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 Arthur Rimbaud

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krys
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 7 Nov 2010 - 19:47

oui, les accents sont déchirants, on sent une grande souffrance...
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Constance
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 23 Mar 2011 - 0:13

A la fin de sa nouvelle "Nuits bleues / Calmes bières", Jean-Pierre Martinet évoque "Enfance" de Rimbaud, alors ... Wink







Enfance



I


Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande ; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques.
À la lisière de la forêt, — les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent, — la fille à lèvre d’orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés, nudité qu’ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer.
Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer ; enfantes et géantes, superbes, noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur le sol gras des bosquets et des jardinets dégelés, — jeunes mères et grandes soeurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes, princesses de démarche et de costume tyranniques, petites étrangères et personnes doucement malheureuses.
Quel ennui, l’heure du « cher corps » et « cher coeur ».



II


C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers. — La jeune maman trépassée descend le perron. — La calèche du cousin crie sur le sable. — Le petit frère — (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré d’oeillets. — Les vieux qu’on a enterrés tout droits dans le remparts aux giroflées.
L’essaim des feuilles d’or entoure la maison du général. Ils sont dans le midi. — On suit la route rouge pour arriver à l’auberge vide. Le château est à vendre ; les persiennes sont détachées. — Le curé aura emporté la clef de l’église. — Autour du parc, les loges des gardes sont inhabitées. Les palissades sont si hautes qu’on ne voit que les cimes bruissantes. D’ailleurs il n’y a rien à voir là-dedans.
Les prés remontent aux hameaux sans coqs, sans enclumes. L’écluse est levée. Ô les calvaires et les moulins du désert, les îles et les meules.
Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le berçaient. Des bêtes d’une élégance fabuleuse circulaient. Les nuées s’amassaient sur la haute mer faite d’une éternité de chaudes larmes.



III



Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse.



IV



Je suis le saint, en prière sur la terrasse, — comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer de Palestine.
Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.
Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant.
Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l’allée dont le front touche le ciel.
Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L’air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant.



V



Qu’on me loue enfin ce tombeau, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief — très loin sous terre.
Je m’accoude à la table, la lampe éclaire très vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans intérêt.
À une distance énorme au-dessus de mon salon souterrain, les maisons s’implantent, les brumes s’assemblent. La boue est rouge ou noire. Ville monstrueuse, nuit sans fin !
Moins haut, sont des égouts. Aux côtés, rien que l’épaisseur du globe. Peut-être les gouffres d’azur, des puits de feu. C’est peut-être sur ces plans que se rencontrent lunes et comètes, mers et fables.
Aux heures d’amertume je m’imagine des boules de saphir, de métal. Je suis maître du silence. Pourquoi une apparence de soupirail blêmirait-elle au coin de la voûte ?



(Illuminations)



Récité par l'excellent Denis Lavant :

[/i]
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aden
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 2 Nov 2011 - 18:45

Une Saison en Enfer m'a particulièrement marqué. Une oeuvre qui respire la sincérité, mais qui est également d'une profondeur et d'une complexité vertigineuses.

Citation :
Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J'ai dit : Dieu, je veux la liberté dans le salut :
comment la poursuivre ? Les goûts frivoles m'ont quitté. Plus besoin de dévouement ni
d'amour divin. Je ne regrette pas le siècle des coeurs sensibles. Chacun a sa raison, mépris
et charité : je retiens ma place au sommet de cette angélique échelle de bon sens.

Quant au bonheur établi, domestique ou non... non, je ne veux pas. Je suis trop
dissipé, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille vérité : moi, ma vie n'est pas assez
pesante, elle s'envole et flotte loin au-dessus de l'action, ce cher point du monde.

Comme je deviens vieille fille, à manquer du courage, d'aimer la mort !

Si Dieu m'accordait le calme céleste, aérien, la prière, comme les anciens saints. -
Les saints, des forts ! les anachorètes, des artistes comme il n'en faut plus !

