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 Arthur Rimbaud

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marc et cie
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mar 23 Déc 2014 - 15:15

Merci gnosis pour ces photos. Je ne les connaissais pas. D'ailleurs je ne connais qu'une seule photo ayant un rapport avec Rimbaud : celle de lui, adolescent je suppose, la moue frondeuse et le cheveux hirsute ancrée pour toujours dans la mémoire collective occidentale. ( remarque en faisant des recherches sur google je me rend compte qu'il n'y en a pas beaucoup d'autres) Mais quelle photo ! Nos stars hollywoodiennes payeraient sûrement très cher pour être ainsi immortalisées pour l'éternité.
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Chamaco
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mar 23 Déc 2014 - 15:26

marc et cie a écrit:
Merci gnosis pour ces photos. Je ne les connaissais pas. D'ailleurs je ne connais qu'une seule photo ayant un rapport avec Rimbaud : celle de lui, adolescent je suppose, la moue frondeuse et le cheveux hirsute ancrée pour toujours dans la mémoire collective occidentale. ( remarque en faisant des recherches sur google je me rend compte qu'il n'y en a pas beaucoup d'autres) Mais quelle photo ! Nos stars hollywoodiennes payeraient sûrement très cher pour être ainsi immortalisées pour l'éternité.

j'étais aussi dans ton cas, c'est le pourquoii de mes recherches, les photos ne figuraient pas dans ce fil, elles y sont maintenant. Nos camarades membres pourront maintenant les y voir, sans être astreints aux mêmes recherches fastidieuses... Very Happy gloire au Dieu google cheers
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Sam 1 Aoû 2015 - 22:17

Un fil très intéressant, merci Sigismond pour tes commentaires enrichissants. bravo
Notamment sur l'instrumentalisation de l'icone.

Sensation a été mon premier coup de coeur rimbaldien, mais il y en a eu tellement d'autres par la suite... aime

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 2 Aoû 2015 - 12:54

Merci à toi Arturo Embarassed !

A ce propos, au milieu du fouillis rimbaldiste de la Toile -et pour ceux qui, comme moi, ne souhaitent pas s'arrêter à Rimbaud-poète (autrement dit à ses 19 ans), on trouve une partie, certes un rien parcimonieuse, ou "morceaux choisis" peut-être, de sa correspondance sur ce site, mais il y manque ma préférée, celle à M. le Consul de France de novembre 1887.

Spoiler:
 

Mais, d'ores et déjà, à travers les courriers répertoriés sur ce site, quelque chose de primordial:
Rimbaud ne s'adresse pas aux uns et aux autres de façon identique. Sa connaissance extraordinaire des langues, des us lui confère une puissance de feu extraordinaire en termes de communication à autrui; elle s'allie sans doute aussi à une connaissance hors pair de l'âme humaine, et à une capacité à jauger son interlocuteur (ce dernier point est professionnel, ni plus ni moins, dans la vie qu'il mène, et il est sans aucun doute aussi un élément de base du kit de survie, si j'ose m'exprimer ainsi, en ces lieux et à cette époque).  

Il est même très ardu, -exercice, vous vous en doutiez bien, qui a été tenté à moult reprises par des exégètes, des universitaires et de simples amateurs- de dégager une silhouette, un Rimbaud qu'on puisse appréhender, à travers sa plume post-littérature.

Voyez comme il s'adresse à sa mère Vitalie, à ses correspondants en affaires, et préjugeons de la façon dont il devait s'adresser aux autres - les échanges verbaux ou épistolaires qui 'nont pas laissé la moindre trace - y compris jusqu'au Négus Ménélik, "Roi des Rois"...
Il faudrait aussi mettre là les témoignages recueillis de ceux qui l'ont connu lors de ses infinis périples, après 19 ans. Ces derniers ne s'accordent pas tous -loin s'en faut- interdisant une vision, disons archétypique, qu'on pourrait échafauder via certaines analogies.
Prenons un peu de recul, imaginons des témoignages tous dignes de foi mais non concordants à la barre d'un tribunal  Laughing  !

Est-on dans son célèbre "je est un autre", pour concours de citations de solderie ?
Eh bien non, je ne le crois pas. Simplement le négociant en cafés vu par le caravanier Galla à 10h du matin n'est pas le même que celui qui croise un mendiant Oromo à midi, qui correspond avec les européens dont il représente les intérêts à Harar à 15h, qui est mandé par le Négus à 17h, qui palabre de haut vol au sujet d'une livraison auprès d'un négociant venu de Somalie à 19h...


L'homme aux semelles de vent est insaisissable, imprévisible, il ne rentre pas dans les cases de notre époque maniaque en code-barres, trop de facettes à son intelligence (à son génie, tout simplement).


Tout ceci pour illustrer encore ce parti difficile à prendre, à accepter, et pourtant il semble qu'il le faille:
  "Tu ne connaitras jamais Rimbaud"...
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 2 Aoû 2015 - 15:19

Merci encore, et pour le lien vers les lettres.
Spoiler:
 

J'en ai quelques unes dans ma vieille édition des poésies complètes préfacée par Paul Claudel. J'ai d'ailleurs trouvé étonnant qu'il commence sa préface en évoquant comme acquise la conversion de Rimbaud au catholicisme, et le présente comme s'il avait été dans l'erreur jusqu'alors, pour enfin trouver la lumière. scratch  (quand on sait à quel point ce sujet fait débat, enfin lui a choisi son camp!).

J'aime sa poésie, mais je me reconnais aussi étrangement beaucoup dans l'homme, en apprenant à découvrir sa trajectoire. Un homme impatient, en fuite, toujours dans le mouvement, en quête d'aventures, ayant une curiosité insatiable pour l'apprentissage de divers savoirs.
Je jalouse terriblement son génie, et son don incroyable pour les langues. rire

Son impétuosité me fascine également, comme en témoigne ce poème adressé à Théodore de Banville. Où il se moque allègrement des Parnassiens, et de leur conception étriquée de la poésie. De nombreux commentaires sont disponibles sur internet afin de mieux comprendre le poème et sa génèse. (ah je regrette de n'avoir pas fait d'études littéraires aujourd'hui)


Charleville, Ardennes, 15 août 1871


À Monsieur Théodore de Banville

Ce qu'on dit au Poète à propos de fleurs



                      I

Ainsi, toujours, vers l'azur noir
Où tremble la mer des topazes,
Fonctionneront dans ton soir
Les Lys, ces clystères d'extases !

À notre époque de sagous,
Quand les Plantes sont travailleuses,
Le Lys boira les bleus dégoûts
Dans tes Proses religieuses !

— Le lys de monsieur de Kerdrel,
Le Sonnet de mil huit cent trente,
Le Lys qu'on donne au Ménestrel
Avec l'œillet et l'amarante !

Des lys ! Des lys ! On n'en voit pas !
Et dans ton Vers, tel que les manches
Des Pécheresses aux doux pas,
Toujours frissonnent ces fleurs blanches !

Toujours, Cher, quand tu prends un bain,
Ta Chemise aux aisselles blondes
Se gonfle aux brises du matin
Sur les myosotis immondes !

L'amour ne passe à tes octrois
Que les Lilas, - ô balançoires !
Et les Violettes du Bois,
Crachats sucrés des Nymphes noires !...



                   II
Ô Poètes, quand vous auriez
Les Roses, les Roses soufflées,
Rouges sur tiges de lauriers,
Et de mille octaves enflées !

Quand BANVILLE en ferait neiger,
Sanguinolentes, tournoyantes,
Pochant l'œil fou de l'étranger
Aux lectures mal bienveillantes !

De vos forêts et de vos prés,
Ô très paisibles photographes !
La Flore est diverse à peu près
Comme des bouchons de carafes !

