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 Violette Leduc

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Isidore Ducasse
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MessageSujet: Violette Leduc   Mar 20 Mai 2008 - 16:22



Violette Leduc est une romancière français née en 1907 à Arras, morte en 1972 à Faucon, à moitié folle.

Les romans de Violette Leduc sont essentiellement autobiographiques, et toujours empreints d'une tristesse et d'un mal-être très puissants, et en effet elle vécu presque toute sa vie dans la tristesse, premièrement car elle acceptait très mal son aspect physique, mais surtout parce qu'elle n'arrivait pas à tirer satisfaction de ses amours, et d'ailleurs tombait souvent amoureuse sans que ce soit réciproque.

Elle lie des relations fortes avec Maurice Sachs, Jean Genet, et Simone de Beauvoir, à qui elle voue une admiration éperdue.

Son style est un concentré de poésie absolument épatant, toutes ses phrases sont des chef-d'oeuvres, malgré la souffrance intense qui règne dans ses livres.

Elle parvient à faire éditer ses premiers écrits grâce à Simone de beauvoir, qui lui accorde deux rendez-vous par mois pour la corriger. Ses livres sont unanimement reconnus par le milieu littéraire (Sartre, Jouhandeau) mais boudés par le public. Elle ne parvient pas à vivre de sa plume et Simone de Beauvoir lui verse une petite rente à un moment.

Cette écrivain me touche énormément, et cela m'attriste qu'elle soit un peu tombée dans l'oubli. Je ne vous conseille pas de lire un de ses livres, je vous le demande, par exemple La bâtarde, qui est encore la démonstration la plus probante de ce qu'était sa vie et son état d'esprit, mais aussi L'affamée, véritable merveille, ou Isabelle et Thérèse, qui raconte sa propre histoire en tant que collégienne, et qui est un des plus beaux livres que je connaisse.

Elle finit donc dans la folie, après un séjour en maison de repos.
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Mordicus
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 4 Mar 2009 - 16:43


[Queenie. J'attends !]
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Queenie
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 4 Mar 2009 - 16:55

Mordicus a écrit:

[Queenie. J'attends !]

[ça vient... je suis pas rapide de la lecture... et y'a pleiiin de pages... et ça se lit pas "comme ça"]

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Queenie
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Lun 9 Mar 2009 - 11:08

La Bâtarde
(couv' trop laides pour que j'en poste une ici. Il serait peut-être temps de dépoussiérer vos exemplaires les éditeurs, et remettre un peu Violette Leduc sur le dessus des tables ! Elle le mérite!)


Alors, comme le disait Isidore Ducasse : Roman hypra autobiographique. Et en effet, ça tourne autour des thèmes de l'amitié, de l'amour (deux sentiments qui se mélangent très souvent chez elle), du désir d'être et d'avoir, qu'on l'aime, se sentir aimée et choyée, et en même temps toujours désirer l'inaccessible. Avoir une sorte de fascination pour celui qui semble plus intelligent, plus beau, plus libre, plus grand qu'elle (dans ce livre ce sera surtout flagrant à travers ses relations avec les hommes Maurice Sachs et Gabriel).
Elle est extrèmement cruelle, égoïste, distante, froide, exigeante envers les êtres qui l'aiment et tentent de prendre soin d'elle (ici Hermine (Denise Hertgès dans la vraie vie) qui s'en prendra vraiment plein la tronche, qui acceptera d'être trompée, humiliée, ignorée...
Alors que Violette veut raconter sa rencontre avec un homme de passage (elle en aura quelques-uns) à Hermine.
Citation :
Hermine : Je ne veux rien savoir. Sois heureuse chaque fois que tu peux l'être, a-t-elle dit avec un pauvre sourire.
mais Hermine finira tout de même par partir.
Comme tous ceux qui traversent l'existence de Violette. Elle les garde, les passionne, un an-deux ans-dix ans... et puis... ils s'étouffent, elle les pressure tant qu'ils finissent par l'abandonner, l'aimer de loin, du plus loin possible pour ne pas être détruits.
Citation :
Le dimanche je me promènerai seule, je puiserai mes larmes aux sources, aux rivières, je mordrai au fruit de mes désolations. Rançon de ton égocentrisme, ma petite. Intelligente je ne le suis pas, je ne le deviendrai pas. Mise au point cruciale. Sainfoin, sable, matelas, carrelage, voici que je plonge, en 1944, dans l'abîme de l'onanisme... ils sont tous partis.

