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 Philippe Jaccottet

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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Ven 9 Mai 2008 - 18:08

CE PEU DE BRUIT

Philippe Jaccottet a toujours fui le tapage médiatique, il est pourtant l'un des plus grands poètes de notre temps. Discret , il est le poète épris de dépouillement et... de silence.
« L'effacement soit ma façon de resplendir » écrivait-il déjà en 1950 dans L’ignorant.

Il a aujourd’hui 83 ans et vient de surmonter une dépression provoquée par les deuils successifs et rapprochés de plusieurs êtres chers (dont les écrivains André du Bouchet et Louis-René des Forêts)…et même de sa chatte «une petite âme en chaussons de fourrure, peu de chose, mais tout de même».
«Comment dire cela? On a touché à quelque chose de si froid que toute l'année en est atteinte, même au coeur de l'été».

Tous ces deuils l’ont précipité dans « le ravin »…Il n’écrivait plus…Il avait presque fait le deuil de lui-même :
« L'épaule qui grince comme un gond rouillé. Douleur même insignifiante encore qui pourrait s'aviver ; comme il en est qui annoncent que la mort a commencé de vous faire sentir sa poigne »

Il s’est accroché au fond du « ravin » à «Ce peu de bruits, qui parviennent encore jusqu'au coeur». Ce peu de bruits qui l'ont ramené à la vie.
La musique ((Bach, Schubert...)…
Les écrivains qui «le hantent merveilleusement» : Hölderlin, Rilke, Kafka, Handke, Keats, Kafka, Chateaubriand, Leopardi …
Ces quelques écrivains qui vous font honte d’écrire après eux” .

Il s’est aussi tourné (comme toujours) vers la nature, celle de la Drôme (il habite à Grignan). Elle a tenu en échec son désespoir. Il y a trouvé son réconfort. Dans la lumière, les couleurs et leurs nuances, le vent, les feuilles, le chant des oiseaux…dans « Cette sorte de sourire que sont parfois aussi les fleurs, au milieu des herbes graves. »…dans « Le don, inattendu, d'un arbre éclairé par le soleil bas de la fin de l'automne ; comme quand une bougie est allumée dans une chambre qui s'assombrit. »
Et puis, dit-il : « A partir de 2006, l'envie d'écrire est revenue, ma curiosité pour le monde, qui s'était émoussée, s'est un peu réveillée.»

Des notes, des poèmes, des citations, des références…Ce qu'il nous offre dans Ce peu de bruits, ce sont des «bribes ultimes sauvées dans un ultime effort du désastre, comme par quelqu'un qui, se sentant glisser sur une pente de plus en plus scabreuse, se raccroche aux dernières maigres plantes assez tenaces pour le retenir encore quelques instants au-dessus du précipice».

Chacune de ses « paroles tenant à la terre par leur tige invisible »
« Ce peu de bruits qui parviennent encore jusqu’au cœur, cœur de presque fantôme.
Ce peu de pas risqués encore vers le monde dont on dirait qu’il s’éloigne, quand c’est plutôt le cœur qui le fait, de mauvais gré.
Pas de plainte là-dessus toutefois, rien qui couvrirait les ultimes rumeurs ; pas une seule larme qui brouillerait la vue du ciel de plus en plus lointain.
Paroles mal maîtrisées, mal agencées, paroles répétitives, pour accompagner encore le voyageur comme une ombre de ruisseau. »


Philippe Jaccottet confie son désarroi face à la mort :
« Imagine quelqu'un d'enfermé dans une pièce hermétiquement close, sans issue possible, sans aucune porte ou fenêtre à fracturer, pire qu'une geôle dans un "quartier de haute sécurité" - et qui y découvrirait soudain, invisible jusqu'alors, un fauve, ou un ennemi sans pitié, ou rien qu'une ombre agressive, avançant lentement vers lui. Ce qui est radicalement sans issue, imparable, inéluctable. Tel est le combat, radicalement inégal, de l'agonie. Tel du moins il était, puisqu'on peut désormais nous l'épargner, ou en atténuer, artificiellement, les morsures. »

Son livre est crépusculaire mais Philippe Jaccottet tient à préciser qu’il «se termine tout de même sur des images d'enfance, de fraîcheur, de matinée»...

