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 Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]

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coline
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MessageSujet: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mer 21 Fév 2007 - 18:59




Bio
tom leo a écrit:
Rainer Maria Rilke (de son vrai nom René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke) est un poète autrichien, né le 4 décembre 1875 à Prague, mort le 30 décembre 1926 à Montreux, en Suisse. Il vécut à Veyras de 1921 à sa mort.[...]

Quelque informations sur sa vie, largement copiées sur Wikepedia de. et fr. :

Rainer Maria Rilke est né à Prague en 1875, dans une famille qui le destina très rapidement à la carrière des armes. Il est ainsi pensionnaire dans une école militaire avant d'être renvoyé en 1891 pour inaptitude physique. Il étudie alors le commerce avant de revenir à Prague où il exerce le métier de journaliste et écrit ses premières œuvres. 1896, il part pour Munich et rencontre, en mai 1897, Lou Andreas-Salomé, qui avait alors trente six ans. Son amour enflammé se transforme progressivement en amitié réciproque et en admiration mutuelle se poursuivant jusqu'à la fin de sa vie. Il fut aussi sous l’influence de Nietzsche… En 1897, il change de prénom : de René Maria, il devient Rainer Maria. Il voyage en Italie puis en Russie avec Lou et son mari. Il rencontre à cette occasion en 1899 Léon Tolstoï. En 1901, il épouse Clara Westhoff, une élève d'Auguste Rodin, avec qui il aura une fille, Ruth. Le couple se sépare un an plus tard et Rilke rejoint Paris où il devient en 1905 secrétaire de Rodin. Il rompt avec ce dernier et voyage dans toute l'Europe et au-delà de 1907 à 1910 (Afrique du Nord, Égypte, Berlin, Espagne, Venise, Aix-en-Provence, Arles, Avignon). Il abandonne peu à peu la prose pour se consacrer à la poésie, plus apte selon lui à restituer les "méandres de l'âme". Les correspondances par lettres prirent une très grande place dans la vie de Rilke: il fut en contact avec beaucoup d’écrivains de l’époque. Ainsi il y a par exemple une correspondance à trois entre lui, Pasternak et Marina Tsvetaïeva (voir ici)

En 1910, il fait la rencontre décisive de la princesse Marie von Thurn und Taxis, née Hohenlohe-Waldenburg-Schillingsfürst, dans son château de Duino, alors en territoire autrichien, sur les bords de l'Adriatique. Elle l'hébergera fréquemment et sera son mécène jusqu'en 1920. Pour elle, il compose son chef d'œuvre, les Élégies de Duino, suite d'élégies empreintes d'une mélancolie lumineuse. Il est mobilisé dans l'infanterie lors de la Première Guerre mondiale mais revient rapidement à la vie civile. À partir de 1919, il rejoint la Suisse et compose plusieurs recueils de poésies. Il décède d'une leucémie en 1926 et est inhumé à Rarogne en Valais.

Lyrik – Gedichtbände (Poèsie) :
Das Stundenbuch, 1899; Leben und Lieder. Bilder und Tagebuchblätter (1894);
Larenopfer/ Offrandes aux lares (1895) ; Wegwarten. Lieder dem Volke geschenkt (1896); Traumgekrönt/ Couronné de rêve. Neue Gedichte (1896); Pour le gel matinal; Advent/ Avent (1897); Mir zur Feier (1899); Das Stunden-Buch (1905); Das Buch vom mönchischen Leben/ Le livre de la vie monastique (1899); Das Buch von der Pilgerschaft (1901); Das Buch von der Armut und vom Tode/ Le livre de la pauvreté et de la mort (1903); Das Buch der Bilder/ Le livre d'images (1902; stark überarbeitete Zweitfassung 1906): Neue Gedichte (1907); Der neuen Gedichte anderer Teil (1908); Requiem/Requiem (1909); Das Marien-Leben/ La vie de Marie (1912); Erste Gedichte (1913); Duineser Elegien (1923, geschrieben 1912-22)/ Élégies de Duino; Die Sonette an Orpheus/ Sonnets à Orphée (1923);