Toujours les végétaux Français,
Hargneux, phtisiques, ridicules,
Où le ventre des chiens bassets
Navigue en paix, aux crépuscules ;

Toujours, après d'affreux desseins
De Lotos bleus ou d'Hélianthes,
Estampes roses, sujets saints
Pour de jeunes communiantes !

L'Ode Açoka cadre avec la
Strophe en fenêtre de lorette ;
Et de lourds papillons d'éclat
Fientent sur la Pâquerette.

Vieilles verdures, vieux galons !
Ô croquignoles végétales !
Fleurs fantasques des vieux Salons !
— Aux hannetons, pas aux crotales,

Ces poupards végétaux en pleurs
Que Grandville eût mis aux lisières,
Et qu'allaitèrent de couleurs
De méchants astres à visières !

Oui, vos bavures de pipeaux
Font de précieuses glucoses !
— Tas d'œufs frits dans de vieux chapeaux,
Lys, Açokas, Lilas et Roses !...



                   III

Ô blanc Chasseur, qui cours sans bas
À travers le Pâtis panique,
Ne peux-tu pas, ne dois-tu pas
Connaître un peu ta botanique ?

Tu ferais succéder, je crains,
Aux Grillons roux les Cantharides,
L'or des Rios au bleu des Rhins,
Bref, aux Norwèges les Florides :

Mais, Cher, l'Art n'est plus, maintenant,
— C'est la vérité, — de permettre
À l'Eucalyptus étonnant
Des constrictors d'un hexamètre ;

Là !... Comme si les Acajous
Ne servaient, même en nos Guyanes,
Qu'aux cascades des sapajous,
Au lourd délire des lianes !

— En somme, une Fleur, Romarin
Ou Lys, vive ou morte, vaut-elle
Un excrément d'oiseau marin ?
Vaut-elle un seul pleur de chandelle ?

— Et j'ai dit ce que je voulais !
Toi, même assis là-bas, dans une
Cabane de bambous, — volets
Clos, tentures de perse brune, —

Tu torcherais des floraisons
Dignes d'Oises extravagantes !...
— Poète ! ce sont des raisons
Non moins risibles qu'arrogantes !...


                  IV  

Dis, non les pampas printaniers
Noirs d'épouvantables révoltes,
Mais les tabacs, les cotonniers !
Dis les exotiques récoltes !

Dis, front blanc que Phébus tanna,
De combien de dollars se rente
Pedro Velasquez, Habana ;
Incague la mer de Sorrente

Où vont les Cygnes par milliers ;
Que tes strophes soient des réclames
Pour l'abatis des mangliers
Fouillés des hydres et des lames !

Ton quatrain plonge aux bois sanglants
Et revient proposer aux Hommes
Divers sujets de sucres blancs,
De pectoraires et de gommes !

Sachons par Toi si les blondeurs
Des Pics neigeux, vers les Tropiques,
Sont ou des insectes pondeurs
Ou des lichens microscopiques !

Trouve, ô Chasseur, nous le voulons,
Quelques garances parfumées
Que la Nature en pantalons
Fasse éclore ! — pour nos Armées !

Trouve, aux abords du Bois qui dort,
Les fleurs, pareilles à des mufles,
D'où bavent des pommades d'or
Sur les cheveux sombres des Buffles !

Trouve, aux prés fous, où sur le Bleu
Tremble l'argent des pubescences,
Des calices pleins d'Oeufs de feu
Qui cuisent parmi les essences !

Trouve des Chardons cotonneux
Dont dix ânes aux yeux de braises
Travaillent à filer les nœuds !
Trouve des Fleurs qui soient des chaises !

Oui, trouve au cœur des noirs filons
Des fleurs presque pierres, — fameuses ! —
Qui vers leurs durs ovaires blonds
Aient des amygdales gemmeuses !

Sers-nous, ô Farceur, tu le peux,
Sur un plat de vermeil splendide
Des ragoûts de Lys sirupeux
Mordant nos cuillers Alfénide !



                 V

Quelqu'un dira le grand Amour,
Voleur des sombres Indulgences :
Mais ni Renan, ni le chat Murr
N'ont vu les Bleus Thyrses immenses !

Toi, fais jouer dans nos torpeurs,
Par les parfums les hystéries ;
Exalte-nous vers les candeurs
Plus candides que les Maries...

Commerçant ! colon ! médium !
Ta Rime sourdra, rose ou blanche,
Comme un rayon de sodium,
Comme un caoutchouc qui s'épanche !

De tes noirs Poèmes, — Jongleur !
Blancs, verts, et rouges dioptriques,
Que s'évadent d'étranges fleurs
Et des papillons électriques !

Voilà ! c'est le Siècle d'enfer !
Et les poteaux télégraphiques
Vont orner, — lyre aux chants de fer,
Tes omoplates magnifiques !

Surtout, rime une version
Sur le mal des pommes de terre !
— Et, pour la composition
De poèmes pleins de mystère

Qu'on doive lire de Tréguier
À Paramaribo, rachète
Des Tomes de Monsieur Figuier,
— Illustrés ! — chez Monsieur Hachette !

ALCIDE BAVA.
A. R.

14 juillet 1871.

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 2 Aoû 2015 - 21:36

Hé, c'est cool !
A priori, Rimbaud me soûle. Un peu tapageur, justement, et comme je pars du principe que "plus on en parle, moins on le fait"...
Mais faut que je révise ce jugement précipité.
J'ai lu récemment Rimbaud l'indésirable de Xavier Coste, ça te dit quelque chose Arturo ?

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 2 Aoû 2015 - 21:39

colimasson a écrit:
Hé, c'est cool !
A priori, Rimbaud me soûle. Un peu tapageur, justement, et comme je pars du principe que "plus on en parle, moins on le fait"...
Mais faut que je révise ce jugement précipité.
J'ai lu récemment Rimbaud l'indésirable de Xavier Coste, ça te dit quelque chose Arturo ?

Je crois que tu changeras d' avis. Les choses viennent en leur temps...

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Dim 2 Aoû 2015 - 22:33

Non, je ne connais pas cette BD. C'est elle qui t'a repoussée de A.R? dentsblanches

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 3 Aoû 2015 - 16:28

colimasson a écrit:
A priori, Rimbaud me soûle. Un peu tapageur, justement, et comme je pars du principe que "plus on en parle, moins on le fait"...
Han    !
Spoiler:
 

Le tapage, s'il y a bien quelqu'un qui n'en fait pas du tout, c'est Rimbaud !
A-t-il assez brûlé des pans entiers de son œuvre, qu'a-t-il publié au juste de son vivant, a-t-il mis un terme à sa carrière littéraire suffisamment jeune, a-t-il mis en pratique son célèbre "la main à la plume vaut la main à la charrue" ?    
Et j'ajoute: nous serait-il parvenu ne serait-ce qu'un vers de lui sans Verlaine ?

Qui dit mieux, qui dit plus (autrement dit: qui en fait moins) tout en culminant à la hauteur qui est la sienne dans les Lettres françaises ?

Non, Rimbaud a tenté d'effacer toute trace, de n'en laisser vraiment aucune: l'exact contraire d'un...tapageur  Shocked  Laughing !!






@Arturo:

Je n'ai pas lu les lignes de Claudel consacrées à Rimbaud; si tu avais la gentillesse de te fendre d'un petit topo ?
En tous cas, si l'angle d'attaque est: "[...] acquise la conversion de Rimbaud au catholicisme, et le présente comme s'il avait été dans l'erreur jusqu'alors, pour enfin trouver la lumière", c'est échafauder à partir d'une hypothèse tenue, par Claudel, pour certitude.
A ranger parmi les récupérations, instrumentalisations etc...dont je faisais état dans les messages précédents, a priori, à ceci près qu'un doute peut subsister: en fait, on n'en saura jamais rien, sauf à tenir pour certitude les dires d'Isabelle Rimbaud et de son mari, Paterne Berrichon (tiens j'aurais aussi une lettre intéressante à ce sujet).

