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 Julian Barnes

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K
Main aguerrie
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MessageSujet: Julian Barnes   Dim 23 Mar 2008 - 19:10

Julian Barnes



Julian Barnes, auteur anglais né à Leicester le 19 janvier 1946, est bien connu pour être le plus francophile des écrivains de la "perfide Albion". Rien d'étonnant quand on a des parents tout deux profs de français et que, dès l'âge de 12 ans, on passe ses vacances à sillonner l'Hexagone. Inutile de dire que Julian Barnes parle correctement la langue de Flaubert, auteur à qui il voue une admiration sans bornes.
C'est néanmoins à Londres que l'auteur vit et écrit ses romans au ton souvent ironique, malicieux, et peu complaisant envers ses compatriotes.

England, England est le premier roman que j'ai lu. C'est le sujet qui m'avait surtout attiré : un homme d'affaires un rien excentrique, Jack Pitman, se lance dans le projet farfelu de construire sur une île une sorte de parc d'attractions façon Disneyland, qui rassemblerait tous les symboles prestigieux que compte l'Angletterre après un sondage effectué auprès de vingt-cinq pays. Résultat : la famille royale, Robin des Bois, les taxis londoniens, le snobisme, pour n'en citer que quelques-uns. L'île s'appellera England, England.
Au-delà de cette idée, le roman s'articule autour du personnage de Martha Cochrane dont nous suivons l'enfance liée au traumatisme d'un père disparu, puis en la personne d'une femme d'affaires au tempérament bien trempé, collaboratrice de Jack Pitman sur lequel elle exerce une influence certaine suite à sa découverte des goûts particuliers de son patron en matière de moeurs sexuelles.

Satire délirante où Julian Barnes tire à boulets de canon sur son pays natal, grosse farce qui met à nu les excès et les contradictions du Royaume, England England n'est sans doute pas le meilleur roman de l'auteur mais il n'en reste pas moins très amusant et caustique.


Arthur et George est, par contre, une belle réussite.
Proche du polar, il met tout d'abord en scène un certain Arthur Conan Doyle, dont nous suivons la biographie au détail près : son enfance bercée par les romans de chevalerie, ses études de médecine, son entrée dans la profession, son mariage, sa liaison "scandaleuse" avec Jean Leckie, sa passion pour le spiritisme et, bien sûr, sa production littéraire. Ceux qui auraient déjà lu une biographie du père de Sherlock Holmes seront en terrain connu. Mais il n'était pas dans l'intention de Barnes d'écrire une biographie de l'auteur.
Le noeud de l'histoire, c'est l'apparition d'un fait divers criminel - bien réel - impliquant un certain George Edalji, un homme d'origine indienne, avoué de son état, qui se heurte au racisme ambiant. Accusé à tort d'être l'auteur d'une série de massacres sur des animaux, Edalji est condamné à trois ans de prison. A sa libération, l'homme, qui porte désormais la marque infâmante du criminel, écrit à Conan Doyle pour lui demander de rouvrir le dossier de l'enquête et ainsi laver son honneur. Doyle, grâce à ses talents de déduction et son expérience des affaires criminels, entame alors sa contre-enquête et parvient à prouver l'innocence de l'avoué, éclairant au passage les méthodes et l'incompétence de la justice de l'époque (et son manque d'impartialité).

Julian Barnes transforme un fait divers en roman à suspense sur fond de xénophobie (un aspect très intéressant du roman), alternant les points de vue de Doyle et d'Edalji, et rendant par la même occasion justice à un Conan Doyle devenu à son tour personnage de roman marchant sur les traces de son légendaire détective.
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Wittgen
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Ven 2 Oct 2009 - 12:07

Tiens, ce pauvre J. Barnes n'a pas grand succès parmi les parfumés. Je ne me suis pas encore frotté à sa prose, mais il fait partie des (nombreux) à auteurs que j'ai envie de découvrir.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Ven 2 Oct 2009 - 12:15

Wittgen a écrit:
Tiens, ce pauvre J. Barnes n'a pas grand succès parmi les parfumés. Je ne me suis pas encore frotté à sa prose, mais il fait partie des (nombreux) à auteurs que j'ai envie de découvrir.
Wink il y a tellement de fils, tellement d'auteurs qu'on veut lire/découvrir..
peut être tu vas arriver à donner plus envie de lire du Julian Barnes après un commentaire sur une de tes lectures Very Happy

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Sénèque
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Wittgen
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Ven 2 Oct 2009 - 12:22

Oui, je m'en rends compte tous les jours un peu plus. J'ai lu hier une de vos anciennes discussions, dans le fil Steinbeck, sur les interactions entre littérature, lecture et programmes scolaires.