Farce continuelle ? Mon innocence me ferait pleurer. La vie est la farce à mener par
tous.
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 3 Sep 2014 - 11:54

krys a écrit:
oui, les accents sont déchirants, on sent une grande souffrance...
Oui, et c'est à mettre d'autant plus en relief que Rimbaud, c'est une santé, un incroyable "dur au mal" physique, devenu sans doute très endurci aux bleus à l'âme, à la souffrance intérieure.



Dans le (prodigieux !) "Illuminations" se trouve cet étrange "Solde":

Solde

À vendre ce que les Juifs n'ont pas vendu, ce que noblesse ni crime n'ont goûté, ce qu'ignorent l'amour maudit et la probité infernale des masses, ce que le temps ni la science n'ont pas à reconnaître :

Les Voix reconstituées ; l'éveil fraternel de toutes les énergies chorales et orchestrales et leurs applications instantanées, l'occasion, unique, de dégager nos sens !

À vendre les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ! Les richesses jaillissant à chaque démarche ! Solde de diamants sans contrôle !

À vendre l'anarchie pour les masses ; la satisfaction irrépressible pour les amateurs supérieurs ; la mort atroce pour les fidèles et les amants !

À vendre les habitations et les migrations, sports, féeries et conforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l'avenir qu'ils font !

À vendre les applications de calcul et les sauts d'harmonie inouïs ! Les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate,

Élan insensé et infini aux splendeurs invisibles, aux délices insensibles, - et ses secrets affolants pour chaque vice - et sa gaîté effrayante pour la foule -

- À vendre les Corps, les voix, l'immense opulence inquestionnable, ce qu'on ne vendra jamais. Les vendeurs ne sont pas à bout de solde ! Les voyageurs n'ont pas à rendre leur commission de si tôt !

Dans cette espèce de foire animée par de douteux bateleurs, tout se trouve dépouillé, réduit au simple état marchand; donc la littérature aussi se trouve réduite à l'état aliénable, à vendre.
Après "Solde" - de tout compte ?, Rimbaud est dans sa dix-neuvième année, les semelles de vent sont chaussées et c'est définitif.

Sauf à supposer -et je me compte humblement parmi ceux-ci, qu'est continuée l'oeuvre-vie, pour reprendre un terme d'un Rimbaldiste éclairé (illuminé ?), Alain Borer.
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majeanne
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mer 3 Sep 2014 - 14:14

Rimbaud, découvert à l'adolescence, mais que je connais peu en fait, avec ce splendide poème :

Aube

J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route
du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes
se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq.
A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre,
je la chassais.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu
son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.


Je le connais encore par coeur. aime

et le plein de fraîcheur "sensation" que je récitais à mes enfants petits.........
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Jeu 4 Sep 2014 - 17:43

Ah, Majeanne, "Sensation", dont voici le manuscrit:
Qui ne serait pas bercé ?

J'ai sombré très tôt dans le Rimbaldisme, grâce à Madame Bo., institutrice de notre classe de CM1, avec "Le buffet", déflagration totale, je ne m'en suis pas encore remis, même aujourd'hui quelques lignes archi-connues de Rimbaud me flanquent encore la fièvre (mais, procrastination oblige, j'en parlerai plus tard, enfin j'espère trouver les mots dignes pour en parler, être à la hauteur), ça date de la même année que "Sensation":
Citation :
Le buffet

C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand'mère où sont peints des griffons ;

- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

- O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires.


octobre 1870
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Ven 5 Sep 2014 - 3:00

Un poète-phare de la langue française, génie précoce, dernière ligne ayant une portée en littérature écrite à 19 ans.
Cela, c'est ce qu'on peut avancer prudemment. Parce que, Rimbaud ? On ne le saisira jamais.
Pourtant, un simple coup d'oeil à la liste de ceux qui ont écrit sur lui, une vertigineuse contemplation des tonnes de papier publiées, de tous les styles, de toutes les portées présumées (et c'est toujours en cours, cela semble ne jamais devoir s'arrêter), on se dit que...