J'ose au moins espérer que la finesse littéraire de Claudel aura su mettre en évidence quelques traits géniaux des vers de Rimbaud, du genre diamant invisible sous la gangue pierreuse, parce que Claudel en est capable, tandis que nous...eh bien...pas toujours  Laughing !  


Tiens ça me fait penser qu'il y a une autre falsification/récupération/instrumentalisation qu'il faut absolument dénoncer, est qui est très répandue: Rimbaud, ancêtre de la Beat génération, routard avant l'heure, ascendant des Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Gregory Corso, William Burroughs et consorts.
Rimbaud n'a rien à voir avec ça, mais absolument rien, le modus operandi du "largage d'amarres", tout comme la quête poursuivie, n'ont rien en commun, nous y reviendrons sûrement sur ce fil. Au moins ces lettres servent-elles à rendre compte de l'étendue infinie de ce "rien à voir" !






La lettre de Rimbaud à M. de Gaspary, Consul de France à Aden, ci-dessous, me procure largement l'émotion de quelques vers.
Même si elle n'a aucune portée littéraire, ça va de soi.

On peut comparer le style, le contenu avec les courriers secs à sa famille (liens page précédente et ci-dessus dans mes messages), et avec d'autres encore, ça n'a rien en commun, au point qu'on peine à penser que c'est écrit de la même main, à la même époque.

Comme c'est à présent dans le domaine public, je peux sans vergogne vous en copier d'autres si cela vous dit, sans doute pas aussi sensationnelles ou édifiantes -encore une fois, peut-être les trouve-t-on sur le Web, mais je n'ai pas réussi.

(Note personnelle, et donc soumise à votre examen: Frangui= français, littéralement "Franc" - voir Frenj ou Franj en arabe plus classique).
Voilà, bonne lecture pour ceux que ça intéresse, et mes excuses à tous et aux familles pour la taille du message, autrement dit pour l'inondation  Embarassed .





D'abord deux lettres, éclairantes sur le contexte: 

Lettre de Maurice Riès à Emile Deschamps, datée du 15 mars 1929


[...] Avant de venir chez nous, Rimbaud (et cela dès son arrivée à Aden venant d'Egypte) s'était employé dans la maison française Bardey. Il devint ensuite l'associé de Labatut, avec lequel il organisa une caravane de marchandises de troc qu'ils conduisirent à Addis-Abéba, capitale de l'Abyssinie. L'associé Labatut mourut en route.

L'affaire n'eut pas une fin heureuse. Rimbaud vint à nous, et nous le plaçâmes à Harar, dis-je, à la tête de nos affaires. La facilité extrême d'assimilation qu'il possédait en fit très vite un négociant remarquable; son aménité, sa loyauté lui gagnèrent la confiance de la gent commerciale indigène, et il en obtint une préférence marquée dans ses transactions commerciales et ses rapports amicaux.

Un bel avenir était devant lui. [...]





Lettre du Consul de France à Massaouah (M. Alexandre Merciniez) au Consul de France à Aden (M. de Gaspary):

Massaouah, le 5 août 1887      

 

Monsieur le Consul,

 Un sieur Rimbaud, se disant négociant à Harar et à Aden, est arrivé hier à Massaouah à bord du courrier hebdomadaire d'Aden.

 Ce Français, qui est grand, sec, yeux gris, moustaches presque blondes, mais petites, m'a été amené par les carabiniers.

 M. Rimbaud n'a pas de passeport et n'a pu prouver son identité. Les pièces qu'il a exhibées sont des procurations passées devant vous par un Sieur Labatut, dont l'intéressé aurait été le fondé de pouvoirs.

 Je vous serais obligé, Monsieur le Consul, de vouloir bien me renseigner sur cet individu dont les manières sont quelques peu louches.

 Ce sieur Rimbaud est porteur d'une traite de 5000 thalers à cinq jours de vue sur M. Lucardi, et d'une autre traite de 2500 thalers sur un négociant indien de Massaouah.

Veuillez agréer, Monsieur le Consul, [...]






Lettre de Rimbaud à Monsieur de Gaspary

Aden, le 9 novembre 1887.  

Monsieur,


   Je reçois votre lettre du 8 et je prends note de vos observations.
Je vous envoie la copie du compte des frais de la caravane de Labatut, devant garder par devers-moi l'original, parce que le chef de caravane qui l'a signé a volé par la suite une partie des fonds que l'Azzaze lui avait comptés pour le le paiement des chameaux.

  L'Azzaze s'entête, en effet, à ne jamais verser les frais de caravane aux Européens eux-mêmes, qui régleraient ainsi sans difficulté: les Dankalis trouvent là une belle occasion d'embrouiller l'Azzaze et le Frangui à la fois, et chacun des Européens s'est vu arracher par les Bédouins 75% en plus de ses frais de caravane, l'Azzaze et Ménélik lui-même ayant l'habitude, avant l'ouverture de la route de Harar, de donner invariablement raison au Bédouin contre le Frangui.

 C'est prévenu de tout cela que j'eus l'idée de faire signer un compte de caravane à mon chef. Cela ne l'empêcha pas, au moment de mon départ, de me porter devant le roi en réclamant quelque 400 thalers en plus du compte approuvé par lui ! Il avait en cette occasion pour avocat le redoutable bandit Mohammed Abou-Beker, l'ennemi des négociants et voyageurs européens au Choa.

 Mais le roi, sans considérer la signature du Bédouin (car les papiers ne sont rien du tout au Choa), comprit qu'il mentait, insulta par occasion Mohammed, qui se démenait contre moi en furieux, et me condamna seulement à payer une somme de 30 thalers et un fusil Regminton: mais je ne payais rien du tout.

 J'appris par la suite que le chef de caravane avait prélevé ces 400 thalers sur le fond versé par l'Azzaze entre ses mains pour le paiement des Bédouins, et qu'il les avait employés en achat d'esclaves, qu'il envoya avec la caravane de MM. Savouré, Dimitri, Brémond, et qui moururent tous en route, et lui-même alla se cacher au Djimma Abba-Djifar, où l'on dit qu'il est mort de la dysenterie.

  L'Azzaze eut donc, un mois après son départ, à rembourser ces 400 thalers aux Bédouins: mais, si j'avais été présent, il me les aurait certainement fait payer.

 Les ennemis les plus dangereux des Européens en toutes ces occasions sont les Abou-Beker, par la facilité qu'ils ont d'approcher l'Azzaze et le roi, pour nous calomnier, dénigrer nos manières, pervertir nos intentions. Aux Bédouins dankali ils donnent effrontément l'exemple du vol, les conseils d'assassinat et de pillage. L'impunité leur est assurée en tout par l'autorité abyssine et par l'autorité européenne sur les côtes, qu'ils dupent grossièrement l'une et l'autre.

 Il y a même des Français au Choa qui, pillés en route par Mohammed, et à présent encore en butte à toutes ses intrigues, vous disent néanmoins: "Mohammed, c'est un bon garçon !", mais les quelques Européens au Choa et au Harar qui connaissent la politique et les mœurs de ces gens, exécrés par toutes les tribus Issa Dankali, par les Galla et les Amhara, fuient leur approche comme la peste.

 Les trente-quatre Abyssins de mon escorte m'avaient bien, à Sajalo, avant le départ, fait signer une obligation de leur payer à chacun 15 thalers pour la route et deux mois de paie arriérés, mais à Ankober, irrité de leurs insolentes réclamations, je leur saisis le bon et le déchirai devant eux: il y eut par la suite plainte à l'Azzaze, etc. Jamais, d'ailleurs, on ne prend de reçus des gages payés aux domestiques au Choa: ils trouveraient cet acte très étrange, et se croiraient très en danger d'on ne sait quoi.

