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 Sylvain Trudel

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coline
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeVen 9 Mar 2007 - 23:00

Caro a écrit:
Non je ne connais pas, mais j'aimerais en savoir plus...


Pas évident de parler de Perrine Griselin à l'écriture si particulière...mais j'essaierai de le faire prochainement dans la rubrique théâtre. Wink
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Caro
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeVen 9 Mar 2007 - 23:23

Dac, merci!
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeLun 28 Juil 2008 - 12:13

Du mercure sous la langue


Un adolescent, presqu'un jeune homme, Frédéric se meurt d'un cancer des os à l'hôpital, entouré d'autres adolescents cancéreux. Dès les premiers mots, la révolte prend à la gorge devant cette jeune vie écourtée, cette vie grignotée par la maladie qui amenuise à chaque opération la hanche de Frédéric.
Frédéric bien sûr est révolté par l'injustice de la loterie de la vie: il la hurle dans les mots qu'il couche sur son cahier lorsque la souffrance est trop grande de se voir partir, comme ça alors que la vie n'est qu'à son aube. Il devient le poète "Métastase" pour résister à la morbidité, pour se faire des anti-corps à coups de poèmes, à coups de mots et d'images à mettre sur l'indicible et inommable, à coups d'humour noir et corrosif.
Les roses sont garnies d'épines, épines que le lecteur reçoit à chaque page lue, le coeur étreint, le coeur serré à la lecture des espoirs qui n'en sont pas, des rêves, du réalisme lumineux d'un Frédéric extraordinaire. Refusant la loghorrée des bons sentiments des uns et des autres, Frédéric apporte réconfort courage et espoir à ceux qui resteront après lui, ses parents comme ses frère et soeur. Une complicité émouvante entre sa grand-mère et lui est peinte en filigrane, entre les poèmes de Métastase et les conversations lors des visites du week-end: le regard d'une aieule qui voit les rôles inversés, le regard d'une grand-mère qui a compris, sans doute parce que sa vie est derrière elle aussi, que la compassion ne doit pas se transformer en gémissements ni en complaisance. Frédéric n'a pas besoin de mettre à nue son âme: sa grand-mère est prête à l'accompagner jusqu'au bout, à lui tenir la main en recherchant pour lui les poèmes de Pietro Metastase dans toutes les librairies du Québec.
A regarder venir vers soi la mort, à petits pas comptés mais sûrs d'eux, forcément, la philosophie et la religion deviennent des questions importantes, même lorsque l'on n'a que dix-sept ans. La religion ne semble être qu'une illusion permettant d'adoucir la vision de la tragique condition d'être humain, tout comme l'aspiration au bonheur, miroir aux alouettes qui s'efface dans le regard de Marilou qu'il ne pourra jamais serrer contre lui mais qui lui offre une image poétique à couper le souffle "L'essence de la vie, c'est la vanille" et devant laquelle son "Je rêvais d'être la Grande Pyramide/ invincible et éternel,/ mais je suis un jardin de porcelaine/ sous une pluie de météorites." s'incline.
Comme on peut être cruel au seuil de la mort, comme on jette aux orties les lambeaux du masque de bienséance: la lucidité, douleur intense, repousse la mièvrerie qui rôde à chaque visite et expose une réalité proche, la disparition injuste d'un jeune être, son accompagnement par ses parents désemparés d'impuissance et de mutisme (on ne peut rien dire face à l'inéluctable qui ne soit que futile parole déplacée).
Sylvain Trudel avec "Du mercure sous la langue" est loin de nous offrir une lecture divertissante mais sait ouvrir les yeux de son lecteur sur sa conscience et la manière de la sonder: sa plume est un scalpel implacable, d'une extrordinaire poésie, qui pousse le lecteur dans ses derniers retranchements tout au long du monologue de Frédéric. Cependant "Du mercure sous la langue" n'est pas un roman dont on sort anéanti, loin de là, c'est un roman qui est un hymne à la vie, à l'envie de vivre, un message apaisant pour ceux qui restent et qui doivent continuer leur route. Frédéric est rempli de tendresse pour son entourage, il l'aime et souhaite le protéger de toute douleur et de toute souffrance. La mort est souvent une grande leçon de vie.
Une lecture poignante, "coup de poing", pendant laquelle il faut lutter pour ne pas être submergé par l'émotion dégagée par la qualité extraordinaire de l'écriture.
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeLun 28 Juil 2008 - 13:41

Chatperlipopette a écrit:
Du mercure sous la langue



"Du mercure sous la langue" n'est pas un roman dont on sort anéanti, loin de là, c'est un roman qui est un hymne à la vie, à l'envie de vivre, un message apaisant pour ceux qui restent et qui doivent continuer leur route. [...]Une lecture poignante, "coup de poing", pendant laquelle il faut lutter pour ne pas être submergé par l'émotion dégagée par la qualité extraordinaire de l'écriture.