Poèmes écrites en français:
Vergers (1926)
Les Quatrains Valaisans (1926)
Les Roses (1927)
Les Fenêtres (1927)

Prose – Prose lyrique
Am Leben hin/ Au fil de la vie. Novellen und Skizzen (1899); Zwei Prager Geschichten (1899); Die Letzten (1902); Vom lieben Gott und Anderes (1900), ab 2. Auflage (1904): Geschichten vom lieben Gott/ Histoires du bon Dieu; Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke/ La chanson de l'amour et de la mort du cornette Christophe Rilke (1906); Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge/ Les carnets de Malte Laurids Brigge (1910)

Oeuvres dramatiques
Jetzt und in der Stunde unseres Absterbens (1896, Einakter); Im Frühfrost (1897, Dreiakter); Höhenluft (geschrieben 1897, Erstdruck 1961, Einakter); Ohne Gegenwart (1897, Zweiakter); Mütterchen (1898, Einakter); Waisenkinder (1901, Szene) ; Das tägliche Leben (1901, Zweiakter)

Rilke a par ailleurs AUSSI écrit des poèmes en russe! Et des amis m’ont dit que c’était pas mal de tout !




Serpents d'argent

C'est le titre de l'une des 13 nouvelles du jeune Rilke retenues pour ce recueil.

Que dire?...Oui, bien sûr, c'est déjà du Rilke forcément alors on prend goût à s'attarder sur cette belle écriture...
Oui mais...il n'est que question de nostalgie extrême, de mort, de quête de l'Absolu, d'impossible amour ...ou d'amour si parfait qu'il fait mourir de crise d'apoplexie...
Une jeune femme s'enfonce dans un étang... Un vieillard agonisant violerait bien la jeune religieuse qui le soigne... Une prostituée vient se confesser à un prêtre le jour où elle renonce à la luxure par amour pour sa mère (mourante bien sûr!) et le soir même ce prêtre insiste pour être son client...Une femme pure fracasse le crâne de son époux alcoolique...Un homme se suicide sur la voie ferrée...etc...etc...

Je n'arrive pas à lire plus d'une nouvelle à la fois...C'est d'une tristesse!...Pfffffff!...Mais c'est beau!...:)
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potheo
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Jeu 5 Avr 2007 - 19:42

J'adore vraiment Rilke, son oeuvre est particulièrement esthétique.
De lui, je n'ai jusqu'à présent lu que des poèsies. Ca me permet d'améliorer mon allemand, je le conseille d'ailleurs à tous les germanistes.
Sur ce site : rilke.de, on trouve un grand nombres (si ce n'est pas l'intégrale?) de ses poèmes. La majorité sont en allemand, mais on en trouve aussi qu'il a écrits en français ou en anglais.
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coline
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Ven 11 Avr 2008 - 12:44

Les Elégies de Duino
traduction de Philippe Jaccottet & texte allemand en regard
Collection « Poésie » (La Dogana)

Lu sur le Blog d'Assouline:

Un livre qui paraît au même instant (que [i]Ce peu de bruits de Philippe Jaccottet), et dont la citation en épigraphe nous rappelle qu’il fut la “Propriété de la princesse Marie de la Tour et Taxis-Hohenlohe”, mécène et protectrice de l’auteur, qui l’abrita longuement en ses murailles. On l’aura deviné, il s’agit du chef d’oeuvre de Rainer Maria Rilke Les Elégies de Duino (114 pages, 20 euros, La Dogana) […] Il est publié sous une saisissante couverture noire et gris plomb, sur un papier et avec des caractères d’une beauté à jamais inaccessibles aux readers et autres bijoux technologiques qui nous attendent.

