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 Aharon Appelfeld

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Babelle
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MessageSujet: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeVen 14 Mar 2008 - 22:10

Aharon Appelfeld Aharon10

Il est né en Bucovine et ne parlait pas non plus le yiddich du ghetto mais l'allemand, la langue de l'intelligentsia. Une langue qu'il oubliera lorsque, devenu presque mutique, il cherchera longtemps ses mots pour dire.
Appelfeld est de la première génération des "rescapés".
De cette génération qui ne peut pas raconter l'indicible et qui ne dévoilera rien à ses descendants par peur de leur infliger le même traumatisme.
Il parviendra cependant, par le biais de l'écriture d'un roman : Tsili, à commencer à écrire sa catastrophe.
Tsili est le seul roman d'Appelfeld que j'ai lu pour le moment et j'en ai conservé un souvenir confus et morbide avant d'apprendre que c'est grâce à cette fiction qu'il parvient à raconter ce qu'il vécu lui-même lorsqu'enfant il se réfugie seul dans la forêt pour échapper aux nazis.
Il est né en 1932.
Roumanie.
Dans la forêt à 8 ans.
C'est après la rédaction de Tsili qu'il peut écrire enfin sa propre histoire :
Histoire d'une vie
"Où commence ma mémoire"
Le silence... Enfant mutique contemplant la neige qui tombe.
Plus tard, rescapé dans les bras de la Croix rouge parmi d'autres enfants :
"Nul ne savait quoi faire de sa survie"
La rédaction de Tsili, oeuvre de fiction, lui permit dans un premier temps de s'acheminer vers son propre témoignage. Et dans ce cas précis je ne pense plus qu'il faille mépriser la fiction lorsqu'elle aide un auteur à se livrer (Claude Lanzman lui avait reproché Tsili!!)
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MessageSujet: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeSam 15 Mar 2008 - 21:15

Je n'ai lu que 2 livres de Aharon Appelfeld (Histoire d'une vie et Floraison
sauvage), et pourtant j'ai l'impression d'avoir affaire à un véritable écrivain.

L'homme déjà est intrigant. Il s'est évadé à 10 ans d'un camp de concentration en Roumanie où il avait été déporté avec son père en 1941.
Or, s'il accepte l'héritage du judaisme européen, il refuse d'etre un écrivain
de la Shoah.

Il s'est forgé une langue -la sienne était l'allemand- en Israel qu'il a réussi a atteindre après maintes péripéties, et il s'est forgé également un univers personnel.
Il écrit :
"J'ai essayé plusieurs fois de raconter ce que j'ai vécu sur un ton documentaire, mais chaque tentative se soldait par un échec.
Tout simplement parceque j'ai vécu n'est pas...croyable.
Vous ne pouvez pas exprimer l'angoisse et la peur d'un enfant sans
utiliser de métaphores. Il m'a fallu, pour rendre à mon histoire sa crédibilité, rompre avec le récit logique et me détacher de mes souvenirs."

Entrez dans l' univers d'Appelfeld sans crainte, le plus étonnant, c'est que cet homme
qui a beaucoup souffert, sait non seulement nous émouvoir, mais etre serein et lumineux. Et excellent écrivain !bonjour
colibri
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeSam 15 Mar 2008 - 22:09

Appelfeld est de cette première génération de l'"après". Trop jeune pour recevoir la mémoire de "ces gens qui se sont perdus en Europe", trop jeune lors de la rupture pour avoir eu le temps d'hériter de ses racines.
Des auteurs du même âge qu'Appelfeld ne seront pourtant pas de la même "génération" (celle de la recherche): Agnon, né en Pologne, émigra vers 1910 et ne connait pas les mêmes tourments car son arbre (qu'on retrouve à loisir dans le ton hassidique de ses textes) lui est conté.
Appelfeld, comme Georges Pérec, n'a pas de souvenir d'enfance[/i]".
Dans sa Bucovine natale où le commun parlait "ruthène" et roumain, issu d'une famille bourgeoise, il baigne dans la noble langue allemande. Plus tard, il se rapprochera du yiddish que parlaient ses grand-parents pour se tourner vers ses racines (à travers son livre Katherina, la servante polonaise)
Echappé, sur la route, l'enfant Appelfeld apprend l'ukrainien, en 1944 sur ses chemins il s'imprègne de langue russe.
Sur le bateau qui le mène vers Israël : "Ma tête bourdonnait de langues"
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeJeu 24 Avr 2008 - 12:13

