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 Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]

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rivela
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Jeu 2 Sep 2010 - 11:42

Celui qui à piqué la croix ( en souvenir) va surement pas la ramener, ils ont plus qu'a refaire une neuve.
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mar 8 Mai 2012 - 9:00

Plus ça va, plus je me rends compte de la nécessité des classiques. Comme je le sais depuis un bon moment, les séries télévisées se savourent comme le bon vin qui vieillit bien. J'ai tendance à revoir les films et les séries quelques fois avant de porter une trace définitive à mes perceptions même si le premier contact demeure saisissant. Pour ma part, je viens de m'imprégner de l'univers de Rilke. Après avoir débuté par Lettres à un jeune poète, j'avais lu les Élégies de Duino et je parcours actuellement Les carnets de Malte Laurids Brigge. Sans que j'arrive à expliquer pourquoi, la poésie de Rilke me paraît d'un abord plus facile. Les Élégies se lisent bien même malgré les décalages laissés selon les traductions qu'on consulte. En revanche, j'ai de la misère à entrer dans Les carnets de Malte[...]. Toutefois, plus ça va, plus je saisis l'objet de ce que Rilke nous décrit et en cela, il rejoint les prouesses des Lettres à un jeune poète. Ma question par rapport à Malte, c'est de savoir en quoi est-ce que Rilke renouvelle la littérature par cette incursion dans l'univers de la prose poétique?
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kenavo
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Dim 17 Juin 2012 - 8:40

les recherches pour les auteurs de Trieste m'a aussi amené vers Rilke, qui a séjourné à proximité de cette ville en 1911/1912
Il a commencé d'écrire les Élégies de Duino (1922), nom provenant du château Duino dans lequel il a vécu pendant ces mois

si vous pouvez lire en allemand, merci au projet Gutenberg, vous pouvez lire les 10 élégies: ici

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La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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tom léo
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Dim 17 Juin 2012 - 18:07

kenavo a écrit:
les recherches pour les auteurs de Trieste m'a aussi amené vers Rilke, qui a séjourné à proximité de cette ville en 1911/1912
Il a commencé d'écrire les Élégies de Duino (1922), nom provenant du château Duino dans lequel il a vécu pendant ces mois

si vous pouvez lire en allemand, merci au projet Gutenberg, vous pouvez lire les 10 élégies: ici

Kenavo: tu es de bonne humeur! Moi, qui comprends un peu l'allemand, je dois avouer de me casser mes dents jusqu'à aujourd'hui avec les élégies de Duino... Chapeau aux non-germanophones qui arrivent à apprécier ces poèmes!
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kenavo
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Dim 17 Juin 2012 - 21:30

tom léo a écrit:
Kenavo: tu es de bonne humeur!
tu as vu juste Very Happy

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Ven 22 Juin 2012 - 12:47

tom léo a écrit:
kenavo a écrit:
les recherches pour les auteurs de Trieste m'a aussi amené vers Rilke, qui a séjourné à proximité de cette ville en 1911/1912
Il a commencé d'écrire les Élégies de Duino (1922), nom provenant du château Duino dans lequel il a vécu pendant ces mois

si vous pouvez lire en allemand, merci au projet Gutenberg, vous pouvez lire les 10 élégies: ici

Kenavo: tu es de bonne humeur! Moi, qui comprends un peu l'allemand, je dois avouer de me casser mes dents jusqu'à aujourd'hui avec les élégies de Duino... Chapeau aux non-germanophones qui arrivent à apprécier ces poèmes!

Oh! Trop complexe pour moi également... un univers élégiaque où on ne peut rentrer que par une porte très très étroite! Shocked
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Dim 5 Jan 2014 - 6:53

Le testament (titre original: Das Testament)

Ecrit en 1921, publié en langue originale en 1974, traduit en français en 1983.
Court fascicule d'une cinquantaine de pages. publié d'après un manuscrit de soixante-six feuillets conservé à la Bibliothèque Nationale de Suisse à Berne.

