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 Au fil de nos lectures

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Marie
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MessageSujet: Au fil de nos lectures   Mar 18 Mar 2008 - 19:39

Phrases glanées dans nos lectures, au jour le jour...
On va voir si elles se rencontrent ?

Le 17 mars 2008

Le pouvoir d'association de l'esprit humain est un phénomène extraordinaire. A côté de Haaly, surgit le mot hongrois halal, "mort", l'allemand Heil , le salut hitlérien qui m'amène au non moins germanique heilen
"guérir", fermer les plaies et embrasser leurs lèvres, calmer la mémoire. Apaisez-vous les six millions de suppliciés des camps: nous les survivants, nous ne cessons de penser à vous, nous restons à votre écoute. Si nous ne nous pouvons imaginer la somme de vos souffrances, nous perpétuons et transmettons votre mémoire, au-delà des siècles des siècles.Paix à vos cendres, que vos corps dissipés en fumées nauséabondes animent la stratosphère , arrêtent les mauvais rayons et laissent passer les bons. Et vous qui lisez mon imploration, êtes-vous prêts à réciter avec mois un verset du Kaddish dans sa traduction française?
" Que celui qui entretient l'harmonie dans les sphères célestes la fasse régner parmi nous et parmi tout Israël. Amen.


Le perroquet de Budapest.
André Lorant
p 98-99

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Marie
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Mar 18 Mar 2008 - 19:57

Mais aussi:

Hier matin, après avoir passé la nuit à veiller les mourants, j'ai pris ma cape et mon bonnet. Je suis allée suivre le fleuve. A travers la brume, j'ai aperçu la ville que les hommes engraissent.Cela n'a plus d'importance. es marins peuvent rentrer de la Baltique, les conteurs enchanter les ignorants, les maris peuvent poursuivre leur travail de destruction, et les prêtres s'allonger sur leurs fidèles, je n'ai plus peur.J'ai tourné vers les bois. Ils étaient recouverts de silence et de givre. La lumière dentelée perçait les branches. Une petite rivière coulait comme un filet de Meuse égaré parmi les arbres. Les berges trempaient leurs herbes blanches dans le courant. C'était un bel instant. Je me suis penchée au-dessus de l'eau. J'ai vu mon reflet. Hugues dit que les orages n'existent pas ,que les vraies tempêtes passent comme un souffle. Agenouillée devant mon visage, j'ai su qu'il avait raison. Mes joues étaient rouges de froid. J'ai baissé ma capuche pour toucher mes cheveux. Puis j'ai lentement caressé mes yeux, mon nez, ma bouche. Au loin, le galop d'un cheval est passé sur la route. Je m'appelle Juette, je n'ai plus d'âge. J'ai une revanche à prendre.

La passion selon Juette Clara Dupont-Monod
p 175

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Marie
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Mar 18 Mar 2008 - 20:19

Et puis aussi, toujours hier, un bon cru!!! et clin d'oeil à Animal, j'aime beaucoup ton livre de Giovanni! Celui d'Aériale aussi...

Boucherie pour végétariens politiques

Ouvriers, pharmaciens, avocats, peintres, médecins, écrivains, voire poètes, commerçants, sculpteurs, industriels, paysans, cuisiniers, instituteurs, boxeurs, coureurs, cyclistes, hôteliers, charbonniers, viticulteurs, hommes de nations différentes qui ne se connaissaient pas et qui n'avaient aucune raison de s'en vouloir et qui se jetaient à l'aube, les uns contre les autres.

Qui sautaient de leurs tranchées avec un quart de rhum dans le nez, traversaient les champs passé au hachoir par les mitrailleuses d'en face, survivaient, pour certains, sautaient enfin dans la tranchée des autres hommes, plongeaient les baïonnettes dans leurs corps, les traversaient, les clouaient contre la terre nourricière, ils n'étaient plus devenus ,eux et les autres, que des regards exorbités.

N'étaient plus, eux, les braves gens du temps de paix, que des tueurs, des équarisseurs, eux, les gentils des réunions de famille sous les ombrages, eux, sensibles à la moindre plainte, devenus sourds aux agonies, aux gargouillements des artères rompues.

