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 Georges Arnaud

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MessageSujet: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeDim 25 Mai 2008 - 19:07

Georges Arnaud Rubon910
Georges Arnaud

Citation :
Georges Arnaud est le nom de plume de l'écrivain, journaliste d'investigation et militant politique Henri Girard (1917-1987). Georges est son deuxième prénom, Arnaud le nom de jeune fille de sa mère.

Né le 16 juillet 1917 à Montpellier (Héraut), Henri Girard est un enfant passablement indiscipliné. Rêvant d'aventures et d'exotisme, il a neuf ans lorsque sa mère décède en 1929. Valentine Girard est emportée par la tuberculose, maladie dont Henri souffrira lui-même au cours de sa vie. Elève moyen, il est cependant doué pour les matières littéraires. Après l'obtention du baccalauréat, il étudie le droit à Toulouse puis à Paris. Licencié en droit, il suit également les cours de l’École libre des Sciences Politiques et commence à écrire.

...

suite (et plein de choses) à la source : wikipedia

la lecture du salaire de la peur remonte, la vision du film moins et j'ai bien aimé les deux. Il n'y a pas si longtemps une pub dans ma boite mail pour des bouquins, dedans :

Georges Arnaud 87256310
SCHTILIBEM 41

qui retient mon attention... et finit quelques jours plus tard dans mes mains.

quatrième de couverture a écrit:
Schtilibem 41, drôle de titre.

Schtilibem, ça veut dire prison, en argot. et 41, pour 1941. C'est l'année où le futur auteur du Salaire de la peur découvre la prison, accusé d'un triple meurtre. Il sera innocenté, mais dix-neuf mois de captivité, en pleine guerre, cela laisse des traces.

Schtilibem 41 est le cri d'un homme meurtri, cassé. Et Georges Arnaud sait crier fort. Il se révolte en argot, la langue des irréguliers, des irréductibles, pour nous offrir un brûlot qi prend aux tripes.

Pierre Mac Orlan profite de la sortie du livre en 1953 pour faire paraitre un article sur "les langues d'argot". Nous le publions en guise de préface.

Article/préface dans lequel ce texte Schtilibem 41 est appelé poème. Pas faux, ça résonne un comme un poème amère et effrayé sur dix très courts chapitres. Très sombre, déstabilisant voir choquant cela sonne bel et bien comme un cri du cœur...

Citation :
C'est un prisonnier très enfermé, très surveillé. C'est un bandit endurci, un méchant, un toquard, à qui les gâffes foutent la paix. Il a moisi dans la prison depuis bien des années. Il y est entré, il a accroché son chapeau au mur, il a dit salut les hommes, et depuis c'est sa maison, où il reste on ne sait plus très bien pourquoi; lui non plus, mais il n'y a pas de fumée sans feu.

Dans son teint gris s'est incrustée, avec la poussière du sol de ciment, la patience des longs silences et des longues attentes et même depuis qu'il a cessé d'attendre, elle est restée la patience.

Ses yeux ankylosés, dépareillés, décolorés comme laitue; il a usé sa peau aux murs de son cachot, il a fondu ses os dans l'eau qui coule de ses murs, c'est un écorché triste, un pauvriste dont le bréchet c'est décharné, c'est un paumé à moitié fou, c'est moi.

C'est moi.

Mon dieu, mon dieu, vous qui n'existez pas, qu'est-ce que je fais là, pourquoi ? pourquoi ? Je suis vivant, moi, vivant parmi ces ombres acharnées à me cerner, parmi tous ces morts épars qui sans berceuse se sont endormis dans le noir, ces morts méchants qui vont se réveiller, me supplier, me menacer, que sais-je, m'assassiner, me regarder si l'on n'y met bon ordre.

Moi je ne sais plus. Toutes les nuits je fais un trou dans le mur gris de ma nuit, je m'y cache la tête, je m'y enfouis en retenant le souffle de mon cerveau.

- Il y a d'autres murs, moré mon frère, il y a d'autres murs durs autour de toi. Change de toit mon frère, change de toit avant qu'ils t'aient tué. La cavale, moré, la cavale...

voilà qui marque et ravive une certaine curiosité pour l'auteur.

bel objet en plus (ed Finitude).