On traverse aussi des temps des époques, des univers. Violette découvre Paris, les éditeurs, les écrivains, se passionnent pour eux, pour leur intelligence, leurs livres, elle se sentira toujours en-dessous, moins bien, moins douée, leur ombre en quelque sorte.
Elle viendra à l'écriture un peu par hasard, par le journalisme, puis poussée par Maurice Sachs.

Elle sera toujours une femme indépendante, même mariée, même rampante pour récolter un brin d'affection, elle est forte, même pleurant sur l'abandon elle serre les poings. Elle écoute sa douleur pour la dompter, elle s'en délecte, comme elle goûterait toutes les saveurs d'un plat avant de le cuisiner : pour en faire un repas qu'elle pourra dévorer. Pour pouvoir créer.

Son écriture n'est pas franchement évidente, disons que je l'ai trouvée "surprenante".
J'ouvre, je lis, j'ai l'impression que c'est clair, que c'est "facile", que ça se lit tout seul, et puis... je m'aperçois que des choses m'échappent, que je vais trop vite, que je manque des choses, que je ne comprend sûrement pas tout.
Sous des apparences de simplicité, de dialogue brut avec le lecteur, il y a une vraie écriture profonde, maniée avec soin, qui demande concentration et sensibilité. Etre à l'écoute.
En plus elle nous emmêle, nous perd, nous manipule un peu. J'ai parfois eut l'impression qu'elle "traitait" son lecteur comme elle "traitait" ses amants. A tenter de l'attirer à elle, en elle, de le garder tout près, bien au chaud, de ne pas lui laisser le temps de respirer, de s'enfuir.
De temps en temps, elle l'apostrophe ce lecteur, justement, peut-être, pour lui rappeler que là, entre ses pages, on lui appartient.

Il faut accepter de se laisser bouffer par Violette Leduc.

Je pense que c'est un roman (et apparemment tous ceux qu'elle a écrit) auquel on peut trouver un sens que si on comprend l'auteur. Que si on est un peu pareil finalement. Sinon, je ne sais pas, elle pourrait vite passer pour une geignarde capricieuse.
Ce livre c'est l'apologie de l'égocentrisme passionnel destructeur et auto-destructeur. Et en même temps créateur.

C'est très fort, très troublant de se reconnaître, de comprendre, de savoir, d'adhérer alors qu'on sait que ce n'est pas "ce qu'il faudrait".

Elle parle avec son coeur, son ventre, ses chairs, ses douleurs, ses peurs, ses passions.

Et qu'est-ce qu'elle décrit bien les villes, les gens, les relations, les sorties dans les magasins, les rdv chez le médecin. Tout évènement qui pourrait nous sembler anodin prend un sens profond.

Je reprocherais peut être juste la longueur du livre (634 pages pour ma version poche), mais j'étais peut être déjà un peu essoufflée par mes lectures précédentes. Il faudrait que je pense à alterner les bouquins intenses et épais avec des bouquins plus courts et plus "légers".

Allez, je vais à la chasse aux extraits, et je vous en livrerais plus tard.

Mais lisez Violette Leduc !

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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Lun 9 Mar 2009 - 13:04

Queenie a écrit:
Il faut accepter de se laisser bouffer par Violette Leduc.
Ma première réaction était plutôt du genre - j'en ai connus dans ma vie trop d'autres 'Violette Leduc' qui m'ont bouffé, plus besoin de les rencontrer en littérature...
mais tu as si bien 'vendu' ce livre - je vais quand même noter.. Very Happy
Vraiment un très bon commentaire..

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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Lun 9 Mar 2009 - 14:28

Allez, histoire de pleurnicher dans les chaumières...

Elle écrit à son amante de laquelle elle est séparée pour diverses raisons.
Citation :
Mon amour.