Ca fait un peu plus d'un an que j'ai quitté les bancs khâgneux et je ressens plus que jamais mon ignorance littéraire, alors que la khâgne me donnait presque l'illusion que la littérature était un microcosme lointain et intimiste. Cela dit, je ne balaye pas tout car l'école (au sens large) a également du bon. Et ce n'est pas tâche facile que d'enserrer dans des exigences d'éducation une matière aussi rebelle que la littérature.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Ven 2 Oct 2009 - 14:44

Ton message mériterait une nouvelle discussion Very Happy

Wittgen a écrit:
Et ce n'est pas tâche facile que d'enserrer dans des exigences d'éducation une matière aussi rebelle que la littérature.
oui.. certainement, surtout que dans mon cas, p.ex. c'est un prof d'allemand qui m'a donné vraiment le goût pour la 'bonne' littérature..

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Marie
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Ven 11 Déc 2009 - 5:08

Rien à craindre
traduit de l'anglais par Jean Pierre Aoustin
Mercure de France

Voici un livre qui n’est ni une œuvre de fiction, ni une biographie, ni vraiment un essai. Ce n’est pas non plus un livre de philosophie, bien que..
Plutôt une flânerie , très littéraire dans l’écriture et la construction ( redoutablement efficace, car elle rend le livre passionnant alors que le sujet , la mort, et la peur de la mort, c’est dit, peut dissuader..). Pleine d’humour, de citations ( beaucoup de Jules Renard , cela m’a donné l’envie de lire son Journal, tant les extraits empruntés m’ont semblé fins et drôles . Un connaisseur certes,ce Jules Renard, qui a vu sa mère tomber dans un puits,son père se suicider à son domicile d’un coup de fusil, son frère mourir à son bureau des suites d’une intoxication liée à un chauffage mal réglé ..).

Pleine également d’anecdotes sur des écrivains, des musiciens ( surprenant Rossini..), bref un régal d'érudition et un art parfait de l'autodérision!

Egalement un portrait familial ( vie et mort d'une famille, grands parents, parents, et un frère, philosophe légèrement déjanté, spécialiste d'Aristote et vivant lui aussi en France.). Les deux frères faisaient d'ailleurs le malheur de leur pauvre mère .
Citation :
Un de mes fils, disait-elle, publie des livres que je peux lire mais ne peux pas comprendre, et l'autre écrit des livres que je peux comprendre mais ne peux pas lire
. Pauvre Mrs Barnes!

Et une réflexion sur ce qu'est un romancier, ce qui fait démarrer une histoire.

Un petit extrait à ce sujet:

Citation :
La fiction est créée selon un processus qui combine une liberté totale et un contrôle absolu, qui contrebalance l’observation précise par le libre jeu de l’imagination, qui utilise des mensonges pour dire la vérité et la vérité pour dire des mensonges. Elle est à la fois centripète et centrifuge. Elle veut raconter toutes histoires, dans toutes leurs incohérences, leurs contradictions et leur insolubilité; en même temps, elle veut raconter LA vraie histoire, celle qui fond en une seule et raffine et résout toutes les autres histoires. Le romancier est à la fois un impudent cynique et un poète lyrique, s’inspirant de l’austère exigence d’un Wittgenstein- «  ne parle que de ce que tu peux vraiment connaître »- et de l’espiègle effronterie d’un Stendhal.

Même s'il est très facile- et un régal- à lire, c'est un livre très touffu, et il me faudrait plus de temps, et de talent d'écriture pour rendre hommage au travail de Julian Barnes.

Voici donc ce qu'en dit Frédéric Ferney

sur son blog

Le début, dans L'Express-livres:
ici

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J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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tom léo
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MessageSujet: Julian Barnes – Une fille qui danse   Ven 11 Jan 2013 - 22:22

Une fille qui danse

Originale : The sense of an ending (Anglais, 2011)

CONTENU :
Ceux qui veulent nier le passage du temps disent : quarante ans, ce n’est rien, à cinquante ans on est dans la fleur de l’âge, la soixantaine est la nouvelle quarantaine et ainsi de suite. Je sais pour ma part qu’il y a un temps objectif, mais aussi un temps subjectif… le vrai, qui se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée, quand ces nouveaux souvenirs me sont soudain revenus, ç'a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé… Comme si le fleuve avait coulé vers l’amont.

