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 Lao She [Chine]

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Lao She [Chine]   Sam 24 Fév 2007 - 17:58



Pour les mordus et les personnes intéressées par les littératures asiatiques (entre autre chinoise), je recopie une rapide présentation de cet auteur:

"Né en 1899 dans une famille mandchoue de la capitale, Lao She a été, dès son enfance, plongé dans une société en pleine évolution.

Après avoir enseigné pendant une vingtaine d'années, notamment en Angleterre, l'écrivain, à la suite du succès remporté par son fameux "Pousse-pousse", a pu se consacrer entièrement à son oeuvre. Il écrit de nombreuses nouvelles reprises dans "Gens de Pékin", dont est extrait "Histoire de ma vie." À travers les personnages très divers que Lao She met en scène, c'est toute la vie pékinoise, à la fin de l'Empire et dans les premières années de la République, qui resurgit. Les prostituées y côtoient les amateurs d'opéra et les agents de police; les bandits y font bon ménage avec les honnêtes gens, les simples artisans avec les petits commerçants.

De ce monde qui a aujourd'hui presque totalement disparu, Lao She a sur retenir le meilleur: une vie où la tragédie n'exclut à aucun moment l'humour.

Son grand roman écrit, entre 1940 et 1942, "Quatre générations sous un même toi", est une vaste fresque qui raconte l'histoire d'une famille à travers les péripéties de l'histoire chinoise. Les conflits qui sont au coeur de l'oeuvre n'opposent pas seulement entre eux les divers membres de la famille, ils opposent aussi le groupe familial à la patrie, et Pékin au reste de la Chine.

Sous le régime communiste, il a été amené à composer plusieurs pièces de théâtre, en particulier "La maison de thé." Victime tragique de la Révolution culturelle, Lao She s'est officiellement suicidé. Mais il pourrait bien avoir été battu à mort par les gardes rouges dans son appartement. Il n'a pas pu achever le grand roman autobiographique qu'il avait entrepris, "L'enfant du nouvel an", mais cette oeuvre posthume montre qu'il n'avait pas perdu de son talent de romancier."


On a fait une Lecture en commun pour cet auteur
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MessageSujet: Saga Chinoise   Sam 24 Fév 2007 - 18:03

Quatre générations sous un même toit

Lao She met en scène une famille chinoise traditionnelle, au mode de vie ancestral. Quatre générations vivent ensemble dans une maison que l'imagination voit jolie, agréable, pleine de vie et de rires d'enfants. La famille s'est élevée socialement à chaque génération: les petits fils ont reçu une éducation de lettrés.
Dans cette Chine occupée par les Occidentaux, des fissures lézardent le mode de vie millénaire: un vent de changements commence à se lever.
L'angoisse du vieux Qi (le patriarche) est de ne plus voir ses descendants vivre sous le même toit que lui et de ne pas fêter son anniversaire entouré de tous.
Puis c'est la guerre contre le Japon envahisseur. La Chine est asservie et Lao She nous emmène dans les ombres inquiétantes et sordides de l'occupation. Il nous peint une société particulière: la société pékinoise, une Chine dans la Chine. Une société profondément confucéenne: la fatalité est présente, il faut composer avec cette dernière afin de garder la tête haute et l'estime de soi. Le lecteur a l'impression que tout glisse, telles les gouttes d'eau sur les plumes des canards, sur ces Pékinois placides, optimistes et qui peuvent apparaître lâches et aveugles.

Les fils conducteurs de ce roman fleuve (presque 1900 pages) sont ce qui fait la splendeur de la civilisation chinoise: la maîtrise de soi (face aux pires situations) afin de ne pas heurter la sensibilité de l'Autre et le respect de la piété filiale (caisse de résonnance de l'attachement au culte des ancêtres et de l'importance d'une descendance nombreuse). La hantise de tout chinois est qu'il n'y ait plus de descendant pour prendre soin des parents et brûler des bâtons d'encens en l'honneur des ancêtres.
Trois points vitaux de la vie des Pékinois: ne pas perdre la face, avoir une grande piété filiale et être en toute circonstance un être humain.
Cette trinité sera mise à mal par l'occupation féroce, pendant huit ans, des Japonais. La famille Qi illustrera, tout au long de la saga, ls doutes, les souffrances, ls compromissions qui malmèneront ces trois aspects fondamentaux de la société chinoise.
Confucius est derrière chaque mot, chaque phrase, chaque sentiment. L'art subtil des paysages peints sur papier de riz apparaît sous la plume de Lao She souvent pour adoucir le récit difficile des misères subies par la peuple, mais en même temps, il pointe du doigt le fait que ces bonheurs d'autrefois sont irrémédiablement perdus en raison de la barbarie japonaise.