Minuit moins vingt. Mes parents dorment, l'appartement dort, l'immeuble dort. Tu pourrais venir, la ville est un masque. Tu ne viendras pas. Je n'ai pas voulu de rideaux aux fenêtres. Pour toi, cette fête de lumière sur la vitre d'une lucarne. Des lampadaires dans un autre univers. C'est gracile, c'est blafard. Tu veilles, tu me l'as écrit. Nous tenons compagnie à la nuit ! La chaise, l'armoire, ma serviette de classe... Les choses, les objets vous usent. Je détourne la tête. Ils m'engouffreraient. Le silence dans ma chambre est le silence de ton piano, le silence de ce que tu ne joues plus. Tu modelais la sonorité, la mousse des forêts égayait le ciel. Une grande musicienne studieuse. Mon rêve. Ton souffle sur ma main qui t'écrit. La nuit, cela est plus facile. Les distances, les nôtres, sont discrètes. Quand m'embrasseras-tu jusqu'à ce que je demande grâce ? J'embrasse tes phrases, j'embrasse tes mots, je promène mes lèvres sur ton papier à lettres. Quand seras-tu dans mes bras ? J'ai des écrins pour toi. La glace le dit aux creux de nos épaules lorsque je m'habille, lorsque je me déshabille. Je pleure. Je ne m'habitue pas à ton écriture. Hermine. Aimer, ce n'est pas être séparées. Il n'y a plus de souffle sur ma main. Tu es absente, tu es toujours absente. Paris avec toi. C'est incroyable. Irai-je chez toi ? C'est impossible. Ta lettre de ce matin est un bandeau de fraîcheur sur mon front. Ne quitte pas ta jaquette marron, ne la quitte pas. C'est toi, c'est ta signature sur mes paupières baissées. Nous avons eu malchances sur malchances. Crois-tu que cela continuera ? Qu'est-ce que nous deviendrons l'une sans l'autre ? Réponds. Qu'est-ce que nous deviendrons ? Je t'écrirai demain.
Non, je ne peux pas te quitter. Tu es généreuse, Hermine, tu me donnes des détails. Je vois les dessins dans ta classe, je vois le visage des élèves, je vois la directrice. [...] C'est magnifique. Ce sont des riens mais ces riens me permettent de te reconstruire chaque fois que je te relis. Soudain Paris est petit, soudain Paris est froid. Il y a tant de solitaires ici. Chacun vit dans sa cage. [...]


Sur les douleurs, et l'écriture des douleurs.

Citation :
Non, lecteur, ma douleur n'est pas fabriquée. Je m'efforce d'éclaircir cette bouillie de désespoir lorsque Hermine me quitta. Nous souffrons, après nous nous aidons du vocabulaire. Je m'efforce de déblayer ma tête, mon cerveau, cette ruche en folie précipitée sous la terre, emmurée, coincée dans les avalanches de charbon. Lecteur, tu as souffert. Pour se soulager avec ce qui a été, il faut s'éterniser.

Citation :
Je lui écris ce que je vois, ce que je sens, ce que je préfère parce que je suis un soupirant d'amitié amoureuse. Ce ne sont pas des lettres. Ce sont des tournois qui prouveront, je l'espère, mes capacités d'attachement.

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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 27 Oct 2010 - 11:52

Queenie a écrit:
La Bâtarde
(couv' trop laides pour que j'en poste une ici. Il serait peut-être temps de dépoussiérer vos exemplaires les éditeurs, et remettre un peu Violette Leduc sur le dessus des tables ! Elle le mérite!)



Heureusement que je suis tombée sur ce fil !
En faisant les fonds de placard des greniers chez ma grand-mère, je suis tombée sur un livre avec une couverture vraiment horrible à la façon des livres de la collection Harlequin : fond rose, blonde avec les cheveux dans le vent... Si le nom de l'auteur, Violette Leduc, ne m'avait pas dit quelque chose, j'aurais reposé le livre sans essayer d'en apprendre davantage. Et pourtant, il s'agissait bien de La bâtarde.
Bon, je vais aller le récupérer du coup. Ton commentaire m'a convaincue Queenie Very Happy
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 27 Oct 2010 - 11:55

Ah oui, tu peux même le mettre en haut de ta PAL !
Et puis, moi, faudrait que je m'en déniche un autre, un de ces quatre. Ça avait été une belle claque ce bouquin !