Tony, la soixantaine, a pris sa retraite. Il a connu une existence assez terne, un mariage qui l’a été aussi. Autrefois il a beaucoup fréquenté Veronica, mais ils se sont éloignés l’un de l’autre. Apprenant un peu plus tard qu’elle sortait avec Adrian, le plus brillant de ses anciens condisciples de lycée et de fac, la colère et la déception lui ont fait écrire une lettre épouvantable aux deux amoureux. (…)

(Source : Quatrième de couverture abregée, plutôt pas lire trop loin la couverture... !)

REMARQUES :
Depuis le début le livre m'a convaincu par le style brilliant, la langue splendide et une richesse de sujets. Je l'ai lu dans cet anglais de Barnes d'une pureté remarquable !

Le narrateur Tony Webster se souvient dans une première de deux parties à peu près d'égale longeur, d'un passé lointain, autour de la fin d'école, le débuit de l'université. Il raconte de leur groupe de quatre amis et, là-dedans, le toujours un peu « autre » Adrien qui les dépasse d'intelligence et d'esprit critique. Qui d'autre va oser comme lui, de mettre en question la soi-disante vérité établie de l'enseignement historique, et va plutôt parler d'un certain relativisme de notre optique ? Dans un autre registre Tony raconte de son premier « grande » relation avec Véronica : fille qui bascule entre jeu d'attirance et refus. Il laissera tomber après... une expérience. Plus tard Adrien prend la suite. Qu'est-ce qui va se passer ? Dans un premier temps Tony raconte l'histoire du mariage de Véronica et Adrien, mais aussi – ils étaient déjà loin l'un de l'autre – du suicide d'Adrien. Point.

Quarante ans plus tard un héritage bizarre – deuxième partie du roman – va remettre cette histoire si longtemps « passée » en mouvement. Qu'est-ce qui s'est vraiment passé ?

On le comprendra : les reflexions autour du souvenir, de la mémoire traversent ce livre. Ceci n'est pas seulement vrai pour les questionnements tardifs du narrateur envers soi-même, mais commence déjà au début avec ces idées sur l'histoire et sa vérification, son interprétation multiple : où est l'objectivité ? Où le subjectif ? Et si cela vaut déjà pour une science, comment cela ne sera pas vrai pour l'histoire personnelle ?

Même si l'extrapolation d'une telle criticisme envers le vérifiable peut mener vers un relativisme, je veux d'abord souligner nos expériences à nous tous (?), probablement : Oui , dans l'acte du souvenir on se construit souvent un passé. Mais qu'est-ce qui s'est passé vraiment ? On était tous déjà surpris de découvrir après-coup, que tel ou tel bribe d'histoire était tout autre que souvenu.

Dans ce contexte on peut comprendre un peu le sentiment grandissant chez Tony, d'avoir complétement raté la compréhension des choses de sa vie et de ses alentours. Et plus que cela : d'avoir pris part, si il en était conscient ou pas, à des cours d'événements affreux. Ainsi on influe même là, où nous en avions aucune notion. Cela pourrait même provoquer de la malaise, voir des sentiments de culpabilité. L'auteur ne montre pas beaucoup d'issues...

Vu sous cet angle les deux parties peuvent être comprises comme « description d'un passé tel que souvenu », et puis la « mise en question des certitudes ».

On trouvera en outre quantité de descriptions assez fines, par exemple sur cette jeunesse dans les alentours de 67/68, et leur éducation : le contexte d'une liberté grandissante d'un coté, mais l'emprisonnement intérieur de l'autre. Par ailleur ces « sauvages » d'un époque deviendront, au moins en ce qui concerne Tony, des braves bourgeois... Et les rêves d'être « autre » et de se libérer cède lentement la place : il ne reste pas grande chose de la revolte des jeunes.

Un livre bref en pages qui réussit d'apporter pratiquemment à chaque page un nouveau point de vue, un nouveau regard. J'étais scotché !