La lecture de Lao She met en parallèle l'antagonisme culturel entre la Chine (civilisation éclairée et brillante)et le Japon (civilisation imitatrice restant toujours barbare aux yeux des Chinois) avec l'antagonisme culturel entre la Grèce Antique et Rome. L'élève souhaite toujours surpasser le maître...quel qu'en soit le moyen. le lecteur comprend peu à peu que si Lao She qualifie les Japonais de "petits" c'est en vertu du regard chinois porté sur le Japon qui n'est qu'un nain à l'échelle millénaire de la civilisation chinoise.
Un passage illustre bien ce rapport antagoniste entre Chine et Japon:

"...ceux qui agressent les autres, les dominent, nuisent aux autre, ne peuvent qu'agir à l'aveuglette, ils n'ont pas d'autre solution. L'agression, elle-même, est désordre, car l'agresseur ne voit que lui-même et invente, en suivant sa propre idée, le visage que doit avoir l'agressé. Ainsi quelle que soit la minutie du calcul de l'agresseur, il rencontrera inévitablement des échecs et commettra des erreurs. Quant aux rectifications, il ne peut les apporter qu'en suivant une fois de plus ses partis pris, et, plus il corrige, plus il s'enferre dans l'erreur, dans le désordre. les petites révisions, les petites rigueurs ne peuvent corriger des prémices fondées dur l'erreur."

"Quatre générations sous un même toit" présente une rupture de rythme et de regard: les deux premiers tomes insistent sur l'écartèlement d'un des héros (Ruixuan, le fils aîné garant de l'équilibre familial) pris entre son patriotisme et son devoir de piété familiale. Le dernier tome évoque les changements durables qui vont s'opérer dans la société et la culture chinoise: l'avènement d'une fierté nationale, d'un patriotisme triomphant et du homme politique déterminant que sera Mao. Ces changements sont vus à travers le prisme du benjamin de la famille, celui qui n'ayant pas sur les épaules le poids de la tradition peut partir rejoindre les rangs de la résistance.
Ce roman est un long voyage au coeur d'une famille qui voit ses horizons changer et s'élargir. La traduction permet au lecteur de goûter aux savoureuses diatribes orales des habitants de la ruelle du Petit-Bercail. Un bonheur à lire, un livre qu'on ne laisse pas tomber de ses mains.
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MessageSujet: Le pousse-pousse   Mar 25 Mar 2008 - 14:32

Dans « Le pousse-pousse », c'est un Pékin des années trente que nous découvrons. L'empire a été annihilé, mais le communisme n'a pas encore pris place. Lao-She retrace le destin de Siang-Tsé, tireur de pousse-pousse.

Au début, le coeur courageux, avec la force de sa jeunesse, le jeune garçon espère pouvoir gravir les échelons, mettre de l'argent de côté et enfin avoir une vie moins dure.

Néanmoins, Lao-She aime à montrer à quel point il est difficile pour un pauvre de devenir riche, la chance n'existe pas : être pauvre c'est rester pauvre.

« Le pousse-pousse » est un livre que j'ai apprécié pour son style et pour son histoire. Il nous permet aussi de voir les moeurs et la vie des chinois avant la prise de pouvoir par les communistes.
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Lun 31 Mar 2008 - 7:29

"Histoire de ma vie"