L'auteur de L'Effraie écrivait déjà dans Pensées sous les nuages:
«Des passants. On ne nous reverra pas sur ces routes, pas plus que nous n'avons revu nos morts»

Non, le nouveau livre de Philippe Jaccottet ne fera pas beaucoup de bruit.
« On ne fait pas de bruit
dans la chambre des morts »

Mais « peu de bruits » ce n’est pas le silence. Et la prose poétique de Philippe Jaccottet , dépouillée est précieuse …d’autant plus précieuse…

Dans Le Monde :
Jamais, en près de soixante années, la poésie de Philippe Jaccottet (né en Suisse en 1925) ne fut bruyante, impérative. Jamais elle ne chercha à parler plus haut que le simple chant d'un oiseau, à donner de la voix pour couvrir le silence d'un paysage. A l'envers de cela, dès le milieu des années 1950, cette constatation :
« Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance
plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.
»
( L'Ignorant- 1950)

A propos des écrivains qu’il cite dans Ce peu de bruit , Philippe Jaccottet dit:
«En citant ces textes, j'ai voulu rassembler des preuves, non, plutôt des ébauches de preuves, qui ne montrent pas que la vie a un sens, mais qui vont contre le fait qu'il n'y en aurait pas.»
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Ven 9 Mai 2008 - 18:11

Ce peu de bruits: (extraits)

« J’assiste avec une sorte de bonheur à l’envol rapide des feuilles détachées des branches par un vent du nord très violent qui fait scintiller celles qui restent encore aux arbres. Cela me rappelle quelque chose à propos des oracles de la Sibylle.
Au chant VI de l’Énéide, en effet, Virgile fait dire à Énée, venu consulter la Sibylle de Cumes : « Seulement, ne confie pas tes vers prophétiques à des feuilles qui peuvent s’envoler en désordre, jouets des vents rapides. »
Ainsi s’enrichit notre vision des choses de ce monde. Ces feuilles éparpillées, « jouets des vents rapides », n’avaient plus été rien que des feuilles ; elles portaient en elles, pour mon regard du moins, l’élan des essors d’oiseaux, leur apparence d’ébriété joyeuse, dans un mouvement d’aventure et de conquête bien plus que de fuite et, surtout, de chute. Ce rapprochement suffisait à expliquer « cette sorte de bonheur » que j’avais éprouvé, instinctivement, sans chercher plus loin.
Plus tard seulement, le vague souvenir des vers de Virgile viendrait charger ce bref instant d’automne d’un sens plus lourd ; au-delà du monde visible dont font partie les feuilles et les oiseaux, le regard découvrirait en quoi les paroles peuvent leur ressembler, celles de la poésie et celles qu’un dieu arrachait aux lèvres d’une femme élue par lui pour éclairer les consultants sur l’avenir ; paroles comme les feuilles nourries par une sève montant de l’obscur puis livrées au vent, paroles comme les oiseaux lancées en avant d’elles-mêmes, vers l’inconnu qu’elles prétendaient mesurer. »


.................................................................
« Jour de janvier, ouvre un peu plus grands les yeux,
fais durer ton regard encore un peu
et que le rose colore tes joues
ainsi qu’à l’amoureuse.

Ouvre ta porte un peu plus grande, jour,
afin que nous puissions au moins rêver que nous passons.

Jour, prends pitié. »
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kenavo
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 18 Déc 2008 - 16:19

Philippe Jaccottet au fil des jours

Thierry Clermont
18/12/2008


Alors que son œuvre devrait bientôt entrer dans la « Pléiade », le poète, réputé pour sa discrétion, a accepté d'ouvrir les portes de sa maison.