Que pour moi ce livre soit la première rencontre bouleversante et remarquable avec Julian Barnes se comprend encore, mais qu'ici chez les Parfumés (beaucoup) d'autres ne l'ont pas encore découvert approche au miracle. Ce livre a gagné le Man Booker's Prize 2011. Aucune idée pourquoi ils ont du changer le titre anglais de telle façon...

Je suis loin d'épuiser tous les sujets du livre et serais ravi d'en lire d'autres.


Dernière édition par tom léo le Ven 11 Jan 2013 - 23:04, édité 1 fois
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Maline
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Ven 11 Jan 2013 - 22:40

Merci, tom léo, pour tes remarques. Comme toi, j'ai lu le roman en anglais mais dès sa sortie en 2011. Je dois donc creuser ma mémoire pour retrouver mes impressions. Cependant, ce qui reste quand je pense d'avoir autrement tout oublié, c'est que Julian Barnes a écrit une réflexion remarquable sur la mémoire, le temps qui passe, le vieillissement et les regrets. Par moments il aime provoquer son lecteur mais le tout fait un excellent gagnant du Man Booker Prize.
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topocl
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Sam 7 Déc 2013 - 21:03

Une fille qui danse

Comme Tom Leo, je suis plutôt impressionnée par cette lecture, surprise d’être passée si longtemps à côté  de  Julian Barnes, et aussi  que si peu de Parfumés aient abordé cet auteur.

Une fille, qui danse, deux parties :

Une première partie qui montre un vieil homme se souvenant de son adolescence, une histoire assez souvent lue de jeunes hommes ne pensant qu’aux filles sans oser les toucher, une belle amitié estudiantine, des certitudes de jeunesse qui évitent de se poser des questions… Et la vie qui sépare tout ce petit monde. Tony aborde l'existence avec une certaine paresse qu’il camoufle sous le terme pompeux d « instinct de survie », se retrouve à tondre son gazon le dimanche… La Vie va, on n'a pas rempli les  espoirs fous de sa jeunesse, mais on n’est pas malheureux, c’est déjà ça, et on se remémore ces temps avec ce qui ressemblerait à une satisfaction, une nostalgie amusée.
Rien de bien original dans tout cela, mais une acuité d'observation, une élégance du récit, un humour British font que le lecteur se réjouit de cette entrée en matière, la trouve plutôt brillante et sacrément accrocheuse .

Citation :
J'avais voulu que la vie ne m’embête pas trop, et obtenu ce que je voulais - et comme c'était pitoyable

Et puis, dans la 2e partie, il s'avère que les choses n'ont pas été aussi simples, que les préoccupations quotidiennes, l'indifférence, et une certaine prudence ont habilement distordu le souvenir, que la vie se chargeait de distribuer les rôles d’une façon autrement plus complexe et douloureuse, Tony va l'apprendre à ses dépens et boire la vérité jusqu’à la lie.
Le texte prend alors une âpreté douloureuse, le bilan de vie remet en cause les certitudes et les croyances, et la découverte du vrai destin de ces adolescents perdus de vue pendant 40 ans bouleverse tout aussi efficacement le narrateur que le lecteur.

Citation :
Après un certain âge, on espère un peu de repos, non ? On pense le mériter. Je le pensais, en tout cas. Mais alors on commence à comprendre que la récompense du mérite n'est pas l'affaire de l'existence.
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Avadoro
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Sam 28 Déc 2013 - 22:10

Une fille, qui danse

J'ai aussi beaucoup apprécié l'écriture de Julian Barnes, habile à saisir l'étendue d'une vie et la trace d'évènements semblant d'abord anodins. La pesanteur du passé et l'incompréhension dans une relation à l'autre hantent chaque geste et chaque décision. J'ai par instants trouvé la trame presque trop construite, trop virtuose, mais c'est par l'habileté d'une démonstration que le roman trouve finalement son ampleur. La multiplicité des questionnements a déjà été évoquée par tom léo puis topocl et de nombreuses séquences, floues, incertaines, restent en mémoire tant leur portée et leur impact sont sans cesse remis en cause.
Barnes cerne un doute qui parvient à bouleverser un rapport au quotidien et aux souvenirs, jusqu'à transformer, dans la douleur, une image de soi.
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églantine
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Sam 28 Déc 2013 - 22:17

