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 Annie Dillard

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kenavo
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MessageSujet: Annie Dillard   Dim 18 Mai 2008 - 13:06



Annie Dillard est née le 30 avril 1945 à Pittsburgh, Pennsylvanie.
Elle a gagné le Prix Pulitzer en 1975.
Elle a publié des poèmes, essaies, critiques littéraires, textes autobiographiques et fiction.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Dim 18 Mai 2008 - 13:07

L’Amour des Maytree

Cette critique dans LIRE de Mai m’a convaincu que ce livre devrait me plaire :

Citation :
En 1975, une femme de trente ans surgit soudain des montagnes Bleues de Virginie, et obtient le prix Pulitzer pour son Pèlerinage à Tinker Creek. Elle s'appelle Annie Dillard et on la compare aussitôt à Thoreau... Belle entrée en matière pour cette romancière hors du commun qui passe son temps à sonder les mystères de la nature! Ses excursions dans le royaume animal et végétal constituent un étonnant footing métaphysique, à travers une Amérique encore virginale: de ses chasses subtiles, l'auteur de En vivant, en écrivant ramène un butin fabuleux, avec une grâce enfantine.
Dans L'amour des Maytree, elle prouve une fois de plus qu'elle est une paysagiste hors pair, qu'elle sait peindre le vent et la lumière, l'énigme des visages et le tremblement des âmes. Quant aux sentiments, elle les dissèque en entomologiste, au fil d'un récit qui est une méditation sur la création mais aussi une histoire d'amours et de désamours. Toby Maytree est un charpentier-poète qui assemble les mots comme il assemble les mortaises. A son retour de l'armée, après la Seconde Guerre mondiale, il a épousé Lou à Provincetown et ils se sont ensuite installés à la lisière du paradis, sur la baie de Cap Cod. Où leur fils Ti'Pol a grandi, avant que leur union ne vole en éclats quand Toby se laisse apprivoiser par l'étrange Dreary, une «vagabonde non conformiste» qui a déjà multiplié les maris et qui n'a pas son pareil pour charmer les phoques... Annie Dillard écrit des pages d'une subtilité merveilleuse sur les jeux cruels de la séduction, sur les impasses du désir, sur l'insidieux poison de la rancoeur, sur la lente érosion d'un couple où l'indifférence est «peu à peu montée comme le limon dans le chenal d'une rivière». Et c'est le temps qui va finalement ravauder la toile déchirée du passé lorsque, vingt ans plus tard, Toby et Dreary reviendront frapper à la porte de Lou. Qui leur pardonne. Et qui s'est reconstruite devant ses chevalets, en peignant l'océan «comme une ondulation de cheveux roux». L'amour des Maytree est une sonate délicate, sous l'archet d'une romancière tchékhovienne dont les leçons de choses sont aussi des leçons de vie.

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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Dim 18 Mai 2008 - 13:09

Mon avis :
Le premier livre acheté lors de mes vacances.. le premier livre lu pendant mon séjour en Bretagne.. et je n’arrive toujours pas à formuler un avis précis concernant ce livre.
D’un côté, son écriture m’a plu.. j’ai aimé ses descriptions de la nature.. de ses personnages. L’histoire coule avec une aisance qui fait plaisir à lire.
Mais autant que j’arrive chez d’autres auteurs à ‘remplir’ leurs non-dits entre les lignes – chez Annie Dillard je ne suis pas arrivée !
À un moment elle décrit comment ses deux personnages principales tombent amoureux l’un de l’autre.. à peine quelques pages plus loin elle décrit leur séparation parce que leur silence pesait trop lourd entre eux. Mais où était ce silence – oui, vous allez me le dire – s’il n’y a rien décrit là-dessus, c’est bien visible Wink mais je veux dire que ces moments là, c'est quand même important de les 'montrer', elle saute des éléments élémentaires pour faire comprendre la réaction de ses personnages. Donc du coup je m’y suis pas trop attaché.
Mais en tout ce livre m’a donné quand même envie de découvrir Annie Dillard avec un autre livre.. donc.. je la note dans ma LAL Wink

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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Dim 18 Mai 2008 - 13:14

Et vous allez me dire que la couverture a joué un rôle dans ma décision pour ce livre?
Et oui - vous avez raison Very Happy


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MessageSujet: Annie Dillard   Dim 18 Mai 2008 - 15:23

Avant tout autre livre d'elle, je te conseillerai, Kenavo, un texte paru
dans la collection 1O/18, intitulé En vivant, en écrivant, et que j'avais apprécié...Pour t'allécher :

"Pourquoi lisons-nous, sinon dans l'espoir d'une beauté mise à nu, d'une vie plus dense et d'un coup de sonde dans son mystère le plus profond ?
"Pourquoi lisons-nous, sinon dans l'espoir que l'écrivain rendra nos journées plus vastes et plus intenses, qu'il nous illuminera, nous inspirera sagesse et courage, nous offrira la possibilité d'une plénitude de sens, et qu'il présentera à nos esprits les mystères les plus profonds, pour nous faire sentir de nouveau leur majesté et leur pouvoir ?
"Encore et toujours, nous avons besoin d'éveil. Nous devrions nous rassembler en longues rangées, à demi vétus, tels les membres d'une tribu,
et nous agiter des calebasses au visage, pour nous réveiller ; à la place,
nous regardons la télévision et ratons le spectacle."

