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 Sôseki Natsume

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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Mer 10 Sep 2014 - 22:43

Oreiller d'herbes

Des bribes en cours de lecture dans une LC : ici

Une lecture de la rubrique des imprévus, air du temps sur notre forum adoré, titre séduisant, envie de lire un "livre japonais", ce qui m'arrive rarement...

Un narrateur, trentaine (intermédiaire comme on dit par ici - pas dans le livre) part quelques jours au vert dans la montagne. Il est peintre, poète. A l'aube du XXe siècle il réfléchit sur l'art et sur lui même, en quête d'impassibilité. Mais le hasard de ce retour vers un grand calme met sur son chemin une jeune femme énigmatique et remarquable. Nouvelles réflexions.

On pourrait dire que ce petit récit alterne dans ses chapitres les réflexions solitaires et poétiques et les rencontres. Peinture occidentale et japonaise, littérature et poésies occidentales et japonaises. Déambulation japonaise ? Il y a un grand écart des références entre occident et culture traditionnelle japonaise (avec poèmes chinois ou écrits en chinois) et dans ce domaine, comme dans les méandres des pensées, on peut s'égarer. Le poème à venir, le tableau à venir, les bons ingrédients, le juste pas forcément milieu épuré. La quête d'une satisfaction esthétique qui mette de côté la question de l'apaisement.

Pourtant on aussi la volonté d'un roman japonais "différent", là aussi il manque des clés. Alors on compense en faisant le chemin. Facile, les faux airs de roman d'apprentissage tardif et l'humour qui va avec font sereinement leur ouvrage dans le cœur du lecteur qui s'amuse des surprises, des embarras et des contradictions qui se manifestent avec douceur.

Et puis il y a le charme inévitable de cette femme, belle et considérée comme "folle". En fait une histoire qui fait écho à d'autres plus anciennes et romanesques, un amour malheureux et une situation de divorcée, de promeneuse et l'image d'une certaine liberté font le tableau commun qui est assez loin de celui qui ne se peint toujours pas.

On ne peut pas à proprement parler de romance entre notre peintre et cette femme. Une fascination et une cohabitation un rien provocante et amusée. Des instants, des apparitions, c'est presque un rêve.

De même que les poèmes et les égarements, non sans intérêt, sur la peinture et ses sujets : l'émotion ou le détachement ? le sujet ou l'état d'esprit suscité ? De même donc que ces oppositions entre occident et orient qui se mélangent au moins partiellement. La pensée et la sensation se fondent comme deux couleurs ou deux pâtes que l'on tourne. Et le temps surtout, temps qui touche à une fin, joue son rôle, tout comme se voyage de pas grand chose. Il n'est pas dit que toutes ces réflexions soient si importantes.

Et à la fin il y a bien une forme de résolution à l'énigme, une chute, un déclic, une illumination dirait-on s'il n'y avait une part d'obscurité. A moins que le sens ne soit dans le regard qui dépasse le voile du tableau et le rappel d'un contexte moderne ou actuel ne peut être innocent. A la fin comme avec un bon haiku il y aurait une rupture qui ne ferait qu'exhaler la saveur de ce qui vient de passer. Qui n'est pas lisse mais qui n'est pas violent, un rêve, un charme, une idée que l'on a pas saisi, une sensation envolée alors qu'on allait la reconnaître.

Pour ça, cette balade au vert et cet oreiller d'herbes on quelque chose de tranquille et reposant, embrouillant et dissolvant notre flux de pensée à nous lecteur. Et il y a, primordiale, la très juste mise en image ou mot de l'essentiel énigme esthétique de l'autre et du geste. Et d'autres petites choses, justes elles aussi.

Donc une belle découverte, une vivifiante curiosité, un plaisir reconnu de lecture et beaucoup de charme (sans sombrer dans un cliché japonisant).

Des passages plus difficiles à suivre, des clés qui manquent à la compréhension mais largement de quoi vivre/lire avec tout en l'acceptant. Et ç'a m'a dépoussiéré des souvenirs et un peu de souffle.

Merci à Ariane d'avoir souffler le titre et de m'avoir accompagné sur un bout du chemin singe

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topocl
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Jeu 1 Oct 2015 - 21:37

Et puis
Citation :

Daisuké, finalement, en vint à se détester pour son indécision.

C'est l'histoire absolument tragique d'un jeune homme qui est amoureux de la femme de son ami.
D'autant que cela se passe dans le Japon du début du XXème siècle, pris dans un carcan d'obligations morales et de code de l'honneur .