Il parlelentement, avec une courtoisie qu'on avait crue disparue, souligne ici ou là un mot, une expression en élevant la main, brusquement. On pense à un claquement d'aile. La voix est gravement douce. C'est Philippe Jaccottet. Chez lui, à Grignan, village de la Drôme provençale, entre les derniers coteaux du Tricastin et la route qui mène vers le sud. Le salon de la haute maison de pierre donne sur un jardin éclairé par le soleil bas de novembre : un cyprès fluet, un figuier noir et griffu, des massifs de fleurs, l'ombre d'un kaki. Au loin, la silhouette du mont Ventoux. Aux murs, de nombreuses aquarelles et gouaches, toutes chatoyantes, quelques fusains, œuvres d'amis ou de son épouse Anne-Marie, des photos où se lit un bonheur d'antan…

C'est au début des années 1950 que le couple s'installe à Grignan, fief de la fille de Madame de Sévigné, un peu par hasard : « Cette découverte a été une véritable révélation. Le lieu correspondait à ce que je cherchais : être isolé du monde littéraire parisien et trouver le calme indispensable à l'écriture. Je voulais rompre avec des élans trop lyriques et mener une vie où la poésie ait sa vraie place. Enfin, je pouvais m'étonner d'être ému par si peu de choses, les choses de la nature. Voilà mon véritable temps : celui de la naïveté retrouvée. » Poète coûte que coûte.

Philippe Jaccottet vient de Suisse, de Moudon où il est né en 1925. Âgé d'une vingtaine d'années, il rejoint Paris, puis il se lie d'amitié avec Francis Ponge, André du Bouchet, Pierre Leyris, Gustave Roud, Giuseppe Ungaretti qu'il traduira avec persévérance et passion. Aujourd'hui, il est le poète de langue française le plus connu et reconnu, avec son contemporain Yves Bonnefoy. Une œuvre riche d'une trentaine de recueils aux titres souvent brefs : Requiem, L'Ignorant, Airs, Semaison… Sans oublier son travail de traducteur (« mon gagne-pain d'alors »), qui nous a fait découvrir ou redécouvrir Musil, Rilke, Hölderlin… Et cette magnifique Odyssée d'Homère, dont la traduction fait toujours autorité. Sa notoriété a gagné les écoles, l'université et le programme d'agrégation ; on ne compte plus les études et les exégèses sur son œuvre, avec parfois les excès propres aux zélateurs. Récemment, dans un pavé de 400 pages, un chercheur s'est même obstiné à soumettre Jaccottet à la lumière du mysticisme…

Choc émotionnel

Le couvercle d'un clavecin vert pomme accueille les derniers livres offerts ou acquis, ceux qui lui sont consacrés, entre des CD de Webern auquel il voue une « admiration pleine d'émotions » et un enregistrement de lieder de Schubert. Faiblesse des doigts oblige, il n'en joue plus et ne peut plus accompagner sa femme, qui désormais interprète seule Bach sur son piano droit. Un plaisir que le grand âge lui a volé.

Il est difficile de définir l'écriture de Jaccottet, à la fois concise et immédiate. « Dans ma poésie, il y a peu de place pour la réflexion. Elle est constituée d'émotions mêlées de doutes. D'aucuns ont insisté sur la récurrence de ­certains motifs (fleurs, chants d'oiseaux, lumière, neige…). Soit. Mais pour parler simplement : je fais ce que je peux. Au départ, il y a toujours un choc émotionnel qui suscite une réaction poétique. Le poème constitue le retour élargi, amplifié sur cette émotion. Le langage poétique me permet d'approcher la réalité. En fait, ma poésie est inqualifiable. » Voilà pour le secret de fabrique.