Contrairement à ce qu'on pourrait tout d'abord penser, "Histoire de ma vie" n'est pas l'autobiographie de Lao She. "Histoire de ma vie" est une nouvelle extraite de son recueil de nouvelles "Gens de Pékin".
Lao She relate les pérégrinations d'un vieil homme: ce dernier a appris le métier de colleur de papier avant de devenir agent de police, inspecteur puis militaire. Ce vieux Chinois, avec beaucoup d'humour retrace les différentes étapes de sa vie: il a été quitté par sa femme, s'est donc retrouvé seul pour élever ses enfants et du trouver moult expédients pour les nourrir et les loger. Il a vu la fin de l'Empire, l'occupation par les légations étrangères et les premières années de la République.
A la lecture de la vie de ce vieil homme, on constate que tout est déterminé dès le départ, que le fatalisme imprime la vie sociale chinoise: si on naît dans une famille pauvre, sans appui, on restera pauvre, sans appui, "sans piston" et tout espoir de grimper un tant soit peu dans l'échelle sociale est bien mince, voire irréel. Mieux vaut en rire sinon on passerait sa vie à larmoyer sur son sort....du moins c'est ce que pense le vieillard à la fin de sa vie. Il faut aller de l'avant pour ne pas végéter et saisir chaque maigre occasion pour améliorer son ordinaire.
"Histoire de ma vie" est aussi le roman des petits métiers manuels tels que celui de colleur de papier. Il consiste à préparer des figurines de papier à brûler pour les diverses cérémonies religieuses qui jalonnent la vie: les enterrements, les mariages, les naissances...Avant la fin de l'Empire, les familles ne lésinaient pas sur les figurines ni sur le nombre de cérémonies, tout était fait dans les règles "Dans ce temps-là, quand un homme mourait, on ne faisait pas les choses aussi chichement qu'à présent. (...) La différence, c'était que, lorsqu'il y avait un mort, la famille endeuillée n'hésitait pas alors à dépenser un argent fou et ne reculait devant aucun sacrifice pour respecter les convenances et sauver ainsi les apparences. Rien que pour la confection funéraire, on en avait pour une jolie somme d'argent." (p 11) Le colleur de papier exerçait aussi ses talents dans les maisons: changer les papiers des murs, des fenêtres... ce qui peut être nocif pour la santé car il y respire poussières et colle.
Le narrateur fait allusion au métier de marieur qui demande tact, psychologie et prestance sans oublier l'art de la conversation et des négociations! Les jeunes gens ne se marient qu'avec l'homme ou la femme que la famille a choisi. Le narrateur possède cela ainsi que des rudiments d'écriture et de lecture ce qui fait oublier son manque de beauté et lui confère une certaine aura malgré la modestie de son métier. Il en est fier et orgueilleux jusqu'au jour où son épouse s'enfuit du domicile conjugal, abandonnant enfants et époux! La vie lui semble, d'un coup, bien vide et bien précaire et le métier de colleur de papier peu rémunérateur. Il lui faut changer de métier et surtout affronter le regard des autres et ne montrer ni arrogance qui ferait de lui un indifférent ni tristesse outrancière qui ferait de lui un lâche.
De fil en aiguille il deviendra policier, métier qui à l'époque ne semblait guère prisé et encore moins respecté. Malgré ses connaissances en écritures et lecture, il ne pourra accéder qu'à un poste subalterne....le déterminisme frappe encore, aggravé par l'omniprésence, en Chine, du piston et des appuis des notables: on ne prend pas en compte les compétences mais l'importance du piston! Notre homme est bien désappointé d'autant qu'il ne peut pas vraiment profiter de sa situation pour améliorer, par des combines, son ordinaire. Il a l'impression de s'être encore fait grugé et accepte sa malchance avec fatalisme et une pointe d'humour. Pointe d'humour qui lui permettra de regarder les côtés positifs de la vie et de continuer à aller de l'avant bien qu'il ne puisse offrir une éducation convenable à ses enfants qui sauront à peine lire et écrire.
A la suite du narrateur, on parcours les rues et ruelles de Pékin, on y rencontre le petit peuble comme on croise les notables ou les mandarins, on y observe différents métiers et de nombreux petits commerces. On sent l'odeur de friture, de beignets, de soupe et de légumes. On entend les cris des pousse-pousse, des gardes, des vendeurs de journaux, des chalands.
Parfois, le narrateur agace un peu avec ses récriminations, ses lamentations, son éternelle malchance et ses fanfaronades. Mais, on ne peut s'empêcher de l'accompagner dans ses indignations muettes car l'injustice est difficilement acceptable.
Lao She utilise la langue colorée du petit peuple chinois, le peuple laborieux qui courbe l'échine sous le poids des angoisses de manquer de l'essentiel pour survivre jusqu'au lendemain.
"Histoire de ma vie" laisse le lecteur sur sa faim car ce n'est pas un texte intégral présenté par la collection Folio 2€ mais un choix d'une nouvelle parmi d'autres de son recueil (ici "Gens de Pékin"). On peut considérer ce texte comme une mise en bouche mais, au final, la frustration est présente: cela montre les limites des textes extraits d'une oeuvre; le contexte, le rythme de narration ne sont plus perceptibles et lecteur a du mal à situer les personnages. Cependant, pour ne pas terminer sur une note négative, "Histoire de ma vie" permet une approche de l'écriture de Lao She, pour celui qui ne l'a jamais lu, écriture très colorée, très vive, acérée et sans concession dans le regard porté sur la société chinoise du début du XXè siècle.