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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 27 Oct 2010 - 21:54

Queenie a écrit:
Ah oui, tu peux même le mettre en haut de ta PAL !
Et puis, moi, faudrait que je m'en déniche un autre, un de ces quatre. Ça avait été une belle claque ce bouquin !

Ok, je vais suivre tes conseils Wink

Mais avant, je refais la couverture, elle me donne vraiment la nausée ! pale
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 27 Oct 2010 - 22:45

Je n'ai lu d'elle que "Thérèse et Isabelle", j'en ai un vague souvenir d'histoires de collégiennes
qui se kiffent en mini jupe de l'époque, et qui des fois font du piano coquin.

J'avais lu à la même époque un "claudine" de colette que je n'avais pas du tout aimé (oui, pas bien),
j'ai malencontreusement associé les deux dans ma tête.

Voilà, c'est juste pour donner une seconde vie au fil.
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mer 27 Oct 2010 - 23:00

J'en ai un de Violette Leduc, que je n'ai jamais pu terminer. Mais j'ai oublié le titre, je vais essayer de retrouver ça.

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MessageSujet: Le taxi   Sam 9 Avr 2011 - 12:20


Le taxi

Livre étrange. Juste un dialogue, aucune description, des tas d'ellipses, de non-dits, des phrases fortes, troublantes, déroutantes.

En tant que lecteur, on a l'impression de rentrer directement dans l'intimité d'un couple, de les suivre pendant un temps donné (une journée) dans un lieu unique (un taxi) roulant à travers une ville (Paris), monde extérieur hostile.

Forcément un peu de mal à entrer dans le texte. Violette Leduc nous donne si peu de choses palpables, concrètes. Mais, des phrases qui accrochent. Une impression de viscéral, de vital. De fatal(?).

Et puis on apprend petit à petit : un couple. Ils viennent de faire l'amour, le font encore pendant qu'ils se parlent, ils sont frères et sœurs, se cachent de leur famille, de leurs amis(?), mais manque de discrétion et ne parviennent pas à retenir leurs sentiments, leurs désirs.
Une tragédie d'un amour impossible.

C'est un texte très érotique, tout en étant très elliptique. Beaucoup de moments de silence, ..., où l'on peut imaginer ce que le partenaire fait pendant que l'autre parle. Des moments plus explicites où les personnages se "dirigent" dans leurs désirs. Et surtout dans leur besoin d'être liés à jamais.

Impression très irréelle aussi, ils sont dans une bulle (le taxi), se cachent du monde. On ne sait pas toujours qui parlent, où ils sont, et où ils vont. Eux-mêmes en doutent parfois, et tirent le rideau du taxi pour voir où ils sont et quelle heure il est, et le referment aussitôt pour se consacrer à eux. Coupés du monde.

Citation :
- Où sommes-nous ?
- Rue Vivienne.
- Ferme le rideau. Les trottoirs sont encore mouillés ?
- Les trottoirs sont tristes.
- Reviens vite. Parlons vite.
- Je tombe sur toi comme une masse. Ne parlons pas. J'ouvre ma bouche, je vais avoir ton silence dans ma gorge.
- ...
- Tu m'éblouis. J'écrase mon visage sur ton épaule.
- Comment t'adorer ? Demande. Exige.
- Promène tes doigts. Promène tes doigts sur ma nuque.
- Avec ma bouche. Pas avec mes doigts.
- Je m'en vais de ton épaule ?
- Il le faut. Je veux fredonner sur ta nuque.
- C'est tiède. C'est étrange.
- Ce sont tes lèvres en été.
- C'est comme si tu me jouais de l'harmonica.
- Je fredonne dans un fourré, ce sont tes cheveux.