 Je n'aurais pas payé à l'Azzaze les 300 thalers pour Labatut, si je n'avais découvert moi-même, dans un vieux calepin trouvé à la baraque de Mme Labatut, une annotation de l'écriture de Labatut portant reçu de l'Azzaze de cinq okiètes d'ivoire moins quelques rotolis.

 Labatut rédigeait en effet ses Mémoires: j'en ramassai trente-quatre volumes, soit trente-quatre calepins, au domicile de sa veuve, et, malgré les imprécations de cette dernière, je les livrai en flammes, ce qui fut, m'expliqua-ton, un grand malheur, quelques titres de propriété se trouvant intercalés parmi ces confessions qui, parcourues à la légère, m'avaient parues indignes d'un examen sérieux.

 D'ailleurs ce sycophante d'Azzaze, débouchant à Farré avec ses bourriques au moment où je débouchais avec mes chameaux, m'avait immédiatement insinué, après les salutations, que le Frangui, au nom de qui j'arrivais, avait un compte immense, et il avait l'air de me demander la caravane entière en gage.

 Je calmai ses ardeurs, provisoirement, par l'offre d'une lunette à moi, de quelques flacons de dragées Morton.  Et je lui expédiai  par la suite, à distance, ce qui me semblait réellement son dû. Il fut amèrement désillusionné, et agit toujours très hostilement avec moi; entre autres, il empêcha l'autre sycophante, l'Aboune, de me payer une charge de raisins secs que je lui apportais pour la fabrication du petit vin des messes.

 Quant aux diverses créances que j'ai payées sur Labatut, cela s'opérait de la manière suivante:

 Arrivait par exemple chez moi un Dedjatch, et s'asseyait à boire mon tedj, en vantant les qualités de l'ami (feu Labatut) et en manifestant l'espoir de découvrir en moi les mêmes vertus. A la vue d'un mulet broutant la pelouse, on s'écriait: "C'est ça le mulet que j'ai donné à Labatut !" (on ne disait pas que le burnous qu'on avait sur le dos, c'était Labatut qui l'avait donné !) "

 D'ailleurs, ajoutait-on, il est resté mon débiteur pour 70 thalers (ou 50, ou 60, etc.!)" Et on insistait sur cette réclamation, si bien que je congédiais le noble malandrin en lui disant: "Allez au roi !" (ça veut à peu près dire: "Allez au diable !") Mais le roi me faisait payer une partie de la réclamation, ajoutant hypocritement qu'il paierait le reste !

 Mais j'ai payé aussi sur des réclamations fondées, par exemple à leurs femmes, les gages des domestiques morts en route à la descente de Labatut; ou bien c'était le remboursement de quelque 30, 50, 12 thalers que Labatut avait pris de quelques paysans en leur promettant au retour quelques fusils, quelques étoffes, etc.

 Ces pauvres gens étant toujours de bonne foi, je me laissais toucher et je payais. Il me fut aussi réclamé une somme de 20 thalers par un M. Dubois; je vis qu'il y avait droit et je payais en ajoutant, pour les intérêts, une paire de mes souliers, ce pauvre diable se plaignant d'aller nu-pieds.

 Mais la nouvelle de mes vertueux procédés se répandait au loin; il se leva, de-ci de-là, toute une série, toute une bande, toute une horde de créanciers à Labatut, avec des boniments à faire pâlir, et cela modifia mes dispositions malveillantes, et je pris la détermination de descendre du Choa au pas accéléré.

 Je me rappelle qu'au matin de mon départ, trottant déjà vers le N-N-E., je vis surgir d'un buisson un délégué d'une femme d'un ami de Labatut, me réclamant au nom de la Vierge Marie une somme de 19 thalers; et, plus loin, se précipitait du haut d'un promontoire un être avec une pèlerine en peau de mouton, me demandant si j'avais payé 12 thalers à son frère, empruntés par Labatut, etc. A ceux-là je criai qu'il n'était plus temps !

 La veuve Labatut m'avait, à ma montée à Ankober, intenté auprès de l'Azzaze un procès épineux tendant à la revendication de la succession. M. Hénon, voyageur français, s'était constitué son avocat dans cette noble tâche, et c'était lui qui me faisait citer et qui dictait à la veuve l'énoncé de mes prétentions, avec l'aide de deux vieilles avocates amharas.

 Après d'odieux débats où j'avais tantôt le dessus, tantôt le dessous, l'Azzaze me donna un ordre de saisie aux maisons du défunt. Mais la veuve avait caché au loin les quelques centaines de thalers de marchandises, d'effets et de curiosités laissés par lui et, à la saisie que j'opérai non sans résistance, je ne trouvai que quelques vieux caleçons dont s'empara la veuve avec des larmes de feu, quelques moules à balles et une douzaine d'esclaves enceintes que je laissai.

 M. Hénon intenta au nom de la veuve une action en appel, et l'Azzaze, ahuri, abandonna la chose au jugement des Franguis présents alors à Ankober. M. Brémond décida alors que, mon affaire paraissant déjà désastreuse, je n'aurais à céder à cette mégère que les terrains, jardins et bestiaux du défunt, et que, à mon départ, les Européens se cotiseraient pour une somme de cent thalers à donner à la femme. M. Hénon, procureur de la plaignante, se chargea de l'opération et resta lui-même à Ankober.

 La veille de mon départ d'Entotto, montant avec M. Ilg chez le monarque pour prendre le bon sur le Dedjatch du Harar, j'aperçus derrière moi le casque de M. Hénon qui, apprenant mon départ, avait franchi avec célérité les 120 kilomètres d'Ankober à Entotto, et, derrière lui, le burnous de la frénétique veuve, serpentant au long des précipices.

 Chez le roi, je dus faire antichambre quelques heures, et ils tentèrent auprès de lui une démarche désespérée. Mais, quand je fus introduit, M. Ilg me dit en quelques mots qu'ils n'avaient pas réussi. Le monarque déclara qu'il avait été l'ami de ce Labatut, et qu'il avait l'intention de perpétuer son amitié sur sa descendance, et comme preuve, il retira de suite à la veuve la jouissance des terres qu'il avait données à Labatut !

 Le but de M. Hénon était de me faire payer les cent thalers qu'il devait, lui, réunir pour la veuve auprès des Européens. J'appris qu'après mon départ la souscription n'eut pas lieu !

 M. Ilg qui, en raison de sa connaissance des langues et de son honnêteté, est généralement employé par le roi au règlement des affaires de la cour avec les Européens, me faisait comprendre que Ménélik se prétendait de fortes créances sur Labatut. En effet, le jour où l'on fit le prix de mes mises, Ménélik dit qu'il lui était dû beaucoup, ce à quoi je ripostai en demandant des preuves.

C'était un samedi, et le roi reprit qu'on consulterait les comptes. Le lundi, le roi déclara que, ayant fait dérouler les cornets qui servent d'archives, il avait retrouvé une somme d'environ 3500 thalaris, et qu'il la soustrayait de mon compte, et que d'ailleurs, en vérité, tout le bien de Labatut devait lui revenir, tout cela d'un ton qui n'admettait plus de contestation.

J'alléguais les créanciers européens, produisant ma créance en dernier lieu, et, sur les remontrances de M. Ilg, le roi consentit hypocritement à abandonner les trois huitièmes de sa réclamation.

 Pour moi, je suis convaincu que le Négus m'a volé, et, ses marchandises circulant sur des routes que je suis encore condamné à parcourir, j'espère pouvoir les saisir un jour, pour la valeur de ce qu'il me doit, de même que j'ai à saisir le Ras Govana pour une somme de 600 thalaris dans le cas où il persisterait dans ses réclamations, après que le roi lui a fait dire de se taire, ce que le roi fait toujours dire aux autres quand il s'est payé lui-même.

 Telle est, Monsieur le Consul, la relation de mon paiement des créances sur la caravane Labatut aux indigènes, excusez-moi de vous l'avoir faite en ce style, pour faire diversion à la nature des souvenirs que me laissa cette affaire, et qui sont, en comme, très désagréables.