Dernière édition par Chatperlipopette le Mar 1 Avr 2008 - 10:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Lun 31 Mar 2008 - 7:33

Slayeras a écrit:
Dans « Le pousse-pousse », c'est un Pékin des années trente que nous découvrons. L'empire a été annihilé, mais le communisme n'a pas encore pris place. Lao-She retrace le destin de Siang-Tsé, tireur de pousse-pousse.

Au début, le coeur courageux, avec la force de sa jeunesse, le jeune garçon espère pouvoir gravir les échelons, mettre de l'argent de côté et enfin avoir une vie moins dure.

Néanmoins, Lao-She aime à montrer à quel point il est difficile pour un pauvre de devenir riche, la chance n'existe pas : être pauvre c'est rester pauvre.

« Le pousse-pousse » est un livre que j'ai apprécié pour son style et pour son histoire. Il nous permet aussi de voir les moeurs et la vie des chinois avant la prise de pouvoir par les communistes.

J'ai bien l'intention de le lire...malgré ma légère déception à la lecture de "Histoire de ma vie" j'aime l'écriture de lao She ainsi que les sujets de société qu'il aborde Very Happy
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Dim 20 Sep 2009 - 22:41

Invité a écrit:
Je serais contente si vous picorez dans les différents extraits, et que vous y trouvez l'envie de découvrir à votre tour ce grand auteur si attachant.
tout au long de ta lecture, tu m'as donné déjà tellement envie de découvrir ces livres.. ils sont déjà chez moi.. et vont devoir encore attendre un peu.. mais c'est prévu.. je veux les lire.. et je vais à ce moment revenir pour lire ton commentaire, merci en tout cas  Very Happy

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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Dim 20 Sep 2009 - 22:47

Tiens, au cas où quelqu'un l'aurait raté, on peut signaler qu'une lecture en commun du Pousse-Pousse est prévue pour le mois d'octobre.
Plus d'informations sur ce fil.
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Lun 21 Sep 2009 - 11:32

Invité a écrit:
Un conseil : Il vaut mieux lire la préface de Le Clézio après avoir terminé le livre. C'est ce que j'ai fait et bien m'en a pris ; il en dit trop !
Merci pour le conseil.. mais après avoir fait des expériences similaires dans le passé, je ne lis préface, postface, n'importe autre que le roman seulement après ma lecture.. c'est rare que je réalise que cela aurait aidé avant la lecture.. le plus souvent, ils en disent trop  Wink

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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Mer 28 Oct 2009 - 20:23

