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 Philippe Jaccottet

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coline
Parfum livresque


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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Dim 29 Juil 2012 - 23:19

Quel bonheur que cette vidéo existe!...
Rien ne vaut le vécu en direct bien sûr, comme nous l'avons vécu, mais ces images correspondent vraiment aux souvenirs...qui resteront de beaux souvenirs...d'une parfaite harmonie entre les mots, les sons, la voix du comédien et le visuel.
Caserne des Pompiers, Avignon 2012.

J'ai hâte de retrouver dans mes livres les textes de Jaccottet...
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silou
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 30 Juil 2012 - 10:01

Merci Marco pour cette vidéo,
j'espère avoir un jour l'occasion de voir ce spectacle,
Philippe Jaccottet est un poète pour lequel je n'ai pas de mot,
je n'ai jamais eu l'occasion d'entendre ainsi ses textes,
encore une autre dimension à, comme tu l'as dit, "cet univers poétique extraordinaire" .
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colimasson
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 21 Avr 2014 - 21:35

A la lumière d’hiver, Leçons, Chants d’en bas (1966-1976)




« Qui sommes-nous, qu’il faille ce fer dans le sang ? »


Le fer, l’hiver et la mort. Philippe Jaccottet a composé ces différents recueils de poèmes entre 1966 et 1976 comme différents points d’un parcours de deuil douloureux, achevé plus certainement dans l’échec que dans la sérénité. Pourtant, Philippe Jaccottet s’accroche longtemps à l’espoir d’une renaissance qui passerait d’abord par celle du défunt. Il se demande ainsi :


« Si c’était le « voile du Temps » qui se déchire,
La « cage du corps » qui se brise,
Si c’était l’ « autre naissance » ? »



Mais Philippe Jaccottet est un poète sans foi et ses illuminations ne le réchauffent pas longtemps. Les mots ne sont pas destitués de leur rôle bienfaisant lorsqu’ils contribuent à adoucir les traits de la réalité, mais ils ne valent rien de plus sitôt que l’innocence est abolie.


« Moi, je n’ai vu que cire qui perdait sa flamme,
Et pas la place entre ces lèvres sèches
Pour l’envol d’aucun oiseau. »



Philippe Jaccottet essaie d’appeler au secours les mythes historiques anciens et implore jusqu’aux momies égyptiennes pour croire à la continuité d’une existence que la mort n’achèverait pas brutalement, sans poésie, comme il le craint. Malgré des inspirations d’origine nietzschéennes et la volonté de surmonter son désespoir, le poète ne parvient pas à sortir de lui-même et de la douleur diffuse qui s’étend de ses fibres à son écriture.


« Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur,
Plutôt que son inconsistance,
N’est-ce pas la réalité de notre vie
Qu’on nous apprend ?

Instruits au fouet. »



Ce recueil contient la dépression d’un poète non seulement dégoûté de la vie mais aussi des gestes et des mots qu’elle implique. Il faudrait avoir connu ses actes de composition antérieurs pour les mettre en parallèle avec ces travaux de deuil peu ragoûtants –non pas parce qu’ils parviennent à transmettre leur douleur du poète au lecteur, mais parce qu’ils n’y parviennent justement pas, parce qu’ils confirment à quel point la mort est un événement insignifiant dont le survivant se fait un calvaire précoce et jalousement gardé. Heureusement, surgissent parfois des images et des engouements brutaux qui percent ce sac plein de lamentations pour nous tirer vers des perspectives cosmiques.




L'influence mythique implorée dans la douleur -ou comment l'objectivité peut venir en aide à la subjectivité :

L’enfant, dans ses jouets, choisit, qu’on la dépose
Auprès du mort, une barque de terre :
Le Nil va-t-il couler jusqu’à ce cœur ?

Longuement autrefois j’ai regardé ces barques des tombeaux
Pareilles à la corne de la lune.
Aujourd’hui, je ne crois plus que l’âme en ait l’usage,
Ni d’aucun baume, ni d’aucune carte des Enfers.

Mais si l’invention tendre d’un enfant
Sortait de notre monde,
Rejoignait celui que rien ne rejoint ?