La première guerre mondiale avait interrompu le travail de Rilke sur Les élégies - il fut libéré de ses obligations militaires en 1916, après avoir été affecté aux archives à Vienne. En 1919 il obtient de séjourner, non sans difficultés, en Suisse au motif d'y donner des conférences. Au moyen de prolongations de séjour obtenues non sans peine, il parvient à s'y fixer définitivement: Apatride, Rilke ne vivra jamais en République Tchécoslovaque nouvellement créée et dont il a la nationalité naissante.

Une opportunité lui met à disposition un petit château isolé, Berg am Irchel, situé dans le canton de Zürich. Il y séjourne, exactement, du 12 novembre 1920 au 10 mai 1921. Certain d'avoir trouvé le lieu adéquat à la reprise de son travail, il se lance dans quelques travaux prometteurs, tels que la préface à Mitsou, Quarante images par Baltus, et une première série de poèmes, Extraits des papiers posthumes du Comte C.W.

Cette nouvelle disposition lui fait envisager une reprise des Elégies, interrompues en 1916. Mais, pris par ce que nous pourrions appeler une forme de neurasthénie, aggravée sur le final par les bruits d'une scierie toute proche, il y échouera. Toutefois Rilke écrit une série de lettres et autres courtes pensées, qu'il nomme de façon qui peut nous intriguer, son testament.

Comme le souligne Jean-Michel Maulpoix:
Citation :
parole d'un échec, il est aussi legs et témoignage ultime. Du fond de sa détresse, le poète y signe un pacte décisif avec lui-même.

Par un retournement de son état, né d'une introspection et de la réflexion qu'il nourrit, cette expérience a priori négative devient positive, et Rilke se prend à mesurer l'exacte nécessité de son art.
Il se prétend - et pourquoi ne pas le croire ? - davantage lucide.
D'anecdote biographique maussade, nous passons à un nouvel allant du poète, qui prend beaucoup de recul, de hauteur, vis-à-vis de toute influence (ou contrainte).
N'est-ce pas là, en effet, une forme de leg ?
Enfin, quelques phrases (et introspections) très étonnantes sur l'amour me laisse croire que Rilke, quoi qu'on en dise (et on en a dit !), est bien une queue de comète du Romantisme (ce qui est loin d'être péjoratif !).
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Ven 10 Jan 2014 - 16:02

Deux histoires pragoises
Titre original: Zwei Prager Geschichten.
Publication originale: 1899.
(NB: Quelques éditions françaises le publient sous le titre: "Histoires pragoises")

Ces histoires sont intitulées "Le roi Bohusch" (König Bohusch) (65 pages environ) et "Frère et soeur" (Die Geschwister) (70 pages environ).
Elles sont précédées d'un avant-propos (Vorwort) de Rilke, que je vous livre in extenso:
Citation :
Ce livre n'est fait que de passé. Le pays natal et l'enfance - tout deux lointains depuis fort longtemps- en dessinent le fond. Aujourd'hui je ne l'aurais pas écrit ainsi, et je ne l'aurais donc sans doute pas écrit du tout. Mais, à l'époque où je l'ai écrit, cela m'était nécessaire. Il m'a fait aimer des choses à demi oubliées, et c'était un cadeau qu'il me faisait là. Car nous ne possédons du passé que ce que nous aimons. Et nous voulons posséder tout ce que nous avons vécu.

Schmargendorf, février 1899.

On peut à peu près dater l'action de ces nouvelles à la conjuration dite de "l'omladina", c'est-à-dire le rajeunissement,  qui agita Prague en 1893-1894.
La seconde nouvelle se rapporte à une famille (la mère, le fils, la fille et l'employée de maison) arrivée en deuil à la capitale.
Un seul personnage lie -tant bien que mal- les deux histoires, l'étudiant agitateur-propagandiste nationaliste Rezek. J'ai l'impression que l'on serait mieux inspiré de lire d'abord Frère et soeur, puis ensuite Le roi Bohusch. De toute façon ces deux histoires peuvent, chronologiquement, se dérouler en même temps (?).