Lentement, l'entretien devient plus animé, presque chaleureux. Quel est donc le quotidien du poète ? Comment s'écoulent les jours, la répétition des heures ? À 83 ans, il a conservé une belle élégance svelte. Dès la poignée de main, on a senti sa verve discrète mais intacte. « Je fais tout pour garder mes capacités d'éveil, mes réflexes intellectuels, mais pour combien de temps encore ?… »

Des journées simples, ponctuées par la lecture de la presse, les informations à la radio, quelques prises de notes, le suivi scrupuleux de la traduction de ses œuvres en italien ou en allemand, le « téléphonage » des amis, le soin du jardin ; et puis l'espacement des promenades, jadis du côté du val des Nymphes ou le long de la Chalerne, l'achat de livres (Grignan compte trois librairies pour 1 200 citoyens, ce qui fait un beau coefficient). Plus rarement, les Jaccottet s'assoient devant le téléviseur, et pour cause : « Les programmes sont consternants de bêtise ! Tous les ministres de la Culture devraient avoir honte de ce qu'ils ont fait depuis vingt-cinq ans. »

Une modestie viscérale

Au fil du temps, l'acte d'écriture s'est raréfié, et le désenchantement guette. L'heure est à « la montée des souvenirs, au poids des rêves ; avec ce grand âge qui est l'âge de la perte des enthousiasmes. Désormais je me sens proche des ombres. »

Il ne parlera pas de son entrée prévue dans la « Pléiade » ; sa viscérale modestie le lui interdit. L'édition sera assurée par des amis sûrs, des intimes. Un poète italien signera la préface. On n'est jamais mieux entouré que par ses proches. Loin de l'agitation parisienne, avec, pour horizon, l'imposant Ventoux.


source: ICI

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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Ven 19 Déc 2008 - 0:43

Ah!...Philippe Jaccottet a une actualité!...Et c'est l'entrée dans La Pléiade!...
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animal
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 19 Sep 2009 - 20:48

ce que je peux affimer c'est que sa traduction de Musil est extraordinaire. oui, on lit et on se souvient que c'est une traduction, bizarrement, le genre de retour à la réalité qui fait regarder le nom du traducteur... et trouver un fil sur son forum préféré cat

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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Mer 2 Juin 2010 - 20:45

L'obscurité

Citation :
L'ancien élève, ou mieux, le disciple d'un grand philosophe, dont l'enseignement et la bienveillance personnelle ont joué un rôle capital dans sa vie, revient d'un long séjour à l'étranger et son premier soin est de revoir son maître. Après de longues recherches, il découvre sa retraite. La découverte est navrante : ce brillant esprit, ce savant admiré et fêté, cet amoureux fougueux et romanesque, ce père enfin, ont fait place à une espèce d'animal farouche qui vit seul dans l'obscurité, replié sur lui-même en une sorte d'attente provocante et révoltée de la mort. Car cet homme est une victime de l'idée de la mort ; elle s'est emparée de son esprit au point que toute activité, toute vie affective lui sont devenues impossibles. Aucune des hautes pensées qu'il inculquait jadis à ses élèves n'a eu de pouvoir contre l'horreur de cet anéantissement inéluctable. Il répond aux questions gênées de son disciple par des phrases comme : « Rien n'est vrai, rien n'est hormis le mal de le savoir ».
Le disciple cherchera donc seul une telle maladie de l'âme : « Ce sont peut-être les légers, les téméraires qui ont raison..., ceux qui acceptent le risque de se perdre sans espoir de compensation... »
Ce récit se distingue par une simplicité qui n'exclut pas une réelle science d'écriture, par son sens subtil des nuances et des atmosphères, sa pudeur, qui ne voile cependant pas le drame du disciple devant l'échec de son « maître ».

