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 Ôé Kenzaburô

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Arabella
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MessageSujet: Ôé Kenzaburô   Sam 3 Mai 2008 - 23:19


Kenzaburô Ôé (1935-   )




Il naît en 1935 dans un petit village de l’île de Shikoku, où la population parle un dialecte local, ce qui l’obligera ultérieurement à apprendre le japonais. Il est passionné par la lecture dès son plus jeune âge, Les aventures d'Huckleberry Finn (Mark Twain) et Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (Selma Lagerlöf) étant ses deux premiers livres de prédilection. Il a été soumis pendant son enfance à la propagande de la Deuxième Guerre Mondiale, et était près à mourir pour son pays et pour son empereur. Son père meurt lorsqu’il a 9 ans, en laissant sept enfants. Un an plus c’est la réédition inconditionnelle du Japon, la grande désillusion de Kenzaburô Ôé dans les idées guerrières inculquées dans son enfance, la prise de conscience que le héros national n’était qu’un homme comme les autres vont le marquer à vie à l’amener à défendre tout le long de son parcours deux idées simples : la souveraineté accordée au peuple et l’abandon de toute force militaire.

A 17 il quitte son village pour aller étudier la littérature française à l’université de Tokyo, intéressé en particulier par Sartre sur lequel il rédige son mémoire de fin d’études. Il montre aussi beaucoup d’intérêt à Watanabe Kazuo, grand spécialiste de littérature de la Renaissance, et en particulier de Rabelais, qui transmettait l’esprit des humanistes français, sa forte personnalité a marquée ses disciples.

Sa carrière d’écrivain commence très tôt, en 1957, et reçoit en 1958 le prestigieux prix Akutagawa, il publie à cette époque un très grand nombre de textes, très bien accueillis par le public qui voit en lui le porte-parole de la nouvelle génération d’après guerre. Il aborde dans ces écrits les thèmes tels qu’un état d’esprit marqué par le découragement et le sentiment d’enfermement de la jeune génération, les tensions entre les étrangers dominants et les Japonais humiliés, et il évoque aussi abondamment le monde des enfants dont le monde libre et spontané vole en éclat par l’action des adultes.

Sa vie personnelle va connaître des moments difficiles, il se marie en 1960, et son premier fils né en 1963 est atteint d’une malformation cérébrale. Ôé se pose la question de supprimer cet enfant, il a évoqué cette expérience dans certains écrits et en particulier « Une affaire personnelle ». Le thème de la relation père fils devient ensuite un thème central dans son œuvre.

Dans les années 1980, il s’intéresse à la littérature latino-américaine, séjourne au Mexique. Il obtient le prix Nobel en 1994, à la suite de quoi, il avait annoncé qu’il arrêtait d’écrire des romans. Quelques années après, il est revenu sur cette décision.


Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)
1957 Un drôle de travail,
1958 Une bête à nourrir,
1958 Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants,
1961 Ainsi mourut l’adolescent politisé,
1965 Notes de Hiroshima (essais), Page 3,
1965 Une affaire personnelle, Pages 2, 4,
1966 Dites-nous comment survivre à notre folie (nouvelles), Pages 1, 4,
1967 Le Jeu du siècle, Page 3,
1979 Le Jeu de la synchronie,
1983 Réveillez-vous, ô jeunes gens du nouvel âge (nouvelles),
1984 Parfois le cœur de la tortue (nouvelles),
1990 Une existence tranquille, Pages 1, 2, 4,
1986 M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt,
1993 Lettres aux années de nostalgie,
1995 Une famille en voie de guérison,
1995 Moi, d’un Japon ambigu,
2002 Gibier d'élevage Page 4, 5,
2005 Le Faste des morts (nouvelles), Pages 1, 2,

Citation :
mise à jour  le 08/12/2013, page 5

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Arabella
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Sam 3 Mai 2008 - 23:21

Le faste des morts / traduit par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty




Il s’agit d’un recueil de trois nouvelles :

Le faste des morts
Le ramier
Seventeen

Les trois sont des récits fait à la première personne, par des adolescents ou jeunes adultes, en proie à un vide intérieur, un manque de perspectives, un difficile passage à l’âge adulte dans un monde désespérément sans repères.

Le faste des morts :

Un texte d’une écriture splendide, où un jeune étudiant en lettres, pour gagner un peu d’argent accepte un travail à la fac de médecine, il est chargé de transférer les cadavres destinés à la dissection d’une cuve à une autre. Il travaille avec une jeune étudiante, qui lui confie d’être enceinte et de travailler pour pouvoir se payer un avortement. Une étrange communion s’établit entre l’étudiant et les cadavres, qui exercent sur lui une étrange fascination.