Dans Le roi Bohusch est mis en scène un être difforme, laid, simple, bossu, mais en même temps un être pur, et doté d'une capacité à rêver éveillé plus ou moins en permanence, qui fréquente, comme à côté ou en marge, des intellectuels et un étudiant dans un café pragois. Sans jamais avoir voix au chapitre. Et étant victime d'un certain mépris. D'une certain façon, c'est un homme-enfant, c'est aussi l'inadapté, le passeur de rêves que ne peuvent pas ou plus avoir les autres, qu'on fait taire.
Bohusch et Luisa Wanka de Frère et soeur ont, comme il l'écrit, des "ailes".

Rilke règle ses comptes avec la montée du nationalisme (c'est plutôt la pauvreté qui pousse à la révolte, et la pauvreté est-elle l'enfance ?), et avec les intellectuels et agitateurs d'idées. Il n'a pas dû se faire que des amis avec la sentence suivante, censée se rapporter à Zdenko Wanka, mais qu'on peut prendre pour une manière de credo:
Citation :
Il s'aperçut qu'il y avait bien longtemps qu'ils parlaient sur un ton parfaitement identique de sujets tout différents, d'art ou de de choses semblables. Et il vit tout à coup que leur enthousiasme n'était rien d'autre que de la violence, et qu'ils n'avaient rien en commun que leur prétention.
L'écriture -je n'ai pas la chance de le lire en langue originale, même si je dispose d'une édition bilingue- ne peut laisser personne insensible.
Une poésie certaine mais sobre transpire de ces pages.

Par exemple les scènes de cimetières, même macabres, sont une complète réussite. Celle de Bohusch sur la tombe de son père me hantera longtemps, c'est une splendeur. Furtivement, Rilke nous assène des passages frisant la mystique (Luisa Wanka, la scène de la Daliborka, ou encore le choeur des Barnabites, etc...) d'une facture rare, presque médiévale.

Les mères aussi sont saisissantes, bien que personnages secondaires, et ont comme trait commun d'être des saintes dévouées au fils. Enfin, un mot sur la satire sociale (les Von Meering, ou encore le milieu des commères de conciergerie, etc...): Je ne savais pas Rilke si doué pour cet exercice-là !

Pages riches, donc, je ressors assez chargé de cette lecture, j'aimerai volontiers échanger sur celle-ci, si d'autres Parfumés l'ont lu (ou projettent de le lire).
J'arrête là pour ne pas révéler trop, sachez que mon imaginaire est flanqué pour longtemps de Bohusch et de Luisa Wanka...
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Ven 10 Jan 2014 - 16:42

Sigismond a écrit:
Deux histoires pragoises
Titre original: Zwei Prager Geschichten.
Publication originale: 1899.
(NB: Quelques éditions françaises le publient sous le titre: "Histoires pragoises")



Pages riches, donc, je ressors assez chargé de cette lecture, j'aimerai volontiers échanger sur celle-ci, si d'autres Parfumés l'ont lu (ou projettent de le lire).
J'arrête là pour ne pas révéler trop, sachez que mon imaginaire est flanqué pour longtemps de Bohusch et de Luisa Wanka...

Après Meyrink et Perutz, je me vois bien rester à Prague, donc je vais voir si j'ai le temps de répondre à ta demande, Sigismond...

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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Jeu 23 Jan 2014 - 11:20

Deux histoires pragoises

Et bien je ne suis pas aussi emballée que Sigismond...
Bien sur, l'écriture de Rilke est très belle, il est capable de passer de l'intérieur à l'extérieur d'une façon très fluide, du politique au personnel, de l'intime à la satire sociale en un clin d'œil, en un battement d'aile d'ange, mais cet exercice est parfois un peu troublant ou fatiguant à la lecture. Certains enjambements étonnent, pétrifient et même paraissent venus de nulle part. Les liens d'une scène à l'autre ne sont pas toujours explicite et cela m'a gênée, mais certaines pages sont absolument merveilleuse à lire.