Un récit d'apprentissage qui part de la chute du "maître", très épuré dans ses thèmes et ses événements et très bien construit et en gardant une distance voire distanciation. Ce qui permet de se prendre facilement au jeu, qui n'en est jamais tout à fait un, d'une part en ressentant les mouvements primitifs qui animent le maître mais aussi le disciple et à l'observation, qui est un jeu du disciple narrateur. Les thèmes qui se mêlent sont l'amour sous différentes formes et par là et en même temps le rapport à soi et aux autres. Avec de vrais choix envisagés, une vraie solitude, une vraie "peur". C'est franchement direct dans le retour sur le maître et pas seulement le retour de celui-ci ayant abandonné sur lui même... le regard du disciple avide de leçons d'abord mais déjà observateur puis devenu... lui même, également ?

Ce qui est intéressant en plus des atmosphères savamment ajustées et pas gratuites ce sont les choix, de l'individu, la quête de sens pour "croire" ou non en fin de compte. Sans grosses horreurs et sans grosses guimauves, très loin de là, les choses essentielles sont là, les choix aussi, et la condition plus ou moins désespérée qui accompagne chacun. Beaucoup de sobriété pour un état quasi intemporel.

Pas spécifiquement réjouissant mais intéressant, juste (le mot bête, et sans doute serein dans la possession de ses moyens.

Et ça donne envie de le lire. Forcément.

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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 2 Sep 2010 - 19:16

J'ai vu à la télévision ce printemps un reportage tourné en 78 chez Jaccottet à Grignan c'était trés intéressant, Jaccottet parle de sa vie, ses influences, ses rencontres, des débuts en passant par Paris et ensuite son installation à Grignan.
En cliquant sur ce lien ici vous avec une minute trente du reportage à voir. Trop court dommage
C'est étrange ça été tourné en 78 et c'est en noir et blanc
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 2 Sep 2010 - 20:14

coline a écrit:
Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le noeud
de vos quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.

(L'Effraie, éditions Gallimard)


Beaucoup d'émotions lors de cette lecture... honte
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 1 Nov 2010 - 11:38

Je viens de lire les trois recueils de notes, ou parfois fragments de poèmes, que sont les Semaisons.

Citation :

Je commence à comprendre la leçon de Paris ; c'est vraiment une épreuve de force ; tout nous y menace de distraction, de dispersion, d'écartèlement même. Et il faut être sacrément solide pour y rester soi-même. C'est une bataille incessante, et d'autant plus dure qu'on s'y sent d'abord réduit à sa juste taille, qui dépasse de fort peu le niveau de la mer ! Devrai-je un jour regretter d'avoir compris trop tôt les difficultés de la poésie ? Vous comprenez sans doute ce qui m'arrive : je ne suis plus dans ce moment de l'adolescence où la passion contenue, ou l'angoisse, sont assez aveugles, assez neuves aussi, pour rendre nécessaire absolument, quasi comme une réaction physiologique, la création. Maintenant, je sens seulement que c'est dans la création surtout que je me sens au centre de moi, mais rien de plus.
Et parfois, je peux bien vous le dire, il m'arrive de rêver d'être un garçon comme les autres, encore à la maison dans l'absence ouatée de responsabilités, n'ayant souci que d'une fille qu'il aime. Parfois, je voudrais simplement vivre et m'abandonner au courant, ou n'importe où comme une gerbe qui se défait.

Jaccottet, Paris, 5 mars 1947.
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 7 Fév 2011 - 17:41

J'ai emprunté un recueil de poésies de P.Jaccottet intitulé: Poésies.
J'aime vraiment beaucoup! Ca me prend quelque fois du temps pour comprendre certains poèmes mais c'est tellement beau au final. J'aime vraiment ce qu'il fait! Et par dessus tout celui ci;

"Sois tranquille, cela viendra! Tu te rapproches,
tu brûles! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le nœud
de vos quatre bras pour être immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient: d'un mot à l'autre tu es plus vieux."