Le Veinard est tireur de pousse à Pékin; il est intègre, sobre, dur au labeur et n'a qu'un seul objectif en tête: économiser assez de yuan pour acquérir son propre pousse et devenir ainsi son propre patron! Le Veinard rogne sur tout pour gonfler au fil des mois et des années son petit pécule et, tout en étant bien considéré par ses compagnons de misère il est loin de partager leurs tendances de consommateurs d'alcools et de filles de joie.
Il loge, quand il n'est pas engagé au mois chez un particulier, dans une chambre pour célibataire au-dessus du garage de Maître Liu et sa fille La Tigresse. Entre les courses à travers la ville et les engagements dans les familles, Le Veinard rempli sa tirelire et parvient enfin à réaliser son rêve le plus cher: acheter son pousse et pouvoir s'énorgueuillir de sa réussite, de sa belle stature d'athlète ainsi que de penser à prendre femme. Très vite, le malheur ternit l'avenir radieux qui s'offre au Veinard: lors d'une course risquée en-dehors de la ville, alors que les rumeurs de guerre enflent chaque jour, pour le gain de quelques yuan supplémentaires, il se retrouve arrêté et embarqué par un groupe de soldats qui lui volent son pousse et lui laissent la vie. Notre Veinard est de retour à la case départ, sa liberté si chère à son coeur entravée et le moral au plus bas. Cependant, notre tireur de pousse a de la ressoource et comme tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir dès que l'occasion se présente à lui, il s'empresse de fausser compagnie aux soldats en emportant, en prime, à défaut de son pousse, les trois chameaux du convoi.
Le Veinard récupère une partie de son argent en vendant à perte les chameaux et de retour en ville, rebondit pour atteindre une fois de plus son rêve, acheter un pousse. Seulement, même si la chance demeure une compagne discrète mais réelle, Le Veinard rencontre plus d'obstacles qu'auparavant: entre les maisonnées désagréables où les épouses sont de vraies harpies, la concupiscence de La Tigresse qui le leurre et la surveillance policière de la famille Cao, les déconvenues se succèdent et apportent découragement et amertume. Notre Veinard tombera de Charybde en Scylla et lecteur sera le spectateur impuissant d'une vie déchue où la tristesse, la souffrance et le désespoir se disputent les lambeaux d'un rêve devenu vaine chimère. Il suit les efforts, sans cesse renouvelés, d'un pauvre hère, soumis à la dure loi d'un karma mais surtout d'une époque et d'un vent de l'Histoire, rouleaux compresseur d'une population fragile et miséreuse, en quête d'une pitance journalière qui lui permettra de voir chaque lendemain.
Lao She signe avec "Le tireur de pousse" un roman social digne d'un Zola, tant le réalisme est présent; il met en scène, avec tendresse, sans pathos exagéré et un humour décapant , le menu peuple de Pékin, celui qui par sa misère apporte la richesse et l'insouciance aux castes aisées et aux puissants. Le Veinard tente de sortir de sa condition de subalterne voire d'esclave, malgré son manque d'instruction et sa grande solitude (il a perdu les siens et du quitter sa campagne pour gagner sa vie en ville). Or, la marche d'une société en bout de course (Lao She suggère à demi-mot les futurs bouleversements de la Chine), refuse, par son fatalisme et son attachement à l'ordre des choses, l'espoir d'une vie meilleure aux hommes de bonne volonté. Le héros vit ses malheurs sans pouvoir être dans la capacité de faire les bons choix en raison de sa naïveté et de son absence d'éducation: le lecteur se demande, tout au long du récit, si la vie du Veinard aurait été différente s'il n'avait pas choisi cette funeste course en dehors de la ville.
Lao She utilise, avec un savoureux brio, le burlesque, non seulement de la description des personnages mais aussi des situations dans lesquelles Le Veinard se retrouve pour en extraire une force romanesque où la farce côtoie le tragi-comique. Cependant, à côté d'une verve pleine d'humour, Lao She sait décrire les mille et un petits détails du quotidien (la hiérarchie chez les pousse-pousse, leurs vêtements, leurs postures ou encore les plats revigorants achetés dans les gargotes...) sans lasser le lecteur, sans oublier d'accompagner les moments les plus critiques vécus par son héros de splendides descriptions empreintes de poésie, descriptions qui participent à la dramaturgie romanesque.
"Maintenant le ciel gris se diaprait de rouge, et les contours des arbres et des lointains se précisaient. Puis, peu à peu, le rouge se mêla au gris, formant des taches pourpres et violettes. L'horizon avait la couleur des raisins pas encore mûrs. Peu après, une teinte orange vif apparut et le coloris du ciel devint plus lumineux. Soudain, tout le paysage se détacha distinctement; la brume matinale qui couvrait l'orient se moira d'un rouge éclatant tandis que le zénith bleuissait. Puis la brume se dissipa et les rayons dorés du soleil apparurent enfin, tissant dans la trame des nuages une immense toile de feu: et les champs, les arbres, l'herbe passèrent alors du vert bleuté à un jade resplendissant." (p 38)
"Les eaux des douves du Palais étaient déjà complètement gelés, et leur brillant ruban gris longeait les anciens remparts de la Cité interdite. Aucun son ne parvenait de l'intérieur des murs. Les tours de guet aux toits finement travaillés, la voûte aux reflets d'or, les grands portails vermillon et les kiosques de la colline du Belvédère semblaient demeurer en suspens dans le clair de lune. On eût dit qu'ils attendaient que retentît l'écho de quelque voix à jamais silencieuse. Un vent léger soufflait doucement, franchissant les murailles de la Cité interdite. Il effleurait légèrement les kiosque et les palais comme s'il voulait leur raconter quelque histoire secrète d'un lointain passé." (p 126)
La lecture de ce roman m'a emmenée dans l'univers pittoresque, chaleureux et parfois épouvantablement tragique, du petit peuple pékinois du début du XXè siècle. Ce menu peuple, Lao She l'avait déjà admirablement peint dans "Quatre générations sous un même toit".
"Le tireur de pousse" est un prélude à tout ce que Lao She développera par la suite: la misère crasse des plus pauvres, la hantise du lendemain, les saisons apportant leur lot de drames, la fange qui semble ne jamais décoller des pieds des masses laborieuses, la corruption, pieuvre étouffant les plus faibles, ou la richesse méprisante de certains riches.
Il met en scène aussi les progressistes qui souhaitent voir le pouvoir être plus à l'écoute des misères du peuple et s'ouvrir un peu plus au monde moderne et se fait l'écho d'une vague qui bouleversera pour longtemps le visage, hors du temps, de la Chine.


