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 Jonathan Littell

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Le Bibliomane
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MessageSujet: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 14:16




Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

   1989 : Bad Voltage, éditions Signet Books,
   2006 : The Security Organs of the Russian Federation - A Brief History 1991-2005 - Psan Publishing House document électronique gratuit (en anglais) disponible sur internet.
   2006 : Les Bienveillantes, Paris, éditions Gallimard, 2006 , prix Goncourt, Grand Prix du roman de l'Académie française, Athens Prize for Literature. Pages 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5
   2008 : Études, éditions Fata Morgana, 2008.
   2008 : Le Sec et l'Humide, Paris, éditions Gallimard, 2008   Pages  5
   2009 : Récit sur Rien, éditions Fata Morgana, 2009
   2009 : Tchétchénie, An III, éditions Folio documents, 2009
   2010 : En Pièces, Montpellier, éditions Fata Morgana, 2010
   2010 : Triptyque : Trois études sur Francis Bacon, Paris, L'arbalète/Gallimard, 2010   Pages  5
   2012 : Une vieille histoire, Montpellier, France, éditions Fata Morgana, 2012
   2012 : Carnets de Homs, Paris, éditions Gallimard, 2012

Citation :
mise à jour le 21/11/2011, page 5

On a fait une Lecture en commun pour cet auteur


"LES BIENVEILLANTES". Jonathan LITTELL.
Jonathan Littell est de nationalité américaine mais son premier roman "Les Bienveillantes" a été  écrit en français. Salué par la critique, ce roman a reçu le Grand Prix de l'académie Française et le Prix Goncourt 2006.Ce qui explique pourquoi je l'ai classé dans la littérature francophone européenne.Il est rare que je lise le Goncourt l'année même où il a été décerné. D'abord parce que de manière générale le choix du lauréat m'apparaît trop souvent partial. Ensuite, il ne suscite pas nécessairement mon intérêt en ce qui concerne le sujet du récit où la manière dont il est traîté. Et plus prosaïquement, je préfère acheter trois où quatre livres de poche plutôt que d'avoir à casser ma tirelire pour la seule et vaine satisfaction de posséder "le Goncourt."


Mais comme cette année on me l'a gracieusement prêté, je me suis donc attelé à la lecture de cet imposant pavé de neuf cents pages qui à fait ( et continue à faire ) couler beaucoup d'encre.


Je viens donc de refermer "Les Bienveillantes" et, à l'instar des critiques et avis que j'ai pu lire avant et au cours de ma lecture, je suis partagé sur l'impression que m'a laissé ce roman.


Tout d'abord, j'en ressors vaguement nauséeux après avoir dû suivre pendant près d'une semaine de lecture le parcours de Maximilian Aue, cadre de la SS et artisan de la "solution finale."Après avoir assisté à tous ces massacres, après avoir été l'auditeur de toutes ces conversations sur l'idéologie nationale-socialiste et après avoir enduré les délires pornographico-scatologiques du narrateur, j'éprouve, le livre achevé, une impression de malaise, voire de dégoût.
Je pense que en cela Jonathan Littell à atteint le but qu'il s'était fixé en écrivant ce livre: nous inspirer de la répulsion pour les personnages qu'il met en scène, nous faire toucher du doigt l'abomination d'une idéologie perverse et mortifère.
Pour arriver à ses fins, Littell ne nous épargne rien en usant de descriptions d'une violence trop souvent outrancière: on ne compte plus les litres de sang et les entrailles déversés, les yeux giclant des orbites, les crânes fracassés répandant la matière cervicale.
On peut regretter aussi une phraséologie censée tomber à propos mais qui hélas s'égare parfois et frise le mauvais goût: "[...] mais très souvent dans la journée ma tête se met à rugir, sourdement comme un four crématoire." (p.14)Cette accumulation de descriptions sordides et sanguinolentes, si elle peut s'avérer nécessaire pour décrire la barbarie du nazisme, finit, à force de répétitions, par écoeurer le lecteur, voire même à susciter en lui une forme d'indifférence face à la souffrance d'autrui. Mais ne serait-ce pas là non plus le but recherché par Littell? Ne cherche-t-il pas à faire de nous , à l'instar de ses personnages, des êtres insensibles et dénués de toute compassion? des êtres pour qui la mort de l'autre, homme, femme ou enfant, n'est somme toute qu'une chose dérisoire? Car plusieurs fois au cours du récit, le narrateur veut nous démontrer que ces atrocités ne sont pas le fait d'abominables sadiques mais de personnages ordinaires:vous, moi, le voisin de palier...Que dans des circonstances différentes chacun de nous pourrait devenir un de ces tortionnaires. Robert Merle l'avait déjà démontré avec "La mort est mon métier"[/i] en dressant le portrait d'un Rudolf Hoess dévoué et obéissant aux ordres, sans états d'âme et reportant les responsabilités de ses actes sur ses supérieurs. Le personnage principal du roman de Littell ,lui, assume pleinement ses responsabilités et justifie celles-ci par l'ambition et la foi qu'il porte envers l'idéal national-socialiste. Maximilian Aue et ses comparses, loin d'incarner des brutes sanguinaires, apparaissent plutôt comme des arrivistes soucieux de leur carrière, prêts à tout pour arriver au sommet: des Golden Boys du nazisme. Littell fait donc de ces personnages des êtres qui ne sont après tout pas si différents de certains d'entre nous, de ceux qui sont prêts à tous les compromis, de ceux qui sont prêts à sacrifier toute morale sur l'autel de la réussite sociale.