J'ai très envie de lire cet ouvrage et ton commentaire Avodoro ne fait que m'orienter vers une lecture prochaine ! Merci ! sourire

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tom léo
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MessageSujet: Quand tout est déjà arrivé    Mar 8 Avr 2014 - 22:09

Quand tout est déjà arrivé

Traduction : Jean-Pierre Aoustin (2014)

Originale : « Levels of Life » (Anglais, 2013)

CONTENU :
« You put together two things that have not been put together before. And the world is changed. »

Nous vivons à ras de terre, à hauteur d'homme et pourtant - et par conséquent - nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous hisser jusqu'aux dieux. Certains s'élèvent au moyen de l'art ; d'autres, de la religion ; la plupart, de l'amour. Mais lorsqu'on s'envole, on peut aussi s'écraser. Il y a peu d'atterrissages en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d'amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l'un, alors pour l'autre. Parfois pour les deux.
(Source : amazon.fr)

REMARQUES :
Dans « Tout est arrivé » Barnes nous présente dans trois chapitres différentes associations, compositions de personnes avec des objets, ou entre personnes, sur des « niveaux différents ». Voilà le temps arrivé pour dire que le titre dans l’originale anglaise est « Levels of Life », alors quelque chose comme niveaux, plans de vie:
- D’abord on présente différentes tentatives de l’homme de prendre de l’altitude et de regarder la terre d’en haut. Entre eux Nadar, pionnier des voyages en ballon, et au même moment de la photographie. En mettant ces deux choses ensemble il arrive à être en 1858 le premier homme à faire des prises de vue aériennes de la terre. Un approche donc quasimment inimagniable jusque là qui aboutit pour l’instant par exemple à une prise de la levée de la terre, vue de la lune..., pour Barnes une forme de négation d’un interdit presque réligieux de « s’élever ». Cette première partie est racontée surtout avec beaucoup d’humour, mais aussi des détails historiques : Barnes a fait ses recherches. Mais cela ne devient pas sec. « So british ! »

- Puis nous est présenté un autre pionnier de l’aéronautique, Fred Barnaby : bohémien, soldat et... amoureux de Sarah Bernhardt, l’actrice qui fait un tabac à Paris dans ces années. Ils vont vivre une passion intense, mais quand pour Barnaby pose la demande en mariage, Bernhardt, en femme libre, répond à sa façon. Deux « niveaux » de voir cette relation, de prendre position...

- Mais qui s’élève en amour peut tomber d’en haut. Dans la troisième partie – la plus personnelle et poignante, et de loin – l’auteur parle de son chagrin : la perte de son épouse Pat en 2008, après une trentaine d’années de mariage qu’on devine heureuses et épanouies. Voilà une « perte d’hauteur » car le regard vers la vie, ensemble plus riche et large, se rétrecit un peu, et il n’y a pas le vis-à-vis avec lequel on partage toutes ses impressions, ses idées, ses élancements du cœur. On semble plus « incomplet » sans l’autre. Et quelle bêtises ne doit-on pas entendre : « Ah, tu as déjà meilleure mine ! Et maintenant c’est derrière toi ?! » Des amis et connaissances ne trouvent pas toujours un échos bienveillant chez lui. Il a l’air de se fâcher devant certaines paroles qui se veulent apaisantes. Alors je n’ose à peine de parler de ce chapitre, de peur d’être aussi complétement à coté de la plaque. Mais une chose est sûre : Barnes n’accepte pas des consolations d’une vie promise, d’un au-délà etc. Il se déclare résolumment athéiste, donc doit assumer la séparation absolue, sans aucun compromis (est-ce qu’il tient la route?).

Pour cette forme de conséquence radicale il faut avoir du respect. Je ne peux pas lui suivre dans cette logique (terrible?), même si – et je suis proche à le suivre en cela - en beaucoup de choses cela doit interpeller de ne pas chercher des consolations faciles et se chercher rapidemment un ailleurs meilleur. Cette vie ici-bas est à prendre au sérieux et elle est unique. Mais il est bien possible que la lecture d’un tel livre demande une certaine maturité. Je ne le donnerais pas à certaines personnes mal-préparées et trop peu sûres.

Mais quelle force d’écriture et aussi d’ouverture personnelle dans cette troisième partie forte! Avant autre chose j'y ressentais une déclaration d'amour pour sa femme défunte.

