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 Dany Laferrière

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Dany Laferrière   Sam 1 Mar 2008 - 22:09



Dany Laferrière est celui qui déclencha en moi la certitude de ma vocation d'écrivain. C'est un genre d'alter ego.

Cet écrivain d'origine haïtienne, a immigré en 1976 à Montréal. Il écrivit en 1985 Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer. Un film suiva de peu la publication de ce livre.

Dany est intéressant dans la mesure où il fait de l'intertexte, nous en apprend beaucoup sur d'autres écrivains qui l'inspirent. Il nous donne des pistes. De plus, sa condition immigrante, son sens du paradoxe et son ancrage profondément américain font qu'il nous mène, à travers ses multiples exils, à entrevoir des pans de son identité fragmentée, quelque part entre la ville et la campagne, citadin et banlieusard, lui qui a déjà vécu à Montréal, Miami et New York si je me souviens bien...

Dany Laferrière est un perpétuel clin d'oeil littéraire. Ne se prend pas au sérieux, et c'est le "dany boy" de la littérature québécoise, car il se veut avant tout écrivain du monde et non cantonné à un coin particulier, que ce soit québécois, de la francophonie ou des écrivains de la négritude... Ça ne l'empêche pas non plus de parler de condition noire.
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Dim 2 Mar 2008 - 12:13

Ca tombe bien ce fil, je voulais découvrir cet auteur depuis un moment et je lirais bien son nouveau roman (qui sort la semaine prochaine):

Citation :
RÉSUMÉ : Montréal. Un homme mène une vie des plus tranquilles jusqu'au jour où il reçoit la visite du vice-consul de l'ambassade du Japon qui lui apprend sa célébrité à Tokyo depuis qu'il a annoncé qu'il écrivait un livre "Je suis un écrivain japonais".

Je viendrai donner mon avis!
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Mar 4 Mar 2008 - 2:40

Dany Laferrière a vécu la dictature en Haïti. Il en parle dans son oeuvre, à certains moments. Mais parfois, la briéveté d'une citation est bien plus poignante qu'une longue page travaillée.

Dans Le cri des oiseaux fous (2000) à la page 319,

"Dix ans plus tard, à Montréal, un coup de téléphone coupe la nuit en deux. (...) La mort de mon père. La douleur de ma mère. L'accent de l'exil. Ma vie d'homme commence."

Enfin, pour prendre une saveur plus locale, il a écrit dans Chronique de la dérive douce, recueil de vers paru en 1994, à la page 13 :

"On prépare les élections
pour novembre prochain
J'apprends en même temps
que le Québec est une province
et non un pays comme je l'ai toujours cru,
que le hockey est un sport
qui se joue sur la glace
et que la tourtière n'est pas
un piège pour les oiseaux.
Le chauffeur de taxi haïtien me balance
tout ça en roulant vers le nord."
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Jeu 5 Juin 2008 - 18:46

Je suis un écrivain japonais
2008, Grasset

C'est drôle que tu parles d'"alter ego", jack-hubert bukowski! Wink Voilà un livre qui m'a plu d'emblée car il met justement en scène un double de l'auteur. J'avais aimé le procédé dans le (très différent) Lunar park de Bret Easton Ellis.

Le double de Dany Laferrière a comme lui la cinquantaine, il est Haïtien et vit au Québec. Surnommé par Kurt Vonnegut "le plus rapide titreur d'Amérique", il déclare un jour à son éditeur que son prochain roman sera intitulé "Je suis un écrivain japonais".

Dans cette existence alternative, le plus improbable et saugrenu devient possible:
Comme se rendre compte de la véritable nature de Björk; suivre partout un groupe de Japonaises branchées et filmer leurs embrouilles amoureuses; acheter des zakouskis à la Belle Hélène, serveuse au resto grec; s'identifier au haikiste vagabond Bashô du fond de sa baignoire; se faire inviter à dîner par M. Mishima et M.Tanizaki, membres de l’ambassade du Japon; rencontrer un Haruki Murakami gay, puis Shônagon, la femme de son meilleur ami; se faire léguer les bottes de Richard Brautigan par un serial killer gaspésien...
Et pendant ce temps, dans un Japon "obsédé par la question identitaire" et en proie au retour du nationalisme, le titre provocant de ce futur roman fait scandale, son auteur devient une célébrité et l'affaire prend des proportions délirantes...