Là où le bât blesse, c'est que, dans sa description d'un personnage qu'il voudrait ordinaire afin de nous faire ressentir le risque pour chacun d'entre nous de devenir un bourreau, Littell nous dresse le portrait d'un personnage qui, justement, n'est pas ordinaire. Maximilian Aue, frère incestueux, soupçonné de matricide et doté de pulsions et de fantasmes sexuels troubles ne peut que nous sembler différent, en marge, ce qui empêche le lecteur de s'identifier à lui et par conséquent de se positionner en tant que tortionnaire potentiel.
Au crédit de ce livre, on peut également saluer l'énorme travail de reconstitution historique qui plonge le lecteur dans une immersion totale. La somme de détails et de faits de la grande et de la petite Histoire est proprement phénoménale et révèle un travail de documentation gigantesque.


En bref, "Les Bienveillantes", malgré son caractère parfois outrancier, son argumentaire troublant et dérangeant, est une oeuvre puissante et vertigineuse, un roman-miroir qui invite chacun de nous à s'interroger sur sa propre humanité.
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coline
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 14:57

Merci Bibliomane de ce généreux commentaire...

Je sais que je ne me lancerai pas dans la lecture de cet ouvrage.
Il m'interpelle depuis l'été dernier mais il est au-delà de mes possibilités de supporter la lecture de l'évocation de ces horreurs par la bouche d'un bourreau.

J'ai lu "Si c'est un homme" de Primo Levi, et aussi "Se taire est impossible" de Jorge Semprun et Elie Wiesel, "La nuit" d'Elie Wiesel, "Le procès d'Eichmann à Jérusalem" d'Hannah Arendt, "Les lettres de Westerbork" d'Etty Hillesum, "La douleur" de Marguerite Duras...et celui de son mari, Robert Antelme...
Et de nombreux romans qui se rattachent à ce pan terrible de l'Histoire...
Je ne refuse pas de savoir...mais je veux écouter les victimes...

J'ai entendu Semprun, dans une émission, parler de ce livre de Jonathan Littel et en faire des louanges. Avançant même que ce serait sans doute, d'ici quelques années, un classique de la littérature d'aujourd'hui.
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 15:24

Coline, je comprends ta réticence à lire ce roman dont la lecture , même si elle est passionnante, est assez éprouvante. Je pense moi aussi que le point de vue des victimes est le plus important en ce qui concerne cette abomination historique. D'ailleurs Littell ne s'y trompe pas et la dédicace de son livre est: "Pour les morts".

A mon humble avis,il est fort possible aussi que , comme l'a dit Jorge Semprun, ce roman devienne à l'avenir un "classique" car il nous incite à l'introspection et renvoie chacun de nous face à sa propre inhumanité.
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 15:45

On vient de me le prêter, il est donc dans ma PAL de mars…je reviendrais donc jeter un peu de mon encre prochainement sur ce fil… Very Happy
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 15:51

Bon courage, sous-marin, pour la lecture de cet imposant (et dérangeant) pavé.
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 16:09

C'est bien de courage dont il s'agit ,j'ai l'impression ...