 Agréez, Monsieur le Consul, l'assurance de mon respectueux dévouement.



Arthur Rimbaud


Dernière édition par Sigismond le Mar 4 Aoû 2015 - 4:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 3 Aoû 2015 - 17:27

Il a dû être content le Consul de recevoir un tel pavé!! rire
Sacré imbroglio, et pas évident de suivre son histoire rocambolesque.

Qu'est-ce qui te fascine dans cette lettre? (je te remercie grandement de l'avoir retranscrite ici, bonjour )

Je suis aussi très intéressé par le sujet Rimbaud et la beat generation, j'espère que tu nous en diras plus à l'occasion. Certes, ce n'est pas le même procédé, mais je pense qu'on peut y voir certaines similitudes non? Cette bougeotte irrépressible, la fuite en avant, la quête d'aventures, d'avoir constamment envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe.



J'ai trouvé la préface de Claudel sur le net, je la copie ci-dessous, je pense que c'est aussi dans le domaine public. Tu me diras ce que tu en penses, peut-être que je n'ai pas tout compris, mais l'angle évoqué plus haut me semble approprié. Il faut aussi noter que Claudel était devenu un fervent catholique après sa conversion.


La préface:

Arthur Rimbaud fut un mystique à l’état sauvage, une source perdue qui ressort d’un sol saturé. Sa vie, un malentendu, la tentative en vain par la fuite d’échapper à cette voix qui le sollicite et le relance, et qu’il ne veut pas reconnaître : jusqu’à ce qu’enfin, réduit, la jambe tranchée, sur ce lit d’hôpital à Marseille, il sache !
« Le bonheur ! Sa dent, douce à la mort, m’avertissait au chant du coq, – ad matutinum, au Christus venit1 – dans les plus sombres villes. » – « Nous ne sommes pas au monde ! » – « Par l’esprit on va à Dieu !... C’est cette minute d’éveil qui m’a donné la vision de la pureté... Si j’étais bien éveillé à partir de cette minute-ci... » (et tout le passage célèbre de la Saison en Enfer)... « Déchirante infortune ! »
Comparez, entre maints textes, cette référence que j’ose emprunter à Sainte Chantal (citée par l’abbé Bremond) :
« Au point du jour, Dieu m’a fait goûter presque imperceptiblement une petite lumière en la très haute suprême pointe de mon esprit. Tout le reste de mon âme et ses facultés n’en ont point joui : mais elle n’a duré environ qu’un demi Ave Maria. »
Arthur Rimbaud apparaît en 1870, à l’un des moments les plus tristes de notre histoire, en pleine déroute, en pleine guerre civile, en pleine déconfiture matérielle et morale, en pleine stupeur positiviste. Il se lève tout à coup, – « comme Jeanne d’Arc » s’écriera-t-il plus tard lamentablement2. Il faut lire dans le livre de Paterne Berrichon3 le récit tragique de cette vocation. Mais ce n’est pas une parole qu’il a entendue. Est-ce une voix ? Moins encore : une simple inflexion, mais qui suffit à lui rendre désormais impossible le repos et « la camaraderie des femmes ». Est-il donc si téméraire de penser que c’est une volonté supérieure qui le suscite ? dans la main de qui nous sommes tous : muette et qui a choisi de se taire. Est-ce un fait commun de voir un enfant de seize ans doué des facultés d’expression d’un homme de génie ? Aussi rare que cette louange de Dieu dans la bouche d’un nouveau-né dont nous parlent les récits indubitables. Et quel nom donner à un si étrange événement ?
« Je vécus, étincelle d’or, de la lumière nature ! De joie, je prenais une expression bouffonne et égarée au possible. » Une ou deux fois, la note, d’une pureté édénique, d’une douceur infinie, d’une déchirante tristesse, se fait entendre aux oreilles d’un monde abject et abruti, dans le fracas d’une littérature grossière. Et cela suffit. « J’ai brassé mon sang. Mon devoir m’est remis. » Il a fini de parler. On ne confie pas de secrets à un cœur descellé. Il ne lui reste plus qu’à se taire et à écouter, sachant, comme cette Sainte encore, que « les pensées ne mûrissent pas d’être dites ». Il regarde avec une ardente et profonde curiosité, avec une mystérieuse sympathie qui ne peut plus être exprimée « en paroles païennes », ces choses qui nous entourent et qu’il sait que nous ne voyons qu’en reflets et en énigmes ; « un certain commencement », une amorce. Toute la vie n’est pas de trop pour faire la conquête spirituelle de cet univers ouvert par les explorateurs du siècle qui finit, pour épuiser la création, pour savoir quelque chose de ce qu’elle veut dire, pour douer de quelques mots enfin cette voix crucifiante au fond de lui-même.
Il nous reste quelques feuillets de son « carnet de damné » comme il l’appelle amèrement, quelques pages laissées par notre hôte d’un jour en ce lieu qu’il a définitivement vidé « pour ne pas voir quelqu’un d’aussi peu noble que nous ». Si courte qu’ait été la vie littéraire de Rimbaud, il est cependant possible d’y reconnaître trois périodes, trois manières.
La première est celle de la violence, du mâle tout pur, du génie aveugle qui se fait jour comme un jet de sang, comme un cri qu’on ne peut retenir en vers d’une force et d’une roideur inouïes :

Corps remagnétisé par les énormes peines,
Tu rebois donc la vie effroyable, tu sens
Sourdre le flux des vers livides en tes veines !
(Paris se repeuple.)

Mais, ô Femme, monceau d’entrailles, pitié douce !
(Les Sœurs de Charité.)

Qu’il est touchant d’assister à cette espèce de mue du génie et de voir éclater ces traits fulgurants parmi des espèces de jurons, de sanglots et de balbutiements4 !
La seconde période est celle du voyant. Dans une lettre du 15 mai 18715, avec une maladresse pathétique, et dans les quelques pages de la Saison en Enfer – intitulées « Alchimie du Verbe ». Rimbaud a essayé de nous faire comprendre « la méthode » de cet art nouveau qu’il inaugure et qui est vraiment une alchimie, une espèce de transmutation, une décantation spirituelle des éléments de ce monde. Dans ce besoin de s’évader qui ne le lâche qu’à la mort, dans ce désir de « voir » qui tout enfant lui faisait écraser son oeil avec son poing (Les Poètes de sept ans), il y a bien autre chose que la vague nostalgie romantique. « La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. » Ce n’est pas de fuir qu’il s’agit, mais de trouver : « le lieu et la formule », « l’Éden » ; de reconquérir notre état primitif de « Fils du Soleil ». – Le matin, quand l’homme et ses souvenirs ne se sont pas réveillés en même temps, ou bien encore au cours d’une longue journée de marche sur les routes, entre l’âme et le corps assujetti à un desport rythmique se produit une solution de continuité ; une espèce d’hypnose « ouverte » s’établit, un état de réceptivité pure fort singulier. Le langage en nous prend une valeur moins d’expression que de signe ; les mots fortuits qui montent à la surface de l’esprit, le refrain, l’obsession d’une phrase continuelle forment une espèce d’incantation qui finit par coaguler la conscience, cependant que notre miroir intime est laissé, par rapport aux choses du dehors, dans un état de sensibilité presque matérielle. Leur ombre se projette directement sur notre imagination et vire sur son iridescence. Nous sommes mis en communication. C’est ce double état du marcheur que traduisent les Illuminations : d’une part les petits vers qui ressemblent à une ronde d’enfants et aux paroles d’un libretto, de l’autre les images désordonnées qui substituent à l’élaboration grammaticale, ainsi qu’à la logique extérieure, une espèce d’accouplement direct et métaphorique. « Je devins un opéra fabuleux. » Le poète trouve expression non plus en cherchant les mots, mais au contraire en se mettant dans un état de silence et en faisant passer sur lui la nature, les espèces sensibles « qui accrochent et tirent6 ». Le monde et lui-même se découvrent l’un par l’autre. Chez ce puissant imaginatif, le mot « comme » disparaissant, l’hallucination s’installe et les deux termes de la métaphore lui paraissent presque avoir le même degré de réalité. « À chaque être plusieurs autres vies me semblaient dues. Ce monsieur ne sait ce qu’il fait, il est un ange. Cette famille est une nichée de chiens. » Pratiques extrêmes, espèce de mystique « matérialiste7 », qui auraient pu égarer ce cerveau pourtant solide et raisonnable8. Mais il s’agissait d’aller à l’esprit, d’arracher le masque à cette nature « absente », de posséder enfin le texte accessible à tous les sens, « la vérité dans une âme et un corps », un monde adapté à notre âme personnelle9.
Troisième période. – J’ai déjà cité souvent la Saison en Enfer10. Il me reste peu de chose à ajouter à l’analyse définitive que Paterne Berrichon11 a faite de ce livre si sombre, si amer, et en même temps pénétré d’une mystérieuse douceur. Là Rimbaud, arrivé à la pleine maîtrise de son art, va nous faire entendre cette prose merveilleuse tout imprégnée jusqu’en ses dernières fibres, comme le bois moelleux et sec d’un Stradivarius, par le son intelligible. Après Chateaubriand, après Maurice de Guérin, notre prose française, dont le travail en son histoire si pleine, et si différente de celle de notre poésie, n’a jamais connu d’interruption ni de lacune, a abouti à cela. Toutes les ressources de l’incidente, tout le concert des terminaisons, le plus riche et le plus subtil qu’aucune langue humaine puisse apprêter, sont enfin pleinement utilisés. Le principe de la « rime intérieure » de l’accord dominant, posé par Pascal, est développé avec une richesse de modulations et de résolutions incomparable. Qui une fois a subi l’ensorcellement de Rimbaud est aussi impuissant désormais à le conjurer que celui d’une phrase de Wagner. La marche de la pensée aussi qui procède non plus par développement logique, mais, comme chez un musicien, par dessins mélodiques et le rapport de notes juxtaposées, prêterait à d’importantes remarques.