Citation :

- Je suis ton amour avec lequel tu peux tout faire.
- Je suis ton bien. Je suis ta loque. Ton manœuvre.
- Tu es mon commencement et ma fin.
- Que suis-je de plus ?
- Tu es ma vie. Demeure en moi toute la vie.
- Je voudrais.
- Je n'ai que toi.
- Je ne compte que sur toi.
- A part ma chambre, l'argent de poche, les repas...
- Achève.
- Je les ai rayés de notre existence.
- Ils nous ont bâillonnés.
- Ligotés ! Amputés ! Étouffés !
- Malgré eux. Ils ne s'apercevaient de rien.
- Sales cons. Ils nous broyaient. Ils étaient responsables.
- Des mots nouveaux comme le lever du jour...
- ...
- Affluaient quand je venais te retrouver sur la plage.
- ...
- Je me prenais à la gorge...
- ...
- Je m'assassinais, je t'assassinais à cause d'eux, à cause des autres.
- Je creusais le sable avec mes ongles...
- ...
- J'enterrais le plus petit coquillage.
- ...
- Notre secret.

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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Sam 9 Avr 2011 - 12:32

Et un livre qui a l'air intéressant (déjà parcouru quelques pages sur le site) :

Violette Leduc, la mise en scène du "je"


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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Mar 24 Mai 2011 - 23:09

Le taxi. Gallimard. 100 pages.

Un homme et une femme sont dans un taxi. Ils sont amants. Ils s'aiment.
Citation :
"- Assieds-toi comme je m'assieds. Allonge tes jambes de chaque côté de mes hanches.
- Appueie tes sourcils sur mes sourcils.
- Je préfère appuyer mes mains dans le cruex de tes reins.
- J'entre. Là om il n'y a plus de cheveux.
- Séparons la terre en deux.
- Une triperie. Inconnue de tous. Connue de tous." (pages 42-43)

Ils parlent. Le taxi roule. Encore. Et encore.
Il n'y a pas de description, seulement une conversation, ou plutôt deux personnes qui parlent.
On apprend un peu plus qui ils sont, l'un par rapport à l'autre, pourquoi ce taxi roule, où il va.

Citation :
"- Tu pleures ? Dis-moi que tu ne pleures pas.
- Je ne pleure pas. J'ai renvoyé mes larmes. C'est toi qui devrais venir pleurer...
- Venir pleurer ?
- Oui. Tu m'abats.
- ...
- Tu m'abats et tu me piétines.
- Comment peux-tu dire ça ?
- Tu repousses ce que je te donne, après te l'avoir donné.
- Tu ne veux pas comprendre. Trop d'amour vous emporte. Les chevaux sauvages m'entraînent.
- ...
- Je ne m'arrête pas, je galope avec eux. Tu es gisante sur la poussière, je n'ai que toi au monde.
- C'est si fort ?
- Je t'adore les yeux bandés. Je vais, je me fraie un chemin.
- ...
- Je t'aime et je te massacre.
- Je t'écoute, je cherche à comprendre.
[...]
- Je te jette contre un mur et ne te lâche plus. C'est chaque fois un amour au-dessus de mes forces.
- Où est-ce ?
- Dans une monde où il n'y a qu'une muraille.
- ...
- Cette muraille est un théâtre, des acteurs, un souffle tragique.
- ...
- Une tragédie construite avec des pierres. Je t'envoie contre le mur. Un vent mauvais veut m'enlever ton corps disloqué. Je m'acharne, je m'acharne.
- ...
- Tes pauvres petites mains reviennent claquer le sol.
- Casse mes membres." (pages 60-62).

C'est bien écrit, assez tordu, on ne comprend pas toujours tout, c'est un flot de paroles à l'écart du monde, parfois même à l'écart de la logique. Il y a une impression d'apesanteur incantatoire, quelque chose comme ça.
Un peu plus long, le texte aurait pu lasser (ce sont cent pages en gros caractères).
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MessageSujet: Re: Violette Leduc   Jeu 10 Oct 2013 - 20:23

La femme au petit renard

Une femme plus toute jeune, sans ressources, seule dans une petite chambre. Un concentré de solitude. La moindre mouvement qui devient un événement. Et Paris parcouru à pied, pour tuer le temps. Un imaginaire débridé, toute chose entrevue devient objet d'imagination. Pas de récit, pas de début ni fin véritable, une sorte de monologue intérieur, au-delà de la logique, pas très loin de la folie.

Un petit livre dérangeant et étrange, pas très facile à classer et pas très confortable à lire. Mais qui laisse une sorte de trace tenace.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
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