Interview avec l'auteur sur Evene.fr: ICI

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeJeu 24 Avr 2008 - 12:52

La chambre de Marianna m'attend sur ma PAL...Wink
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeVen 20 Juin 2008 - 23:30

La chambre de Mariana

Ukraine. Pendant la guerre.
Hugo fête ses onze ans dans un ghetto juif. Beaucoup de ses habitants ont déjà été raflés. Le père d’Hugo a été déporté. Hugo est seul avec sa mère, une pharmacienne courageuse et généreuse qui vient en aide aux autres autant qu’elle le peut. Elle cherche à envoyer son fils à la montagne pour le protéger mais le paysan qui devait venir le chercher n’arrive pas et la menace se fait chaque jour plus lourde.
Il y a urgence, alors elle fait appel à une de ses anciennes amies d’école, Mariana, une prostituée ukrainienne qui vit et travaille dans une maison close.
Cette dernière cache Hugo dans un minuscule réduit glacial et sans fenêtres attenant à sa chambre. Le jour, la prostituée le laisse accéder à la chambre douillette. Mais la nuit ce sont les voix, les cris ou même les coups parfois des soldats allemands qu’Hugo, de sa cachette, perçoit derrière la cloison, dans la chambre de Mariana.
Hugo a peur et survit en convoquant, dans son univers onirique, le souvenir de ses parents, de ses amis, des jours heureux.

Mariana est à la fois bonne et débauchée. Alcoolique, d’humeur très variable, malheureuse depuis toujours. Elle s’occupe de Hugo, le nourrit, lui parle affectueusement, lui ouvre sa chambre dès que la voie est libre… et le réchauffe au creux de son lit.
Hugo grandit. Dans le chaos ambiant, environnée de violence c’est une étrange intimité qui s’installe…Et un bien étrange amour qui va naître entre ces deux êtres assoiffés de protection et de tendresse. Chacun prenant soin de l'autre.Chacun ayant besoin de l'autre. Chacun n'ayant que l'autre...
"Tu es mon prince, tu es ce que j'ai connu de mieux dans cette vie" dit Mariana à Hugo, le jeune garçon doux, intelligent et sensible qui recherche, lui, une chaleur maternelle.
Il a tout juste treize ans cette nuit où "leurs corps ne firent plus qu'un. »Il ne s’agit de rien d’autre pour eux que de survivre…

Primo Levi a écrit de Aharon Appelfeld : "Parmi nous les survivants, les écrivains, Aharon Appelfeld a su trouver un ton unique, irréversible fait de tendresse et de retenue."

Ces termes s’appliquent à la perfection à cet ouvrage où d’une façon lente, douloureuse et douce, l’auteur construit son récit terrible en évoquant l’horreur de façon implicite. Ce sont des voix, des bruits qui la révèlent…
« Je parle de la violence de façon non violente parce que je ne le suis pas moi-même. J'écris les choses comme je les ressens. J'ai toujours le sentiment que la littérature s'apparente à de la musique. Et la musique révèle ce qu'il y a de plus délicat dans l'âme. Nous savons tous que la vie contient une part de violence. Mais certains, y compris des écrivains, ont tendance à la sanctifier, à s'identifier à elle. Ce sentiment ne fait pas partie de moi, donc je ne peux pas écrire ainsi. Ce qui m'intéresse est de révéler une forme de noblesse chez l'homme. »
(Aharon Appelfeld)

Dans "Histoire d’une vie" déjà, Aharon Appelfeld évoquait Maria. Il revient sur le personnage et sur ce passage de sa vie avec Mariana
« Tous mes livres sont autobiographiques, tous. Je n'écris que sur mon expérience personnelle. Pendant la guerre, j'ai effectivement vécu un temps chez une prostituée qui m'avait recueilli. »
A. Appelfeld. -

Un très beau roman qui touche et dérange.
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeMer 31 Déc 2008 - 13:21

La chambre de Mariana-

Je l'avoue, j'ai craint un moment de retomber dans un réquisitoire contre la barbarie et les ghettos. Encore un me suis -je dit...
Il n'en est rien, ce roman (inspiré de faits vécus) garde une fraîcheur et une sobriété malgré la toile de fond tragique, qui le rendent foncièrement attachant.

Un roman où tout parait chuchoté, où on devine plus qu'on ne démontre. Appelfeld adope ici un style dépouillé qui lui permet de garder une distance et une pudeur face à un sujet délicat: l'apprentissage de la vie d'un enfant arraché à son enfance, au contact d'une prostituée au grand coeur: Mariana.