Le ramier
Le héros est un préadolescent placé en maison de redressement ; il décrit le quotidien du groupe des jeunes dont il fait partie, et évoque l’étrange relation qu’il va établir avec le fils adoptif du directeur de prison.

Seventeen
Le héros de cette nouvelle fête ses 17 ans au moment où débute la nouvelle. Extrêmement perdu, son occupation principale consiste à se masturber. Il a un fou à se trouver une place, ou un but dans la vie, et se laisse entraîner dans un parti d’extrême droite.

Cette nouvelle a pour point de départ un fait divers, l’assassinat par un jeune homme militant d’extrême droite du chef du parti socialiste. Le texte proposé ici avait une suite où l’assassinat et le suicide jeune homme étaient décrit. Cette partie a suc cité des vives attaques de l’extrême droite, allant jusqu’aux menaces de mort à l’encontre de l’écrivain. A la suite de ces attaques, Ôé a décidé de ne plus jamais publier cette partie contreversée, considérant d’ailleurs qu’elle n’apportait rien au texte, et que la première partie se suffisait largement à elle-même. Le style qu’il adopte dans ce récit est très spécifique, il y parodie la phraséologie d’extrême droite, et le discoures même du jeune homme par rapport à ses difficultés d’adolescent est par moments très drôle, ce qui n’arrive pas dans les deux textes précédents.


Trois textes éblouissants, complètement maîtrisés, Ôé semble nous décrire des personnages très réelles, très denses, très désespérés, d’une façon très réalistes, en nous donnant à ressentir leur quotidien dans les choses les plus banales mais aussi en nous faisant entrapercevoir le plus intime et le plus impalpable de leur vécu intérieur, leur monde fantasmagorique. Des textes très forts, qui ne peuvent laisser insensible. C’est le deuxième livre de l’auteur que je lis, et c’est la deuxième fois que je suis complètement conquise par son immense talent. Le premier texte que j’ai découvert de l’auteur était « Une affaire personnelle » dans lequel il évoque la naissance de son fils handicapé et sa tentation de mettre fin à sa vie. Malgré le sujet qui semble difficile j’avais été soufflée par le talent de l’auteur. J’ai appris depuis par l’excellent site de eXPie que ce texte était traduit de l’anglais et semble-t-il pas dans sa totalité. Et je trouve Le faste des morts encore plus magistral. J’ai maintenant une irrésistible envie de lire tous les textes de cet auteur, j’ai malheureusement la sensation que je ne trouverais qu’une partie disponible en français.

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 4 Mai 2008 - 11:50

Et dire que je ne le connaissais même pas Embarassed Et hop, un auteur de plus à inscrire sur mon carnet "A découvrir"!
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 4 Mai 2008 - 11:55

C'est une très bonne idée que d'avoir ouvert ce fil, Arabella !
Je ne connais Oé que superficiellement, et moi aussi je vais m'y intéresser davantage.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 4 Mai 2008 - 19:39

Nezumi a écrit:
C'est une très bonne idée que d'avoir ouvert ce fil, Arabella !
Je ne connais Oé que superficiellement, et moi aussi je vais m'y intéresser davantage.

Très bien, on pourra ainsi partager nos impressions de lecture. Pour le moment je ne connais pas encore trop bien non plus, je n'ai lu que deux livres, mais alors les deux m'ont vraiment marquée très fortement.

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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 4 Mai 2008 - 19:41

Chatperlipopette a écrit:
Et dire que je ne le connaissais même pas Embarassed Et hop, un auteur de plus à inscrire sur mon carnet "A découvrir"!

Je crois me reconnaiître Chatperlipopette, chaque fois que je viens sur le forum je découvre des auteurs que je ne connais pas et que veux lire d'urgence Wink

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Marie
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Lun 5 Mai 2008 - 2:12

J'avais lu il y a longtemps- à cause du titre- Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants , une sombre histoire d'enfants qui, après les bombardements dévastant le Japon, sont évacués dans un village de montagne dans lequel sévit une mystérieuse épidémie. Les adultes fuient, les enfants récréent un monde , une communauté joyeuse et sauvage. Et puis la loi sociale reprend ses droits. Un seul enfant refuse de se soumettre et les dernières pages le montrent fuyant comme un animal .
C'est trop lointain pour que j'en dise plus.
Mais j'ai lu également Oe Kenzaburô , Légendes d'un romancier japonais de Philippe Forest, suivi d'un entretien avec cet écrivain aux éditions Pleins Feux .