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeSam 22 Nov 2008 - 21:50

pas de vrai prétexte, comme une lecture supplémentaire, mais en ce moment je suis en quête de prétextes... je n'aurais pas une pile avec plein de trucs qui me font envie je me serai précipité sur Le Salaire de la peur : Et autres oeuvres (: Le voyage de la peur ; Le voyage du mauvais larron ; Les oreilles sur le dos ; La plus grande pente ; Schtilibem ... ; Prisons 53 ; Mon procès ; Tropical Tramps) édité chez Omnibus.

et comme nous avons depuis l'ouverture de nouveaux membres qui ont lu plein plein de choses... peut être...

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeJeu 8 Jan 2009 - 23:05

Le Salaire de la peur

Georges Arnaud est parti sous les tropiques et y a exercé entre autres le métier de trucker, de chauffeur de camions, la belle préface du recueil signé comme une dette d'amitié nous apprend d'ailleurs qu'il avait envisagé d'en faire son métier. La préface nous apprend d'autres choses (dont une que je garde pour la fin). Elle nous apprend ou nous rappelle les expériences de la prison de Georges Arnaud, son engagement politique (au côté de Jacques Vergès contre la torture et la guerre d'Algérie), son travail de journaliste...

un auteur personnage au parcours cabossé pour nous raconter des histoires... cabossées ? Oui. C'est déjà pas mal, et avec le salaire de la peur c'est ce qu'on a. Les personnages de cet histoire sont des tropical tramps :

(citation d'une autre nouvelle mais associée à la présentation du livre au complet, pas mal pour l'ambiance :)

Citation :
"Tropical Tramps. Vagabonds de la zone tropicale. Personnel de toutes les révolutions du continent. Hommes de main. Tous travaux lucratifs. Un sens de l'honneur exigeant, mais aux sinuosités déconcertantes. Brutes au coeur d'enfant. Colt .45 et bla-bla-bla. Une pensée à ma mère, ni Dieu ni maître, pas vu pas pris. Il faut tous ces mots français et encore bien d'autres pour commencer à traduire, même imparfaitement, ce titre américain qui, plus qu'une profession, désigne l'aptitude à les remplir toutes et la vocation du sublime étroitement mêlée à celle de l'ignoble."

Maintenant il faut rentrer dans le vif du sujet parce que ça ne traine pas : l'explosion d'un forage de puit de pétrole au Guatemala, un étranger employé par une entreprise étrangère : des locaux qui meurt, l'étranger à peine mieux. Une solution pour arrêter l'incendie : nitroglycérine, beaucoup, à acheminer par camions.... des chauffeurs, des étrangers, des paumés qui ont juste désespérément besoin d'argent pour partir ailleurs.

ça sent l'alcool, la sueur et le désespoir, on ferait n'importe quoi pour empocher les milliers de bucks...

le héros de service Gérard est retenu et fait équipe avec Johnny... ils sont le deuxième camion, les chauffeurs doivent se relayer et faire vite mais sans trop de secousses sinon c'est la mort.

les ficelles sont un peu grosses, quelques procédés sont appuyés comme l'assimilation des camions à de gros animaux... on peut bien chipoter, mais est-ce qu'on va cracher dans une bonne soupe pas trop claire ? certainement pas. Après tout, si on se tape bien parfois (avec délectation) des pages et des pages d'un désespoir abyssal et démesuré qui s'envolent pour se réfugier sur des branches surréalistes, on peut bien se taper des pages qui ne débordent pas, qui restent concrètes, resserrées sur les hommes, leur peur surtout, leur manière de vivre la peur, le désespoir la solitude. les tough guys craquent, ne soutiennent pas leur mythe... ils sont prêts à tout pour s'échapper de leur condition. A tout le meilleur et le pire, juste en même temps.

C'est l'incontestable point fort de ces 150 pages, l'homme qui penche vers le pire, très dur mais avec de l'humanité dans le regard... pas toujours assez. et quand il parle de leurs peurs c'est puissant, quand il parle de leur solitude c'est froid, ils sont dans la même cabine du même camion avec la même menace derrière eux, ils se parlent mais ils sont seuls. seuls aussi seuls qu'on peut l'être, coupé du monde par la peur qui les ronge et leur désillusion.