Voilà tous les arguments susceptibles de me convaincre de lire ce roman...
Argh...Si je savais à qui j'ai prêté La mer de la tranquillité ...Je voudrais tant le relire...
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeLun 28 Juil 2008 - 19:21

J'ai versé beaucoup de larmes mais que de belles choses dites, que d'intéressants points de vue sur la fin de vie et les ressentis des malades, ressentis où l'humour est souvent présent.
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeLun 28 Juil 2008 - 19:26

Je suis contente des avis favorables que j'ai lu sur ce fil.. et on en a déjà parlé sur d'autres fils - mais cet auteur est aussi un de ceux que j'ai découvert grâce à la maison d'édition Les Allusifs :heart:

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeLun 28 Juil 2008 - 19:28

Une excellente maison d'édition qui fait de très belles trouvailles de par le monde cat
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeVen 2 Jan 2009 - 14:47

La mer de la Tranquilité


quatrième de couverture:
"Voici neuf histoires inquiétantes et profondes comme l'eau des puits, où se mêlent la loufoquerie et le tragique, la chimère et le désastre, le souvenir et l'angoisse. Neuf histoires contrastées dans lesquelles, touchés par la race ou anéantis par la violence de la fatalité, les êtres pourchassent la vie heureuse et espèrent la mort paisible. Après son roman si bouleversant Du mercure sous la langue, Sylvain Trudel propose des nouvelles à l'écriture tout aussi éblouissante, où l'imagination, l'érudition et l'émotion composent un troublant bouquet."

