mais elle s’est installée. Ainsi, même si l’existence de Cesare Pavese est d’une lecture douloureuse –à condition d’y mettre de l’empathie-, elle ne fait pas l’apologie du sacrifice personnel au profit de convictions ou d’idéologies quelconques. Les pensées de Cesare Pavese seraient presque un avertissement lancé au lecteur qui croirait encore aux bénéfices réparateurs des souffrances mentale et morale :


« On accepte de souffrir (résignation) et puis l’on s’aperçoit qu’on a souffert et voilà tout. Que la souffrance ne nous a pas servi et que les autres s’en fichent. Et alors on grince des dents et on devient misanthrope. Voilà. »


Pour autant, Cesare Pavese ne délaisse pas un instant la littérature. Son Métier de vivre, lui-même, est littérature. Avertissant ses proches de son désir de le voir publier, il n’est pas rare que l’écrivain s’arrête parfois pour réfléchir aux bénéfices de cette conversation qu’il livre à lui-même. Peut-être désespéré par l’absence de fondations qui constitueraient sa vie personnelle, il espère trouver du sens et se donner de la consistance à travers le jus qu’il presse de ses idées :


« Tu découvres aujourd’hui que le parcours que refait chacun de ses propres ornières t’a angoissé pendant un certain temps […], et puis […] ce parcours t’est apparu comme le prix joyeux de l’effort vital et, en fait, depuis lors, tu ne t’es plus plaint, mais […] tu as recherché avec plaisir comment ces ornières se creusent dans l’enfance. […] Tu as conclu […] par la découverte du mythe-unicité, qui fond ainsi toutes tes anciennes hantises et tes plus vifs intérêts mythico-créateurs.
Il est prouvé que, pour toi, le besoin de construction naît sur cette loi du retour. Bravo. »

Aucune trace en revanche –ou si peu- de ses convictions politiques, qui le rattachèrent d’abord au fascisme dans les années 1935 avant de le voir se tourner vers le communisme dix ans plus tard. Ces engagements constituaient-ils encore un apparat ? Une manière d’entrer activement dans la vie pour se défendre des tendances qui semblaient au contraire vouloir sans cesse retirer Cesare Pavese de l’existence sociale ? Où se trouvait l’homme véritable ? S’agissait-il de l’image publique qu’il cherchait à renvoyer, ou de l’image intime qu’il livre à travers son Métier de vivre ?


« Ils parlent de gueuletons, de faire la fête, de se voir… Braves amis, amies, gens sains et braves. Toi, tu n’en éprouves même pas l’envie, le regret. Autre chose presse. »


Sans doute lui-même ne le sut-il jamais. Mais à quoi bon chercher, lorsqu’on finit par comprendre que cette poursuite d’une identité, qui ne peut de toute façon jamais être assurée, conduisit Cesare Pavese au suicide ?


Cesare Pavese [Italie] - Page 3 A_la_m11


Qu’on connaisse l’écrivain ou non, qu’on l’apprécie ou pas, son Métier de vivre est un livre qui trouvera écho en chacun. Parce qu’il traite de thèmes universels, à peine passés à travers le prisme de la subjectivité d’une existence singulière, il trouvera une résonnance devant laquelle on ne pourra pas rester insensible. Qu’on se reconnaisse dans les angoisses de l’écrivain, qu’on s’amuse de sa vision du monde désabusée, qu’on se passionne pour ses considérations éclairées sur la littérature et le théâtre, que l’évolution de son identité sur quinze années mouvementées nous donne l’impression d’être un scientifique se penchant sur le cas d’un rat de laboratoire –et peut-être pour tout ça à la fois- il est impossible de ne pas trouver son intérêt personnel au Métier de vivre de Cesare Pavese qui est, peut-être, un peu le métier de vivre de chacun…


Cesare Pavese [Italie] - Page 3 A_la_m13
A la mémoire de George Dyer - Francis Bacon


Beaucoup de nostalgie dans toutes les réflexions évoquées par Cesare Pavese...


Citation :
« Le problème déjà souvent effleuré se rouvre : tu ne t’aperçois pas que tu vis parce que tu cherches le nouveau thème, tu passes, hébété, les jours et les choses. Quand tu auras recommencé d’écrire, tu penseras seulement à écrire. En somme, quand est-ce que tu vis ? que tu touches le fond ? Tu es toujours distrait par ton travail. Tu arriveras à la mort, sans t’en apercevoir.
Voilà pourquoi l’enfance et la jeunesse sont source éternelle : alors, tu n’avais pas un travail et tu voyais la vie avec désintéressement. »


Citation :
« Pour que la gloire soit agréable, il faudrait que les morts ressuscitent, que les vieux rajeunissent, que reviennent ceux qui sont loin. Nous l’avons rêvée dans un petit cadre, parmi des visages familiers qui, pour nous, étaient le monde et nous voudrions voir, maintenant que nous avons grandi, le reflet de nos entreprises et de nos paroles dans ce cadre, sur ces visages. Ils ont disparu, ils sont dispersés, ils sont morts. Ils ne reviendront jamais plus. Et alors nous cherchons autour de nous, désespérés, nous cherchons à reconstituer ce cadre, ce petit monde qui nous ignorait mais qui nous aimait et devait être étonné par nous. Mais il n’existe plus. »


L'amour, selon Cesare Pavese (une pose, encore une fois ? attitude d'un enfant puni qui crache sur le dessert qu'il ne peut pas manger ?)