Nota Bene: la traduction de mon exemplaire n'a pas été revisitée par François Cheng et sa fille; elle date de 1985 et parfois le style m'a paru un peu lourd. Cependant, elle n'a en rien diminué mon plaisir de lire ce premier roman de Lao She!
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Ven 30 Oct 2009 - 12:59

J'ai lu "histoire de ma vie" de cet auteur.

Un petit livre très riche de sens ! L'écriture manque de fluidité parfois, la narration étant monocorde mais s'accordant parfaitement à la vie désespérément triste du héros.
Une vie de peine et de misère à un point qui fait froid dans le dos.
Le héros quoique n'ayant pas pu faire d'études est doté d'une intelligence qui lui permet de faire des réflexions intéressantes (qu'il présente naïvement) sur la société dans laquelle il vit. Il décrit bien les inégalités sociales qui semblent ne pas changer malgré le changement du système politique.
A découvrir...
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Jeu 17 Déc 2009 - 12:43

Le pousse-pousse

J'ai lu la traduction de François et Anne Cheng qui, d'après la préface, ont traduit un livre qui colle plus à l'original (pas de happy end). Ce fut un véritable plaisir de lire les aventures de Siang-tse, brave jeune homme obsédé par l'idée de posséder son pousse et être indépendant. C'est sans compter les péripéties qui jalonneront son parcours pour aboutir à... hum... Pas évident à dire!
Le commentaire de Chaperlipopette est très complet et je n'ai rien à ajouter.
Seulement ma recommandation de lire ce roman rempli d'humour malgré les tragédies relatées. C'est une Chine très intéressante qui est décrite là.
J'ai Quatre générations sous un même toît sur mon étagère mais je vais souffler un peu avant de m'attaquer à ce pavé qui, je l'espère, n'est pas trop rébarbatif...
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Dim 31 Jan 2010 - 15:47

Quatre générations sous un même toit

Tome I: je l'ai enfin terminé ce premier tome. Long et épique dans l'étude des moeurs. Avec un ton âpre mais souvent ironique. On suit avec délice le devenir de ces gens de la ruelle principale (dont je ne me souviens plus du nom). Il y a les collabos, les résistants, qui s'affrontent dans une ébullition délectable. L'agresseur japonais est décrit avec férocité et amertume jusqu'au chapitre finale, point d'orgue dans l'ignominie des méthodes de ce peuple contre les chinois.
Bon allez, je vais commencer le deuxième tome... J'ai de quoi faire! Very Happy
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Lun 22 Fév 2010 - 18:09

Tome II: ça n'a pas été chose aisée que de le finir tellement il est volumineux. Il s'agit de la Chine sous l'occupation japonaise avec d'un côté les "traitres" et de l'autre les "vrais" chinois. Mais ce livre dépeint plutôt une mentalité chinoise soumise face à l'agresseur japonais.
L'auteur s'adonne à une véritable avalanche de haine contre les japonais via ses héros ou non-héros qui subissent leur joug.
Le rythme est lent, le temps d'installer l'atmosphère, tout est pretexte à insérer un élément particulier de la culture chinoise, à dépeindre des modes de vies séculaires, une atmosphère pesante mais aussi étrangement détachée.
J'ai aimé, il reste à lire le tome III qui est, heureusement, moins long.
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Dim 16 Mai 2010 - 15:08

Tome III: ce livre clôt magistralement l'oeuvre de Lao She. Il ouvre le contexte à une échelle internationale puisqu'il est question de la 2ième guerre mondiale. On suit le destin de chaque personnage avec passion, compassion. Même les "antihéros" qui subissent la haine de l'auteur suscitent la pitié face à cet odieux contexte de guerre.
Ce fut vraiment une belle aventure que de lire cette trilogie.
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MessageSujet: Re: Lao She [Chine]   Dim 20 Juin 2010 - 16:12

Invité a écrit:
NB : Note à propos de lecteurs comme Expie : Les Tambours est traduit de l'anglais, mais pour la simple et bonne raison que le manuscrit chinois demeure à ce jour introuvable. Néanmoins, le livre fut traduit en anglais au fur et à mesure de sa rédaction, et la traduction approuvée par Lao She.
Hé hé, promis je ne râlerai pas lorsque je le lirai !  Very Happy
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Lao She [Chine]
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