*
* *


Je pose la plume, et je revois ce pays qui fut le sien et que je viens de parcourir : la Meuse pure et noire, Mézières, la vieille forteresse coincée entre de dures collines, Charleville dans sa vallée pleine de fournaises et de tonnerre. (C’est là qu’il repose sous un blanc tombeau de petite fille.) Puis cette région d’Ardenne, moissons maigres, un petit groupe de toits d’ardoise, et toujours à l’horizon la ligne légendaire de forêts. Pays de sources où l’eau limpide et captive de sa profondeur tourne lentement sur elle-même ; l’Aisne glauque encombrée de nénuphars et trois longs roseaux jaunes qui émergent du jade. Et puis cette gare de Voncq, ce funèbre canal à perte de vue bordé d’un double rang de peupliers : c’est là qu’un sombre soir, à son retour de Marseille, l’amputé attendit la voiture qui devait le ramener chez sa mère. Puis à Roche la grande maison de pierres corrodées avec sa haute toiture paysanne et la date : 1791, au-dessus de la porte, la chambre à grains où il écrivit son dernier livre, la cheminée ornée d’un grand crucifix où il brûla ses manuscrits, le lit où il a souffert. Et je manie des papiers jaunis, des dessins, des photographies, celle-ci entre autres si tragique où l’on voit Rimbaud tout noir comme un nègre, la tête nue, les pieds nus, dans le costume de ces forçats qu’il admirait jadis, sur le bord d’un fleuve d’Éthiopie12, des portraits à la mine de plomb et cette lettre enfin d’Isabelle Rimbaud qui raconte les derniers jours de son frère en l’hôpital de la Conception, à Marseille13.
« ... Il me regardait avec le ciel dans les yeux... Alors, il m’a dit : Il faut tout préparer dans la chambre, tout ranger, le prêtre va revenir avec les sacrements. Tu vas voir, on va apporter les cierges et les dentelles, il faut mettre des linges blancs partout... Éveillé, il achève sa vie dans une sorte de rêve continuel : il dit à présent des choses bizarres, très doucement, d’une voix qui m’enchanterait si elle ne me perçait le cœur. Ce qu’il dit, ce sont des rêves – pourtant ce n’est pas la même chose du tout que quand il avait la fièvre. On dirait, et je crois, qu’il le fait exprès14. Comme il murmurait ces choses-là, la sœur m’a dit tout bas : « Il a donc encore perdu connaissance ? » Mais il a entendu et est devenu tout rouge ; il n’a plus rien dit, mais la sœur partie, il m’a dit : On me croit fou, et toi, le crois-tu ? Non, je ne le crois pas, c’est un être immatériel presque et sa pensée s’échappe malgré lui. Quelquefois, il demande aux médecins si eux voient les choses extraordinaires qu’il aperçoit, et il leur parle et leur raconte avec douceur, en termes que je ne saurais rendre, ses impressions : les médecins le regardent dans les yeux, ces beaux yeux qui n’ont jamais été si beaux et plus intelligents, et se disent entre eux : c’est singulier. Il y a dans le cas d’Arthur quelque chose qu’ils ne comprennent pas. Les médecins d’ailleurs ne viennent presque plus parce qu’il pleure souvent en leur parlant, et cela les bouleverse. Il reconnaît tout le monde, moi il m’appelle parfois Djami, mais je sais que c’est parce qu’il le veut, et que cela rentre dans son rêve voulu ainsi ; d’ailleurs, il mêle tout et... avec art. Nous sommes au Harrar, nous partons toujours pour Aden, il faut chercher des chameaux, organiser la caravane ; il marche très facilement avec la nouvelle jambe articulée ; nous faisons quelques tours de promenade sur de beaux mulets richement harnachés ; puis il faut travailler, tenir les écritures, faire des lettres. Vite, vite, on nous attend, fermons les valises et partons. Pourquoi l’a-t-on laissé dormir ? Pourquoi ne l’aidé-je pas à s’habiller ? Que dira-t-on si nous n’arrivons pas aujourd’hui ? On ne le croira pas sur parole, on n’aura plus confiance eu lui ! Et il se met à pleurer en regrettant ma maladresse et ma négligence, car je suis toujours avec lui et c’est moi qui suis chargée de faire tous les préparatifs... »
Je suis un de ceux qui l’ont cru sur parole, un de ceux qui ont eu confiance en lui.

Juillet 1912.


Paul CLAUDEL, Positions et propositions, 1928.






1. Premier brouillon : « Quand pour les hommes forts le Christ vient ».
2. « Il y eut un homme appelé Jean. »
3. Jean-Arthur Rimbaud, le Poète. (Mercure de France, édit.)
4. Dès les plus anciennes pièces de Rimbaud, on trouve des vers comme ceux-ci :
... Où lentement vainqueur, il domptera les choses
Et montera sur tout comme sur un cheval.
. . . . . . . . . . . .
Ce que l’on ne sait pas, c’est peut-être terrible !
(Le Forgeron.)
5. Récemment retrouvée par M. Paterne Berrichon, et publiée par la Nouvelle Revue Française du 1er octobre 1912.
6. Lettre du 15 Mai 1871 précitée.
7. Lettre précitée.
8. « Je ne pouvais pas continuer, je serais devenu fou et puis..., c’était mal. » (Paroles à Isabelle Rimbaud.) Voir aussi : Saison en Euler.
9. « Il voulut voir la vérité, l’heure du désir et de la satisfaction essentielle. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain. » Voir tout ce Conte qui illustre le côté destructeur de Rimbaud. (Illuminations, p. 222.)
10. 1873 : L’année des Amours jaunes et des Chants de Maldoror. C’est ici que Rimbaud a voulu s’arrêter sur la route de Dieu dans une espèce d’attente suspicieuse. Mais il reste l’Univers « et tout l’après-midi où ils s’avancèrent du côté des jardins de palmes ».
11. Ouvrage précité.
12. « Hélas ! je ne tiens plus du tout à la vie et, si je vis, je suis habitua à vivre de fatigue... et à me nourrir de chagrins aussi véhéments qu’absurdes dans des climats atroces... Puissions-nous jouir de quelques années de vrai repos dans cette vie ; et heureusement que cette vie est la seule, et que cela est évident, puisqu’on ne peut s’imaginer une autre vie avec un ennui plus grand que celle-ci. " (Aden, 25 mai 1881.) Il a touché le fond, du moins il le croit. Cette région de la mer Rouge qui finit par fixer l’errant est bien celle de la terre qui ressemble la plus à l’enfer classique, « l’ancien, celui dont le Fils de l’Homme ouvrit les portes ».
13. À ce moment, elle ignorait tout des livres de son frère. Cette lettre, adressée à Mme Rimbaud, est datée de l’Hôpital de la Conception, le 28 octobre 1891.
14. C’est moi qui souligne.