Citation :
Celui qui dénonce l’immoralité de l’amour vénal devrait laisser tranquilles toutes les femmes, car, une fois exclus les rares instants où l’on nous offre son corps par amour, même la femme qui nous a aimés se laisse faire et agit seulement par politesse ou par intérêt, à peu près résignée comme une prostituée.
On peut dire la même chose de l’homme, bien que ce soit peut-être moins fréquent.
Pour sortir de ce drame, il n’y a qu’à condamner aussi l’amour sincère, par le fait que son but est le plaisir. Mais il reste toujours que baiser –qui réclame des caresses, qui réclame des sourires, qui réclame des complaisances- devient tôt ou tard pour l’un des deux un ennui dans la mesure où l’on n’a plus naturellement envie de caresser, de sourire, de plaire à ladite personne ; et alors cela devient un mensonge comme l’amour vénal.


Je l'ai déjà mis dans mon commentaire mais je tiens encore à le remettre... Ce passage-là est celui qui mérite avant tout de ressortir de cette lecture :


Citation :
« On accepte de souffrir (résignation) et puis l’on s’aperçoit qu’on a souffert et voilà tout. Que la souffrance ne nous a pas servi et que les autres s’en fichent. Et alors on grince des dents et on devient misanthrope. Voilà. »


Ravissantes découvertes...

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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeMer 30 Jan 2013 - 20:07

super commentaire, Coli, comme d'habitude et qui me donne envie de lire ce livre. Une question : pourquoi avoir choisi Bacon pour illustrer ton propos, est-il évoqué par Pavese, ou s'agit-il seulement d'un rapprochement de ta part (entre deux suicidés, deux écorchés) ?

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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeMer 30 Jan 2013 - 22:05

Ta lecture donne à penser, Coli et j' y pense ! J' en parlerai peut etre, mais ce sera difficile, car on s' implique parfois trop personnellement dans ce qu' on lit, au point de se demander comment et pourquoi tel auteur a su nous deviner à travers ce qu' il a écrit... Malgré les différences... Comme s' il y avait une constante qui nous accompagnait à travers certaines lectures... Lectures choisies, désirées, comme pour enfoncer le clou...Alors quoi ? Changer de lectures peut etre de temps en temps...
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeVen 1 Fév 2013 - 21:49

shanidar a écrit:
super commentaire, Coli, comme d'habitude et qui me donne envie de lire ce livre. Une question : pourquoi avoir choisi Bacon pour illustrer ton propos, est-il évoqué par Pavese, ou s'agit-il seulement d'un rapprochement de ta part (entre deux suicidés, deux écorchés) ?

Je ne connais pas la biographie de Bacon... le rapprochement m'a simplement été soufflé par la couverture de ma version de poche... Je trouvais qu'elle allait bien avec ce Métier de vivre, notamment dans la pose de l'homme qui tourne la tête dans une sorte de flou aux couleurs organiques.

bix229 a écrit:
Ta lecture donne à penser, Coli et j' y pense ! J' en parlerai peut etre, mais ce sera difficile, car on s' implique parfois trop personnellement dans ce qu' on lit, au point de se demander comment et pourquoi tel auteur a su nous deviner à travers ce qu' il a écrit... Malgré les différences... Comme s' il y avait une constante qui nous accompagnait à travers certaines lectures... Lectures choisies, désirées, comme pour enfoncer le clou...Alors quoi ? Changer de lectures peut etre de temps en temps...

Je ne vois pas pourquoi on devrait se détourner ainsi des lectures qui trouvent écho en nous. A quoi bon lire si ce n'est pas pour y donner un peu de soi, et pour recevoir un peu de l'auteur ? (un peu, c'est le minimum).

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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeVen 1 Fév 2013 - 21:58

Je l'ai dans ma PAL... C'est un beau titre, le Métier de vivre. Je me suis demandé si le titre était tiré de Rousseau ("Vivre est le métier que je veux lui apprendre", cf Emile, ou de l’éducation), ou si c'était un hasard...
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeLun 4 Fév 2013 - 21:37

Ah, pourquoi pas ? Cesare Pavese citait Rousseau à de nombreuses reprises justement.

Lis ce livre eXPie ! Very Happy

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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeLun 4 Fév 2013 - 21:40

colimasson a écrit:
Ah, pourquoi pas ? Cesare Pavese citait Rousseau à de nombreuses reprises justement.

Lis ce livre eXPie ! Very Happy
Très certainement !
Le tout est de savoir quand, mais je l'ai à portée de main (ou presque). Bon, s'il citait Rousseau, le titre n'est donc pas un hasard (que ce soit lui qui l'ai donné ou non, d'ailleurs, je ne sais pas).
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitimeVen 15 Fév 2013 - 20:00

Le bel été (Le bel été, Le diable sur les collines, Entre femmes seules)

J'avais été à moitié convaincue par Avant que le coq chante mais ces trois petits romans ou longues nouvelles me réconcilient avec Cesare Pavese. Il a une façon de camper ses personnages, solitaires et perdus, de les rendre sensibles et touchants d'une façon étonnante. Dans les petits gestes du quotidien plus que dans longs développements philosophiques. L'incapacité au bonheur comme une fatalité, quel que soit le milieu social.

Contrairement à Shanidar j'ai aimé l'écriture, sobre, faite de petites phrases, même si très travaillée me semble-t-il; la façon dont les phrases courtes s'enchaînent donne au final une sorte de rythme, presque scandé. Et de cette façon l'auteur évite le pathos que le sujet pourrait provoquer, et ne surcharge pas, cette retenue donne à mon sens de la force au récit. Comme une épure.

Et j'ai aimé aussi cette façon de ne pas tout dire, de suggérer, de laisser le lecteur donner ses propres interprétations, de laisser les possibles prendre forme. Tout en finesse, mais en donnant suffisamment de matière pour se faire sa propre version.

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La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)


Dernière édition par Arabella le Sam 16 Fév 2013 - 22:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Cesare Pavese [Italie]   Cesare Pavese [Italie] - Page 3 Icon_minitime

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