Une Mariana généreuse et rebelle, mystique à ses heures, qui tente d'oublier l'ingratitude de la vie dans de bonnes doses de cognac, qui invective ses clients et réclame juste sa part de respect, sinon d'amour.
Hugo, lui, est un enfant sage et encore naif: il a promis à sa mère de rédiger ses devoirs mais préfère rêver dans sa cachette et s'inventer un monde onirique où revivent ses proches.

Deux mondes que tout oppose, mais que la barbarie humaine a réuni dans un même lieu et unis par une certaine candeur. L'autre monde parait lointain, insaisissable. Ils sont tous les deux prisonniers de la sauvagerie des hommes mais se protègent tour à tour, trouvant en l'autre un refuge.
Peu à peu leur relation évolue et ce qui est suggéré plus que décrit ne surprend plus.


L'auteur a dû beaucoup souffrir et son roman est bien sûr une thérapie, mais il n'est pas aussi noir qu'il ne devrait paraître. Ce qui l'emporte ici c'est le désir de survivre, et son Hugo aura connu l'aspect le plus généreux de l'âme humaine: le don de soi.
Si bien que j'ai refermé le livre apaisée quelque part. J'aime bien les romans où il y a de la lumière tapie au milieu du chaos le plus sordide, qui laissent la fenêtre ouverte sur un champ plus vaste appelé espoir!

Une petite passage glané au hasard et qui m'a touchée.

Citation :
Mariana sentait qu'elle avait transmis une part de sa spiritualité à Hugo. Elle lui avait dit une fois "Prends de Mariana ce qu'il y a en elle et jette l'écorce. Ce qu'il y a en elle c'est sa foi en Dieu supérieur, et sa peau, la mélancolie. C'est elle qui s'obstine à l'entraîner en enfer. Sans cette maladie, sa vie aurait été différente. Méfie toi de la mélancolie comme de la peste.

Un beau roman qui laisse des traces :heart:
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeMer 31 Déc 2008 - 14:18

aériale a écrit:
La chambre de Mariana-

Un beau roman qui laisse des traces :heart:

coline a écrit:
Un très beau roman qui touche et dérange.

Une double invitation à le découvrir... content
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeJeu 15 Oct 2009 - 13:43

Aharon Appelfeld 9782757814765 Aharon Appelfeld 9782879294407

Extrait du magazine Lire :

C'est Philip Roth qui a le mieux défini Appelfeld. «Auteur dépaysé d'une littérature dépaysée, écrit-il dans Parlons travail, il a fait de cette désorientation un sujet qui n'appartient qu'à lui. Tout aussi unique est sa voix, qui se situe entre histoire et parabole.» Parabole, ce mot définit assez bien le nouveau roman d'Appelfeld, Badenheim 1939. Nous sommes dans cette station thermale autrichienne, à la veille de la guerre, entre l'hôtel, la pâtisserie et la piscine. Bientôt le festival de musique fera vibrer la petite bourgade, bercée par une insouciance à la Fitzgerald. Mais des ombres, peu à peu, vont surgir des coulisses, des ombres de plus en plus pesantes, de plus en plus menaçantes. Comme si ce trop beau printemps 1939 annonçait un hiver meurtrier. Comme si la dolce vita, à Badenheim, allait se transformer en chasse aux sorcières.

Appelfeld n'en dit pas plus, et se contente de ternir au fusain un récit qui évoque d'abord La montagne magique et qui prend ensuite des allures kafkaïennes. Avec des personnages qui, parce qu'ils sont juifs pour la plupart - des intellectuels, des musiciens -, semblent traqués par d'indicibles malédictions, tandis qu'un inquiétant et mystérieux «service sanitaire» déploie ses sinistres tentacules sur la ville... «Elle voyait le monde malade, empoisonné», écrit Appelfeld à propos d'une de ses héroïnes. Ces mots résument tout son roman, une fable sur la peur où rôdent de monstrueux fantômes - ceux qui allaient pousser l'Europe dans l'horreur.


J'ai trouvé ce livre vraiment troublant , jamais didactique ou démonstratif , mais par petites touches on sent très bien qu'on est dans le bal de l'horreur ou qui précède l'horreur , les mots ne trompent pas : Ombres , voyage , train , chiens .......
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeJeu 15 Oct 2009 - 15:15

J' ai beaucoup aimé Floraison sauvage et Histoire d' une vie, où il raconte
comment il a échappé à la mort dans les camps d' extermintion nazie.
Appelfeld fait partie de ces auteurs sobre et pudique qui marquent
d' autant plus les esprits...