Et puis non.
Sur la vie de Rimbaud, en dépit du nombre d'acharnés chercheurs d'empreintes de semelles de vent, subsistent encore de très vastes zones d'ombre, pour une existence qu'on peut tout de même qualifier de courte, et de pas si éloignée dans le temps.  

Alors pourquoi toutes ces publications, pourquoi tout cet acharnement ?
Fascination, sans doute, et aussi récupération, instrumentalisation.
Il n'est pas satisfaisant pour l'esprit humain qu'un tel poète ne puisse se revendiquer.
Mais, obstacle: Rimbaud, quand on croit saisir ou quand on prend la liberté d'affirmer, aussitôt un autre élément vient infirmer.

Tour à tour, exhibé -de l'exhibition de l'exhibitionniste - par les libertaires (par ex. à cause de "je n'aime que la liberté libre" ou encore "je n'aime ni à servir, ni à être servi"), par les révoltés,  par les révolutionnaires de tout poil ("le poète de la Commune de Paris, etc...) par les pacifistes - vais-je résister au plaisir de copier-coller ici "Le mal" et "Le dormeur du val" ? qui veulent oublier qu'il signa, à Harderwijk un engagement de six ans dans l'armée coloniale hollandaise en tant que mercenaire étranger, en 1876.

Rimbaud alternativement porté aux nues, et traîné au Tribunal des ignominieux par la bien-pensance pour avoir trafiqué armes et esclaves (pour les cargaisons d'armes, ça reste à prouver, il s'agit plutôt d'armes destinées à ses propres convois et caravanes pour les esclaves, il semble qu'on puisse affirmer aujourd'hui que c'est définitivement non).

Rimbaud symbole athée "récupéré" à peu de frais par les libre-penseurs, et nombre de ses écrits vont en ce sens, mais qui serait mort pieux, selon sa soeur Vitalie et son "animal de beau-frère" -sic- Paterne Berrichon, le couple aurait indûment catholicisé son trépas (et expurgé les lambeaux encore épars de ses écrits), mais peut-être était-ce vrai, au sens de la Parabole dite des ouvriers de la onzième heure (Matthieu 20, 1-16).

Rimbaud symbole athée mais qui a prêché le Coran pour s'enfoncer dans les terres hostiles et encore inconnues de l'Ethiopie, en arabe, pour justifier sa peau blanche (ce qui n'est pas donné au comédien de base juste capable d'égrener d'improbables litanies, il faut être capable de répondre aux fidèles et aux Imams, ce qui suppose une énorme maîtrise de la langue arabe et une connaissance plus qu'approfondie du Coran - dans un message prochain, il faut parler de Rimbaud et des langues).
Rimbaud qui échangeait avec l'Archevêque Catholique à Harar, ils se voyaient et c'était presque le seul blanc qu'il voyait - en tous cas le seul hors affaires. Rimbaud qui a bien dû se coller à déchiffrer les très énigmatiques écrits de la plus que difficile langue Guèze et à la découverte de la plus stupéfiante, la plus inouïe d'entre les antiques Traditions Chrétiennes encore vivante de nos jours (la Tradition Orthodoxe Ethiopienne).

Et, très récemment, Rimbaud instrumentalisé indûment parmi les "personnalités homosexuelles" dont il est question dans les établissements scolaires, à vertu d'exemplarité, et en vue de tolérance:
Mais l'homosexualité de Rimbaud, c'est en tout et pour tout les mois qu'il partage avec Verlaine, à l'époque du "dérèglement complet de tous les sens" et basta:
Rien avant, rien pendant, rien après. "Heureux comme avec une femme".
On sait d'ailleurs qu'une femme d'ethnie Galla partageait sa vie et sa couche au Harar, de façon installée (ils vivaient en couple, disons-le simplement).