Sous la forme d'une mise en abyme intelligente et drôle, pleine de clins d'œil et étonnamment facile et agréable à lire, ce roman explore le thème de l'identité littéraire et de l'identité tout court.
"Je l'ai fait pour [...] montrer qu'il n'y a pas de frontières. J'en avais marre des nationalismes culturels. Qui peut m'empêcher d'être un écrivain japonais ? Personne." déclare Laferrière par le biais de son double.

Citation :
Mettons-nous d'accord. Je n'ai jamais été obsédé par Mishima. Adolescent, j'étais tombé sur un de ses romans au fond de la vieille armoire en même temps qu'une bouteille de rhum. D'abord une longue coulée de feu. J'ouvre ensuite le livre (Le Marin rejeté par la mer) et un essaim de voyelles et de consonnes survoltées me sautent au visage. Cela faisait longtemps qu'elles attendaient de la visite. Et dans ce cas-là, on ne fait pas le tri. On ne regarde pas à la couleur. Le livre de Mishima s'est pas dit "tiens, voilà un bon vieux lecteur japonais". Et moi, je n'ai pas cherché un regard complice, des couleurs reconnaissables, une sensibilité commune. J'ai plongé dans l'univers proposé, comme je le faisais si souvent dans la petite rivière pas loin de chez moi. J'ai à peine fait attention à son nom, et ce n'est que bien longtemps après que j'ai su que c'était un Japonais.
[...]
Je suis étonné de constater l'attention qu'on accorde à l'origine des écrivains. Car, pour moi, Mishima était mon voisin. Je rapatriais, sans y prendre garde, tous les écrivains que je lisais à l'époque. Tous. Flaubert, Goethe, Whitman, Shakespeare, Lope de Vega, Cervantès, Kipling, Senghor, Césaire, Roumain, Amado, Diderot, tous vivaient dans le même village que moi. Sinon, que faisaient-ils dans ma chambre? Quand, des années plus tard, je suis devenu moi-même écrivain et qu'on me fit la question: "Etes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone?" je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais.
(p.28-29)

Des propos auxquels j'adhère complètement et qu'il m'a plu de retrouver aussi intelligemment exprimés ici !
Je compte poursuivre la découverte de l'oeuvre de Laferrière avec Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer...
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Sophie
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Jeu 5 Juin 2008 - 20:41

Nezumi a écrit:
Je compte poursuivre la découverte de l'oeuvre de Laferrière avec Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer...

Je me le suis offert en métropole, j'en ai lu les 1ères lignes et c'était plutôt très bien parti.
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Jeu 5 Juin 2008 - 21:04

Allez, ce mois-ci, il faut qu'on réussisse à le faire élire dans les auteurs de juillet ! Wink
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Ella
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Lun 16 Juin 2008 - 10:04

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

Un titre provocateur, mais une quatrième de couverture qui m'avait donné envie de me plonger dans ce livre :
Citation :
Premier livre de Dany Laferrière, satire féroce des stéréotypes et des clichés racistes. "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer" se présente comme la joyeuse description d'une vie de bohème, version black.

En fait de dénonce des clichés racistes, il se trouve que ce texte, qui n'est que la narration des fantasmes sexuels du narrateur/de l'auteur, est lui-même très nettement teinté de racisme et dénote un profond mépris de la femme blanche...
Il n'y a même pas de réflexion, c'est assez primaire, superficiel, vide.

Le seul bon point c'est la forme, car c'est écrit avec humour, c'est assez agréable à lire, et il y a beaucoup de références littéraires et de Jazz ..., mais qui ne se justifient pas vraiment (pour montrer que l'auteur est cultivé ?...)

Il s'agissait du premier roman de Dany Lafférière, peut-être s'est il amélioré par la suite ?

Une interview de l'auteur lors de la sortie du livre : ici
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Sophie
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Lun 16 Juin 2008 - 10:22

Ella, je suis en train de lire ce roman et je ne le prends pas de la même façon que toi.
Moi, je trouve ce roman drôle, mais pas spécialement méprisant vis à vis des femmes blanches.
J'ai plutôt l'impression qu'il montre les travers du racisme.
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Ella
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Lun 16 Juin 2008 - 10:57

Oui, moi aussi au début.
Mais attends d'être arrivée à la fin, d'avoir un peu de recul.
J'ai trouvé que ça devenait de plus en plus lourd.