L'auteur n'a pas le choix je suppose , si son but est de nous confronter aux abominations dont l'humain est capable pour asseoir sa réussite ou simplement se conformer à une "morale" qu'on lui a inculquée .

Nous faire toucher du doigt l'horreur ,sans nous ménager , pour bien éveiller nos consciences ...Oui ,je peux comprendre et à priori je suis prète à rentrer dans le mental de ce bourreau , du moins essayer ...
Le tout est de trouver le temps ..(9OO pages !affraid ) mais ton commentaire m'a presque convaincue ,merci Bibliomane !:)
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 22 Fév 2007 - 16:38

Aerial, qu'est ce que 900 pages après tout? L'équivalent de trois petits romans de 300 pages et c'est tout. :lol!:
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Queenie
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Ven 23 Fév 2007 - 11:24

Le Bibliomane a écrit:
Là où le bât blesse, c'est que, dans sa description d'un personnage qu'il voudrait ordinaire afin de nous faire ressentir le risque pour chacun d'entre nous de devenir un bourreau, Littell nous dresse le portrait d'un personnage qui, justement, n'est pas ordinaire. Maximilian Aue, frère incestueux, soupçonné de matricide et doté de pulsions et de fantasmes sexuels troubles ne peut que nous sembler différent, en marge, ce qui empêche le lecteur de s'identifier à lui et par conséquent de se positionner en tant que tortionnaire potentiel.

ah bon ? on a pas tous un tel passé Wink vu l'horreur du bouquin et ses effets que tu décris, fallait bien qu'il allège la situation en mettant un personnage "extraordinaire" comme "héros", ça rassure les "normaux".

Moi, je pense que je le lirai un "beau" jour ce livre. Déjà je vais attendre qu'il soit en poche, et peut-être tenter de l'emprunter quelque part. donc il y a le temps de voir venir.

En tout cas, le thème, le style me rappelle un livre de SF que j'ai lu il y a quelques semaines sous les conseils d'un ami.
Un livre qui montre l'ascension du dictateur xénophobe, on le suit à la trace, on entend ses discours, on assiste à ses massacres. C'est vrai que ce n'est pas toujours une lecture facile, et comme pour Littell, l'auteur avait tendance à en faire parfois un peu trop (m'enfin, dans Rêve de fer, Norman Spinrad a justifié le manque de finesse de son écriture en attribuant l'oeuvre à un certain Adolf Hitler qui aurait quitté l'Allemagne pour les Etats-Unis après la première guerre mondiale.)
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Ven 23 Fév 2007 - 13:46

J'ai lu "Rêve de fer" il y a déjà de nombreuses années et je l'avais trouvé très dérangeant. Je pense que "La part de l'autre" d'Eric-Emmanuel Schmitt (qui est sur ma pile de livres à lire depuis longtemps) doit être un peu de la même veine.
Sinon, je suis d'accord avec toi sur le fait que l'"anormalité"du personnage central des "Bienveillantes" rassure les "normaux".Mais je suis convaincu que dans certaines circonstances extrêmes (comme celles décrites dans le roman de Littell) c'est de ces gens "normaux"dont il faut le plus se méfier.
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Queenie
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Ven 23 Fév 2007 - 13:56

Le Bibliomane a écrit:
J'ai lu "Rêve de fer" il y a déjà de nombreuses années et je l'avais trouvé très dérangeant. Je pense que "La part de l'autre" d'Eric-Emmanuel Schmitt (qui est sur ma pile de livres à lire depuis longtemps) doit être un peu de la même veine.

La part de l'autre n'est pas du tout de la même veine pour moi. Mais je vais aller créer un fil sur Schmitt, je suis sûre qu'il y aura des amateurs pour parler de cet auteur.
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Ven 23 Fév 2007 - 14:00

Très bonne idée Queenie, c'est un auteur que j'apprécie beaucoup, bien que je n'aie pas lu tous ses bouquins. Je m'étais particulièrement régalé à lire "L'évangile selon Pilate" et "La secte des égoïstes"
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Babelle
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Ven 23 Fév 2007 - 14:45

Est-ce que chaque individu, obligé de pénétrer peu à peu dans le système nazi par intérêt, obéissance, lâcheté ou bien pour sauver sa peau tout simplement, est toujours à considérer comme un individu "normal"?
Dans un système où l'individu, l'individuel, ne compte plus. (J'ai toujours pensé qu'une société saine était celle qui, tout en sachant mesurer les failles, les limites, appliquer des règles strictes pour l'intérêt général, agissait aussi en faveur de d'individuel).
On sait que les nazis utilisaient des criminels de droit commun (de même que sous Vichy les crapules sortaient de prison pour organiser le traffic et la délation).
Si c'est l'illéttrisme qui pousse un personnage de Schlink (Le Liseur) à devenir kapot dans un camp, ici c'est la criminalité, la perversité de Aue.