Les ordres d'un dictateur ou, bien pire, ceux d'une poignée de professionnels de la politique, des élus du peuple jetant les peuples dans des trous d'obus infestés de rats repus de cadavres, ils avaient donc tous obéi à ces ordres. Et ceux qui donnaient des ordres n'allaient jamais au feu. Ils se contenteraient ,plus tard , de prononcer des discours, des "plus jamais ça" devant des monuments aux morts.

.. Ne sachant plus que dire, un prêtre répétait aux mourants que c'était une guerre juste....

Il avait dans le coeur des jardins introuvables
José Giovanni p 116-117

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kenavo
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Mar 18 Mar 2008 - 20:32

Ostende, le quai en pierre, la digue blafarde, la lointaine rangée d’hôtels tournaient lentement, s’estompaient dans les embruns turquoise d’un jour d’automne.
Le professeur enveloppa ses jambes dans un plaid et se renversa en grinçant dans le confort transatlantique d’un fauteuil pliant. Le pont ocre et propre était plein de monde, mais tranquille. Les chaudières soupiraient décemment.
Une jeune Anglaise avec des bas de laine montra d’un sourcil le professeur.
-Il ressemble à Sheldon, n’est-ce pas ? dit-elle en s’adressant à son frère, debout à côté d’elle.
Sheldon était un acteur comique, un géant chauve, au visage rond et flasque.
« Il apprécie beaucoup la mer… « ajouta à voix basse l’Anglaise. Et puis après, malheureusement, elle s’en va de mon récit.
Son frère, un étudiant roux et pataud qui retournait à son université – les grandes vacances étaient terminées – sortit, de sa bouche une pipe et dit :
- C’est notre biologiste. Un vieillard merveilleux. Je dois le saluer.
Il s’approcha du professeur. Celui-ci souleva ses lourdes paupières.


Vladimir Nabokov, début de la nouvelle La vengeance

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Mar 18 Mar 2008 - 22:52

Le gros Buffie devait chercher son souffle. Sa course s'était ralentie, il avait cessé de se plaquer au sol, il ne faisait plus que se pencher en avant. Par le dessus de ce crane présenté en offrande entra une balle qui ressortit par la nuque. L'impact releva un peu son visage, comme si on le tirait par les cheveux. Sa course s'arrêta, la courbe de son corps s'inversa légèrement vers l'arrière, il ployait sous l'effet d'une force invisible, son visage n'était déjà plus celui qu'il avait dans la vie. Il put dire encore un mot au vacarme. Il put de la main chercher sa blessure, peut-être sentait-il le sang chaud coller dans son cou, puis il tomba à genoux, un instant en prière avant de s'écraser, plongeant dans la terre sa nouvelle face de cadavre. Bressol qui le suivait s'affala d'un coup, sans un mot, sans geste. La balle l'avait atteint en plein coeur. La ligne de sa bouche tomba, comme si plus rien ne pouvait la tenir et que son corps savait. Voilà deux morts qui avaient des noms, et des lignes de chance dont, la veille ils ne trouvaient pas la fin.

dans la guerre d'Alice Ferney
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Marie
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Jeu 20 Mar 2008 - 0:33

Merci!!!
Continuons.

18 mars

Les hommes. Voilà le travail des hommes. Ces murailles que je vais piétiner pour que résonnent encore les cris des cadavres. Je ne hais pas les hommes parce qu'ils sont des hommes, mais parce qu'ils ne sont pas vraiment des hommes. Je les hais parce qu'ils n'ont pas su se montrer plus forts que moi. Les papes condamnent, les evêques exécutent, les fils éventrent et les pères abandonnent. Voilà, pour eux, ce qu'est la force. Voilà leur ignorance et leur faiblesse. Seules les mains pures savent haïr et recevoir le privilège de la punition. Les hommes n'ont pas les main assez nobles. Ce sont des enfants qui s'égosillent dans les arrière-cours et qui, après avoir noyé un chat, se sentent invulnérables. Il leur faut des simulacres de règne pour trouver le sommeil. Sans doute ont-ils bien dormi après le bûcher..