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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Dim 18 Mai 2008 - 15:32

bix229 a écrit:
Avant tout autre livre d'elle, je te conseillerai, Kenavo, un texte paru
dans la collection 1O/18, intitulé En vivant, en écrivant, et que j'avais apprécié...Pour t'allécher
Merci enthousiaste déjà convaincue Very Happy

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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Jeu 5 Juin 2008 - 14:30

Critique trouvée aujourd'hui concernant le livre 'L'amour des Maytree'

LIEN

Citation :
Les pas des amants désunis

Christophe Mercier

L'Américaine Annie Dillard écrit l'histoire d'un couple. Mais c'est aussi l'histoire du Couple : mariage, naissance d'un enfant, séparation, mort...
Cap cod le « cap aux morues » , c'est cette petite langue de terre, ancrée au large de Plymouth, sur laquelle débarquèrent les pèlerins du Mayflower, à l'automne 1620.

Henry David Thoreau a écrit à propos de cette bande de sable et de dunes, cet invisible lieu fondateur, cette zone frontière entre la terre et le grand large. Il n'est donc pas étonnant qu'Annie Dillard qui consacra une thèse à Thoreau, et qui, dès son premier récit, Pèlerinage à Tinker Creek (1974), a été comparée à l'auteur de Walden , y situe son roman le plus récent, The Maytree (2007) son deuxième seulement, après The Living (1992). Ainsi que l'explicite le titre français, il s'agit de l'histoire d'un amour.


Une valeur universelle

Toby Maytree, fils d'un garde-côte du cap Cod, et Lou Bigelow, originaire, comme lui, de Provincetown, la principale ville du cap, tombent amoureux, et se marient, après la dernière guerre, alors que Toby rentre de San Francisco. Toby écrit de longs poèmes. Lou peint, parfois. « Pendant longtemps, ils n'eurent ni voiture, ni lorsqu'elle fit son apparition la télévision, ni assurance, ni épargne. Une fois par semaine, ils écoutaient les nouvelles du monde à la radio. » Ils partagent leur temps entre leur maisonnette de Provincetown et une cabane, sur la plage, au milieu des dunes. Ils s'aiment, ils ont un fils, ils se séparent : Toby quitte sa femme et son fils pour Deary, qui appartient elle aussi à la petite colonie d'artistes bohèmes du cap. Tous deux vont s'installer dans une île du Maine, mais, longtemps après, ils reviendront au cap, pour y mourir, chez Lou. Pour ceux qui y sont nés, le cap est à la fois le lieu des origines et celui de la fin.

Le « scénario » du roman, on le voit, est des plus simples, et dévoilé dès le prologue. L'essentiel n'est pas dans l'histoire en elle-même, mais dans ses détails, qui, paradoxalement, lui donnent une valeur universelle. Annie Dillard adopte une vision à la fois panoramique et microscopique. Parfois elle parcourt en quelques lignes plusieurs dizaines d'années, effectuant de brusques plongées dans le futur et parfois elle s'attarde sur un détail, un événement dépourvu d'incidence sur le cours du récit le calfeutrage de la cabane contre les souris, la description du lit conjugal des Maytree.

L'Amour des Maytree, c'est l'histoire d'un couple, mais c'est aussi l'histoire du Couple : mariage, naissance d'un enfant, séparation, mort.

Ce récit archétypal, Annie Dillard a choisi de le situer au cap Cod, et c'est Pierre-Yves Pétillon, auteur d'une monumentale et romanesque Histoire de la littérature américaine, qui le traduit. Lorsqu'on sait qu'il a déjà traduit et préfacé le Cap Cod de Thoreau, on comprend que le lieu où se passe The Maytree n'est pas indifférent, qu'il est doté d'une forte charge symbolique, éclairée par des « notes du traducteur » exceptionnellement rejetées en fin de volume, comme un appendice ouvrant à qui le désire de nouvelles perspectives de lecture. Cap Cod, c'est le lieu des origines, le lieu sauvage par excellence (aucune tribu indienne ne peupla l'extrémité du cap), le lieu où la terre et la mer se confondent, où le vent sur le sable efface les traces de l'homme, où les vagues grignotent inlassablement les dunes.