Ce mot de l'éditeur est indéniablement véridique et sans excès de flagornerie: le recueil de nouvelles de Trudel est particulièrement somptueux, promenant son lecteur dans le dédale des émotions et des sentiments humains sous les notes d'une langue qui peut être d'une immense poésie comme d'une crudité dérangeante.
Sylvain Trudel explore les pires recoins du monde, le néant, l'amour, la mort, les vivants, la cruauté crasseuse du monde où perlent le désespoir et l'espérance en une lumière, la minuscule lumière de l'âme qui n'a pas oublié la beauté du monde, même si cette dernière est remisée au plus profond de soi. Pour cela il use, et parfois abuse, de l'érudition, des références culturelles et linguistiques: ainsi dans "Vaisseau négrier", ultime nouvelle du recueil, où les premières phrases peuvent aussi bien faire fuir le lecteur que l'envoûter à jamais..."Savais-tu, mon fils, qu'un jour d'autrefois le roi de Pologne et Charles de Lorraine vainquirent les Ottomans à la bataille du Kahlenberg, ce qui nous vaut l'honneur de ces viennoiseries: les croissants du petits déjeuner? ô Grand Vizir, Kara Mustapha, ton nom battu rime avec 1683, l'an de grâce de ta déroute. Ce chaos fut sans doute calligraphié dans les astres - de droite à gauche - , en arabesques couleur de braise, tissant d'étoile en étoile des poésies apocalyptiques, mais les vérités trop cruelles sont illisibles." (p 153). L'envoûtement fonctionne même si souvent, on a du mal à suivre le cours des idées de l'auteur: peu à peu, je me suis laissée bercer par le rythme de l'écriture, prosodie lente et jouissive jouant avec les mots et les images, rhapsodie des langages, profonde mélopée d'une écriture qui s'écoute écrire, jubilation narrative, laissant voguer les mots dans le sillage d'un vaisseau, toutes voiles dehors, arche de tous les langages. Je n'ai pas entièrement saisi le comment du pourquoi du "Vaisseau négrier" mais j'ai été happée par la poésie luxuriante, presque baroque, de l'écriture: quasi étouffée par le jaillissement continuel des connaissances à peine dévoilées, subjuguée par tant de maîtrise et d'aisance à donner le vertige. Parfois, cela fait du bien de se laisser porter seulement par le bruissement des mots, sans chercher à décortiquer le méta-langage du récit!
Tiens, c'est étrange, j'ai commencé par la fin! Sans doute parce que cette dernière nouvelle m'a semblée être la plus mystérieuse, la plus insaisissable...un peu comme l'art moderne!
L'enfance croquée par le style de Trudel est une période où la magie dépose son halo de poésie sur la moindre petite parcelle de vie, de sentiment, de paysage. Les petits riens de la vie, même s'ils sont sordides, prennent le sépia des souvenirs, couleur d'une nostalgie de ce qui ne reviendra jamais, et côtoient les révélations qui font grandir: ainsi dans "Epiphanies", les rites et rituels religieux amènent le jeune narrateur à la conclusion que les femmes sont de véritables joyaux à chérir et aimer qu'elles "...sont des êtres miraculés, bénis, dignes de foi, et que leur sexe irradie de lumière sanglante entre leurs cuisses, tel un Sacré-Coeur." (p 32) L'enfance, c'est aussi la tendresse d'une grande soeur qui sait tellement bien rassurer après la peur et l'angoisse d'avoir vu un pauvre chat immolé par la méchanceté idiote et cruelles de garnements. En trois pages, la crauté est mêlée au sentiment de grâce, la poésie de l'enfance dans sa fulgurante beauté "Le matin, à mon réveil, j'avais trouvé, pêle-mêle sur ma table de chevet, une dizaine de petits z découpés dans des feuilles de carton, et le soir venu nous nous balancions dans le jardin, Françoise et moi, comme si de rien n'était, croquant des rhubarbes au sucre, nous demandant si les pommes ont un équateur, si nos lèvres sont gonflées de jus de pruneaux, si les saules pleureurs meurent de chagrin, s'il y a vraiment de l'eau jusqu'au fond de la mer, mais le chat flambant de la veille agonisait sous toutes mes pensées et j'écoutais battre à mes tempes mon nouveau coeur à deux visages, brouillé, meurtri, sous le vol saccdé des chauves-souris, parmi les grillons, tous mes z en poche, fouettant la lune de mes jambes maigres au milieu des choses grandes et petites, à mi-chemin entre deux infinis, à Sainte-Rose-de-Lima, mon voeu oublié." (p 35) On émerge de ces lignes ému aux larmes avec un je ne sais quoi d'amertume.
La ville est également très présente dans "La mer de la Tranquilité", lieu de toutes les errances, de toutes les souffrances et des rêves qui lentement s'effilochent et se délitent. "Le quadrille de Mama Maïs" met en scène un jeune fugueur, rédempteur de tous les maux de la terre, en quête d'âmes à sauver....la nouvelle commence ainsi "Anxieux de bouleverser les foules désorientées, Jano Guillemette brûlait de voir sa vie devenir une affaire de grande conséquence, aux ramifications et aux inflorescences nouvelles. Espérant que ses actes préfigureraient le monde futur qu'il souhaitait voir advenir, un monde lavé des injustices, du malheur et de la souffrance, il aurait voulu jeter des charmes par poignées, mais des neiges verglacées gelaient les choses autour de lui. Aussi passa-t-il les premiers jours de sa fugue à souffler dans ses doigts, à battre la semelle et à grelotter sous les arches du pont Viau. " (p 57). La ville apportera son lot de déconvenues, de ricanements et d'incompréhension: le monde n'est pas à l'attente d'un rédempteur aux allures de garnement en rupture de ban. Jano, un feu follet accroché aux basques d'âmes qui lui semblent avoir besoin de réconfort et de chaleur; Jano bercé par l'imprégnation religieuse, cette religion qui hante l'oeuvre de Trudel, cette religion qu'il moque souvent et qui le suit toujours; Jano qui échoue dans sa tentative de ramener sur le sentier de la respectabilité, Mama Maïs/Chimène, et disparaît dans la bruine hivernale, libérant Chimène de ses assiduités de prêcheur. Jano s'évanouit dans la brume, spectre incompris et n'ayant pas compris que le choix de certains est la décision de leur vie. Les rêves d'une jeunesse peuvent s'évaporer dans les rues sombres et incertaines d'une ville, symbole d'un monde adulte qui suit, inexorablement, la route choisie. Jano est un personnage émouvant par sa maladresse et son insistance déplacée à vouloir le bien des gens, des adultes, malgré eux. Jano, un halo presque angélique dans la nuit d'un monde qui ne sait plus voir le merveilleux de l'infime lueur de la vie.
"La mer de la Tranquilité" est une réflexion, déclinée au fil des neuf nouvelles du recueil, philosophique, spirituelle sur l'âme humaine, ses aspirations, ses peurs, ses angoisses et les réponses qu'elle tente d'apporter à ses éternelles interrogations sur le sens de la vie. Un voyage parfois amusant, souvent dérangeant et émouvant: les mots de Trudel sont comme de minuscules aiguillons provoquant sourires, rires ou larmes au gré de l'écriture incisive, crue et poétique. Et malgré les remous invisibles provoqués par cette dernière, la mer de la Tranquilité, lac immobile où peut se rencontrer la mort, placide et philosophe, force est de constater qu' "...il n'y a pas de canards, pas de canards sur la mer de la Tranquilité".....seulement nos pensées, frissons ridant le miroir de l'âme?
Trudel peut agacer par ses mots et ses tournures stylistiques alambiquées, voire absconses, mais il sait, ô combien, subjuguer son lecteur en le piégeant dans l'entrelac poétique de ses visions du monde et les méandres de ses questionnements essentiels sur le sens de l'existence, de nos existences....comme dans un conte initiatique.