Chapeau !

(J’ai lu le livre dans sa version anglaise.)
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Dim 5 Oct 2014 - 18:45

Je me permets de poster une vieille note de blog de 2005 sur un très bon recueil de nouvelles que j'ai conseillé sur un autre fil.

The Lemon Table / La Table Citron
2004

Were you as young as you felt or as old as you thought ?("Hygiene")

Onze nouvelles ayant pour thème le vieillissement, cela peut sembler à priori rébarbatif mais il n'en est rien pour The Lemon Table, de Julian Barnes.
Romancier assez prolifique, il ne s'agit ici que de son deuxième recueil de nouvelles. Avec celui-ci on découvre pourtant un nouvelliste hors pair, qui navigue avec aisance entre divers genres (fiction, monologue, biographie romancée, récit épistolaire), d'une époque, d'un milieu, d'un lieu à l'autre(de la banlieue de Londres des années 60 aux rives d'un lac suédois au 19e siècle). Une virtuosité de l'écriture qui n'a rien de l' exercice de style, mais qui permet onze approches différentes , toutes en précision, intelligence et humour , du même thème.

La vie d'un homme qui défile, en trois visites, à des âges différents, chez le coiffeur ("A Short History of Hairdressing") . Une histoire d'amour impossible dont les protagonistes décident de mettre dorénavant leur coeur en hibernation ("The Story of Mats Israelson"). Les rencontres de deux vieilles amies dans une cafétéria américaine, et les souvenirs qu'elles égrènent, entre illusions et secrets inavouables ("The things you know"). Les virées annuelles à Londres d'un officier en retraite ("Hygiene"). Le dernier amour de Tourgueniev pour une jeune actrice ("The Revival"). La croisade lancée par un amateur de concerts classiques contre les spectateurs trop bruyants ("Vigilance")....

Nostalgie résignée ou amère d'une jeunesse et d'amours perdues, dégradation physique et mémoire en déroute, tentative de stopper la fuite du temps, aléas du désir, manies qui s'installent, illusions qui se dissipent... tout cela est évoqué sans que The Lemon Table verse dans le pathos. Car la gravité se double presque toujours d'humour (selon les nouvelles, décliné en ironie douce ou plus acide, comique réaliste, auto-dérision, tragi-comique, commentaire de biographe irrévérencieux) , comme ultime moyen de défense, de distanciation, contre les maux évoqués plus haut.
The Lemon Table s'ouvre par une des nouvelles les plus amusantes du recueil: "A Short History of Hairdressing", où une visite chez le coiffeur s'apparente à une séance de torture:

Citation :
Now the torturer-in-chief had the clippers out. That was another bit Gregory didn’t like. Sometimes they used hand-clippers, like tin-openers, squeak grind squeak grind round the top of his skull till his brains were opened up. But these were the buzzer-clippers, which were even worse, because you could get electrocuted from them. He’d imagined it hundreds of times. The barber buzzes away, doesn’t notice what he’s doing, hates you anyway because you’re a boy, cuts a wodge off your ear, the blood pours all over the clippers, they get a short-circuit and you’re electrocuted on the spot. Must have happened millions of times. And the barber always survived because he wore rubber-soled shoes.

traduction maison:
 

Le recueil se clôt de façon plus sombre avec "The Silence", qui évoque les derniers moments du compositeur Sibelius. Ici point de tentative d'échapper à l'inévitable, mais au contraire le désir de s'assoir à la "Table Citron" , table d'un café berlinois où il est obligatoire de parler de la mort (le citron en étant le symbole dans la Chine ancienne). Et l'aspiration du musicien, et de l'homme usé, au silence final.

Citation :

When music is literature, it is bad literature. Music begins where words cease. What happens when music ceases? Silence. All the other arts aspire to the condition of music. What does music aspire to? Silence. In that case, I have succeeded. I am now as famous for my long silence as I have been for my music.
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Marko
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Dim 5 Oct 2014 - 18:55

Je vais me le procurer.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   Dim 5 Oct 2014 - 19:02

J'espère qu'il t'intéressera. Quant à moi il faudrait que je jette un oeil à ses autres recueils de nouvelles, dont Pulse (Pulsations), paru en 2011.
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MessageSujet: Re: Julian Barnes   

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Julian Barnes
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