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 Liu Xinglong [Chine]

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Le Bibliomane
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MessageSujet: Liu Xinglong [Chine]   Jeu 22 Fév 2007 - 6:20



Liu Xinglong est né en 1956 à Huangzhou (Hubei) et à commencé à écrire en 1984, après avoir passé dix ans à travailler comme ouvrier et paysan dans des régions reculées du sud de la Chine. Il est également l'auteur de "Croquants de Chine" et de "La déesse de la modernité."


Du Thé d'hiver pour Pékin. Liu Xinglong

Le roman de Liu Xinglong se déroule quelque part en Chine du sud, peut-être dans la province de Hunan ou de Hubei. Loin des mégapoles acquises à l'économie de marché, la vie des paysans du cru, entre simplicité et dénuement, encore empreinte de traditions millénaires, est rythmée par le déroulement des saisons et les réunions du Parti. C'est au cours d'une de ces réunions qu'un responsable local, soucieux de plaire et de courtiser les instances supérieures de Pékin, décide d'offrir à ceux-ci du thé cueilli en plein hiver, sous la neige. Cette décision aberrante, qui va à l'encontre du bon sens et du rythme naturel de la culture des théiers, devra être exécutée par les paysans, bon gré mal gré, sous peine de se voir retirer les fonds de secours distribués annuellement.
Shi Debao, chef d'un des villages désignés pour accomplir cette absurde résolution, sera chargé de faire exécuter les consignes. Tiraillé entre l'obéissance aveugle qu'il doit à sa hiérarchie et la mission déraisonnable qu'il doit imposer à ses villageois, il devra composer avec les uns et les autres afin de relever ce défi.

« Du Thé d'hiver pour Pékin » est une tragi-comédie ubuesque sur les mécanismes absurdes et ridicules d'une idéologie désuete qui tente de composer avec le monde contemporain et décide pour cela de « familiariser le peuple avec la notion de rentabilité économique » tout en conservant les théories absurdes et éculées de l'ère du Grand Timonier. C'est bien évidemment l'occasion de voir défiler la pathétique galerie de portraits de petits responsables locaux du Parti, bureaucrates arrivistes et serviles, prêts à toutes les compromissions pour flatter leurs supérieurs, parasites corrompus et stupides qui ne reculent devant rien pour assouvir leurs petits rêves de réussite.
Le roman de Liu Xinglong est un instantané de la vie contemporaine dans les provinces chinoises, là où l'économie de marché ne profite qu'à certains, toujours les mêmes, et laisse une fois de plus au bord de la route les plus humbles pour qui les changements politiques, quels qu'ils soient, n'apportent une fois encore que désillusions, misère et frustration.
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MessageSujet: Re: Liu Xinglong [Chine]   Lun 7 Déc 2015 - 23:46


Couverture : (c) Tang Zhigang. Galerie Loft.