Etc... on n'en finirait pas de multiplier les exemples; pourquoi cette manie, je me demande, pourquoi toujours prendre Rimbaud en étendard, ce qui revient, en le réduisant, à ne jamais le respecter, ni, au fond, à l'admettre tel quel, avec ses zones ombreuses, d'apparences contradictoires ou paradoxales, mais surtout à jamais inconnues ?
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Ven 5 Sep 2014 - 5:16

Majeanne, tu fais bien de citer Rimbaud. J'aime bien le point de contact que tu nous proposes avec sa poésie. Nous sommes bien à des lieues de toute mystification.

Pour répondre à l'interrogation laissée par Sigismond que voici :

Sigismond a écrit:
Alors pourquoi toutes ces publications, pourquoi tout cet acharnement ?

[...]

Il n'est pas satisfaisant pour l'esprit humain qu'un tel poète ne puisse se revendiquer.

Tout d'abord, il est connu que «l'enfant terrible» fait courir le bruit ambiant. Le poète et le rebelle sont idolâtrés dans la représentation qui nous est proposée. Nous pouvons penser à des gens comme Rimbaud, Emile Nelligan, Hector de Saint-Denys Garneau, Jim Morrison et quelques autres que nous pouvons facilement deviner.

Plus ça va, plus il y a d'analystes littéraires qui prennent appui sur l'importance de la parole libre, d'une parole qui rejette toute prétention à s'attirer la notoriété. Le projet littéraire se suffit à lui-même et seul le silence à travers la parole se doit d'être entendu. Je vous évoque dans plusieurs fils le courant des écrivains dits négatifs. Il ne s'agit pas du fait d'être négatif mais plutôt d'une posture qui soit entièrement consacrée au projet littéraire sans se soucier de sa propre notoriété sauf dans la mesure d'une originalité, d'une singularité dans l'expression.

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Ven 5 Sep 2014 - 13:19

J'entends, cher Jack-Hubert, néanmoins se pose là la question de la récupération intéressée d'un Rimbaud aussi fuyant, inclassable et, quelque part inconnaissable comme peu l'ont été, du moins à cette ampleur-là. Du coup, on peut relativiser l'immensité vertigineuse du verbiage et des parutions sur Rimbaud, et je ne dis pas que toutes soient intéressées, que toutes soient de mauvaise foi, que toutes servent des causes qui n'en valent pas la peine, loin de là, mais... n'est-ce pas vain, n'est-ce pas erroné, n'est-ce pas irrespectueux ?

Rimbaud et les langues, en un mot, l'homme qui a créé rien moins que le symbolisme, et dont un des poèmes, parmi les plus intemporels et les plus connus en termes de "notoriété spontanée" comme diraient les gens du marketing est "Voyelles"
Citation :
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! -

On le sait brillantissime (et couronné) en latin, ayant appris le grec ancien à un niveau qu'aujourd'hui on n'égale que peu même à des années "bac + x", le grec moderne il l'a appris sur le tas et le baragouine à Chypre, où il est contremaître dans une carrière, puis il le parle avec un Grec avec lequel il est en affaires au Harar, il sait le flamand (de maraude) probablement a-t'il de fortes notions d'allemand, il s'exprime très couramment en anglais, maîtrise l'arabe à merveille, à un niveau bien au-delà de l'"avancé", l'amharigna, l'oromo et la plupart des dialectes, parlers, patois en vigueur à son époque en Ethiopie et dans la corne de l'Afrique: souvent comme référent, peu -quasiment pas- d'autres européens, si l'on en croit l'explorateur Jules Borelli, peuvent se targuer d'y entraver quoi que ce soit, fût-ce des miettes.  

