Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
Accueil*Portail*RechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 Marcus Malte

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Bédoulène
Abeille bibliophile


Messages : 17335
Inscription le : 06/07/2007
Age : 71
Localisation : Provence

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 20 Nov 2016 - 23:40

Le garçon

C'est l'histoire d'un garçon, sans nom, sans parole, de son  initiation quotidienne  à l'humain, à l'amour, à la guerre,  à tout ce qui compose une vie.  "Eux savent, pas lui"

C'est une très bonne lecture : j' ai apprécié l'initiative de l'auteur de dresser à chaque chapitre l'état des évènements de l'année de référence (ce qui permet un rappel de faits connus ou de découvertes) ce qui dans la première partie révèle l'ignorance du Garçon.

Lors de la première guerre mondiale, c'est par les lettres d' Emma, notamment,  que l'auteur fait passer son sentiment vis à vis de la guerre "patriotisme frelaté" . Il ajoute après citation des cousinages et fratries des dirigeants des pays : "C'est donc une histoire de famille. On lave son linge sale : 19 millions de morts. Et l'on se demande encore de quoi est venu se mêlé Poincaré !"[/color]

C'est un hommage de l'auteur que de citer sur plusieurs pages, les noms, nationalités des Légionnaires morts à Souain (Marne), ces étrangers qui ont défendu la France. Mais aussi à travers eux tout ceux qui nourrissent la guerre.

De saisissantes scènes de bataille, illustrant l'absurdité et l'inanité de la guerre.

Spoiler:
 


Il me faut aussi parler de l'amour, celui qui lie Emma et le  Garçon (qu'elle nommera Félix), c'est ensemble qu'ils s'initieront et qu'ils s'évaderont sur des chemins inconnus révélés par leurs lectures de textes sur la sexualité,  l' érotisme, voire plus, d'Hugo à Sade.

L'écriture se fait puissante dans les descriptions de la guerre, du jeu au piano, dans les lettres d'Emma et très imagée dans les relations amoureuses.

La composition des chapitres est cohérente, les introductions intéressantes ; quelques fulgurances qui trompent la justesse du rythme pour un plus profond ressenti.

Extraits

C'est un temps de mue. Corps et âme. Les poils chassent le duvet et la lucidité déchire de ses griffes acérées le voile de l'innocence - et la voilà qui pointe à travers les lambeaux son triste museau d'huissier. C'est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l'existence : nombre de ravages et quelques ravissements.

Elle joue depuis plus de trois heures, bien que l'on ait scrupule à appeler ça jouer. Elle répète. Elle s'acharne. Davantage qu'en mélomane c'est en croisé qu'elle parait agir. C'est sa foi, sa guerre, c'est sa manière de les concevoir et c'est ce qui fait courir ses mains sur le clavier. Sa pénitence aussi. Quand d'aucuns parcourent à genoux leur chemin de croix, elle laboure le sien à la force du poignet. Elle martèle. Il se peut qu'elle n'en soit pas pleinement consciente, mais le serait-elle que même sous la torture elle ne l'avouerait pas.

Aussi sec elle repart à l'assaut, toutes griffes en avant, qu'elle plante rageusement dans la large gueule béante comme pour lui arracher ce sourire plein de dents et de chicots qui la défie. Une partition s'étale sur le pupitre mais elle ne la regarde pas. La pénombre confond notes et portées. Elle n'en a pas besoin. Ce qu'elle voit c'est au-delà.

S'il y a une chose qui fait le liant dans la recette de la nation, c'est bien le pinard. Car en plus de tout soigner, de tout guérir, le vin est le breuvage patriotique. On méprise les Germains buveurs de bière. On se défie des buveurs d'eau d'où qu'ils sortent. Le vin seul, seul le vin.

Et Merthens, le Belge. Vierge et obsédé. C'est un obus de 77 qui lui prendra son pucelage dans les parages de Suippes.

Tandis que les batteries dévastent la terre de Picardie, retentissent dans la capitale les coups de cymbales des big bands. Louise Michel ? Non, mieux : Louis Mitchell's Jazz Kings. Révolution musicale ! Ca décoiffe dans le no man's land. Ca swingue dans les barbelés. On parle de deux cent mille morts en trois mois côté français. On parle de trois millions sept cent mille francs de recettes au Casino de Paris.

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche


Dernière édition par Bédoulène le Lun 28 Nov 2016 - 10:42, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Lun 21 Nov 2016 - 9:20

Je suis en train de le lire et je suis impressionnée par ce livre, je le trouve magnifique!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
Bédoulène
Abeille bibliophile


Messages : 17335
Inscription le : 06/07/2007
Age : 71
Localisation : Provence

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Lun 21 Nov 2016 - 9:56

tant mieux, tu pourras ainsi compléter mon petit commentaire. content

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bédoulène
Abeille bibliophile


Messages : 17335
Inscription le : 06/07/2007
Age : 71
Localisation : Provence

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Mar 22 Nov 2016 - 7:26

Un beau personnage que celui d'Emma, physiquement et moralement.

ce livre méritait une LC tant il y a à dire !

Extraits

"Il est libre.
Il n'a pas le droit de quitter le territoire. Il n'a pas le droit d'y exercer la plupart des métiers. Il n'a pas le droit de pénétrer dans la plupart des établissements. Il n'a pas le droit de s'asseoir sur un banc public. Il n'a pas le droit de fouler le gazon d'une promenade. Il n'a pas le droit de voler.
Il est libre."