Il me semble que le thème principal de ces deux nouvelles est la mère, qu'elle soit la patrie ou la mère physique, ces deux images se mélangent pour interroger les personnages sur leur identité, leur appartenance à un groupe, à un âge ou à une classe. Du 'roi' Bohusch dont le handicap lui permet de garder un pied dans les rêves de l'enfance, dans cette innocence de l'esprit qui est à la fois protection et aveuglement ; à l'étudiant Rezek, le révolutionnaire sans scrupules, image rebelle d'une adolescence en effervescence, jusqu'aux pseudo-vieillards que composent l'équipe d'intellectuels se réunissant au Café National (cela ne s'invente pas), tous les personnages sont marqués par leur appartenance à une nation fantôme, cette République Tchèque en germe, où l'on parle encore allemand, où les références culturelles viennent toutes ou presque de France et où l'âme slave a bien du mal à aiguiser ses armes dans des caves isolées. Du rêve nationaliste des uns et des autres, Rilke ne fait qu'une bouchée qu'il recrache sous la forme d'un cosmopolitisme qui deviendra pour lui sa propre mesure.

Ces Deux histoires pragoises ressemblent donc à un message d'adieu lancé à une nation qui à travers sa gestation cherche encore à se définir. Rejetant les idéaux nationalistes qui n'ouvrent que sur la violence, Rilke renonce à entrer en dissidence et montre les dangers de tout engagement politique dans ce sens. Inspiré par un retour à la nature et la volonté de s'allier à l'ennemi allemand sous les traits de Ernst Land (Pays sérieux, là encore cela ne s'invente pas), Rilke fait œuvre d'apaisement et d'un lyrisme bucolique qui ressemble un peu à un défilement.

Le poétique contre le politique semble ici trouver sa mesure.

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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Mar 10 Mar 2015 - 21:21

Fragments sur la guerre 1914-1915 de Rainer Maria Rilke préfacé par Jean Tain (2014)




Fragments ou miettes ? Le projet présenté par Jean Tain semble parfaitement légitime : « Le titre et le découpage des lettres que nous avons choisi de conserver effacent la référence à la Grande guerre, et élèvent le propos de Rilke à la généralité de toute guerre, ce qu’il tendait à faire lui-même ». Il s’agit ainsi de lire Rilke comme le précurseur tristement visionnaire du fascisme et du nazisme, allant ainsi à l’encontre de l’opinion couramment admise selon laquelle l’homme, par son silence politique, aurait voulu signifier au mieux sa neutralité, au pire son opposition à l’engagement politique contre les extrémismes. Mais Jean Tain devance toutes les critiques : « Le désœuvrement de Rilke n’était donc pas indifférent à la guerre, au contraire. Ce fut une manière de préserver son projet poétique, essentiel mais fragile, quand tant de poètes se sont abandonnés aux passions nationales ». Le reste de la préface s’attarde à nous donner les raisons pour lesquelles Rainer Maria Rilke ne s’est pas davantage engagé politiquement. Homme de lettres, attention à toi si tu ne te fais pas l'égal de Dieu dans le jugement de tes contemporains –la défense de cette préface sonne curieusement accusatrice.

Jean Tain se permet quelques digressions extra-épistolaires et revient sur le poème de jeunesse de Rainer Maria Rilke intitulé "Le chant de l’amour et de la mort du Cornette" (publié en 1906) que l'on peut lire : ICI.
Ce poème en prose aux tonalités mélancoliques a remporté un grand succès lors de la Grande guerre et a été publié sous forme de brochure, emportée sur les fronts allemands pour accompagner les soldats lors des combats. Jean Tain cite ce poème comme un exemple d'utilisation anachronique de l'oeuvre de Rainer Maria Rilke qui a pu justifier l'assimilation de l'auteur à la propagande pro-militaire.