En celà, tout ce qu'il a pu écrire -poète- sur le langage est dépassé (ou, à tout le moins, atteint); et, est-ce montrer assez l'éveil curieux de son intelligence, et ses aptitudes doublées de sa capacité à apprendre, confinant, comme en poésie, plus qu'à la rareté, au prodige ?
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 6 Sep 2014 - 6:25

Sigismond a écrit:
J'entends, cher Jack-Hubert, néanmoins se pose là la question de la récupération intéressée d'un Rimbaud aussi fuyant, inclassable et, quelque part inconnaissable comme peu l'ont été, du moins à cette ampleur-là. Du coup, on peut relativiser l'immensité vertigineuse du verbiage et des parutions sur Rimbaud, et je ne dis pas que toutes soient intéressées, que toutes soient de mauvaise foi, que toutes servent des causes qui n'en valent pas la peine, loin de là, mais... n'est-ce pas vain, n'est-ce pas erroné, n'est-ce pas irrespectueux ?

Parler «[d']immensité vertigineuse du verbiage» va de pair avec le gonflement d'un mythe. Comme nous parlons de mythes, il y a également une part de malentendus. Quant à ce qui consiste de la récupération de l'image de Rimbaud, il nous faut accepter comme critiques de son oeuvre qu'il y aura toujours une tendance à l'hagiographie ou encore à son envers. Ne s'improvise pas critique qui veut. Dans cette même tangente, il nous faut gré de tolérer ce qui a tendance à marchander l'image de Rimbaud. Tout questionnement n'est pas vain en soi. Nous séparons avec le temps le bon grain de l'ivraie.

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Jeu 25 Sep 2014 - 20:12

L'Eternité

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.


Encore un poème de Rimbaud qui me parle. Pour moi il dit la rencontre avec l'éternité qui n'est rien d'autre que la pleine conscience de l'instant présent,
rendue possible dans la nature et dans la solitude. J'y pensais ce matin en marchant au milieu des arbres et je récitais le poème à voix haute, en marchant, en remerciant Rimbaud.... sunny
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 13 Déc 2014 - 18:04

Autoportraits

Après lecture intégrale de ce fil hyper riche, la lecture polémique de cette photographie de Rimbaud adulte à Aden,et le hasard qui m'a fait choisir le DVD  Arthur Rimbaud l'homme aux semelles de vent de Marc Rivière (1995) (que je vous recommande), j'ai eu envie de faire des recherches afin de savoir si de cet homme il n'existait plus de traces passée la mer.

Dans le film on voit Rimbaud transporter un enorme appareil photo et son trepied, on le voit tirant le portrait à diverses personnes, certains sites internet parlaient de photos prises par Rimbaud, il y avait même une chamaillerie sur le génie photographique de Rimbaud dont je doute par ailleurs, alors je vous livre ce que j'ai trouvé avec leur référence :







explications sur les photos ici


Et surtout cette biographie détaillée où figurent les photos ci dessus (voir tout en bas du texte)
source des photographies

Cependant :
les différents angles de prises de vue de la première photo et de la dernière photo me tracassent....
J'ai egalement trouvée une dernière photo attribuée à Rimbaud sur un blog sans aucune explication, et de plus je n'ai pas gardé le lien, je vous la livre néanmoins sous reserves...


Dernière édition par I.T.Nayrant le Sam 13 Déc 2014 - 21:00, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 13 Déc 2014 - 18:26

sur la photographie faite par Rimbaud de Sottiro le magnifique (l"homme a la chéchia) j'ai ces éléments :
voir ici
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 22 Déc 2014 - 20:49

Merci Gnosis de les publier mais ces photos sont toutes disponibles, et d'autres encore, plus de la correspondance et des témoignages de gens l'ayant fréquenté à Aden et au Harar, dans un livre sorti dix ans plus tôt (et ce n'était pas de l'inédit pour certaines photos et certaines correspondances, ni pour quelques témoignages), dans "Un Sieur Rimbaud, se disant négociant", du (hautement recommandable) poète, professeur et rimbaldiste acharné Alain Borer.
J'avais fait une allusion à ce livre sur le fil "nos lectures...." de septembre dernier.

Dans la même veine (qui recoupe des parutions antérieures mais a le mérite d'être disponible sur la Toile) signalons aussi ce curieux pdf.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mar 23 Déc 2014 - 11:50

merci Sigismond pour ces conseils de lectures... Very Happy
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   

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