- Du Thé d'hiver pour Pékin. (Tiaodan chaye shang Beijing, 1997). Traduit du chinois par Françoise Naour en 2004. Bleu de Chine. 118 pages. Prix Lu Xun de la novella.
Après une courte introduction et une liste des personnages (dont on n'aura finalement pas forcément besoin, il n'y en a pas tant que cela, et on n'est jamais perdu), ce court roman (une novella) commence ainsi :
Citation :
"Le vent du Nord, la première vraie giclée de l'année, avait commencé à souffler la veille, à la tombée du jour, et ça avait duré toute la nuit ; le lendemain, au réveil, on entendait sur la terre nue la cavalcade exténuée des feuilles mortes, un galop grêle et désolé." (page 13).
L'histoire se déroule dans la campagne chinoise profonde du Hunan, dans les années 1990. On est loin des buildings et d'un quelconque boom économique.
Notre héros, Shi Debao, est chef d'un petit village. Ça n'est pas facile, il faut en passer par les caprices des supérieurs, ceux du Bourg, dont le chef s'appelle Ding.
Shi Debao se rend au bourg où a lieu une réunion des chefs de villages des alentours.
Citation :
"Tandis que, du haut de son perchoir, Ding abordait maintenant les questions diverses, Shi Debao, lui, au pied de l'estrade, écoutait en rêvassant. Désormais, disait Ding, les semailles d'hiver étaient faites, le moment était venu de s'occuper du programme d'aménagement hydraulique." (page 26).
Puis vient la question des tâches assignées à chaque village. Shi Debao apprend que son village doit "remettre au Bourg deux à trois livres de feuilles de thé" (page 27). Pourquoi tant de battage pour si peu ?
Citation :
"Les feuilles de thé en question devaient être cueillies cet hiver, aux premières neiges, et le choix du moment était capital, ne pouvait être discuté ! L'énoncé de telles exigences sema la stupeur dans l'assistance, on se regardait, sidéré. Quelqu'un osa pourtant poser la question qui les tourmentait tous : le thé, on l'avait toujours cueilli au printemps et en été ; si on se mettait à le cueillir l'hiver, est-ce qu'on risquait pas de violer les lois de la nature ? Ding alors expliqua que ces dispositions avaient été prises, non par lui, mais par le District, qu'il s'agissait d'une tâche politique et que, pour cette raison, elle devait être accomplie intégralement, à cent pour cent et même davantage ! Il lui restait encore, en tant que chef du Bourg à exprimer une recommandation qui les concernait tous : l'affaire ne devait pas être ébruitée, de peur que des éléments extérieurs malintentionnés n'en donnent une image défavorable !" (pages 27-28).
Comment les chefs de village vont-ils pouvoir annoncer une telle nouvelle chez eux ? Au prochain tour, ils perdront aux élections, ça ne fait pas de doute !
Perturbés, songeurs, les chefs de village partent manger ensemble.
Citation :
"Le feu commençait tout juste à prendre et le charbon de bois puait la pisse de chat à plein nez, odeur que tous s'accordèrent à trouver appétissante - Shi Debao, pour sa part, y était accoutumé vu que, chez lui, le chat ne pissait jamais ailleurs que sur la réserve de charbon de bois ; sans doute en allait-il de même dans chaque maison du village puique, dès que l'hiver arrivait, dès que les gens commençaient à se chauffer et que s'allumaient les feux du charbon de bois, cette odeur, dense et fétide, envahissait tout." (pages 29-30).
Ils discutent.
Citation :
"On râlait ferme : c'est pas parce qu'on léchait les bottes des dirigeants qu'il fallait maintenant cracher sur les tombes des ancêtres ! D'autant qu'on était bien placé pour savoir que, l'hiver venu, les théiers sont intouchables : sans parler de couper les petites feuilles en bourgeons, l'élément vital, même les vieilles feuilles, il faut pas y toucher ! Sinon, aux premières gelées, malheur ! Si les théiers ne mouraient pas, faudrait des années et des années pour qu'il se remettent à vivre comme avant..." (page 30).
On voit l'évolution de la société chinoise :
Citation :
"maintenant, le travail et la gestion, tout l'entretien des champs de thé dépendaient de la responsabilité des particuliers. Il leur était demandé de cueillir du thé en hiver, autant dire de casser de leurs propres mains leur propre bol de riz !" (page 31)
. Quand les champs appartiennent à la collectivité, on hésite moins...

Shi Debao doit faire preuve d'imagination pour éviter que son village se fasse exploiter par les dirigeants du Bourg et autres pique-assiette (par exemple la Délégation de membres du Bureau de la Culture du chef-lieu du District).... Outre la bureaucratie et le pouvoir des petits chefs, il est aussi parfois confronté au poids des traditions. Ainsi, son père l'empêche d'aller vider le seau hygiénique de sa femme malade : ce n'est pas le boulot d'un homme, ça !


Du Thé d'hiver pour Pékin est un excellent petit livre, très vivant et souvent amusant. Et, en même temps, on perçoit terriblement bien, sans aucun misérabilisme, les difficultés de la vie quotidienne dans cette campagne chinoise.
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