Citation :
La nuit a égrené ses secondes une à une, bien lente, bien cruelle. Elle ne lui fait grâce der rien. Le sommeil a planté ses ongles dans ses paupières par le dedans et a tiré jusqu'à les déchirer. Mais rien n'a saigné. Peut-être qu'après tout, il n'avait plus de sang. Et ce cadavre à convoyer, qui de son vivant sentait déjà la gangrène... De plus en plus perfide aussi la danse des ombres, la danse du feu devant les roues. Du moins la femme n'est-elle pas revenue. Il était bien seul avec Johnny. Seul.


suspens et efficacité et une bonne dose de froid dans le dos, voir dans les os, au rythme du camion et de la route capricieuse. Pour parler camion et mécanique Georges Arnaud est très bon aussi et le plaisir qu'il procure me permet de le ranger en pensée avec d'autres auteurs qui m'ont convaincus de leur sensibilité dans le domaine : Buzzati, Modiano (si si en fait), voir Jack Kerouac pour sa virée en Cadillac. C'est technique, c'est puissant, c'est savant, c'est du savoir faire et du sang froid dans les passages difficiles... un sacré voyage qui vous prend au tripe et vous fait agriper le bouquin.

héhé. j'ai lu la préface après en fait, en plus du souvenir de Schtilibem 41, ça me fait sous le coude un livre riche en promesses et en promesse de sensations fortes, un essai sincère de la recherche d'une part de la vérité de l'homme aussi.

Citation :
Gérard, ça l'embêterait de mourir, c'est une peur un tout petit peu raisonnée, une peur précise qui laisse à l'esprit sa vivacité pour échapper au piège. Johnny, lui, a peur tout court. C'est cette forme de panique qui ne s'oublie pas. C'est d'avoir, peut-être même une seule fois, éprouvé cette peur-là que le vieux Jacques s'est transformé en cette loque désespérée.

J'ai un peu pensé au Vaisseau des morts de B. Traven. Pour parler à tous avec l'exemple de ceux qui ne sont pas les mieux engagés dans la vie.

La préface dit aussi que Le Salaire de la peur a été écrit pour être un succès. ça a marché, des fois ça se tient la volonté de faire quelque chose qui marche, qui se vend. c'est réussi et profitons en.

(Très) Bonne redécouverte qui me donne aussi envie de revoir le fameux film que je n'envisage pas dans mon souvenir comme aussi noir que le livre.

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MessageSujet: le salaire de la peur   Georges Arnaud Icon_minitimeVen 9 Jan 2009 - 9:19

Le salaire de la peur.

J'ai vu le film, on y retrouve tout ce que tu racontes sur le livre (bonne adaptation?). Très viril comme film. Viscéral, avec de la sueur, de la peur, de la volonté, du "chiqué" aussi qui aide à tenir la route.

Il m'avait vraiment plu ce truc.
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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeVen 9 Jan 2009 - 11:26

j'ai un bon souvenir du film (qui doit être une bonne adaptation, mais vraiment adaptation) et je le reverrai volontiers maintenant !

(il y a même des choses que j'aime beaucoup beaucoup dans ce film).

j'essairai de revenir avec un ou deux autres petits passages que j'ai bien aimé dans ce livre dans l'attachement à la détresse des personnages.

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeVen 9 Jan 2009 - 15:39

Queenie a écrit:
J'ai vu le film, on y retrouve tout ce que tu racontes sur le livre (bonne adaptation?). Très viril comme film. Viscéral, avec de la sueur, de la peur, de la volonté, du "chiqué" aussi qui aide à tenir la route.
Oui, le film a l'air fidèle au roman

animal a écrit:
Des pages qui ne débordent pas, qui restent concrètes, resserrées sur les hommes, leur peur surtout, leur manière de vivre la peur, le désespoir la solitude. les tough guys craquent, ne soutiennent pas leur mythe... ils sont prêts à tout pour s'échapper de leur condition. A tout le meilleur et le pire, juste en même temps.
J'aime bien ce côté brut, tendu. Mais je crains un peu ceci
Citation :
C'est technique, c'est puissant, c'est savant, c'est du savoir faire et du sang froid dans les passages difficiles... un sacré voyage qui vous prend au tripe et vous fait agriper le bouquin.


Cela me donne envie de revoir le film par contre...
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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeVen 9 Jan 2009 - 19:54

bah il parle quand même camion et conduite (et il aime ça !) mais si c'est technique le récit enchaine tout du long...