La passion selon Juette
Clara Dupont-Monod p199-200

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Marie
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Jeu 20 Mar 2008 - 0:59

Nous sommes restés seuls, ma soeur, notre grand-père et moi, car ma mère répondit "présente" à la convocation des autorités militaires qui faisaient creuser dans les environs de Budapest des tranchées, contre les chars russes, par des femmes juives. Ma mère- comble du déraisonnable caractéristique de ces temps-là- affirmait qu'elle tenait à respecter la loi et qu'il ne saurait être question pour elle de choisir une vie clandestine. Elle et beaucoup d'autres de la "bonne" société, sous l'emprise d'une éducation puritaine, de servilité et de soumission, ne pouvaient se soustraire au mythe de la légalité, même aux dépens de leur vie. Encadrée par des auxiliaires Croix-Fléchées, elle dut satisfaire ses besoins en présence de ses gardes, bêcher à longueur de journée, se nourrir misérablement. Nous reçûmes quelques cartes fort laconiques de sa part. Ma tante Pötye, à qui nous devons notre survie- bénies soient ses cendres que je n'arrive plus à localiser- se proposa de la faire sortir de son camp de travail grâce à un "Schutzpass" délivré, contre espèces sonnantes et trébuchantes , par l'ambassade de Suède. Tel était le texte d'origine, alambiqué, rédigé avec l'aide des juristes nazis je suppose , figurant sur le passeport délivré par les Suédois: " L'ambassade du royaume de Suède à Budapest certifie que la personne susnommée quitte la Hongrie pour la Suède, dans le cadre du programme de rapatriement approuvé par le ministère royal suédois des Affaires étrangères. Le nom de cette personne figure également dans le passeport collectif établi par l'ambassade. jusqu'à son départ, l'intéréssé(e) et son appartement se trouvent sous la direction de l'ambassade royale." Le post-scriptum inscrit sur le document , " Perd sa validité le quatorzième jour après l'arrivée en Suède de son titulaire" révèle la fiction juridique inventée par Raoul Wallenberg, le consul de Suède, qui termina misérablement ses jours dans les geôles de Staline.
Fou que j'étais, enfermé dans une pièce privée de la lumière du jour, j'ai déclaré que l'acquisition d'un "Schutzpass" serait contraire aux principes légalistes de ma mère. Autour des années 1950, à l'occasion d'un voyage en groupe, ma mèe, qui se soumettait toujours aux lois et acceptait les contraintes sans murmurer- elle ignorait l'indocilité comme beaucoup de femmes juives- n'a pas refusé de se rendre au camp d'Oswiçim. " Cela n'était pas facile à supporter" nous déclara -t-elle calmement à son retour d'Auschwitz où elle avait vu les fours crématoires, sans commenter ses propos.

Le perroquet de Budapest
André Lorant p182-183

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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Jeu 20 Mar 2008 - 13:33

Derrière chaque photo, par-delà le plaisir et la joie, il y a la peur, peur du temps qui passe, de sa fugacité, peur de voir puis ne plus voir, vivre puis ne plus vivre, avoir vécu et n'en avoir nulle trace démonstrative, nul souvenir tangible ; derrière chaque photo, il y a la peur de mourir, et la preuve de notre mort.
[...]
Les photos sont des actes manqués, des paroles sous silence, des baisers refoulés, des sourires figés, des yeux qui se ferment.


Il ne vous reste qu'une photo à prendre
Laurent Graff

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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Jeu 20 Mar 2008 - 14:54

Dans la BA de Il y a longtemps que je t'aime :

Citation :
En prison je mettais toujours des livres à côté de mon oreiller, une sorte de rempart, de l'autre côté, il y avait le monde. Un monde sans moi.