"Serait-ce l’aube ? Quel soleil est-ce donc ? Qu’il est grand ce soleil ! Et des oiseaux ? Leurs voix chantent de toutes parts. Tout est clarté,
mais ce n’est pas le jour. Tout est rumeur, mais ce n’est pas le chant des oiseaux. Ce sont les poutres qui luisent. Ce sont les fenêtres qui crient ; les fenêtres, rouges, qui crient vers l’ennemi, la-dehors où flambe le pays : « Au feu ! »



Viennent ensuite les fragments de lettres envoyées par Rainer Maria Rilke en 1914 et 1915. Miettes plutôt que fragments, nous avons donc dit, puisque chaque lettre sera réduite à la longueur d’une page, et que cinq lettres seulement ont été choisies pour constituer ce regroupement bien maigre. Quelques belles formules prennent leur élan, ici ou là (« Qui saurait dire ce qui nous arrive là et quels sont les survivants de ce temps qui plus tard seront encore des hommes ? ») mais ces quelques fulgurances ne méritent peut-être pas de constituer à elles seules un ouvrage. Jean Tain plaide en faveur de Rainer Maria Rilke mais ne donne malheureusement pas à son lecteur les données suffisantes pour que celui-ci puisse se forger son appréciation personnelle.  





Citation :
« Ce qui s’accroît sans doute, c’est la notion que l’on peut prendre de l’indicible peine de l’être humain, et peut-être est-ce là le but poursuivi : une si profonde déchéance doit préparer l’espace et l’élan pour de nouvelles montées… »


Citation :
« Que de travestis dans les villes, que de bas divertissements, quelle hypocrisie dans cette vie sans fond, à l’abandon, soutenue par une littérature profitarde et par un théâtre pitoyable, flattée par une presse répugnante, qui est certainement dans une large mesure responsable de la guerre, et plus coupable encore de contribuer à ce que la duplicité, le mensonge et la corruption fassent de l’événement une maladie, alors qu’il aurait dû être une folie pure. »


Citation :
« S’il criait, ne serait-ce qu’une nuit, dans cette ville factice, toute voilée de drapeaux, sans se laisser apaiser, qui donc oserait le traiter de menteur ? Combien sont-ils qui ne répriment plus ce cri qu’à grand-peine ? Ou me trompè-je ? Si je me trompe et qu’il n’y ait beaucoup d’hommes capables de jeter ce cri, je cesse de comprendre les humains, je ne suis plus des leurs, je n’ai plus rien de commun avec eux… »


*Peinture de Lucas Cranach - Deux oiseaux morts

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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Lun 4 Mai 2015 - 21:40

Court poème des Quatrains valaisans :


« Ô bonheur de l'été : le carillon tinte
puisque dimanche est en vue ;
et la chaleur qui travaille sent l'absinthe
autour de la vigne crépue.

Même à la forte torpeur les ondes alertes
courent le long du chemin.
Dans cette franche contrée, aux forces ouvertes,
comme le dimanche est certain ! »

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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Lun 27 Juil 2015 - 22:05

Lettres à un jeune poète (1929)




Même si le principe d’une correspondance se fonde sur l’échange de lettres entre deux personnes, il semblerait que la relation nouée épistolairement entre Rainer Maria Rilke et Franz Xaver Kappus, un jeune poète lui ayant envoyé quelques-unes de ses créations, ne mérite pas de retenir les envois de ce dernier. Nous ne découvrirons donc que les lettres de Rainer Maria Rilke. Ne gâchons pas notre plaisir : il s’agit déjà d’une belle offrande.


Rainer Maria Rilke prend son rôle de conseiller très au sérieux et s’érige en sage, sans doute sans le remarquer. Il s’adresse à Franz Xaver Kappus comme il aurait pu s’adresser à n’importe quel autre artiste –mais pas à n’importe qui, car il semble croire que les artistes pensent avec une profondeur qui effraierait le commun des mortels- et lui apprend comment faire son miel de tout événement, surtout lorsqu’ils mettent à l’épreuve la résistance d’un tempérament. Que triomphe la solitude, et que l’amour redevienne l’occasion d’une métamorphose ! Pour Rainer Maria Rilke, tout art (toute poésie) qui ne serait pas greffé à la vie de celui qui se prétend artiste ne vaut rien : « Confessez-vous à vous-même : mouriez-vous, s'il vous était défendu d'écrire ? »


Et partant de là, Rainer Maria Rilke énonce ce qui constituera également un des fondements de l’art de la critique littéraire de Walter Benjamin : « Une œuvre d'art est bonne quand elle est née d'une nécessité. C'est la nature de son origine qui la juge ».