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeJeu 19 Fév 2009 - 12:26

Le voyage du mauvais larron

Même univers pour une histoire un peu différente. André est embarqué comme passager clandestin sur un cargo pourri qui retourne vers la France. Récit d'un voyage de stoway (c'est le mot) à la troisème personne, de l'attente et de la routine... et André à la première personne dans ses souvenirs, parti de Paris, se donnant deux ans avant de revenir pour une femme, Elisabeth, si possible avec un peu plus d'argent mais surtout l'impression de l'avoir méritée.

Deux ans en amérique du sud, petits boulots, chauffeurs de choses et d'autres, débrouille, violence... André n'est pas un tendre, ce n'est pas non plus un mauvais bougre. Il nous emmène d'aventures en aventures et de rencontre en rencontre à travers un monde et des payasges, inquiétants ou généreux. Le truc d'André c'est la fuite, fuite perpétuelle avec quelques moments de bonheur au contact des hommes et des femmes un peu cassés qu'il rencontre, et des paysages. André s'en sort pas si mal bien qu'il court de gros risques pour pas grand chose, il s'en sort avec ses histoires et avec humour... et il en a besoin de ses histoires et de son humour pour supporter la vie ou se supporter lui même, sa violence, pratique parfois.

Dépaysant, exaltant, amusant et un poil arrogant... assez sombre mais généreux, l'auteur nous invite à une sacré balade à l'autre bout du monde et de nous, de lui, même. Les artifices et la magie du quotidien mis en valeur par la dureté du milieu, si on veut. Il ne parle pas que de camion, d'armes, d'indiens et de prostituées... ou plutôt il en parle avec tout le reste, l'aspiration à un peu de "bien", de la littérature, de l'art.

De quoi se faire plaisir d'argot et de description de personnages souvent peu recommandables... j'ai bien aimé encore l'univers et la manière de Georges Arnaud, toujours plus dur que méprisant dans les plus mauvais moments. On devine tout ça une nouvelle fois fortement inspiré, dans le décor, la nostalgie, des deux années qu'il a lui même passées au Guatemala de 47 à 49. Pas si simple, pas creux, il y a des questions qui restent imprimées sur la violence, la peur, la fuite...

extrait :

Citation :
Tout le long de ces routes où cette femme me manque, je lui raconte ce' que je vois, ce qui se passe, comme - si drôle d'idée - , comme si elle était assise tout ce temps-là à côté de moi, les yeux fermés. Ainsi ai-je choisi une plantation de cocotiers, la petite crique où ancrer une goélette de contre-bandiers, une chambre dans le clocher carré d'une église. Personne n'a protesté quand je t'en parlais sur l'air du Salve Regina. Sans doute étais-tu donc d'accord.
Tout ça, d'ailleurs, est en réserve, te sera raconté encore une fois quand je reviendrai. Bien sûr, ça ne sera pas tout à fait vrai. Mais la science enseigne que rien n'est jamais tout à fait arrivé à un homme avant qu'il n'ait commencé à se le mentir un peu.
Je me lève, je sors. Derrière moi, par terre, je laisse une boulette de papier, une feuille froissée, chiffonnée. C'est une lettre : "Paris, le deux mai. Mon bien-aimé, il y a déjà un an que tu es loin, n'attends plus, viens, reviens. Je n'en peux plus. Elisabeth."
Il y a une tache sur le "i" d'Elisabeth. Du reste, cette écriture, cette signature sont imitées. Ce billet est de ma main.

(il mérite que j'en grapille d'autres des extraits !)

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeJeu 19 Fév 2009 - 13:40

autre extrait où tout se mêle:

Citation :
Je sortis de là squelettique et farouche, devenu, je n'y croyais pas, mais c'était vrai, devenu méchant. Le jour où je fis la connaissance de Françoise, on avait dû, peu d'heures avant, m'enlever des mains un mendiant importun que j'étais en train d'assomer de grand coeur. Ca représente pas mal de misère d'en arriver à ça.
Alors vint Françoise. Ce fut mon tour d'être sauvé, d'être libéré, pas des chaînes, je les avais cassées moi-même, mais des ombres. Il n'y a pas grand chose à dire de Françoise. Je n'aime pas à y penser. Je n'aime pas le regret.
Le bus cahote au long de son sentier de chamois, longe avec impassibilité des précipices où la chute serait inhumainement longue. Image pas très chère de la perfection, le chauffeur fait tout ce qu'il faut faire juste quand il le faut, ses mouvements arrivent à temps, il évolue aisément près de la mort qu'il n'éviterait pas faute d'être exactement parfait. C'est sans doute pour ça que les hommes de ce métier s'y attachent tant, l'aiment tant. Moi-même...
Le ciel devient morne, pas au dessus du bus, autour de lui ; il se vide de son soleil, et à force de perdre ses couleurs, démonstration de physique attristante, devient nuit. Pas de lumière, des nuages sans nuances, invisibles, opaques. Une grandeur désolée sur ces plateaux, le vent aride de la désolation même qui depuis une heure escorte cette course. Je ne sais pas pourquoi je m'impatiente, comme j'ai tort. Tu as bien le temps mon pote, t'énerve pa. On entre dans Pasto, ville frontière, à quarante kilomètres de l'Equateur. Le bus s'arrête sur la place du marché, où des hommes aux pélerines de laine rouge discutent sobrement.
Je siffle un taxi et me fais conduire à l'unique Palace de la ville, caravansérail pour Américains du Nord ; là on ne me demandera mon passeport que demain matin, et, demain matin, je serai parti. Le chauffeur du taxi justement est équatorien, il me passera pour pas cher. Je jette ma valise sur le lit d'une chambre d'hôtel des Alpes ; je ressors, je suis gelé, je vais acheter un chandail. Je le choisis avec soin, avec plaisir : retrouver le froid. Au moment où je paye, quelque chose d'étrange se passe entre mes yeux, ma tête et mon coeur. Pourtant j'étais bien sorti de ce bus. Pourquoi m'emmène-t-il dans ce trou, dans ce ravin dont le fond recule pendant qu'avance la chute ? Je crois crier. Je crache un paquet de sang.

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeJeu 19 Fév 2009 - 18:17

un auteur que je ne connais pas/

mais le film "le salaire de la peur" oui vu plusieurs fois.

l'écriture me parait alerte, très mobile. Je note sur mon carnet.

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeMar 3 Mar 2009 - 22:13

extrait du Salaire de la peur :

Citation :
Johnny démarra comme un débutant. C'est tout juste s'il ne secoua pas la berline d'un coup d'embrayage trop nerveux. Il semblait tâter les pédales comme du sable mouvant, et les vitesses lui brûlaient les doigts. Devant eux la piste se déroulait bien à plat, tentante comme une autostrade n'eussent été ces saletés de rigoles. Les phares balayaient sous leurs roues jusqu'à deux cents mètres devant. Au tableau que le Roumain avait allumé à éclairage réduit, l'aiguille oscillait entre quinze et vingt à l'heure. Les deux premières vitesses avaient bien passé. Il en restait encore trois...
Une bande sableuse s'amorça. Ca paraissait bien lisse, il faudrait un coup de volant sacrément maladroit pour risquer un coup de roulis, une de ces glissades de côté qui ne menacent que dans les courbes. Or la piste s'en allait tout droit jusqu'au fond de l'horizon. Même au-delà des phares, on la distinguait, plus claire que le reste de la nuit, courant devant soi jusqu'à l'extrême bord du plateau, finissant dans le ciel circulaire.
- Vas-y, vieux. C'est le moment. Mets la gomme.
Johnny n'avait pas l'air bien décidé. C'est mollement, avec réticence, qu'il chatouillait l'acélérateur. Trente-cinq, quarante. Sur la quatrième, à si bas régime, le moteur lui aussi rechignait. Si l'autre ne bourrait pas franchement sur les vitesses c'était raté.
- Tu comptes y passer la nuit, en quatrième ? Bourre et saute à la cinq, vieux. Il te reste dix secondes et c'est fichu.
C'était fichu. L'aiguille redescendit en trois secousses. Porté par son élan, le truck tint encore la quatrième sur sa lancée. La main de Johnny hésita deux fois autour du levier ; il fit une petite grimace. Son pied indécis imprima deux ou trois mouvements de faible amplitude à l'accélérateur. Puis il renonça, capitula. Gérard fit appel à tout son calme :
- Arrête-toi un moment.