Dans les deux cas, on est plongé dans une société qui n'est plus une société au sens éthymologique : l'homme dans son animalité vient remplacer le citoyen dans une cité dont les règles, qui se sont effondrées, mène la collectivité vers le néant. Ce qu'une société digne de son nom relègue dans la maladie ou criminalité psychiatrique, le régime totalitaire s'en sert pour mettre en pratique ici l'élimination des boucs émissaires.
La criminalité restant au service de toute barbarie.
-Reconnaître cela n'excluant aucunement la responsabilité (et la culpabilité) du concierge, du crèmier, de la SNCF qui loue ses wagons à l'Allemagne nazie depuis Drancy...
Il y a donc, (comme en temps normal?) des modulations à apporter aux réponses du genre : "qui est responsable", "comment c'est possible", etc...?

Je n'ai pas lu Les Bienveillantes, mais je trouve que c sympa que les jeunes le fassent...
Cela fait pls mois que ce livre est paru, les réactions étaient nombreuses et multiples lors de la parution et du prix, je serais curieuse de savoir ce que les critiques ont apporté depuis son succès, après lecture (échos depuis la presse, etc...)
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Marie
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mar 27 Fév 2007 - 1:49

Je vais tenter quelques réflexions, j'ai fini de lire ce livre il y a quelques mois, mais ces presque 900 pages ( et c'est écrit petit...) ne s'oublient pas en passant à autre chose.....l'analyse du Bibliomane- avec laquelle je me sens en accord - et vos reflexions, me replongent dans cet univers ( dans lequel j'avais eu bien du mal à entrer d'ailleurs...)
Ce récit est composé comme une suite musicale. Le premier chapitre est très court, 30 pages. Intitulé Toccata. Une vraie claque, qui pourrait suffire, on pourrait s'arrêter là, et beaucoup de choses seraient dites.
" Comme la plupart, je n'ai pas demandé à être un assassin. Si je l'avais pu, je l'ai déjà dit, j'aurais fait de la littérature...Qui, de sa propre volonté, à part un fou, choisit le meurtre? ....Il est des hommes pour qui la guerre, ou même le meurtre, sont une solution, mais moi, je ne suis pas de ceux-là, pour moi, comme pour la plupart des gens, la guerre et le meurtre sont une question, une question sans réponse, car lorsqu'on crie dans la nuit, personne ne répond. Et une chose en entraine une autre.....dire que s'il n'y avait pas eu la guerre , j'en serais quand même venu à ces extrémités, c'est impossible. Ce serait peut être arrivé, mais peut être non, peut être aurais je trouvé une autre solution........je suis un homme comme vous. Allons, puisque je vous dis que je suis comme vous!"

Voilà, si on s'arrête là et qu'on considère que le reste de ce roman n'est qu'un développement de ces quelques phrases ( je mets de côté la documentation,exceptionnelle, que même les détracteurs ont louée), on se retrouve dans un récit extrèmement bien fait dont la seule part fictionnelle est le personnage central, ce Max Aue , un homme brillant, cultivé, pas du tout antipathique, né à un mauvais moment à un mauvais endroit, et qui s'est retrouvé coincé parce que les circonstances historiques avaient permis la prise de pouvoir par un fou furieux.
Ce personnage nous met en face de nos responsabilités , qu'auriez vous fait, vous? nous dit-il, on prend ça dans les gencives, on repense à Steiner qui se posait toujours la même question de savoir comment on pouvait aimer la musique classique et assassiner des enfants, à l'intelligence d'Hannah Arrendt, très fine et précoce analyste.
Et puis, Littell, dans ses entretiens, dit toujours la même chose: quand il était enfant, sa grande peur était qu'on l'envoie au Vietnam tuer des enfants..