L'ouverture du livre est magistrale : « Un jour, il y a longtemps, les Maytree furent jeunes. Ils vivaient sur ce qui semble, encore aujourd'hui, la surface même de l'Antiquité : tout au bout du cap Cod, le « cap aux morues », cette sablonnière minérale exposée aux intempéries. La péninsule en cet endroit était plus qu'étroite entre deux plans d'eaux. Son altitude en moyenne était de quelques pieds au-dessus du zéro des cartes. » Ce roman dont presque aucune scène ne se passe sur mer est aussi infiltré de vocabulaire marin que l'était Moby Dick : le cap Cod est un mirage entre le sable et l'eau, et L'Amour des Maytree un roman en apesanteur, un roman impalpable et fragile comme une aile de papillon.

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MessageSujet: Annie Dillard   Mar 15 Juil 2008 - 17:07

L'essentiel ayant déjà été dit, quelques réflexions éparses sur L'Amour des Maytree.

-Nos impressions de lecture fluctuent au milieu de notre vécu et de nos états de conscience. Le résultat est mélangé et parfois aléatoire...

-Annie Dillard n'écrit pas une histoire linéaire et ses personnges évoluent sans continuité chronologique. Comme pour rappeler que toute vie humaine est aussi et d'abord une histoire, et que cette histoire, c'est elle qui la raconte. A sa façon.

-Le couple principal de ce roman m'a fait penser à celui de Vue cavalière de Stegner, un couple qui reste attaché au fil des années par des liens mystérieux qui transcendent les séparations et les oppositions.

- Le style d'Annie Dillard est précis, sobre et lyrique. Comme s'il était le produit d'une maturation réfléchie. Souvent d'une grande beauté.

"Elle n'avait pas le force de lutter : elle se sentait comme un morceau de papier que la force du vent plaque contre une cloture.
Elle était un cheval de bois, un cairn rocheux, un bidon de bitume. Elle

se retrouvait là, à tenir un bout de l'amour, à en dévider toute seule la
longue ligne -ça ne mordait pas". P. 119

"Parfois, au milieu de leur sommeil, au plus noir de la nuit, quand soufflait
un vent métallique et qu'à travers la vitre, les étoiles forçaient la chambre, ils se réveillaient au meme instant, comme s'il venait de se produire un tremblement de terre. La passion revenait'elle qu'ils éclataient de rire.
Parfois, le jour ou la nuit, il les écoutait respirer, elle et lui, vieux comme les océans -pleins d'expérience.
Ils s'étreignaient et regardaient, chacun par dessus l'épaule de l'autre, le naufrage qu'était le monde, en tenant à distance tout ce qui était en ruine ou défeuillé.
Ou alors, ils le berçaient, ce monde, entre eux deux, comme un enfant mortellement malade -avec amour, mais sans lui dire tout ce qu'ils savaient." P. 153


Dernière édition par bix229 le Mer 16 Juil 2008 - 23:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Mar 15 Juil 2008 - 17:17

bix229 a écrit:

- Le style d'Annie Dillard est précis, sobre et lyrique. Comme s'il était le produit d'une maturation réfléchie. Souvent d'une grande beauté.
j'aime bien tout ce que tu dis de ce livre.. et surtout je suis d'accord avec toi sur ses qualités d'écriture.

Avec un peu de distance, ce livre gagne pour moi.. j'en garde quand même un bon souvenir de lecture.. et les images qui se sont produites lors de la lectures me reviennent.. comme des échos.. comme si le texte 'travaillait' encore en moi Wink

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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Mar 15 Juil 2008 - 17:50

kenavo a écrit:
Et vous allez me dire que la couverture a joué un rôle dans ma décision pour ce livre?
Et oui - vous avez raison Very Happy


Je comprends tout à fait drunken . Je noooooooooote!
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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Mar 15 Juil 2008 - 17:51

Et Bix achève de me convaincre miammiam
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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Mar 15 Juil 2008 - 17:54

Chatperlipopette a écrit:
Et Bix achève de me convaincre miammiam
il va être content de le voir .. il aimerait mieux le voir en littérature italienne.. mais bon.. on ne peut pas avoir tout dans la vie Very Happy
Et moi je t'attends sur ce fil avec ton avis - pour que Anne Dillard puisse sortir du groupe 'à découvrir' Wink

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MessageSujet: Annie Dillard   Mar 15 Juil 2008 - 18:04

J'ajoute que la traduction, et c'est important quand on ne lit pas un livre dans la langue originale, est excellente. Elle est de Pierre Yves Pétillon.