Extrait, page 132
Citation :
Toilettes pour hommes. Deux nègres pur ébène.
Le premier Nègre
Avec ces filles, frère il faut être vif, sinon elles te filent entre les doigts.
Le deuxième Nègre
C'est comme ça
Le premier Nègre
Elles sont ici pour voir du Nègre, il faut donc leur donner du Nègre
Le deuxième Nègre
Qu'est ce que c'est que "du Nègre" ?
Le premier Nègre
Ecoute frère, fais pas le malin, t'es ici pour baiser c'est ça ? T'es venu pour baiser une Blanche, n'est ce pas ? Eh bien c'est comme ça
Le deuxième Nègre
Pourquoi est ce qu'une femme ... ?
Le premier Nègre
Il n'y a pas de femmes ici, il y a des Blanches et des Nègres, c'est tout.
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Mar 24 Juin 2008 - 8:23

Laferrière est assez Petit prince en même temps qu'il prend son ton de Bukowski ou d'immigrant, de Nègre, si vous voulez... Je ne vois pas de mépris, je vois tout simplement une provocation. Comme pour nous inciter à dépasser cette image, d'où l'utilisation de l'expression de l'écrivain japonais.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Jeu 17 Juil 2008 - 14:54

Avec «Je suis un écrivain japonais», le Québécois d'origine haïtienne Dany Laferrière signe un roman faussement autobiographique, dédié à «tous ceux qui voudraient être quelqu'un d'autre». Un antidote redoutable contre le narcissisme, le racisme et tout autre repli identitaire.

CORINA ClOCÂRLIE
Le Jeudi, 17/07/08


Depuis Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer? (1985), Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit? (1993) ou Comment conquérir l'Amérique en une nuit (2004), l'homme est passé maître dans l'art du captatio. Kurt Vonnegut Jr. aurait même dit à sa femme - qui lui a bien évidemment rapporté le propos - qu'il était le plus rapide «titreur» d'Amérique. Du coup, lorsque son éditeur lui demande des nouvelles du livre qu'il est en train d'écrire, Laferrière lance négligemment son mot de passe par-dessus la pile de manuscrits des autres: Je suis un écrivain japonais. Bref silence, large sourire, marché conclu: 10.000 euros pour cinq petits mots. Et pourtant, dans son cas ce n'est pas une boutade, car ce Québécois originaire de Port-au-Prince se considère vraiment comme un écrivain japonais...

ROMANCIER CAMELEON

Persuadé qu'«on naît d'un endroit».et qu'après seulement, «on choisit son lieu originel», le romancier caméléon explique très sérieusement sa démarche. A chaque fois que, lors d'un festival ou d'un colloque, on lui pose l'incontournable question «Etes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone?», il répond qu'il prend la nationalité du lecteur; en d'autres mots, quand un Japonais le lit, il devient automatiquement un écrivain japonais. Entre parenthèses, il rappelle que, lorsque quelqu'un n'est pas retourné chez lui depuis si longtemps, son origine perd de la pertinence: «A quoi sert d'être d'un pays dont on ne parle même plus la langue?»
Pour résumer, Laferrière - ou plutôt son alter ego romanesque - parle sans avoir jamais été au Japon, se servant uniquement des clichés qu'il trouve dans les magazines féminins, achetés à 25 centimes la pièce. Ravi de tenir quelques noms de filles, un titre, des voix, une ville qu'il connaît trop bien - Montréal - et une autre qu'il ne connaît point - Tokyo -, il finit par croire qu'il n'a besoin de rien d'autre pour écrire un roman. «Dès que quelqu'un traverse mon champ de vision, il devient un personnage de fiction.»

Cela dit, ses ennuis ne font que commencer. »Quand on a le titre, le plus gros de l'ouvrage est fait. Mais il faut quand même écrire le livre.» Or, c'est justement là que le bât blesse, A l'euphorie inhérente à la signature du contrat succède le syndrome de la page blanche. Il en résulte «une angoisse diffuse qui nous accompagne partout, même à la poissonnerie».

Quand il n'écoute pas la chanteuse Midori au café Sarajevo, le meilleur titreur d'Amérique lit Mishima sous les draps et Basho dans un restaurant minable de la rue Saint-Laurent. Sans bouger de sa ville, sans même bouger dans sa ville, sauf pour passer la soirée avec une bande de Japonaises déjà lurées, il reste collé aux semelles d'un moine-poète du dix-septième siècle lors de son dernier voyage: alors que la société de consommation pousse à l'accélération de toutes choses - y compris drogues, violence et pornographie, Basho, lui, envisage la marche comme «une façon de se laver de toute ta crasse de cette réalité. Le haïku n'est qu'un petit savon bon marché».