Dans la théorie de ses romans, Oe construit une légende intime qui enveloppe la somme des mythologies les plus modernes comme les plus archaïques. Mais je n'oublie pas non plus qu'étymologiquement " légende" signifie " ce qui doit être lu"...

Des expériences de vie similaires relient ces deux écrivains, Oe et Forest, et ,même sans avoir lu les romans japonais de Oe , cet essai était passionnant . Tous les deux ont fait de leur enfant ( mort pour la petite Pauline Forest, ou aveugle et gravement handicapé pour le fils de Oe prénommé Hikari- lumière-) un des thèmes majeurs de leur oeuvre..
Mais il y en a un autre..

Philippe Forest:

Il vous est arrivé d'affirmer que l'ensemble de votre oeuvre romanesque constituait le développement de deux de vos livres: d'une part Une affaire personnelle ( 1964) qui trouve son origine dans l'expérience traumatique liée à la naissance de votre fils aîné, handicapé mental; d'autre part, Le jeu du siècle ( 1967) qui, à travers l'histoire de deux frères, explore toute la mémoire politique et mythologique de votre village natal dans l'île de Shikoku. Vous revenez souvent sur le contenu d'Une affaire personnelle .
Par contre, on sait ( en Europe en tout cas) beaucoup moins de choses sur les racines profondes ( historiques, biographiques, etc) de votre autre livre Le jeu du siècle. Vous y mettez en scène d'autres figures familiales héroïques ( paternelle ou fraternelle) liées à l'histoire des grandes révoltes qui, dans un passé parfois très lointain, ont dressé le " village dans la vallée au milieu de la forêt" contre les représentants du pouvoir central.


Oe Kenzaburô :

Je suis né comme vous le savez à Shikoku dans un village de montagnes entouré de grandes forêts. L'histoire connue de ma famille était vieille de plusieurs centaines d'années. Les gens de mon pays ont été l'une des sources principales de mon imagination. Je dirais: la base même de mon imagination. La communauté formée par ces gens s'opposait traditionnellement aux autorités de Tokyo. Une sorte de guerre se livrait ainsi où les habitants des périphéries, des marges affrontaient la puissance du centre , de la capitale. Mon père, mes frères, mon grand-père, mon arrière grand_père appartenaient à ce monde. Ainsi que je le raconte dans plusieurs de mes livres, au début de l'ère Meiji, le frère cadet de mon arrière grand-père avait pris la tête d'une émeute villageoise et il avait ensuite disparu. Il a laissé des cahiers, des journaux dans lesquels il raconte son histoire. On le disait enfui vers Yokohama mais en vérité il s'est caché dans la cave de notre demeure et il y a vécu quarante ans dans la clandestinité. En vous écoutant, je pense pour la première fois que cette figure fraternelle et paternelle sur laquelle vous m'interrogez constitue une sorte de prototype de ma propre personnalité. Je vis à Tokyo, j'écris, je ne m'engage pas dans la vie réelle et je fais de ceux qui prennent part à cette vie réelle dont je me suis exclu les héros de mes romans. Je suis semblable à ce frère, dissimulé dans les profondeurs de la cave familiale, contraint à la solitude la plus absolue, consignant dans ses cahiers des souvenirs mêlés de fiction. Je suis ce frère.

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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Lun 5 Mai 2008 - 7:28

Marie a écrit:
On le disait enfui vers Yokohama mais en vérité il s'est caché dans la cave de notre demeure et il y a vécu quarante ans dans la clandestinité.

Je ne savais pas... cela crée un écho assez fort avec son excellente nouvelle Gibier d'élevage (prix Akutagawa 1958), tirée du recueil "Dites-nous comment survivre à notre folie" (que j'ai lu il y a quelques temps déjà).
L'histoire d'un soldat noir américain qui devient prisonnier dans un petit village montagnard. Très fort. La nouvelle d'Oé que j'ai préférée (sachant que je n'en ai pas lu beaucoup). Je crois que Gibier d'élevage est aussi disponible "indépendamment" chez Folio pour pas cher.

Dans le même recueil, la nouvelle (140 pages) Le jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes a par contre été trop forte pour moi. La quatrième de couverture la qualifie de "l'un des textes les plus déconcertants et les plus complexes de ce romancier" et j'ai cru comprendre qu'il avait été trop fort aussi pour beaucoup de Japonais. Il faudra que je fasse une nouvelle tentative, au calme, avec de l'aspirine à proximité.