Quant aux italiens, j'essaie de les défendre du mieux que je peux. Le reste ne m'appartient pas...jypeurien
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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Dim 7 Sep 2008 - 10:33

J'ai terminé de lire En vivant, en écrivant . Je pensais que cela allait être un peu difficile à lire mais pas du tout!
Une écriture simple, agréable, dotée d'un humour ravageur et délicieux. J'ai aimé la simplicité avec laquelle, Annie Dillard parle de la difficulté d'écrire, d'aligner des phrases satisfaisantes et cohérentes.
Les retraites pour écrire dans des endroits impossibles: les cabanes au fond d'un bois ou d'un jardin, un box sans une seule fenêtre dans un garage, une cabane dans une île loin dans le Nord glacé, isolée de tout et riche de tout!
Les petits riens de sa vie d'écrivain, peu de nourriture parfois elle écrit au bord de l'inanition car embarquée totalement dans son projet. L'écriture est tout sauf un long fleuve tranquille, c'est l'accouchement au forceps et parfois une douloureuse délivrance.
Annie Dillard est profondément attachée à la terre, à la mer, à la nature qui entoure l'humanité et que l'on ne doit pas ignorer. Elle porte un regard réflexif sur sa pratique d'écrivain, de poète sans pour autant sombrer dans le dogmatisme: son style de vie, sa vision du monde lui est propre et convient à son inspiration. Elle ne profère et n'assène aucun précepte, aucune ligne de conduite essentielle à toute création, loin s'en faut! Certes, elle a le sens du sacré, du beau, le profond respect de la Nature sans pour autant l'ériger en esthétique universelle.
Elle s'interroge sur ce qui la pousse à s'installer devant une table et une feuille blanche pour écrire des mots encore et toujours. "En écrivant, tu déploies une ligne de mots. Cette ligne de mots est un pic de mineur, un ciseau de sculpteur, une sonde de chirurgien. Tu manies ton outil et il fraie un chemin que tu suis. Tu te trouves bientôt profondément engagé en territoire inconnu. S'agit-il d'une impasse, ou bien as-tu localisé le vrai sujet? Tu le sauras demain, ou dans un an". (p 11). L'écriture est un lent et long périple sur des sentiers inexplorés qui peuvent guider l'écrivain comme l'égarer et le faire tourner en rond. Ecrire peut être du bricolage, de l'ascèse (se retirer au plus profond de soi-même loin du monde et des autres) ou de la haute-voltige (être aussi aérien et en communion avec les éléments qu'un oiseau en vol, frôlant les versants rocheux de la montagne perdue dans la brume): de ces différentes voies peuvent sortir la réussite d'un récit ou l'échec d'une histoire. Il est inutile de thésauriser les bons mots, les bonnes idées ou les belle phrases: on doit plutôt les utiliser immédiatement sinon c'est empêcher, plus tard, les futurs joyaux de resplendir.
J'aurais pu citer le récit dans son entier car elle a le sens de la formule et des images: les descriptions des paysages qui l'entourent sont vraiment magnifiques et donnent un aperçu de son talent de paysagiste littéraire (on la rapproche de Thoreau), elle les peint avec une sensibilité de botaniste (lorsqu'elle parle de son vol en compagnie du voltigeur Dave Rahm, le lecteur se trouve à leurs côtés et frôle avec eux les flancs de la montagne surgissant du brouillard)!
Annie Dillard déroule ses mots comme une chenille son fil pour atteindre la lumière de la phrase parfaite qui s'est faite tant attendre. Une étrange alchimie entre l'observation de la nature et des menus faits du quotidien (le partage d'une partie de base-ball avec des enfants musiciens, fendre du bois pour se réchauffer et retrouver le fil d'une histoire...) s'instaure pour aboutir au noircissement d'une page blanche comme celle qui opère entre la lecture et l'écriture.
D'aucun pourrait avoir l'impression d'être floué en lisant "En vivant, en écrivant" qui est plus un récit qu'un essai sur ce qui nourrit la création littéraire. En effet, on a le sentiment de voir une bobine de fil qui se déroule pour s'enrouler ensuite et se dévider à nouveau dans un désordre joyeux et multicolore. On est loin de la linéarité d'un essai théorique, on est au coeur des sensations éparses, diffuses, confuses parfois, d'une écrivaine qui vit dans le monde qui l'entoure même si, parfois, elle s'en isole volontairement. L'écriture est un acte sensible, sujet à la distraction, aux digressions offertes par un rayon de soleil, des bruits de la rue, un nuage qui passe, une ondée ou un vol d'oiseaux: la vie ne peut que faire intimement partie du processus de l'écriture.
Un très agréable moment passé dans l'intimité de la création littéraire.
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MessageSujet: Re: Annie Dillard   Mar 7 Oct 2008 - 9:07

Je suis en train de lire "En lisant en écrivant" (en même temps que Richard Ford ouais je sais, lol), je te dirai ce que j'en pense.
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