Pris dans le manège érotique de Noriko, Hideko, Fumî, Eiko, Haruki et compagnie, le narrateur tâche de s'arranger pour bien distribuer les rôles et les temps de parole. Les mangas, le suicide et les migraines de la bande à Midori, c'est un Japon inventé qui ne regarde personne d'autre que lui. Sa devise est celle d'un démiurge postmoderne: «Je crée quelque chose, et j'y crois après

AFFAIRE D'ETAT

Quand le conseiller culturel de l'ambassade nippone à Montréal s'inquiète du fait qu'un Québécois s'apprête à écrire un livre sur le Japon, la crise de nerfs n'est pas loin: «Ecoutez, je n'écris pas sur le Japon, monsieur... J'écris sur moi... C'est moi le Japon.» Bien évidemment, les autorités de Tokyo n'entendent rien à ses explications, car il faudrait, n'est-ce pas, que les artistes occidentaux cessent une fois pour toutes de s'intéresser uniquement aux geishas et aux cerises. Les médias, de leur côté, s'emparent rapidement de cette histoire d'un Noir qui, à Montréal, se prend pour un écrivain japonais, le comparant - excusez du peu! - au personnage de Kafka, métamorphosé en cafard à son réveil.

Pendant ce temps, l' »imposteur» poursuit son aventure littéraire - qui n'en est pas une, puisque l'inspiration n'est toujours pas au rendez-vous. En attendant le déclic, il multiplie les ruses pour ne pas payer son loyer à un concierge acariâtre, côtoie un assassin et enchaîne les interrogatoires policiers. S'il change souvent de tanière, c'est pour ne pas être identifié à un lieu précis: «Je brouille les pistes. Cible mobile dans la ville scintillante.« Sinon, toute son énergie créatrice semble vouée à tenter d'échapper aux bons conseils de M. Mishima, vice-consul du pays du Soleil-Levant, qui insiste pour lui faire découvrir un vrai restaurant japonais alors que lui, justement, déteste l'authenticité sous toutes ses formes - la vraie cuisine, les vraies gens, la vraie vie. «Rien de plus faux. La vie est un concept d'ailleurs

Du côté de Tokyo, l'imbroglio grandit Un important critique voit un risque pour la réputation de la littérature nippone si le livre à venir s'avère mauvais, alors qu'un avocat s'en va dire à la télé que le mot «japonais» appartient à l'Etat japonais qui ne l'accorde qu'à ses citoyens légitimes: «Tout le monde ne peut pas devenir japonais à volonté

Parti de rien, Dany Laferrière crée une situation délicieusement absurde, qu'il monte en épingle afin de livrer une réflexion malicieuse sur la double vie de l'écrivain et le double statut de la fiction. Son personnage y prend goût, ça l'amuse d'être célèbre au Japon pour un livre qu'il n'a pas écrit, mais il commence à avoir faim. D'où la conclusion, parfaite pour ce best-seller qui ne verra sans doute jamais le jour: «Dans la vie, on prend toujours le mauvais chemin au bon moment

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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Dim 8 Nov 2009 - 11:35

Un écrivain et son prix
Dany Laferrière - prix Médicis
(La Presse - Nathalie Petrowski) article intéressant
Citation :
Depuis plusieurs semaines déjà, son ami et éditeur Pascal Assathiany souriait en coin en humant l'air. Quelque chose me dit, disait-il en indiquant son nez. Lui disait quoi? Que les planètes étaient bien alignées et les vents favorables à l'entrée de Dany Laferrière dans la grande famille des prix Médicis après Marie-Claire Blais, Claude Mauriac, Bernard-Henri Lévy, Elie Wiesel, Andreï Makine, Yves Berger, Christiane Rochefort et tant d'autres depuis la création du prix en 1958.

Dany aussi devait le savoir, ou du moins le sentir, mais il n'en soufflait mot à personne, se contentant de répéter qu'il n'avait pas écrit L'énigme du retour ni aucun autre de ses romans pour gagner des prix. Ah non? Pas si sûre.