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 3 Aoû 2015 - 20:00

Merci, Arturo !

Comment ça, qu'est-ce qui me fascine ?
Je crains de ne pas comprendre la question ?

ArturoBandini a écrit:

Je suis aussi très intéressé par le sujet Rimbaud et la beat generation, j'espère que tu nous en diras plus à l'occasion. Certes, ce n'est pas le même procédé, mais je pense qu'on peut y voir certaines similitudes non? Cette bougeotte irrépressible, la fuite en avant, la quête d'aventures, d'avoir constamment envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe.

Hé bien, justement, Rimbaud post-poésie, ce n'est pas de la bougeotte irrépressible, la fuite en avant, la quête d'aventures, d'avoir constamment envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe. Mais alors pas du tout.

Parmi les calembours et jeux de mots à deux centimes (style "over the Rimbaud" et autres), il y en a un qui me semble plus exact: "Le Cuif Errant" (NB: Cuif était le nom de jeune fille de Vitalie, sa mère).

En fait il a cherché à mettre de côté pour trouver le repos avant sa mort (lettre à sa famille, 10 juillet 1882: "J'espère bien aussi  voir arriver mon repos avant ma mort".

L'errance, loin d'en faire un but, et du reste il s'est fixé à Harar, il en faisait un moyen tout provisoire:
"Si je pouvais gagner une cinquantaine de mille francs après deux ou trois ans, je quitterais avec bonheur ces malheureux pays." (lettre à sa famille, 1885)

Quelque chose d'extraordinaire et de guère souligné est que Rimbaud, d'entre les poètes dits "maudits" et les littérateurs de la seconde partie du XiXème est, peut-être, le seul à être mort...riche !

Et qu'en plus il ne doive cette fortune qu'à lui-même et son travail non littéraire.

Il porte, comme un cilice, cette lourde ceinture emplie d'or, même la nuit, jusqu'à en souffrir de dysenterie, faute de banques ou de dépôt sûr. Il la ramènera jusqu'à l'Hôpital de la Conception à Marseille. Sachant qu'il a vécu plus qu'à la dure, dans des endroits de constants périls, où il fallait de surcroît avoir l'estomac bien accroché, "à l'indigène".

Rimbaud, qui, sous des soleils plus que brûlants et par des terrains qui n'étaient que somme d'embûches, couchait parmi les bêtes de ses caravanes ou faisait les trois quarts de la route à pied, sachant se faire respecter, et même apprécier, des indigènes, n'a rien à voir avec les aimables chtarbés (no offense, hein) du Beat.
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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 3 Aoû 2015 - 20:32

Je voulais simplement que tu développes pourquoi cette lettre te procure autant d'émotions que quelques vers. Tu as déjà évoqué quelques pistes à ce sujet néanmoins, c'était juste à titre d'information, pour mieux saisir ce qu'elle signifie pour toi.

Pour le reste, je ne sais pas, je suis certainement moins connaisseur que toi, mais je ne serais pas aussi catégorique à ce sujet. S'il n'était question que de trouver le repos, de « mettre de côté », ce n'était pas la peine de bouger sans cesse pour cela. Il n'avait qu'à aller se terrer quelque part en France, ou se lancer dans le commerce en France, plus simple que de pérégriner à tout va.

J'interprète les choses différemment. Rimbaud, lors de sa période poétique, a décidé de tout expérimenter, d'étancher sa soif de curiosité. Et ça, c'est comme une seconde nature, même s'il renonce à la poésie, je ne pense pas qu'il puisse s'en départir. Il a toujours beaucoup bougé, cela fait partie de sa vie, de sa façon d'être. Tout comme sa soif de connaissance est insatiable, il ne peut rester en place au final.

Et de ce point de vue, ça ne me paraît pas stupide qu'on le rapproche avec les beat (j'entends bien que tu ne sembles pas les porter dans ton cœur).

D'ailleurs, tu dis qu'il s'est fixé au Harar, mais aussi qu'il songeait à en partir. Donc pas tellement fixé le bonhomme ! Et puis, avant d'arriver dans la Corne de l'Afrique, il en a vu du pays, à une époque où il était bien moins aisé de voyager qu'aujourd'hui.

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Lun 3 Aoû 2015 - 21:55

Merci pour toutes vos contributions, vous êtes des passionnés. Je fais bien de suivre votre conversation, ça permet de rayer pas mal de préjugés que j'avais sur le bonhomme.

ArturoBandini a écrit:
Non, je ne connais pas cette BD. C'est elle qui t'a repoussée de A.R? dentsblanches

A vous lire, je crois que cette BD m'a conforté dans pas mal d'idées caricaturales. Rimbaud apparaît comme un gouailleur qui clame ses vers à la moindre occasion pour faire taire ses interlocuteurs. Il a l'air imbu de lui-même, et son départ en Afrique semble une lubie type bobo.

Sigismond a écrit:

Spoiler:
 

Le tapage, s'il y a bien quelqu'un qui n'en fait pas du tout, c'est Rimbaud !
A-t-il assez brûlé des pans entiers de son œuvre, qu'a-t-il publié au juste de son vivant, a-t-il mis un terme à sa carrière littéraire suffisamment jeune, a-t-il mis en pratique son célèbre "la main à la plume vaut la main à la charrue" ?    
Et j'ajoute: nous serait-il parvenu ne serait-ce qu'un vers de lui sans Verlaine ?

Suis ravie de la réaction, j'ai fait du tapage moi-même sans le vouloir dentsblanches
Je ne savais pas qu'il avait brûlé son oeuvre... je me repens, mea culpa.


Sigismond a écrit:


Hé bien, justement, Rimbaud post-poésie, ce n'est pas de la bougeotte irrépressible, la fuite en avant, la quête d'aventures, d'avoir constamment envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe. Mais alors pas du tout.

Peut-être le Rimbaud pré-poésie alors ? Encore une fois, dans la BD, on nous le présente comme un personnage qui a quand même sacrément la bougeotte et des idéaux que la vie routinière ne peut pas lui fournir...



ArturoBandini a écrit:
S'il n'était question que de trouver le repos, de « mettre de côté », ce n'était pas la peine de bouger sans cesse pour cela. Il n'avait qu'à aller se terrer quelque part en France, ou se lancer dans le commerce en France, plus simple que de pérégriner à tout va.

Les raisons officielles cachent toujours des raisons officieuses... souvent, en tout cas. Il avait peut-être envie de gagner le gros lot d'un coup sans se faire chier (pas de commerce qui prend toute une vie) afin de mener une vie de pacha jusqu'à la fin de ses jours (et non pas de se terrer au fin fond de la brousse ardéchoise) ?