Jaccottet n’est pas que le grand passeur de Robert Musil en France. Dans cette édition bilingue, allemand à gauche, français à droite, son art poétique de traducteur fait merveille.
[…]
. On dénombre une douzaine de traductions de cette oeuvre en français mais il faut un poète pour rendre un poète. […] Lorsque Philippe Jaccottet est entré pour la première fois dans ce livre, c’était en 1941, il avait 16 ans. Depuis, il n’en est jamais vraiment sorti. Une vie, il faut bien cela pour distinguer les lueurs de Duino et en faire entendre, venu de très loin et du plus profond, le chant secret.

Puissions-nous trouver nous aussi, pur, retenu, étroit,/ un peu d’humain, une bande à nous de bonne terre/ entre fleuve et pierraille. Car notre coeur toujours/ nous surpasse comme eux. Et nos regards ne peuvent plus/ le suivre en des images qui l’apaisent, ni en ces/ corps divins où, de grandir, il se modère.”

(”Fänden auch wir ein reines, verhaltenes, schmales/ Menschliches, einen unseren Streifen Fruchtlands/ zwischen Strom und Gestein. Denn das eigne Herz übersteigt uns/ noch immer wie jene. Und wir können ihm nicht mehr/ nachschaun in Bilder, die es besänftigen, noch in/ göttliche Körper, in denen es grösser sich mässigt”) (fin de la deuxième élégie)
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lekhan
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Ven 11 Avr 2008 - 19:04

C'est un poète. Un des plus grands...
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Ven 9 Jan 2009 - 17:40

Petit extrait des Cahiers de Malte Laurid Brigges, qui résume l'ensemble de la pensée de Rilke visà-à-vis de l'écriture (il m'a fait penser à de nombreux passages des Lettres à un jeune poète) :

[...] Oui, mais des vers signifient si peu de chose quand on les a écrits jeune ! On devrait attendre et butiner toute une vie durant, si possible une longue vie durant; et puis enfin, très tard, peut-être saurait-on écrire les dix lignes qui seraient bonnes. Car les vers ne sont pas, comme certains crient, des sentiments (on les a toujours assez tôt), ce sont des expériences. Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s'ouvrant le matin.

_________________
Ce que j'ai souvent éprouvé plus tard, je le pressentis alors en quelque sorte, savoir : que l'on n'a pas le droit d'ouvrir un livre si l'on ne s'engage pas à les lire tous.

[Rilke, Les cahiers de Malte Laurids Brigges]
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tom léo
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MessageSujet: Rainer Maria Rilke - Vie et Oeuvre   Ven 9 Jan 2009 - 22:02

Rainer Maria Rilke
J’aimerais bien vous en parler un peu plus car je considère Rilke parmi les plus grands poètes de langue allemande. Et voilà ce qui vient d’abord à l’esprit en pensant à lui donner un nom pour son acte d’écrire : avant tout il fut un poète. Mon édition complète de poèsie (un jolie livre, bien fait) a quand même la taille de 1100 et quelques pages!
Mais à quel point est-ce qu’il est possible de transposer une telle œuvre dans une autre langue ? Alors on peut voir en lui aussi l’écrivain ou le grand compositeur de lettres innombrables. Pourtant j’aimerais faire partager plus tard, à quel point il a su manier la langue allemande qui sous son savoir faire est d’une beauté et musicalité splendide. J’aurais, en écoutant souvent les stéréotypes d’une langue aboyée et laide par exemple en beaucoup de films internationaux, voulu leur faire goûter la mélodie de certains poèmes de Rilke ou la subtilité de son œuvre tardive.
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tom léo
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MessageSujet: Oh, dass wir so endlos werden mussten   Sam 10 Jan 2009 - 14:37

Pour me citer: J’aimerais faire partager à quel point Rilke a su manier la langue allemande qui sous son savoir faire est d’une beauté et musicalité splendide. J’aurais, en écoutant souvent les stéréotypes d’une langue aboyée et laide par exemple en beaucoup de films internationaux, voulu leur faire goûter la mélodie de certains poèmes de Rilke ou la subtilité de son œuvre tardive.