A propos, en voilà un autre qui mériterait le Nobel !
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeDim 25 Oct 2009 - 14:43

« Où commence ma mémoire ? », c'est la question qui ouvre Histoire d'une vie.

Le jeune Erwin a connu la Seconde Guerre mondiale alors qu'il était enfant. Sa mémoire fonctionne par bribes de sensation, elle est charnelle plus que mentale. Il ne raconte pas son expérience du camp de concentration, il évoque juste sa fuite dans les bois et comment, orphelin, il a pu survivre.

Adolescent, il part pour Israël où il va devoir tout apprendre, sa nouvelle langue, l'hébreu, oubliant malgré lui sa langue maternelle, l'Allemand, langue qui est le dernier lien qu'il a eu avec sa mère : « Comment parler à nouveau une langue baignée de sang juif ? » (p.123)


Le récit est chronologique, mais il ne répond pas à une construction linéaire. Aharon se livre au hasard de sa mémoire.

Quand il comprend que son destin est d'être écrivain, il parvient à accepter cette langue qui lui est étrangère : « A un très jeune âge, (…) l'instinct me murmura que, sans une connaissance intime de la langue, ma vie serait plate et insipide. » (p.128)


On apprend dans ce livre comment les enfants qui avaient échappé aux camps et à l'extermination nazie pouvaient être exploités par les leurs alors qu'ils attendaient d'embarquer pour Israël. On lit aussi l'horreur de l'enclos « Keffer », endroit où étaient des chiens-loups allemands et dans lequel on mettait des enfants pour qu'ils y soient dévorés.
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeJeu 12 Nov 2009 - 18:07

Très bonne nouvelle pour ceux qui aiment Appelfeld.

Vient de sortir Et la fureur ne s' est pas encore tue, Ed de l' Olivier....

Je vous en parlerai un peu... plus tard.
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeSam 23 Jan 2010 - 3:56

Histoire d'une vie
traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti
Editions de l'Olivier
Citation :

Les pages qui suivent sont des fragments de mémoire et de contemplation. La mémoire est fuyante et sélective, elle produit ce qu'elle choisit. Je ne prétends pas qu'elle produit uniquement le bon et l'agréable. La mémoire, tout comme le rêve, saisit dans le flux épais des évènements certains détails, parfois insignifiants, les emmagazine et les fait remonter à la surface à un moment précis. Tout comme le rêve, la mémoire tente de donner aux évènements une signification....

Citation :
La mémoire et l'imagination vivent parfois sous le même toit. Durant ces années mystérieuses, elles semblaient concurrentes. La mémoire était réelle, solide, d'une certaine façon. L'imagination avait des ailes. La mémoire tendait vers le connu, l'imagination embarquait vers l'inconnu. La mémoire répandait toujours sur moi douceur et sérénité. L'imagination me ballottait de droite à gauche et, finalement, m'angoissait...

Citation :
Je me souviens très peu des six années de guerre, comme si ces années n'avaient pas été consécutives. Il est exact que parfois, des profondeurs du brouillard épais, émergent un corps sombre, une main noircie, une chaussure dont ilne reste que des lambeaux. Ces images, parfois aussi violentes qu'un coup de feu, disparaissent aussitôt, comme si elles refusaient d'être révélées, et c'est de nouveau le tunnel noir qu'on appelle la guerre. Ceci concerne le domaine du conscient, mais les paumes des mains, le dos et les genoux se souviennent plus que la mémoire. Si je savais y puiser, je serais submergé de visions. J'ai réussi quelquefois à écouter mon corps et j'ai écrit ainsi quelques chapitres, mais eux aussi ne sont que les fragments d'une réalité trouble enfouie en moi à jamais...

Citation :
Ce livre n'est pas un résumé, mais plutôt une tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leur racine. Que le lecteur ne cherche pas dans ces pages une autobiographie structurée et précise. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans la mémoire, et convulsent encore. Une grande part est perdue, une autre a été dévorée par l'oubli. Ce qui restait semblait n'être rien, sur le moment, et pourtant, fragment après fragment, j'ai senti que ce n'étaient pas seulement les années qui les unissaient, mais aussi une forme de sens.


Ces passages extraits de la préface écrite par l'auteur expliquent bien l'impression ressentie à la lecture. Il nous manque tellement de choses..

Citation :
Ma mère fut assassinée au début de la guerre. Je n'ai pas vu sa mort, mais j'ai entendu son seul et unique cri.