Toujours dans le même recueil : Dites-nous comment survivre à notre folie traite de l'enfant handicapée. Nouvelle d'autant plus forte qu'on connaît des éléments biographiques de l'écrivain.
Et Agwîî le monstre des nuages est une nouvelle très originale, sur un ami imaginaire... ou pas (du genre : "ah, le kangourou qui flotte emmailloté au-dessus de ma tête voudrait te dire quelque chose...")
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Lun 5 Mai 2008 - 7:36

Marie, eXPie, tout ce que vous écrivez sur Ôé me donne encore plus envie de le découvrir, c'est d'une certaine façon à l'opposé de Kawabata, mais aussi passionnant d'une autre manière.

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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 15 Juin 2008 - 14:01

Arabella je confirme ce que tu as écris!
Je viens de terminer mon billet sur
Une existence tranquille


Monsieur K., écrivain japonais célèbre, est invité en résidence d'artiste dans une université californienne. Pour la première fois sa femme l'accompagne. Ils laissent leurs trois enfants au Japon: , étudiante en lettres, O le cadet qui prépare son examen d'entrée à l'université et Eoyore, le fils aîné, handicapé et musicien, fragile et imprévisible. chronique leur vie quotidienne, loin des parents.
Il apparaît difficile de parler de ce roman-chronique tant l'action diffuse peine à être décrite: le quotidien est file aussi vite que le temps d'une journée. Ce qui reste est l'ambiance oscillant entre tendresse, mélancolie et ironie: regarde ce qui lui reste à faire, ce qu'elle a fait, ce à quoi elle doit penser sans se révolter, sans fatigue apparente. De temps à autre, une pointe subtile, presque invisible, sur les relations avec son père qu'elle ressent distant, froid et peu intéressé par elle. En effet, l'attention paternelle se porte vers Eoyore, l'immense garçon, handicapé mental, le fils qui ne correspond pas à l'image que l'on se faisait de lui avant sa naissance. Une blessure parentale, un sentiment de culpabilité entraînant un regard plus attentif, plus tendre sur celui qui a été mal doté par la Nature. Souffrance réellement vécue par dont le fils est le double de Eoyore.
A la lumière de sa biographie, on constate que Kenzuro Oé n'est pas tendre avec lui-même: le personnage de Monsieur K. (son double?) est tout sauf sympathique aux yeux du lecteur. En effet, K. est égocentrique, centré sur son mal-être et ses angoisses de la feuille blanche: son séjour californien en compagnie de son épouse semble être sa planche de salut et le fait de laisser derrière lui ses enfants (dont Eoyore nécessitant une attention de tous les instants) ne lui pose aucun problème....ce qui peut être surprenant voire choquant.
Au gré de la chronique de , l'auteur aborde des aspects divers de la société japonaise mais aussi des thèmes universels tels que le regard porté sur la différence et le handicap mettant à part celui ou celle qui en est frappé. Il insiste sur le fait qu'un handicap peut s'accompagner d'une grâce particulière: ici, Eoyore est musicien et compositeur de talent. O, le fils cadet, prépare un examen d'entrée d'une excellente université: le système éducatif japonais apparaît comme étant tout sauf un long fleuve tranquille, loin de toute existence tranquille pour celui qui travaille dur pour parvenir à l'excellence. , la fille de la maison, se voit incomber les tâches ménagères quotidiennes et de ce fait mettre entre parenthèses ses études universitaires: la place de la femme dans la société semble rester malgré tout très assujettie à la tradition.
Mais comment rester insensible aux références littéraires (notamment des écrits de Céline) et culturelles nombreuses? Comment résister aux références littéraires, culturelles et socio-politiques polonaises? Comment ne pas sourire, voire rire, en lisant la scène, très amusante, de la distribution des tracts de protestation devant l'ambassade de Pologne? Comment ne pas se laisser emporter par l'écriture d', incisive derrière la nostalgie et l'humour? Le lecteur est vite conquis et s'embarque pour une délicieuse découverte littéraire.
Ce qui est extraordinaire c'est qu'une fois installé dans le rythme du roman et son atmosphère, on ne peut le lâcher! C'est ce qui lui donne toute sa force et sa luminosité.

Une très jolie découverte, merci Parfum!!!!
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 6 Juil 2008 - 10:02

Dites-nous comment survivre à notre folie

J'ai commencé ce recueil de nouvelles avec la lecture de Gibier d'élevage et de celle portant le nom du recueil.