Oh, dass wir so endlos werden mussten

Oh, dass wir so endlos werden mussten!
Immer noch Entfalten um Entfalten,
und wir haben unsrer Kälte Krusten
lange, lange für den Grund gehalten.

Und ob wir uns aneinander binden
und in Furcht uns immer fester fassen
und uns langsam, wie von Brunnenwinde,
weiter in uns selber gleiten lassen:

keine kann mit ihren blassen, blinden
Händen tastend unsre Tiefen finden.

Rainer Maria Rilke, 6.5.1898, Florenz (Rovezzano)/tiré du livre “Mir zur Feier”

Essayez une fois de lire cela! Pour la prononciation:
U allemande est ou français!
Plutôt les premières syllabes accentuées dans les mots à deux syllabes ;
L’avant-dernière dans les pluri syllabées !

Traduction « littérale », approximative, pas une adaptation (corrections bienvenues) :

O qu’il fallait devenir si infini

O qu’il fallait devenir si infini
Encore et encore se déployer, se déployer,
Et nous avons pris les croûtes de nos froideurs
si longtemps, si longtemps pour le fond.

Et si nous nous attachons les uns aux autres
Et nous prenons de crainte plus fortement
Et nous laisser lentement, comme par des leviers de puits,
Glisser plus en avant en nous-mêmes :

Nul (levier) ne peut avec ses pâles, aveugles
Mains tâtonnant trouver nos profondeurs.
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bix229
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MessageSujet: Rainer Maria Rilke   Sam 10 Jan 2009 - 14:48

Mon grand souvenir de Rilke c'est Les papiers de Malte Laurids Brigge que je relirais un jour.

Les poèmes, à mon avis passent mal la traduction, comme souvent.

Et j'ai lu des nouvelles très décevantes...
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coline
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Sam 10 Jan 2009 - 17:15

bix229 a écrit:
Et j'ai lu des nouvelles très décevantes...

J'ai lu les nouvelles du recueil Serpents d'argent, je ne les ai pas du tout trouvé décevantes...surtout infiniment tristes...
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Sam 10 Jan 2009 - 18:03

Ma prof d'allemand de 1ère m'avait fait découvrir cet auteur en me prêtant les lettres à un jeune poète. Je me souviens que j'avais été totalement prise par cette lecture.
Je l'avais retrouvé chez un bouquiniste, il mériterait vraiment une seconde lecture.
Mais où trouver le temps, je n'ai pas de nains moi ! content
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odrey
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mar 7 Juil 2009 - 20:21

Lu une première fois à l'adolescence, ce roman fut une rencontre déterminante de ma vie de lectrice. Une expérience si forte que je pourrais presque parler d'un avant et d'un après ma lecture des Carnets. C'est avec lui je crois (parmi d'autres bien sûr mais il a une place de choix) que j'ai pris la mesure de ce qu'est la Littérature, celle qui met l'écriture au rang d'art.

Ce n'est pas sans une certaine appréhension que j'ai rouvert cette œuvre fétiche. Les années passées, n'allais-je pas réaliser que je l'avais totalement idéalisée? Mais dés les premières pages, le plaisir est revenu, intact. J'ai ressenti le même émerveillement que lors de ma première lecture.

Rilke n'est pas un conteur, c'est un poète. Un immense poète. Et sa poésie transparaît à chacune des lignes des Carnets. C'est superbement écrit mais totalement inracontable. Disons simplement qu'il s'agit du journal d'un jeune homme, Malte Laurids Brigge, dans lequel il couche ses souvenirs et ses pensées.