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Oh, baby, baby, it's a wild world
It's hard to get by just upon a smile.
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Jeu 20 Mar 2008 - 19:13

Citation :
Elle pense qu’une fois – ça remonte maintenant assez loin – le père Theriault, ce prêtre défroqué, ce clochard alcoolique, assis sur son banc de parc avec ses petites jambes dont les pieds touchaient à peine le sol, a dit à une Legs Sadovsky penchée vers lui, à la fois inquiète et avide d’entendre, que nul individu ne peut remédier à l’injustice ; que la terre que nous foulons est faite des os finement broyés de ceux qui, non contents de souffrir, souffrent en silence, d’une souffrance à la fois humaine et animale à laquelle nous ne supportons pas de penser alors que nous le devrions. Legs a murmuré ; "Mais que pouvons nous faire ? " sans que le vieil homme ait paru l’entendre, occupé qu’il était à discourir sur la société, le capitalisme et sur cette malédiction consistant à voir des êtres humains se tenir mutuellement pour de la marchandise ; le plus tragique étant que les hommes et les femmes non seulement s’utilisent les uns les autres comme ils le feraient avec des objets, mais qu’ils se présentent, se vendent eux-mêmes …comme des objets.

Citation :
…tandis que Legs, transportée de bonheur, les yeux étincelants, le saisit par les cheveux et lui cogne rythmiquement la tête sur le plancher, bang ! bang ! bang !...
Il doit vraiment craindre d’être surpris car il ne hurle pas à l’aide. De fait, il ne hurle pas du tout ; il se contente de gémir, d’implorer d’un ton étranglé : «Les filles ! Non ! Arrêtez ! S’il vous plaît, les filles ! Non ! »
Voici Lana, la tigresse, qui essaie, là où elle le peut et quand elle le peut, de griffer la chair nue, faisant gicler le sang en abondance. Voici Fireball, la rouquine, d’humeur malicieuse, qui martèle et tord la peau des grosses cuisses de l’homme, son ventre et ses organes génitaux comme on pétrit du pain. Voici Boum-Boum, la plus extravagante, qui hurle de joie en se dressant le plus haut possible pour retomber le plus fort possible, de tout son poids, sur la poitrine de l’homme qui, le souffle complètement coupé et les yeux roulant dans les orbites, gémit, oh…oh…
Soudain, il cesse de résister. Il ne lutte plus, ne se débat plus.
Il n’est pourtant pas mort. Il respire encore, mais sur un rythme irrégulier. Il expire difficilement, dans un bruit de soufflerie : à en juger par le son bizarre – nasillard et mouillé – qui sort de ses narines, il doit avoir le nez cassé ; du moins son nez saigne, son sang gicle partout, sur lui, sur les bras et les jambes nues de ses assaillantes, trempant leurs vêtements. Maddy, à présent sérieusement inquiète, supplie ses sœurs d’arrêter ; après tout, elles ne veulent pas sa mort n’est ce pas ? A regret elles l’abandonnent : un dernier et cruel coup de pied de Fireball à son pénis ratatiné, et l’assaut est terminé.
2 extraits de Confessions d'un gang de filles (Joyce Carol Oates)
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Ven 21 Mar 2008 - 4:53

Je photographie les escaliers Art nouveau , les fontaines décorées de mosaïques scintillantes. Comment ai-je pu oublier les concerts exceptionnels de mes jeunes années? La matinée de l'Orchestre philarmonique de la Ville, en février 1945, consacrée aux oeuvres de Mendelsohn interdites par le régime nazi; Menuhin jouant pour la première fois à Budapest la Sonate pour violon seul qu'il a commandée à Bartok, malade de leucémie à New York; Annie Fischer en transe s'attaquant au Hammerklavier de Beethoven; Richter, encore élégant et mince, entrant en scène la tête penchée vers son épaule gauche et imposant aux staliniens un programme exclusivement composé d'oeuvres de Debussy et de Ravel....

Le perroquet de Budapest

André Lorant p214

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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Ven 21 Mar 2008 - 19:47

Alors, pour passer le temps, je me suis imaginé toutes les phrases que j'aurais prononcées d'un ton faussement mondain et qui auraient fait perler à son front des gouttes de sueur. "Vous êtes encore toubib? " Et après avoir marqué un temps: " Dites, vous exercez toujours quai Louis-Blériot? A moins que vous ayez conservé votre cabinet rue de Moscou... Et ce séjour à Fresnes d'il y a longtemps, j'espère qu'il n'a pas eu de trop lourdes conséquences..." J'ai failli éclater de rire, là, tout seul dans mon coin. On ne vieillit pas. Avec les années qui passent, beaucoup de gens et beaucoup de choses finissent par vous apparaitre si comiques et si dérisoires que vous leur jetez un regard d'enfant.