Ou est-ce nous qu’elle console, sur ce bord ?


Entre la force et l'abdication, Philippe Jaccottet chancelle sans cesse. Parfois éblouissant, il nous oblige à l'humilité :

Vient un moment où l’aîné se couche
Presque sans force. On voit
De jour en jour
Son pas moins assuré.

Il ne s’agit plus de passer
Comme l’eau entre les herbes : cela ne se tourne pas.

Lorsque le maître lui-même
Si vite est emmené si loin,
Je cherche ce qui peut le suivre :

Ni la lanterne des fruits,
Ni l’oiseau aventureux,
Ni la plus pure des images ;

Plutôt le linge et l’eau changés,
La main qui veille,
Plutôt le cœur endurant.


photo de Deanna Dikeman

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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Mar 16 Fév 2016 - 20:22

Bibliophile a écrit:
"Sois tranquille, cela viendra! Tu te rapproches,
tu brûles! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant [que?] tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le nœud
de vos quatre bras pour être immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient: d'un mot à l'autre tu es plus vieux."

(Excusez moi s'il y a des fautes mais normalement non puisque j'ai recopié à même le livre )  sourire

Il faut de ces occasions pour déterrer un fil. Philippe Jaccottet revient plus que jamais au coeur de l'actualité. Il a sorti plusieurs livres dernièrement dont les rééditions de L'entretien des muses et Une transaction secrète en plus d'un essai sur Francis Ponge et les Pléiades qui ajoutent ses oeuvres au fonds mémoriel.

J'ai profité de l'occasion pour citer un extrait qui semble avoir passé un peu inaperçu parmi les poésies citées sur les trois pages du fil. Jaccottet semble être guidé par le leitmotiv de la vieillesse au moment de rédiger ses dernières poésies... J'ai pris connaissance de Jaccottet quand j'étudiais de plus près l'oeuvre de Jacques Brault et lisais un livre d'entretiens littéraires dirigé par André Major à Radio-Canada. Il y était fait mention d'Une transaction secrète. Sans cette lecture, je ne m'en serais pas aperçu qu'il y avait eu réédition de ses ouvrages.

À mon sens, le cercle des amis autour de qui Ponge, Jaccottet et Perros se sont rassemblés ont développé une force d'émulation. Jaccottet semble reconnaître une grande dette à Ponge. Cette reconnaissance tardive jette un nouveau éclairage sur son oeuvre.

Pour avoir lu une bonne partie d'Une transaction secrète et de L'entretien des muses, je vous dirais que c'est des clés qui permettent d'avancer dans la connaissance d'une poésie à l'oeuvre. Jaccottet y fait des critiques distanciées et l'exercice est intéressant pour autant qu'on s'intéresse à la manière dont les poètes parlent des autres poètes.

Dans L'entretien des muses, Jaccottet parle d'Henri Michaux parmi plusieurs poètes. Il dit notamment à propos de L'espace des ombres :

Philippe Jaccottet, L'entretien des muses. Chroniques de poésie, 2015, Paris : Gallimard, coll. «NRF Poésie», p. 144. a écrit:
Du voyage dans cet espace, il est difficile de rapporter des vues satisfaisantes; tout y est trop fuyant, trop innombrable, trop rapide ou trop lent; tout y est excès. Une ou deux fois, néanmoins, il se forme, dans cette matière volatile, des noeuds; des ombres prennent consistance et figure. Ne serait-ce pas un vivant qui vient de passer? Cela se voit à sa «luminosité saccadée, presque convulsive» : un ascète, «assoupli par la souffrance», et «des âmes trois fois mortes s'inclinaient devant lui avec admiration».

Par Brault et Jaccottet, je suis confirmé dans l'intuition selon laquelle Henri Michaux reste un poète incontournable. Cela ne saurait se réduire à une question de vues, mais elles prennent ici leur importance et un nouvel éclairage sous lequel appréhender la poésie de Michaux. En même temps, nous pouvons voir l'empreinte des phrases de Jaccottet et les titres de certains de ses recueils poétiques.

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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