C'est ridicule. Me voilà dans ma petite chambre, moi, Brigge, âgé de vingt-huit ans, que personne ne connaît. Je suis assis ici et je ne suis rien. Et pourtant, ce rien se met à réfléchir; il réfléchit dans son cinquième étage, par un maussade après-midi parisien, et voici ce qu'il pense:
Est-il possible, pense-t-il, qu'on n'ait encore rien vu, rien su, rien dit qui soit réel et important? Est-il possible qu'on ait eu des millénaires pour regarder, pour réfléchir, pour enregistrer et qu'on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation dans une école, pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme?
Oui, c'est possible.
Est-il possible qu'en dépit de toutes les inventions et de tous les progrès, qu'en dépit de la civilisation, de la religion, de la philosophie, on en soit resté à la surface de la vie,? Est-il possible qu'on ait encore recouvert cette superficie, qui était du moins quelque chose, d'une étoffe incroyablement ennuyeuse, qui la fait ressembler à des meubles de salon pendant les vacances d'été?
Oui, c'est possible.
Est-il possible que tout l'histoire de l'univers ait été mal comprise? Est-il possible que le passé soit faux parce qu'on n'a jamais parlé que des masses, exactement comme si l'on racontait un attroupement nombreux, sans rien dire de celui autour duquel tous étaient rassemblés, parce qu'il était étranger et qu'il est mort? Oui, c'est possible.
[...]


Je me rend compte à quel point c'est difficile de parler des livres que l'on a profondément aimé. Tout ce que je pourrais en dire serait réducteur. J'ai eu l'impression que Rilke écrivait pour lui-même sans se soucier de son lecteur. C'en est presque troublant. Voici l'âme de Brigge mise à nue sous la plume du poète et si le narrateur est fictif, on a l'impression d'être dans sa vérité. Rilke n'est jamais cru ou impudique. Mais il est incroyablement juste et précis. Chaque mot semble être à la place exacte où il doit être. Rien de ce qui est écrit ne semble futile ou inutile. De la première à la dernière ligne, tout est sublime. Emprunt de mystique et de fantastique, le texte de Rilke n'est pas un roman à proprement parlé. C'est un voyage, une expérience dans l'imaginaire de l'écrivain.

La promesse ne cesse de s'accomplir : un jour le même livre est parvenu parmi mes livres, parmi les quelques livres dont je ne me sépare pas. Maintenant, il s'ouvre pour moi aussi aux endroits auxquels je suis précisément en train de penser et , quand je lis ces passages, je ne puis dire avec certitude si je pense à Bettina ou à Abelone. Non, Bettina est devenue en moi plus belle qu'Abelone, Abelone, que j'ai connue était là comme pour me préparer à elle et maintenant elle s'est fondue à mes yeux en Bettina, là où se situait involontairement sa plus intime nature. Car cette étrange Bettina, avec ses lettres, nous a donné l'espace, l'espace le plus ouvert. Elle s'est depuis le début épandue dans le Tout, comme si elle était morte déjà. En tous lieux elle s'est couchée dans l'Être même, elle en faisait partie et tout ce qui lui advenait était éternellement contenu dans la nature; c'est là qu'elle sut qu'elle elle était et que presque douloureusement elle se libéra ; il lui fallut remonter en arrière, péniblement deviner son vrai visage comme on se dégage de traditions mensongères, elle s'exorcisa de la façon dont on évoque un esprit, pour s'accepter enfin telle qu'elle était.
Voici un instant, tu étais encore présente, Bettina; je suis d'intelligence avec toi. La terre n'est-elle pas encore toute chaude de toi et les oiseaux ne ménagent-ils pas toujours de l'espace pour ta voix? La rosée est autre, mais les étoiles sont toujours les étoiles de tes nuits. Ou bien le monde n'émane-t-il pas de toi tout entier? Car combien de fois ne l'as-tu pas incendié de ton amour? tu l'as vu flamber et se consumer et tu l'as secrètement remplacé par un autre, quand tous étaient endormis. Tu te sentais tellement en accord avec Dieu, quand tu exigeais de lui chaque matin une terre nouvelle, afin que pussent y trouver leur part tout ceux que tu avais créés. Il te paraissais misérable de l'épargner ou de le réparer : tu l'épuisais et là où tu étendais tes mains, c'était encore le monde. Car ton amour avait les dimensions du Tout.
Comment peut-il se faire que tous ne parlent pas encore de ton amour? Que s'est-il passé depuis, qui soit plus remarquable? de quoi s'occupent-ils? Toi-même, tu connaissais la valeur de ton amour ; tu le disais à voix haute à ton grand poète, pour qu'il le rende humain, car il n'était encore qu'élément. Mais lui l'a divulgué à tous les gens en t'écrivant. Tout le monde a lu ces réponses en y croyent plus qu'à toi-même, car le pète était pour eux plus clair que la nature. Mais peut-être apparaitra-t-il un jour que ce fut là précisément la limite de sa grandeur. Le destin lui imposait cette amoureuse et il a été trop faible pour l'accueillir. Que veut-on dire quand on prétend qu'il n'a pas été en mesure de répondre? Un tel amour n'a pas besoin de réponse. Il est à la fois le cri qui appelle et la réponse ; il s'exauce lui-même. Ce qu'il aurait dû faire, c'est s'humilier devant elle dans ses plus beaux vêtements et écrire sous sa dictée, des deux mains, comme Jean à Patmos, à genoux. Il n'y avait pas de choix en face de cette voix, qui "exerçait la fonction des anges" ; elle était venue pour l'envelopper et pour l'entraîner vers l'éternel. le char était là, pour son ascension embrasée vers le ciel. Le mythe obscur était prêt, qui devait accueillir sa mort, mais il le laissa vide.