En tout cas, moi j'en redemande drunken
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeVen 2 Jan 2009 - 14:58

Chatperlipopette a écrit:
La mer de la Tranquilité



En tout cas, moi j'en redemande drunken

Ah ...moi aussi!... content
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeSam 31 Jan 2009 - 18:45

Le souffle de l'harmattan


J'ai découvert Sylvain Trudel avec "Du mercure sous la langue" et ce fut une véritable révélation. J'ai continué avec "La mer de la tranquilité", recueil de nouvelles qui m'a vraiment touchée et embarquée dans un monde aussi émouvant que déconcertant.
"Le souffle de l'harmattan" est le deuxième roman de Trudel que je lis et, une fois encore, le charme, la magie, l'univers de Trudel m'ont emmenée dans une histoire où la gravité se cache derrière la légèreté de l'enfance. Comment Trudel parvient-il à si bien cerner le monde de l'enfance ou de l'adolescence? Il y dépose son lecteur avec un naturel et une facilité étonnante et déconcertante: avec lui, il a 10 ans ou 15 ans, à ses côtés il pédale dans les rues, les joues rosies par le froid ou le soleil, les yeux humides par la vitesse du bicycle lancé à toute allure.
Les deux héros, Habéké Axoum et Hugues, sont de jeunes garçons au parcours de vie débutant dans la douleur: le premier est né en Afrique et a été adopté, le second a été trouvé abandonné sur un parking isolé et recueilli par un jeune couple; l'un est noir, animiste, profondément attaché à son Afrique natale et ses coutumes, l'autre a les yeux bridés, se demande sans cesse d'où il vient, qui il est tout en clamant les poèmes étranges et parfois hermétiques d'un certain Gustave Désuet. Deux coeurs meurtris par la perte d'un amour maternel, tous deux en exil intérieur, tous deux cherchant une lueur, une route à suivre loin de l'hypocrisie et la dureté du monde des adultes.
Entre petites et grandes bêtises, les deux compères se construisent un univers dans lequel une île déserte et isolée, leur île où ils pourraient ne plus grandir, attend qu'ils la rejoignent au bout de leur quête. Cette dernière est d'ailleurs incompréhensible aux yeux des adultes qui ne peuvent saisir la ferveur spirituelle dans laquelle les deux garçons sont engagés: la recherche de l'aieul d'Habéké le long des rails du chemin de fer ou encore l'invocation des esprits ancestraux de l'Afrique ne sont que perturbations s'achevant dans un désastre (une cocotte-minute sort carbonisée d'une étrange cuisine et un garage part en fumée).
De leur solitude est tissée une solide amitié, une amitié où la tendresse débordante accouche d'épousailles symboliques....encore plus fortes, plus indestructibles que le mélange de sang pour devenir frères de sang! Ils s'épousent pour ne plus se quitter, pour suivre un chemin commun à l'aune de l'éternité. Ensemble, ils ont la force de croire à l'impossible: la guérison de leur amie Nathalie qu'un cancer ronge lentement, la condamnant à ne jamais sortir de l'enfance. Ensemble, ils ont la force de croire que tout peut redevenir comme avant: ils kidnappent Odile, devenue jeune maman, après avoir assommé son compagnon et confié à la rivière le fruit de leurs amours. La fin du roman n'est pas forcément surprenante, après coup, mais comme à son habitude Sylvain Trudel y met une originalité et une sensibilité extrême et offre au lecteur un grand moment d'émotion et le sentiment que la boucle est bouclée de très belle manière!
Le monde des adultes est loin de saisir la quintessence de l'enfance qui lentement s'approche de l'adolescence: cette période, au fil du rasoir, au cours de laquelle les bêtises enfantines peuvent s'achever en drames, est en filigrane du récit de Trudel. On sent que le point de non-retour peut être atteint par ces deux Peter Pan à la recherche de leur île perdue, celle de leur origine, ce paradis perdu de ceux qui ont été séparé des leurs...comme l'harmattan, ce vent venant du Sahara et porteur de maladies et de dangers. Habéké et Hugues s'accrochent à leurs rêves tant qu'ils peuvent, histoire de rester encore enfants un peu plus longtemps avant de se briser contre le réalisme insensible de l'âge adulte.
Une fois encore, Trudel montre combien il est un auteur qui compte dans le paysage culturel et littéraire du monde francophone: il a une écriture protéiforme, sublime (j'assume mon côté fan!), tout en sensibilité et en humour (allant du plus grinçant au plus léger). Il est capable de nous emporter sur le tapis de la plus belle des poésie comme sur le chemin d'une crudité lexicale en rien vulgaire, de se lancer dans un discours facile d'accès comme dans une narration absconse, mystérieusement troublante et belle ou encore d'exprimer avec une facilité déconcertante (car criante de vérité) la naïveté de l'enfance ou les affres de l'adolescence qui ne verra pas l'âge adulte....sans doute est-ce cela la marque d'un grand auteur!
A nouveau, je ne peux m'empêcher de signaler combien son écriture, qui peut paraître ampoulée, précieuse, grandiloquente, est un véritable bonheur à lire et à savourer!
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeMar 3 Fév 2009 - 11:12