La conclusion logique de tout cela, c'est une sorte d'acceptation du destin, la guerre est à l'origine de tout, il s'agit d'un parcours individuel qui s'inscrit en quelque sorte dans une folie collective ......
Oui....sauf que ce n'est pas si simple. Enfin, je ne crois pas que ce soit ce que Jonathan Littell veut faire comprendre. J'ai souligné les mots qui me semblent essentiels dans le discours initial du narrateur, ce livre , je l'ai repris tant cette assimilation ,qui a fait couler beaucoup d'encre, me gênait. Le narrateur, , il ne faut jamais l'oublier, est un personnage fictionnel. . Et qu'est donc ce Max Aue, sinon un psychopathe typique? Un personnage figé à un stade très précoce affectivement, qui n'a jamais su ( à sa décharge, n'a jamais pu...) dépasser une passion fusionnelle et incestueuse avec sa soeur jumelle, qui tue sa mère quand celle-ci tente de le faire accéder à certaines vérités, dont le corps se repent par des somatisations diverses, mais l'esprit jamais, qui se sort de ces horreurs auxquelles il a directement et volontairement participé sans remords, en relativisant les chiffres et en faisant quelques calculs, intéressants mais sordides sur le nombre de morts juives par rapport aux morts soviétiques, allemandes, etc, et qui nous annonce d'emblée qu'il est marié, a des enfants , et qu'il dirige une usine de dentelle......Ah oui, il a encore bien des soucis digestifs, il fait quelques cauchemars, aussi, mais bon, il vit........

Et donc, cet homme, brillant, intelligent, qui n'a rien d'une brute épaisse, ne serait qu'un des maillons de cette responsabilité collective? Pas d'autre choix?
Hum.....Ce n'est pas ce qu'il dit ailleurs, et c'est en cela que Jonathan Littell est très malin.....
" Moi aussi, j'aurais pu demander à partir, j'aurais sans doute même reçu une recommandation positive de Blobel ou du Dr Rash. Pourquoi ne le faisais je pas? Sans doute n'avais je pas encore compris ce que je voulais comprendre. Le comprendrais je jamais? Rien n'était moins sûr. Une phrase de Chesterton me trottait par la tête: Je n'ai jamais dit que l'on avait toujours tort d'entrer aux pays des fées. J'ai seulement dit que c'était toujours dangereux. C'était donc cela, la guerre, un pays des fées perverti, le terrain de jeux d'un enfant dément, qui casse ses jouets en hurlant de rire, qui jette gaiement la vaisselle par les fenêtres?"
On n'est plus dans la responsabilité collective, là, ni dans la nième description de ce que la guerre peut faire des hommes. On est dans l'individuel, la folie individuelle,la responsabilité individuelle aussi, et les actes qu'un tel individu est capable de faire dans une guerre ...Bref, je ne suis pas certaine d'être très claire, mais je trouverais très dommage que l'on généralise , que l'on banalise, à partir de ce très important et très réfléchi roman les folies meurtrières de certains....Cela n'enlève rien à la responsabilité collective, bien sûr, qui était réelle, mais un autre problème......
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mar 27 Fév 2007 - 5:41

Merci Marie pour cette très fine et très pertinente analyse du roman de Littell.
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MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mar 27 Fév 2007 - 13:19

Pour ma part, j’en suis actuellement à environ la 150ème page.
Le début (Toccata) m’a plutôt ennuyé…l’éternelle justification des bourreaux malgré eux…

Dés le début de la campagne de Russie, on rentre enfin dans le vif du sujet, si je puis dire…
Il est clair qu’Aue n’est pas un psychopathe, confusément il sait que ce qu’il fait est mal mais il se convint, dans un premier temps, plus ou moins d’ailleurs, que cela est nécessaire…et puis il refuse d’y penser.
Quand on s’attaque aux enfants, il est horrifié puis réfléchissant il se rend compte que non seulement cela est moralement inadmissible mais sur un plan économique et militaire désastreux mais il continue…

Littell nous décrit, avec talent, la descente du bourreau dans la « fosse »…une fois que l’on a un pied dedans, il est très difficile d’en sortir et l’on accepte d’en faire un peu plus puis un peu plus puis…
A ce titre, la déliquescence de l’armée allemande est exceptionnelle rendue.
La suite à venir…
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