Je pourrais encore vous en citer des pages et des pages mais je finirais par vous recopier le livre entier. A quoi bon en dire plus. Le message est claire : lisez-le !
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bulle
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Lun 17 Mai 2010 - 13:20

Je suis tombé sous le charme de la voix de Michel Aumont
avec "Pour écrire un seul vers" - Benjamin Biolay.

-Extrait tiré du Livre de Rainer Maria Rilke "Les cahiers de Malte Laurids Brigge"
conté par Michel AUMONT dans le film "Clara et moi" de Biolay...

clic de vidéo
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mar 27 Juil 2010 - 10:11

odrey a écrit:

Je me rend compte à quel point c'est difficile de parler des livres que l'on a profondément aimé. Tout ce que je pourrais en dire serait réducteur. J'ai eu l'impression que Rilke écrivait pour lui-même sans se soucier de son lecteur. C'en est presque troublant.

Je n'en suis qu'à la page 80 des "Carnets" mais je suis, moi aussi, profondément émue et emportée par le regard profond et poétique que le jeune héros pose sur toute chose. Je n'avais pas su mettre des mots sur "cette odeur de peur des élèves avant le contrôle" si caractéristique pourtant et bien, grâce à Rilke, je pourrais la sentir maintenant à chaque fois...
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Steven
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mer 1 Sep 2010 - 18:17

Très content de voir cet auteur au portail. Je ne croyais pas le connaître, puis, un jour est remonté à ma mémoire cette phrase de lui : Rose, ô pure contradiction, volupté de n'être le sommeil de personne sous tant de paupières ; phrase épitaphe sur sa tombe. ( voir ici)

J'aime sa poésie depuis, j'en lis souvent, des petits poèmes, courts, précis, cinglants :

Citation :
Au ciel, plein d'attention
Au ciel, plein d'attention,
ici la terre raconte ;
son souvenir la surmonte
dans ces nobles monts.

Parfois elle parait attendrie
qu'on l'écoute si bien -,
alors elle montre sa vie
et ne dit plus rien.

_________________
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
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Maline
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mer 1 Sep 2010 - 21:49

Ah, si j’avais su, j’aurais digitalisé mes photos de Rarogne au Valais. Rilke est enterré dans le petit cimetière de l’église de Rarogne avec une vue sur tout le Valais et ses industries.

Depuis l’automne dernier la croix en bois fiché dans le sol devant la pierre tombale, a disparu. Elle porte l’inscription RMR. Si vous la retrouvez par hasard, merci de la renvoyer à la communale.
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   

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