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeDim 3 Mai 2009 - 17:20

Les oreilles sur le dos

Revoyage en amérique latine. Jackie (Saint Simon) "tropical tramp" profite de sa correcte rémunération du moment, payé qu'il est à assassiner pour le compte des révolutionnaires communistes locaux. Seulement il y a trahison et le voilà en cavale avec son comparse Jimmy qui est un bon spécimen d'ordure. Ils partent avec Ramon petit gars, prostitué et en fuite lui aussi pour d'autres raison, recceuilli par pitié. Ils rejoignent Georges un anglais, ancien de la Navy. Du voyage aussi, Monica une prostitué qui a un faible pour Jackie. Un vol d'or avant de partir en camion à travers le désert pour essayer de rejoindre un port, puis l'Europe, peut-être. Se poser à l'arrivée avec Monica ça devient le rêve de Jackie. Ambuches, anicroches et affaires qui tournent mal dans la poussière le whisky et une chaleur étouffante.

Les premières pages demandent de se caler sur la narration proche des personnages mais prenant parfois un peu de recul et surtout sur la langue très imagée un peu argotique, jouant sur des tournures à la politesse savamment tournée mêlée d'injures et de réactions rapides.

Ryhtme soutenu et écriture vivace, attachant moment d'aventure. Spirituel bien que survolant de près la peur et le désespoir. C'est haut en couleur, ça a de la gueule et ça fait du bien.

Plus joyeux dans l'ensemble que les deux précédents, peut-être à cause de l'ambiance moins "précaire".

J'ai vu qu'il y avait eu une adaptation film ou téléfilm de la chose il n'y a pas trop longtemps avec Béatrice Dalle... ?

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeDim 3 Mai 2009 - 17:46

extrait (dommage que j'ai la flemme d'aller en piocher un autre dans le passage "réunion de conseil chez les révolutionnaires") :

Citation :
Quand Monica les rejoint, les autres ont déjà placé la cheddite et le bickford.
L'ennui, c'est qu'il y a trois maisons juste à côté du pont. On a beau ne pas avoir énormément de religion, il y a quelque chose d'un peu mesquin à faire sauter, pour sa propre sécurité, une vingtaine de pauvres diables en même temps qu'un pont, principalement lorsqu'on peut faire autrement. Sans compter qu'autant les gens de ce bled de Nouvelle-Grenade sont imbuvables dans les villes, autant les plus croquants sont gentils. Le contraire de la France.
Ce fut Jack qui, revolver au poing se dévoua. Le réveil fut plutôt du genre drôle. Les gars le regardaient d'un oeil ahuri, l'appelant "Señor". Ils semblaient très bien comprendre que c'était par humanité qu'on les tirait du lit, du hamac plus exactement.
Son colt lui donnant l'air niais, il le remit dans sa poche, leur recommanda la plus grande diligence, et de fiche le camp le plus loin possible. A l'autre baraque, même chose. A la maison suivante, on lui offrait le café. Un comble !
Lorsqu'il ressortit, son petit exode privé était fin prêt. Des ombres sortaient de tous les coins, avec des ballots sur le dos, des meubles même. Une chola portait sa table sur la tête, une autre quatre chaises. Pas un de ces mecs ne s'était seulement dit qu'on lui filait sa maison en pulvérisation dans l'espace pour des raisons de commodité personnelle, et que c'était cavalier. On les avait disjoints du sort du pont, ils ne voyaient que ça. Tout compte fait Jackie ne se sentait pas fier, on a ses moments ; et puis des mecs aussi complètement dénués de vacherie, c'est démoralisant. Un gosse se mit à brailler, puis un autre et un autre. Ils se répondaient, comme des coqs au matin. Ca ne pouvait manquer d'attirer l'attention de George et de Jimmy. Furieux, le Menteur éprouva le besoin d'explique rà haute voix ce qu'il pensait de tout ça. Il n'en finissait plus.
- ... Et au total qu'est-ce que ça chage ? trancha Jackie. Evidemment, ça ne changeait rien. Le pont sauté signalerait de toute façon leur passage, et cinq kilomètres plus loin, ils allaient s'engager sur les pistes du llanos : sable, herbe rase, vallonnements monotones, le vrai désert. Alors ?