Et c'est tout, on n'en saura pas plus.
Parce que , par un mécanisme de refoulement bien compréhensible,surtout chez un enfant aussi jeune, seul le cri a subsisté dans la mémoire. Et que si l'imagination a pu suppléer à certains moments aux insuffisances de la mémoire, elle ne peut pas agir pour quelque chose d'aussi fort, qui provoque une sidération complète et une impossibilité de mettre en mots. Faute de paroles justes. Et c'est pour cela que ce récit d'Une vie( non de SA vie..) semble si dépourvu d'affects ,si froid, si clinique.On ne survit pas après de tels traumatismes en ne refoulant pas ses émotions. Preuve en est le nombre de suicides des survivants.
Il a fallu un temps infini à Aharon Appelfeld pour, sauf pour certains évènements donc, comprendre ce qu'il pouvait transmettre à son niveau.
Citation :

Au début des années cinquante, lorsque j'ai commencé à écrire, les mots sur la guerre coulaient déjà à flots. Nombreux étaient ceux qui racontaient, témoignaient, se confessaient et jugeaient. Ceux qui avaient promis à leurs proches et à eux-mêmes de tout raconter après la guerre tenaient leurs promesses. ainsi apparurent les carnets, récits et volumes de mémoire. Beaucoup de douleur est figée dans ces parchemins, mais aussi de nombreux clichés et considérations extérieures. Le silence qui avait régné pendant la guerre et peu après était comme englouti par un océan de mots.
Nous avons l'habitude d'entourer les grandes catastrophes de mots afin de nous en protéger. Les premiers mots de ma main furent des appels désespérés pour trouver le silence qui m'avait entouré pendant la guerre et pour le faire revenir ers moi. Avec le même sens que celui des aveugles, j'ai compris que dans ce silence était cachée mon âme et que, si je parvenais à le ressusciter, peut être que la parole juste me reviendrait. Mon écriture fut d'abord un claudiquement pénible. les épreuves de la guerre grouillaient en moi, lourdes et pesantes, et je voulais les refouler plus encore. Je voulais construire une nouvelle vie sur mon ancienne vie. Il m'a fallu des années pour me retrouver, mais, une fois cela accompli, la route était encore longue. Comment donne-t-on forme à ce contenu brûlant? Par où commence-t-on? Comment relier les chaînons. Quels mots utilise-t-on?
Sur la Seconde Guerre mondiale, on écrivait principalement des témoignages. Eux seuls étaient considérés comme l'expression authentique de la réalité. La littérature, elle, apparaissait comme une construction factice. Moi, je n'avais même pas de témoignage à offrir. Je ne me souvenais pas des noms de personnes ni de lieux, mais d'une obscurité, de bruits, de gestes. C'est uniquement avec le temps que j'ai compris que ces matières premières étaient la moelle de la littérature, et que, partant de là il était possible de donner forme à une légende intime.


Et voici donc d'où vient une oeuvre au style épuré, une poétique fondée sur la contemplation et l'introspection, tout ,y compris le plus atroce, est plus suggéré que démontré, les phrases sont très claires et simples, écrites en " mode mineur", il le dit, comme pour mieux faire comprendre l'étouffement constant de ce qui risquerait d'exploser et de détruire.
Histoire d'une vie et histoire d'une écriture.

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J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeLun 1 Fév 2010 - 12:28

Citation :
"Moi, je n'avais même pas de témoignage à offrir. Je ne me souvenais pas des noms de personnes ni de lieux, mais d'une obscurité, de bruits, de gestes. C'est uniquement avec le temps que j'ai compris que ces matières premières étaient la moelle de la littérature, et que, partant de là il était possible de donner forme à une légende intime."
Cela me ramène au sentiment que m'inspire lecture de Et la fureur ne s'est pas tue. Je n'ai lu lentement qu'une quarantaine de pages dans lesquelles la mémoire ouvre une fenêtre sur un fait précis, lié parfois à une réminiscence physique.
"Ces paroles, qui se voulaient apaisantes, n'asphyxiaient pas les douleurs. Je vomissais de détresse."
Le silence il pénètre au chevet de l'enfant par un père qui, avant son arrestation, prend le temps de lui dire l'essentiel sans mot superflu.
L'enfant, à sa mère : "-Pourquoi papa est-il communiste? "-Parce qu'il y a des injustices criantes."
La ponctuation se referme rapidement sur de telles phrases, brèves, qui laissent échapper des bouffées d'émotion qui ne prennent pas fin.
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitimeLun 1 Fév 2010 - 14:58

Je crois que toute l' oeuvre d' Appelfeld provoque l' émotion, d' autant
qu' elle est retenue et pudique...
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MessageSujet: Re: Aharon Appelfeld   Aharon Appelfeld Icon_minitime

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