Je connais Dany Laferrière depuis 25 ans. Et depuis 25 ans, je le vois faire son chemin dans la littérature, pas seulement en écrivant 19 formidables romans qui reposent encore tous bien en évidence dans ma bibliothèque. Je le vois faire du chemin au sens de poser des gestes, prendre des directions, faire des choix dans le seul but de construire quelque chose comme une oeuvre littéraire. En cours de route, je l'ai vu s'éparpiller sous la lumière, faire le clown et se donner en spectacle. Je l'ai vu dériver doucement vers une vie plus facile et plus grégaire que l'exil imposé par la littérature. Je le comprenais. Après tout, écrire dans ce pays ne fait pas vivre son homme, encore moins sa femme et ses enfants. Mais surtout écrire dans ce pays finit parfois par ressembler à un exercice vide de sens. L'écrivain n'a pas le plus grand des statuts ni la plus grande des légitimités. À force de sortir année après année des livres qui rejoignent sensiblement toujours les mêmes, tout le monde finit par se lasser, l'écrivain le premier.

Dany s'est lassé et s'est détourné de son oeuvre en faisant mille et une autres choses. Et puis, au dernier moment, quand son image à la télé, sa voix à la radio, son film ou son commentaire éclairé ont pris une si grande place que la place de l'écriture en a été menacée, il est revenu vers la littérature comme on revient à la maison.


Toute sa vie, Dany n'a cessé de tracer son chemin dans la littérature, d'abord en quittant Port-au-Prince pour Montréal, puis Montréal pour Miami, puis en faisant semblant qu'il quittait la littérature, qu'il la plaquait comme une maîtresse éreintante au contact de laquelle il s'était progressivement vidé de son sang. Il quittait tellement la littérature qu'il a écrit Je suis fatigué pour le prouver. C'était censé être son dernier livre à jamais.

«La plupart des gens que je connais rêvent d'écrire. Moi, mon rêve, c'est de ne plus écrire. Je suis fatigué de gratter du papier. Fatigué de barboter dans l'encre. Fatigué aussi de regarder la vie à travers la feuille de papier.»

La rupture a duré cinq ans. Cinq années où Dany a réécrit ses livres tout en signant une chronique dans La Presse. Comme un toxico incapable de vivre sans sa drogue dure, Dany n'a jamais vraiment quitté la littérature ni perdu de vue l'édification de son oeuvre. Il avait beau se montrer cool et nonchalant, j'ai toujours soupçonné que l'élégant détachement cachait un orgueil féroce et un désir furieux de consécration. La preuve de cela, il la glisse dans Je suis fatigué quand il écrit au sujet des gens qui déplorent sa décision de ne plus écrire: «Calmons-nous, les gars. Ce n'est quand même pas Marquez ou Naipaul qui annonce qu'il n'écrit plus. Ce n'est que Laferrière.» À mes yeux, un écrivain qui écrit une telle énormité à son sujet nous dit en fin de compte: «Un jour, vous allez voir, un jour, je vais vous montrer que je ne suis pas que Laferrière. Je suis quelque chose comme un grand écrivain.» Ce jour-là est enfin arrivé. Bravo mon cher Dany. Ce prix-là, tu l'as voulu autant que tu l'as mérité.
Un écrivain et son prix
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Jeu 17 Déc 2009 - 10:37

Je viens de commencer ce livre, au stade où j'en suis j'aime beaucoup. :)
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Jeu 17 Déc 2009 - 11:28

la-lune-et-le-miroir a écrit:
Je viens de commencer ce livre, au stade où j'en suis j'aime beaucoup. :)
Il faudrait bien que je m'y mettre aussi. Petit passage en biblio.
Bonne lecture "La-lune-et-le-miroir" content
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MessageSujet: Re: Dany Laferrière   Lun 4 Jan 2010 - 11:07



L'énigme du retour

Un roman, L'énigme du retour de Dany Laferrière ? Plutôt un long poème en prose, composé de strophes aériennes sans rimes mais pas sans oraison (on peut penser aussi à des sortes de haïkus). Le retour à Haïti, terre natale, après la mort du père, est l'occasion pour Laferrière d'un bilan de vie. Et de retrouver des sensations perdues depuis plus de trente ans, de rencontrer des hommes et des femmes de son pays, riches (très peu), pauvres (la plupart), dignes malgré les difficultés. Ce livre indolent, poussé par le vent caraïbe, dit pourtant la faim, la violence, le désir, la misère la plus grande du quotidien haïtien. Laferrière, comme tout exilé, n'est plus vraiment chez lui dans le pays de son enfance, il est voyageur dans ses propres souvenirs, étranger malgré lui. L'énigme du retour est un roman superbe, les voiles gonflées d'une écriture limpide et suave, comme un songe éveillé, riche de parfums et de sensations luxuriants.

"On naît quelque part
Si ça se trouve
On va faire un tour du monde
Voir du pays comme on dit
Y rester des années parfois
Mais, à la fin, on revient au point de départ."
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