Chatperlipopette a écrit:

Une fois encore, Trudel montre combien il est un auteur qui compte dans le paysage culturel et littéraire du monde francophone: il a une écriture protéiforme, sublime (j'assume mon côté fan!), tout en sensibilité et en humour (allant du plus grinçant au plus léger). Il est capable de nous emporter sur le tapis de la plus belle des poésie comme sur le chemin d'une crudité lexicale en rien vulgaire, de se lancer dans un discours facile d'accès comme dans une narration absconse, mystérieusement troublante et belle ou encore d'exprimer avec une facilité déconcertante (car criante de vérité) la naïveté de l'enfance ou les affres de l'adolescence qui ne verra pas l'âge adulte....sans doute est-ce cela la marque d'un grand auteur!
A nouveau, je ne peux m'empêcher de signaler combien son écriture, qui peut paraître ampoulée, précieuse, grandiloquente, est un véritable bonheur à lire et à savourer!

Merci de ce commentaire enthousiaste Chatp' qui me rappelle que, tellement séduite par La mer de la tranquillité, je me suis bien promis de lire d'autres livres de Sylvain Trudel...
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeVen 6 Aoû 2010 - 13:54

coline a écrit:

Argh...Si je savais à qui j'ai prêté La mer de la tranquillité ...Je voudrais tant le relire...

Depuis que j'ai écrit cette phrase (il y a longtemps!) je n'ai pas retrouvé mon livre aussi je viens de le racheter...C'est déjà dire l'importance que je lui accordais:...
Je suis en train de le relire...Nulle déception au rendez-vous...L'admiration est la même, peut-être même encore plus forte...
Sylvain Trudel mérite d'être très largement connu des lecteurs qui ne craignent pas les sombres atmosphères et les écritures travaillées...
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeVen 6 Aoû 2010 - 16:08

J' ai été secoué à la lecture de Du mercure sur la langue.
Le style est vif et tranchant comme son propos.
Je pense aussi, comme Chapy que ce livre est une leçon de vie, meme si elle frappe un adolescent...Et malgré la souffrance qu' on devine et aussi la révolte et le désespoir.
Une leçon de vie, parce que Frédéric dénonce les pièges et les faux semblants de la vie,
les complaisances et les compromissions.