(Excusez moi s'il y a des fautes mais normalement non puisque j'ai recopié à même le livre ) sourire
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Marko
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Dim 12 Fév 2012 - 21:18

C'est dommage, à quelques jours près on aurait pu voir une pièce de théâtre Dans la nuit la plus claire jamais rêvée créée à partir de poèmes de Jaccottet. Mais c'est le 11/12 mai...



Citation :
Dans le cadre du Festival Musique Action
Texte Philippe Jaccottet
Mise en scène, dramaturgie Yves Lenoir
Conception et composition Patricia Dallio

Citation :
Dans la nuit la plus claire jamais rêvée est un spectacle musical et théâtral mis en scène par Yves Lenoir autour de textes poétiques de Philippe Jaccottet (qui rejoint cette année le cercle très restreint des écrivains édités en Pléiade de leur vivant...).

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée est une expérience poétique certes ! Mais c'est également un concert chimérique où les machines musicales de la compositrice Patricia Dallio (que nous avions croisée sur le plateau de Stabat Mater Furiosa en février dernier au CCAM) rejoignent ici les instruments cristallins et sensibles de Ben Jeger (orgue de verre, accordéon).

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée est un objet vivant et singulier, un tableau sans trajectoire ni illustration où le scénographe Thierry Vareille procède comme le peintre par petites taches de lumière et dessine dans le cadre d'une fenêtre un espace sur lequel apparaissent quelques phrases du poète, les notes égrenées des musiciens ou la silhouette de l'acteur Lionel Parlier.

Dans la nuit la plus claire jamais rêvée est un spectacle qui laisse au spectateur le soin de recréer ce qu'il voit et ce qu'il entend, le laissant définir une perspective. Parce que la perspective n'est pas une découverte. Parce que la perspective reste à inventer.

Dates:

Le 13 janvier 2012 à l’allan - scène nationale de Montbéliard Le 17 janvier 2012 à la Salamandre - scène conventionnée de Vitry-le-François Le 20 janvier 2012 au théâtre d’Aurillac Les 11 et 12 mai 2012 au CCAM – scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy Le 17 mai 2012 au Festival de littérature de Soleure - Suisse

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Mar 14 Fév 2012 - 16:37

Dommage en effet!
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Marko
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 26 Juil 2012 - 20:50

Marko a écrit:
C'est dommage, à quelques jours près on aurait pu voir une pièce de théâtre Dans la nuit la plus claire jamais rêvée créée à partir de poèmes de Jaccottet. Mais c'est le 11/12 mai...

coline a écrit:
Dommage en effet!
Mais nous avons finalement pu voir ce spectacle sur Avignon et c'est pour moi la révélation d'un univers poétique extraordinaire. On va y revenir...

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 26 Juil 2012 - 21:19

De Philippe Jaccottet je ne connais que ce recueil : A la lumière de l'hiver, chez Gallimard.

Univers poétique très épuré comme la mise en page, très aérée.

J'aime bien par exemple ce poème (p.28)

J'ai relevé les yeux

Derrière la fenêtre
au fond du jour,
des images quand même passent.

Navettes ou anges de l’être,
elles réparent l’espace.
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Marko
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 26 Juil 2012 - 21:53

Le spectacle mêlait des poèmes de plusieurs recueils, la musique électroacoustique de Patricia Dallio et l'orgue de verres de Ben Jeger. L'ensemble ouvrait un espace à la fois mental et onirique qui permettait de mieux pénétrer cette poésie qui cherche à travers une simplicité et une pureté lumineuses à nous faire entrevoir le mystère de la nature, de la vie et de l'infini comme il l'exprime lui-même à travers un extrait vidéo intégré au spectacle. Il y cite au passage "Le balcon" de Baudelaire comme étant une forme de perfection poétique totale.

Présentation du spectacle par le metteur en scène Yves Lenoir et par Patricia Dallio. À noter la diction impeccable du comédien Lionel Pardier.


_________________
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