Seulement ce  trentenaire , dandy épris des arts , de l'esthétique et de la contemplation ne m'a pas été des plus sympathiques. Facile d'être un dilettante quand votre père , qu'on méprise pour ses visions archaïques et moulées dans la tradition, vous assure le quotidien par un généreux versement mensuel . Il ne reste plus qu'à penser sur soi-même, et se forger de belles idées de liberté et de force vitale.

On est donc dans tout le livre pris dans cette ambiguïté de Daisuké, emblème du changement mais qui n'offre que l'image d'un écornifleur  imbu de lui même, à  l'écoute de ses états d'âme qu'il institue en belles idées. Son amour pour la fragile Michiyo le rend plus humain, enfin . C'est un talent du livre de ne pas poser le jeune progressiste en personnage éminemment sympathique, mais il faut bien dire que cela impose au lecteur l'exposition et la ré-exposition de ses cas de conscience, une redondance fastidieuse dans l'atermoiement ...

C'est un roman qui décrit une société qui se crispe sur sa tradition archaïque « qui ne tenait absolument pas compte de la liberté et du cœur des individus. », alors même qu'elle est en train d 'irrémédiablement se fissurer. L'élément le plus représentatif, qui donne son sens à l'intrigue, en est le mariage arrangé. Mais l'évocation de ce formalisme, de l'apparente superficialité des relations prises dans ce carcan codifié, m'a donné cette impression d'une distance hiératique souvent porteuse d' ennui, que je retrouve facilement dans  les romans japonais . Celle-ci persiste même  à la fin du livre , où pourtant l'hyperémotivité de Daisuké, surpris lui-même d'aborder des rivages si prohibés explose dans un hyper-sentimentalisme pathétique ( quoique parfois beau: « Ensemble, au même moment, ils recevaient la punition de l'amour, le bienfait de l'amour, au même moment, ils en goûtaient ensemble la saveur. »).

Bref, je vais quand même remercier Sôseki, qui m' a éclairée en partie, par un effet miroir, sur cette difficulté que j'ai à entrer dans les romans japonais :

Citation :
Chaque fois qu'il avait lu des romans occidentaux, il s'était interrogé sur les conversations intimes qui se tenaient entre hommes et femmes, les trouvant à son goût toujours trop crues, trop complaisantes, et en fin de compte trop directes et trop osées ; tant qu'il les lisait dans leur langue originelle, il les acceptait, mais leur couleur, pensait-il, ne saurait être traduit en japonais.
Et je vais aussi remercier Ariane, qui m'a guidée vers ce livre, même si  je vais refaire une pause avec le Japon, maintenant .

(Et Ariane, s'il te plaît : le traducteur dit que le titre original est Sorekara, qu'est ce que cela veut dire ? Parce que Et puis, comme titre français, c'est assez peu engagé, je ne vois pas beaucoup de romans qui ne pourraient pas adopter ce titre !)
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Ariane SHOYUSKI
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Ven 2 Oct 2015 - 0:36

Merci beaucoup Topocl pour le commentaire.
Ton blocage m'intrigue beaucoup et toujours. Pourtant je ne pense pas du tout que Bédoulène et toi ont l'esprit fermé pour les cultures différentes. Laughing
Mais je trouve pas mal de passionnés de ses romans en remontant ce fil. scratch
Cependant eXPie, notre expert du Japon, est aussi bloqué devant Sôseki. jemetate intense reflexion scratch

Quant au titre "Sorékara", c'est littéralement "Et puis" sinon "Ensuite". En effet ce roman est vaguement la SUITE de "Sanshirô" qui racontait la vie d'un étudiant de l'université. Et c'est une trilogie avec "la Porte" (un peu sinistre  Wink ) à la fin.
Pourquoi aime-je ce roman et les romans de Sôseki en général ? Parce que j'y lis peut-être la difficulté d'une modernisation mentale dans ses œuvres, comme nous en avons un peu parlé au fil d'Oé ???


Dernière édition par Ariane SHOYUSKI le Dim 4 Oct 2015 - 12:14, édité 1 fois
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eXPie
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Ven 2 Oct 2015 - 8:01

Ah oui, Sanshirô, il faudra que je le tente... C'est vrai que j'ai eu plusieurs fois du mal avec Soseki, surtout en comparaison de la très grande réputation qu'il a. Il y a des choses qui m'échappent, ou alors c'est un problème d'affinités, je ne sais pas encore.

Sinon, c'est l'occasion de parler d'une nouvelle traduction de Oreiller d'herbe ou Le Voyage poétique (parution ce mois-ci).