Dans le café de la jeunesse perdue
Patrick Modiano p34

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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Sam 22 Mar 2008 - 5:47

Je lisais le plus que je pouvais avant de me laisser glisser dans le sommeil, comme si je sombrais entre les couvertures du livre lui-même, avec une lenteur délicieuse. Je lisais et relisais la même phrase jusqu'au moment où les mots se mêlaient, se confondaient sous mes yeux, dans ma pensée, tandis que mes paupières se fermaient irrésistiblement. Je m'endormais dans la même position, pour me réveiller quelques minutes plus tard, le livre toujours ouvert sur le même passage, parfois à deux pages à peine de mon point de départ. Mes yeux s'ouvraient un instant puis se refermaient, vaincus. Je me reculais, me nichais enfin au creux des draps. Cette fois, je dormais.

L'infortunée, Wesley Stace.

C'est tout moi ça.
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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Sam 22 Mar 2008 - 19:06

Paris, 2 juillet 1948


......
Ceci- dit, et pour être emmerdant, j'ajouterai que ton entêtement à engueuler les cuistres me fait peur. Je sais bien que la majorité des hommes " a tué les restes de son enfance", " a trahi sa jeunesse", etc ( Toussenot dixit). Corne d'Auroch le sait. Quelques autres le savent. Mais la multitude, elle, ne peut pas le savoir. Alors pourquoi le dire? Besoin de véhémence? Soulagement physique? Pourquoi l'écrireplus précisément? Te voilà maintenant en contradiction avec tes théories! Oui, je sais aussi que Baudelaire considérait le droit de se contredire comme une noble nécessité de l'homme bien né. De même, n'est -ce-pas toi qui me l'a appris? Valéry posait comme condition d'existence de l'Esprit la possibilité de contradiction. Oui, bien sûr! Mais quand même, quelle fatigue inutile! Tes insultes sont encore un hommage à leur connerie! Chacune de tes polémiques ( excellentes d'ailleurs, beaucoup trop excellentes) est un poème fracassant à la gloire de la bêtise humaine. Il est pour le moins savoureux de voir de voir un type très intelligent se préoccuper à ce point de la sottise et de la médiocrité de la société de son temps. Pour un homme de valeur, il n'y a pas de connerie, il ne doit pas y en avoir! Tu vois trop la vérité, tu désenchantes tout ce que tu touches. Tu es le destructeur de tes trésors, malheureux! Plus je te connais, plus je sens qu'il y a du Nietzsche dans ta nature.
Tu parles, tu parles de façon éblouissante certes, mais tu parles et tu ne devrais que chanter. CHANTER, comprends-tu? Vois-tu, tu es trop violent avec les imbéciles, trop intégral. Pourquoi ne pratiquerais-tu pas la théorie de la non-violence? Ils sont cons, c'est un fait, mais que veux tu y faire? Tu ne dis rien aux aveugles qui ne voient pas. Alors! Crois moi, laisse les sots à leur sottise. Crée des fêtes. Pense à tes amis.
Trouve la paix. Redécouvre les voluptés perdues. Deviens l'artisan de ton âme, le musicien de ton silence, l'écrivain de ton génie. Et excuse moi de te souhaiter avec un autre comportement. Tu sais bien que mon amitié n'a rien à voir avec les conseils que je te donne. Tu es: cela suffit. Le reste est littérature!
...
Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges

Lettres à Toussenot
1946-1950
Georges Brassens
p 38,39

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MessageSujet: Re: Au fil de nos lectures   Sam 22 Mar 2008 - 21:51

"J’étais réellement boulanger. J’avais enfin ma place dans la vie. Celle que tout le monde cherche mais qu’il est donné à peu de gens de trouver."

José
(Comedia infantil) Henning Mankell
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