"L' idée qu' il n' y a peut etre rien après la mort est la seule pour moi qui ressemble à un espoir."

Dans la douleur que nous éprouvons à la lecture de ce livre, il y a plus d' émotion et de compassion
que de crainte.
Et je conseille Du mercure sur la langue, comme je conseille aussi Réjean Ducharme, avec
qui il a une certaine parenté.
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeDim 15 Aoû 2010 - 22:35

coline a écrit:
coline a écrit:

Argh...Si je savais à qui j'ai prêté La mer de la tranquillité ...Je voudrais tant le relire...

Depuis que j'ai écrit cette phrase (il y a longtemps!) je n'ai pas retrouvé mon livre aussi je viens de le racheter...C'est déjà dire l'importance que je lui accordais:...
Je suis en train de le relire...Nulle déception au rendez-vous...L'admiration est la même, peut-être même encore plus forte...
Sylvain Trudel mérite d'être très largement connu des lecteurs qui ne craignent pas les sombres atmosphères et les écritures travaillées...

La Mer de la Tranquillité

Il me fallait relire ces nouvelles qui m’avaient marquée en plein cœur lors de leur sortie et retrouver la rage et la beauté sombre de cette écriture pourtant éblouissante.

Le titre est trompeur mais qui connaît un peu Sylvain Trudel sait bien que les nouvelles de ce recueil ne sauraient conduire à une atmosphère sereine. Tel n’est pas le monde aux yeux de l’écrivain qui le peint tout en noir… par terrible lucidité et profonde humanité.

Dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, un vieil homme dit à un jeune vagabond dans un parc :
«Sois heureux, mais n'oublie pas : dans notre vallée de larmes, nos espoirs sont comme les canards sur la Mer de la Tranquillité.»

Dans toutes ces histoires, des désespoirs et des solitudes, des êtres angoissés ou meurtris, la pauvreté, le handicap, la violence, la souffrance, le mal de vivre, la mort et le silence de Dieu, vécu comme une horrible absence.

« Je me suis barricadé dans ma chambre et enfoui sous mes draps en me disant : tout seul dans le noir, on se sent moins seul, parce qu’on ne voit pas qu’il n’y a personne d’autre. »

«Ma mère pleurait des larmes de sang, mon père sombrait dans une profonde dépression mentale dont il ne se dépêtrerait pas de sitôt, mes grands-parents peinaient à nous ramasser à la petite cuillère, mais nul ne pouvait m'aider et je n'étais d'aucun secours pour personne.»

« La détresse psychologique me fascine. Les sujets qui m'intéressent sont toujours délicats. […] Évidemment, il y aurait des sujets plus faciles, lumineux, drôles, mais ça ne correspond pas à mon tempérament. À l'occasion, je suis capable d'écrire des trucs rigolos, fantaisistes, poétiques. Mais disons que lorsque je me lance dans des romans plus longs, je m'enfonce dans un océan d'idées noires. Tous les gens portent en eux un côté sombre, qu'ils sont libres d'assumer ou pas. » (Sylvain Trudel)

« Étrange lune embaumée, couleur d’os, qui me fixe de ses yeux de cadavre. Et c’est seulement alors qu’une révélation me perce le cœur, par-delà les années et les voix, par-delà les deuils et les visages de cette vie mienne où je rôde comme la gale à travers la foule assourdie, pourchassant l’ombre fuyante des êtres chers, prenant mon impatience pour de la foi, mes rêvasseries pour des vertus, mes errances pour un destin – et c’est seulement alors, le visage tourné vers la solitude et l’abandon lunaires, que je dénoue l’énigme tombée de la bouche empoisonnée d’un aïeul : il n’y a pas de canards, pas de canards sur le mer de la Tranquillité. »


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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitimeMer 23 Sep 2015 - 14:17

Livre acheté ce jour, en ayant lu quelques phrases m'ayant happée.
Je songe à Pessoa et son Livre de l'intranquillité. Je ne sais si le titre est un clin d'oeil.
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MessageSujet: Re: Sylvain Trudel   Sylvain Trudel - Page 2 Icon_minitime

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Sylvain Trudel
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