Les lettres de Rainer Maria Rilke ne méritaient peut-être pas d’être rapprochées des lettres de leur destinataire car leur contenu est universel : c’est comme si le poète se parlait à lui-même et que sur une idée, une question ou un poème de son correspondant, il était capable de s’épancher des pages durant. Rainer Maria Rilke ne communique jamais vraiment, seule sa poésie et son art littéraire lui permettent de s’entretenir avec ses semblables, au moins dans la forme.




Solitude, tout n'est que solitude...

Citation :
« Il est donné à [l’homme de la solitude] de reconnaître que toute beauté, chez les animaux comme chez les plantes, est une forme durable et nue de l’amour et du désir. Il voit les animaux et les plantes s’accoupler, se multiplier et croître, avec patience et docilité, non pour servir la loi du plaisir ou de la souffrance, mais une loi qui dépasse plaisir et souffrance et l’emporte sur toute volonté ou résistance. Fasse que ce mystère, dont la terre est pleine jusque dans ses moindres choses, l’homme le recueille avec plus d’humilité : qu’il le porte, qu’il le supporte plus gravement ! Au lieu de le prendre à la légère, qu’il ressente combien il est lourd ! Qu’il ait le culte de sa fécondité. Qu’elle soit de la chair ou de l’esprit, la fécondité est « une » : car l’œuvre de l’esprit procède de l’œuvre de chair et partage sa nature. Elle n’est que la reproduction en quelque sorte plus mystérieuse, plus pleine d’extase, plus « éternelle » de l’œuvre charnelle. »


Citation :
« Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine et que la plainte qui vous en vient soit belle. Vous dites que vos proches vous sont lointains ; c’est qu’il se fait un espace autour de vous. Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant ; personne ne peut vous y suivre. "


Citation :
« [...] il n'y a qu'une solitude, et cette solitude-là est grande et n'est pas facile à porter ; presque tous connaissent des heures où ils aimeraient l'échanger contre une quelconque communauté, si banale et de si peu de prix fût-elle, contre le semblant d'un piètre accord avec le premier venu, avec le moins digne... Mais c'est peut-être justement en ces heures que la solitude croît ; car sa croissance est douloureuse comme la croissance des garçons, et triste comme les débuts de printemps. Mais cela ne doit pas vous égarer. Ce qui fait défaut, ce n'est jamais que ceci, la grande solitude intérieure. Rentrer en soi-même et, des heures durant, ne rencontrer personne - voilà ce qu'il faut pouvoir atteindre. »


*Photo d'Acacia Johnson

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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Lun 27 Juil 2015 - 22:09

La lecture de Carnets de Malte Laurids Brigge m'avait passablement agacée (l'envie de jeter le livre contre le mur en criant "Mais je m'en fous !", si bien que je n'ai pu continuer. Mais c'est Lettres à un jeune poète qui revient souvent pour une prochaine tentative, merci pour ton commentaire, Colimasson.

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"Un instant, Ulrich hésita. Il était sans aucun doute un homme croyant, mais qui ne croyait à rien ; sa dévotion la plus totale à la science n'était même pas parvenue à lui faire oublier que la beauté et bonté des hommes proviennent de ce qu'ils croient, et non point de ce qu'ils savent." L'homme sans qualités, Robert Musil

Un long week-end avec Marcel Proust (Ronald Frame)
Le roman d'un enfant - Prime jeunesse (Pierre Loti)
La Trêve (Primo Levi)
Les Brigands (Friedrich von Schiller)
Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire) (relecture)
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MessageSujet: Re: Rainer Maria Rilke [Republique tchèque]   Jeu 30 Juil 2015 - 20:27

Jamais entendu parler de ce livre destroyé contre un mur (au moins dans tes rêves)... Il a de petits côtés agaçants le Rainer, mais il écrit des choses qui tombent juste, parfois. Si tu essaies, on se retrouve ici bientôt alors.

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