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeDim 18 Avr 2010 - 22:10

La plus grande pente

Une nouvelle histoire de paumés conducteurs de camions au Venezuela... ironie, mécanique, couleur locale... qui tourne très vite à la folie furieuse façon course de camions sur route pourrie de la cordillère des Andes puis au jeu de massacre avec une troupe de truckers italiens, anciens soldats, toujours fascistes et équipés de beaux camions tout neufs... carrément sauvage et effrayant, heureusement de chaudes bouffées d'humanité aussi éreinté qu'elle soit permettent de retrouver son souffle, et le charme de l'auteur.

et là, surprise de lecteur non renseigné, cette plus grande pente n'est pas une nouvelle mais un ensemble de nouvelles, les suivantes sont plus courtes mais plus variées. L'amérique du sud est là mais aussi Paris et on croise d'autres professions comme huissier (G. Arnaud se marre à narrer une sévère dégringolade façon jargon d'huissier) ou comptable... l'occasion de montrer autrement certaines facettes de son univers et éventuellement de sa personne et de son métier d'écrivain, distancié, désabusé, un peu facile parfois mais jamais bête, et capable d'aller chercher un fond de beauté bien simple (amitié, amours un peu particulières... ) et mise à mal comme fil conducteur.

Bonne lecture, dépaysante et un poil effroyable qui complète en prime un peu le tableau et ce recueil Omnibus....

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MessageSujet: Re: Georges Arnaud   Georges Arnaud Icon_minitimeMer 21 Avr 2010 - 22:17

extrait de Exploit d'un huissier qui constata les Amériques :

Citation :
Je, huissier, m'assurai auprès du capitaine de ses diplômes de long-courrier avant que de l'interpeller sous réserves, lui réclamant ce que de droit jointes les assurances qu'il avait bien dirigé et entendait diriger le véhicule aquatique dont il déclarait assurer les fonctions de gérance et de direction tant technique que commerciale et autres, selon qu'il était et demeurait convenu, à savoir qu'il prendrait à main droite au sortir du Canal de Panama et suivrait les terres dont ci-après descriptions que je certifie relevées de ma main au long des registres tenus par les Conservateurs des Hypothèques des divers chefs-lieux, bourgs et lieudits énumérés chacun en ce qui le concerne et dans l'intérêt des diverse parties présentes ainsi que prescrit par le Code de la Route maritime et consulaire en ses Livre, titre, article, paragraphe, ligne et mot régissant la mer et les rochers. Sur la réponse infiniment et réitérativement affirmative qu'il fit à mes interpellations véhémentes et sincère, que je renouvelai d'heure en heure durant le délai de quinze jours que dont se satisfait la jurisprudence telle qu'établie en un arrêt de la Cour en dont minutes annexées jointes à la suite, la nacelle de fer où je, huissier, agissais instrumentant comme il est dit, entra dans le port appelé Ensenada que les sieurs Schrader et Gallouédec et Vidal et de Lablache ayant tous quatre exhibé leurs titres et qualités et le déclarant bien connaître me certifièrent se trouver le plus septentrional des Etats du Mexique. Ladite nacelle métallique entrant dans ledit port Ensanada manqua d'abord s'y fracasser par suite d'un mouvement d'humeur du Captaine ainsi déclaré parlant à ma personne, lequel mouvement d'humeur il se montra incapable de m'expliquer nonobstant mes instances et insistances les plus pressantes mais éprouvant à s'exprimer de dommageables difficultés dues à l'afflux du sang dans les veines de la face comme et concurremment une augmentation du ryhtme respiratoire dont j'estimai qu'il paraissait sembler devoir être approximativement d'environ cinquante-cinq aspirations par minute et de cinquante et une expriations seulement pour le même laps de temps, lequel malaise dissipé pour partie mondit capitaine m'invita à quitter sur-le-champ son bord, à quoi j'obtempérai sans désemparer ni divertir à d'autres tâches dans l'intérêt évident de ma partie. M'étant assuré que ledit port se disant Mexicain jouissait bien véritablement en son nom et profit et de façon bourgeoise du plein statut de l'alléguée nationalité, de sorte que ma compétence territoriale était authentiquement, sincèrement et librement reconnue, sans réserve de quelque nature soint contondante ou redondante et sous réserve, j'instrumentai conformément aux lois, usages et règlements d'administration régissant la matière.

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