Picquier a écrit:
Une nouvelle traduction pour ce texte d’une originalité et d’une poésie absolues, que Sôseki appelait son roman-haïku.
Et une édition illustrée de peintures d’une infinie délicatesse, aux couleurs veloutées, chatoyantes, issues d’une édition japonaise de 1926 en trois rouleaux où figuraient le texte entièrement calligraphié et une trentaine de peintures, toutes reproduites ici.
Oreiller d’herbe occupe une place privilégiée dans l’œuvre de Sôseki, manifeste poétique et esthétique qui suit le voyage d’un jeune peintre à la montagne, loin des passions et de l’agitation de la cité. Une silhouette féminine aperçue au clair de lune, le murmure d’une chanson, la contemplation de la nature entraînent ce double de l’auteur à approfondir sa méditation sur l’art et la création.
« Je ne crois pas qu’un tel roman ait déjà existé en Occident. Il ouvrira de nouveaux horizons à la littérature », prédisait Sôseki en l’écrivant.
(Source : http://www.editions-picquier.fr/catalogue/fiche.donut?id=1017&cid= )
Ce coup-ci, c'est Elisabeth Suetsugu qui traduit, après la version Ceccatty/Nakamura déjà disponible (mais pas chez Picquier).
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kenavo
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Ven 2 Oct 2015 - 8:16

eXPie a écrit:
Sinon, c'est l'occasion de parler d'une nouvelle traduction de Oreiller d'herbe ou Le Voyage poétique (parution ce mois-ci).
ah oui... le livre se trouve déjà sur mes étagères, mais je ne pouvais pas résister à cette nouvelle parution - à cause des images qui accompagnent le texte Wink je vais l'avoir fin du mois miammiam

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topocl
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Ven 2 Oct 2015 - 17:48

Merci pour l'explication de "Et puis" Ariane.

Comme tu dis ce n'est pas que ce soit une culture autre, qui m'a gênée ici , c'est toujours fascinant, c et angoissant à la fois, ces histoires de mariage arrangé et de père irrascible. On a fait ça assez longtemps chez nous de toute façon, on voit ça sur des pages et des pages chez Molière, par exemple. Et c'est l'occasion de réfléchir à l'amour dans une famille et dans un couple au delà de ce qui est acceptable ou inacceptable. C'est surtout l'introspection de Saiduké, sa "philosophie" personnelle qui m'a parfois larguée.








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Ariane SHOYUSKI
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Sam 3 Oct 2015 - 0:00

Topocl a écrit:
C'est surtout l'introspection de Daisuké, sa "philosophie" personnelle qui m'a parfois larguée.
Ah ! Tu veux dire qu'il n'est pas encore assez occidentalisé aux yeux des occidentaux. Mais il est très fier de l'être et méprise les autres. C'est ça ???
Ce n'est pas si facile à comprendre tout ça, tout de même... scratch
Je dois peut-être le relire aussi. Je ne l'ai pas relu depuis assez longtemps.
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topocl
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Sam 3 Oct 2015 - 8:41

C'est un peu ça. Et sa complaisance à se trouver tout seul et malheureux, à s'apitoyer sur lui-même, associée à un mode de vie de rentier, qui en même temps profite et méprise cette famille, traditionnelle certes, mais qui a la bonté de le laisser au moins un temps vivre comme il souhaite (je te lui aurais donné un coup de pied dans les fesses, moi:rire: )
Et oui, il reste bien peu occidentalisé à nos yeux, il n' a pas vraiment le même sens de l'amour que nous, par exemple, mais ça qu'importe, il faut un début à tout!
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Ariane SHOYUSKI
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Dim 4 Oct 2015 - 1:10

Puisque je l'ai lu quand j'étais étudiante, je rêvais plutôt sa liberté ;
"Ah, si on finit ses études à l'Université de Tokyo avec un bon résultat, on pourrait aller étudier gratuitement au pays étranger et même avoir quelques années d'oisiveté supplémentaires sans faire gronder. De plus malgré cela, on pourrait facilement trouver un très bon travail de rêve !"
Mais il ne faut pas confondre l'auteur et le personnage. rire
Si je le lis maintenant pour la première fois, j'aurai peut-être la même réaction que la tienne. Wink


Merci eXPie pour la nouvelle traduction d'Oreiller d'herbe.
C'est toujours bien d'avoir plusieurs traductions pour les œuvres complexes.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Sôseki Natsume   Sam 15 Oct 2016 - 6:05



adaptation de son livre Je suis un chat en manga: ici

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