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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mar 4 Aoû 2015 - 3:29

Alors... pour le voyage-fuite, que je distingue de celui des Beatniks sus-cités qui, eux, trouvaient là la matière première à leur art littéraire (ce qui n'est pas le cas de Rimbaud notons-le), je dirais que, certes, il est constant chez Rimbaud.

Mais:

La mentalité de Rimbaud n'a rien à voir avec leurs délires nihilistes borderline égocentrés et très "au-jour-le-jour", ainsi que le montre en partie cet extrait d'une lettre de son premier employeur à Aden, Alfred Bardey (lettre à la Société de Géographie, 1891):

[...] Son premier but était d'acquérir, par le commerce, la petite fortune nécessaire à son indépendance; mais l'entraînement, l'habitude et cette attraction particulière qui fait que ceux qui vont dans les pays nouveaux y retournent, souvent jusqu'à ce que mort s'ensuive, l'avaient décidé à toujours demeurer dans l'Afrique orientale. Par amour de l'inconnu ou tempérament, il absorbait avidement les choses intellectuelles des pays qu'il traversait, apprenait les langues au point de pouvoir les professer dans la contrée même et s'assimilait, autant que possible, les usages et les coutumes des indigènes.
[...]
Il a été un des premiers pionniers au Harar et tous ceux qui l'ont connu depuis onze ans diront qu'il fut un homme honnête, utile et courageux. [...]  


Tant dans le compliment-épitaphe final que dans le propos-esquisse hâtive et succincte de cette lettre d'Alfred Bardey, je ne reconnais rien, pas une valeur de la Beat Generation, et peut-être même son opposé.

De surcroît:

Jamais un des représentants littéraires de la Beat Generation ne fera un truc aussi extrême que mettre sur pied plus d'une cinquantaine de caravanes faisant l'aller-retour entre Harar et la côte, sur des pistes très périlleuses où la mort rôde, où le simple banditisme est un moindre mal !

Jamais non plus -ou alors je ne l'ai pas encore lu- ils auraient fugué de Charleville, à 16 ans, au beau milieu des champs de bataille de la guerre de 70, pour Charleroi ou pour Bruxelles, à pied à travers les lignes, sans un sou !

Jamais il n'iront explorer une authentique Terra Incognita, réputée hostile (et même carrément "mortelle" -sic-) comme il le fit (entre autres et par exemple !) en réussissant la première expédition à Boubassa, puis en étant le premier européen à arpenter l'Ogadine !

Aucun d'entre eux ne parle autant de langues, dialectes.
Aucun ne se plonge autant dans les contrées rencontrées, ne s'assimile, ne fait siens, les us et coutumes locaux (pour ceux d'entre les auteurs Beat qui sont sortis d'Amérique...ahem...là aussi, il y aurait à dire !!).

Aucun d'entre eux ne sera publié -à titre gracieux compte tenu de l'intérêt extraordinaire !- par la Société Européenne de Géographie.
Etc, etc...(on ne va pas y passer la nuit  Laughing !)

Bref:
Tordons le cou à Rimbaud ancêtre de la Beat Generation, il est sur une autre planète qu'eux en termes d'envergure de voyage, comment le dire sans paraître dénigrer ?
Autant comparer un Cognac dans lequel la plus jeune eau-de-vie serait centenaire avec du jus de raisin en briques, sous prétexte que les deux sont des boissons, et proviennent toutes deux de la vigne...  

Rimbaud a, là aussi, un petit peu de ce côté prodigieux, comme en poésie bien sûr, écrire des poèmes de l'envergure des "étrennes des orphelins", "La charge" ou "Sensation" à quinze ou seize ans, c'est époustouflant, inouï !

@Arturo: En référence à Claudel qui, comme je m'y attendais, part de la "conversion" et de Paterne Berrichon, beau-frère d'Arthur (c'est cette crainte qui m'a toujours tenu à l'écart de Rimbaud vu par Claudel, malgré ma curiosité que je te remercie d'avoir étanchée), ci-dessous un extrait d'une lettre sur ce contexte-là, que tu devrais trouver plaisante:

Lettre de M. A. Savouré à M. G. Maurevert du 3 avril 1930 (ou 32 ?) (extraits)

[...] RIMBAUD !

  J'ai en effet beaucoup connu et fréquenté cet extraordinaire original, avec sa dégaine étrange, toujours l'épaule gauche loin en avant de la droite. C'était un des plus forts arabisants qui ait existé, et, vers 1886/7 il est parti prêchant le Coran comme moyen de pénétrer dans des régions alors inconnues de l'Afrique. Puis, après bien des avatars, il est rentré à Harar où il a surtout habité fort longtemps.

  Il n'a fait qu'un seul voyage en Abyssinie proprement dite après la conquête de cette ville (Harar) ex-égyptienne, par les troupes de Ménélik en 88/9, et a été le premier Européen qui ait franchi les régions Aroussi et Tchertcher, derrière les troupes abyssines.

  J'ai eu pas mal de rapports d'affaires avec lui et ai eu beaucoup de ses lettres, même commerciales, rédigées en style réellement crevant. On se réunissait pour lire lesdites lettres et c'était une vraie partie de plaisir. Pince-sans-rire, je l'ai rarement vu très gai, mais il avait le talent de réjouir son auditoire par ses histoires et anecdotes, racontées avec des mots si drôles qu'on se demandait d'où il les pouvait tirer.

  J'ai échangé avec lui une copieuse correspondance que son animal de beau-frère, à force de me tanner, a fini par me soutirer. Ce que j'ai maintes fois regretté, surtout qu'il n'en a pondu qu'un livre idiot qu'il m'a adressé, et que je n'ai jamais eu le courage de lire complètement.

[...]


* Note perso: le passage ci-dessous est transmis sous réserve que je déchiffre correctement les pattes de mouche de M. Savouré !

[...] Une de mes caravanes arrivée au Harar au début de Ramadan, nous avons dû en attendre la fin. Il m'a donné l'hospitalité pendant ce mois. Assez bonne maison, sous-meublée.
Je n'ai pu coucher que sur mon lit de camp de route et, pendant ce mois, je n'ai jamais pu savoir où il dormait, le voyant jour et nuit écrire sur une mauvaise table. [...]  





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MessageSujet: Re: Arthur Rimbaud   Mar 4 Aoû 2015 - 8:05

Sigismond a écrit:
Alors... pour le voyage-fuite, que je distingue de celui des Beatniks sus-cités qui, eux, trouvaient là la matière première à leur art littéraire (ce qui n'est pas le cas de Rimbaud notons-le), je dirais que, certes, il est constant chez Rimbaud.

Mais:

La mentalité de Rimbaud n'a rien à voir avec leurs délires nihilistes borderline égocentrés et très "au-jour-le-jour", ainsi que le montre en partie cet extrait d'une lettre de son premier employeur à Aden, Alfred Bardey (lettre à la Société de Géographie, 1891):


Mais je suis d'accord avec toi, je crois que tu m'as mal compris. Je ne dis pas Rimbaud=Beat, je dis que je peux comprendre qu'on ait pu rapprocher les deux, dans le sens où le voyage-fuite est présent pour l'un comme pour les autres. Et la comparaison s'arrête là pour moi. Tu as listé les faits marquants de Rimbaud, pour les dissocier des beat. Je n'irais pas dire que l'un est meilleur que les autres, ou que la démarche de l'un meilleur que l'autre. Ce sont deux époques différentes, et deux démarches différentes, voilà tout.
Hormis le côté voyage-fuite, les motivations sont très différentes effectivement.

Concernant la conversion de Rimbaud, je trouve personnellement que c'est quand même culotté de le présenter comme l'aboutissement d'une vie, sachant la vie qu'il a eue. Comme tu le dis, il a prêché le Coran, et avant il a été quand même sacrément anti-clérical.

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Dernière édition par ArturoBandini le Mar 4 Aoû 2015 - 11:41, édité 1 fois
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