Mon impression est très bonne. L'écriture est d'une précision redoutable. Les sujets traités sont extrêmements noirs aussi (c'est le cas de le dire pour Gibier d'élevage... Pardon! ^^).

Gibier d'élevage: Cette histoire au contexte infernal, dans ce petit village qui tient un noir captif. Après un début très sombre, on croit à une montée d'humanité et de douceur dans un monde infernal et on s'apperçoit très vite que les choses ne sont pas si faciles.

Dites-nous comment survivre à notre folie: Histoire très, on s'en serait douté, maladive. Avec un cynisme très cruel qui frôle allègrement le comique. Ces deux obèses de père et fils, dans leur monde complètement aliéné... Fascinant.

Je poursuivrai mes impressions sur les nouvelles suivantes quand je les aurai lues.
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 6 Juil 2008 - 11:07

Contente que cet auteur plaise à ceux qui ont tenté l'expérience, je vais peut être le reproposer comme auteur du mois.

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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 6 Juil 2008 - 14:09

Agwîî le monstre des nuages: C'est vrai que c'est une nouvelle originale. Je suis fasciné par cette capacité à inventer des univers si particuliers, torturés et à la limite de l'onirisme.
Cette histoire de bébé kangourou est vraiment loufoque mais aussi diablement poignante au sujet de ce sentiment de perte subi par le musicien (perte d'un enfant dont il voit le fantôme).
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Dim 6 Juil 2008 - 15:14

The Valuk a écrit:
Agwîî le monstre des nuages: C'est vrai que c'est une nouvelle originale. Je suis fasciné par cette capacité à inventer des univers si particuliers, torturés et à la limite de l'onirisme.
Cette histoire de bébé kangourou est vraiment loufoque mais aussi diablement poignante au sujet de ce sentiment de perte subi par le musicien (perte d'un enfant dont il voit le fantôme).

Oui, c'est une bonne nouvelle.
Par contre, je suis curieux de voir ce que tu vas penser de la nouvelle suivante : Le jour où Il daignera...
Tu nous feras un résumé ? sourire
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MessageSujet: Re: Ôé Kenzaburô   Lun 7 Juil 2008 - 16:18

Héhé je vais essayer de dire mon impression... (je viens de la finir, cette fameuse nouvelle)

Le jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes:

Bon alors là, c'est vrai que "c'est du très lourd". Un véritable cauchemar auquel je ne m'attendais pas du tout.
Je n'ai pas tout compris mais en gros, c'est l'histoire d'un homme de 35 ans allongé sur son lit d'hôpital et qui souffre d'un cancer du foie (là encore, bizarrement je ne suis même pas certain si c'est averé ou si c'est le fruit de son imagination...). Cet homme retranscrit ses souvenirs à une femme qui écrit son "testament" (ou plutôt une chronique du temps de son enfance pendant la fin de la guerre).
C'est donc le souvenir d'un triangle diabolique entre le père de cet homme (un obèse ayant un cancer de la vessie et vivant reclus dans une "cave" ou une "serre"), cet homme (à l'époque un enfant vivant aux côtés de son père) et enfin la mère qui s'est violemment disputée avec son mari et par la même occasion son fils. Avec le premier au sujet d'une pseudo fidélité à l'Empereur qui l'aurait encouragé à souhaiter le sacrifice de son fils aîné en Mandchourie. Cette mort n'étant pas souhaité par la mère (qui est en fait la belle-mère de ce fils... Je sais, c'est super compliqué). Et dispute avec le fils au sujet d'une histoire de suicide qu'il aurait tenté pendant l'école primaire.
Bref, j'ai eu beaucoup de mal à suivre l'intrigue avec précision. Toujours est-il que, sans entrer dans les détails, le fils qui a maintenant 35 ans raconte tout ça à une femme en déformant plus ou moins la réalité, cherchant par là même, sa rédemption (symbolisée aussi par son cancer).

De nombreux passages grotesques d'horreur sont présents dans cette nouvelle (notamment cette horrible scène où le père, appelé "l'AUTRE" tombe à la renverse en "pissant un liquide mêlé de sang et d'urine" sur son fils qui essaie de le soutenir...).

Pour conclure, un grand malaise ressort de l'oeuvre entière, ça c'est certain. On sent l'esprit torturé de l'auteur, qui a vécu dans ce contexte apocalyptique de la guerre. Il incarne donc à travers son livre, toute la souffrance et le traumatisme d'une génération entière de japonais...

Il me reste à découvrir Une existence tranquille...
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