Il voit l'homme penché sur un tas informe et qui se redresse et qui fait signe, qui agite la main comme pour dire aurevoir, adieu. C'est un petit être de boue, marron et bleu. Un homoncule. Un farfadet. Adieu. Adieu. De part en part un projectile lui traverse le cou. Il voit la ligne se briser. Il voit la source jaillir, pisser l'écarlate. Il voit le képi de guingois. C'est une farce. Il le voit qui gesticule. Il le voit qui s'écroule avec son costume comme les djinns du désert sur la scène de l'opéra."

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 11:02

Le garçon

Cela va être dur de parler de ce livre, qui restera dans mon top de l'année 2016, et dont il me paraît difficile de traduire la flamboyance.

C'est toute la vie de ce personnage étrange, définitivement mutique, qui ne sera jamais nommé par l'auteur que par « le garçon ». On le découvre au sortir de 14 années d' « enfant sauvage » et qui, le corps de sa mère emporté par le bûcher qu'il a minutieusement construit, s'apprête à découvrir le monde, et y découvre les hommes, et par là tout ce qui fait la "civilisation" : le travail et l'exploitation, puis la camaraderie et la douceur, avant l'amour et l'art et pour finir la guerre et le désespoir.

Et il vit une éblouissante histoire d'amour avec une jeune femme pure, fantasque, étanche à tout préjugé dans un érotisme débridé exalté par les mots, la littérature et la musique. A la guerre il fournit un engagement total; il y retrouve l'hostilité et l'exaltation de sa vie sauvage, mais y décerne désormais une cruauté et un non-sens qui le laisseront dévasté à jamais.

Pourtant suivi au jour le jour au fil des 530 pages, ce garçon muet nous reste inconnaissable, autrement que par ses choix, et ses actes. On le prend en sympathie, sympathie matinée parfois de frissons d'horreur, il exerce une étrange fascination, mais il nous reste un prodigieux mystère.

Marcus Malte nous raconte cela dans un style inimitable, alternativement haletant et doux, avec un point de vue décalé, un quant-à-soi de conteur réjoui et impertinent. Sa phrase prend aux tripes, emporte dans des situations d'un poétique, d'un pathétisme maîtrisé. L'érotisme nous embarque dans un bel éclat de rire, la guerre nous traîne dans son habituel lot de bruit, de boue et d' obus , on y est, dans une intimité absolue avec le personnage et son groupe de combatatnts.

L'auteur a le goût des listes, il intercale quelques chapitres énumératifs, des événements mondiaux astucieusement choisis, mais aussi 10 pages énumérant les soldats morts les 28 et 29 septembre à Souain: car il ne faut pas que raconter, il faut aussi nommer (Marie, si tu me lis, ce n'est pas toi qui me contrediras).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 11:04

Bédoulène a écrit:

Habilement l'auteur introduit le Caporal Cendrars dans l'histoire ainsi qu'un peintre Allemand mais que je n'ai pas reconnu.

Bédoulène, le soldat allemand qui fait des aquarelles dans la forêt, c'est

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 11:07

Pendant la guerre il a bien fallu lui donner un nom. Emma, la femme qui l'aime, à la folie, et veut le voir revenir, le nomme Mazeppa.



Wikipedia a écrit:
Mazeppa est un poème narratif romantique écrit par George Gordon Byron en 1819, inspiré de la légende populaire d’Ivan Mazepa (1639-1709), un noble ukrainien. Selon le poème, le jeune Mazeppa, alors qu’il était page à la cour du roi Jean II Casimir Vasa, a noué une relation amoureuse avec une comtesse nommée Théresa, mariée à un homme plus âgé. Ce dernier l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère, Mazeppa est attaché entièrement nu, le corps enduit de goudron, sur le dos d'un cheval sauvage qui l'emporte au fin fond des steppes ukrainiennes. Le poème décrit la journée du héros attaché au cheval.

Vue d'ensemble

Le poème s'ouvre sur une scène de défaite à la bataille de Poltava, où battent en retraite les armées de Mazeppa et du roi suédois Charles XII, face aux Russes, victorieux. Épuisés, ils dressent un camp pour la nuit (strophes 1 et 2). Le roi se dit admiratif des talents de cavaliers de Mazeppa, qui lui dévoile son histoire, sa jeunesse (strophe 4).

Le poème change de forme narrative et passe à la première personne du singulier, se mettant dans la tête de Mazeppa. Celui-ci raconte sa jeunesse et son service en tant page à la Cour du roi Jean II Casimir de Pologne (strophe 4). Il narre la manière dont il a fait la connaissance de Theresa, une jolie jeune femme orientale qui « avait des yeux asiatiques. » Elle était mariée à un comte de trente ans son ainé. Cela ne découragea pas Mazeppa, qui tomba passionnément amoureux de Theresa, et qui fut incapable de contrôler ses sentiments. Ils se rejoignirent la nuit, afin de consumer leur amour. Toutefois, les gardes du Comte les surprirent ensemble, et les amenèrent au comte. Celui-ci ordonna alors une peine cruelle et inhabituelle : Mazeppa sera attaché dans sa tenue d'Adam à un cheval de course, lâché en liberté à sa libre volonté (strophe 9). Les strophes 10 à 18, la folle fuite du cheval à travers l'Europe de l'Est, soulignant la douleur, la souffrance et le désarroi, ressentis par Mazeppa. Malheureusement, le cheval semble détenir une énergie sans limite, et Mazeppa côtoie la mort à deux reprises, puisqu'il se décrit lui-même, dans la strophe n°13, « face au visage de la mort. » Cependant, il retrouve une once d'énergie lorsque le cheval traverse une rivière. La strophe n°18 achève le récit par une description d'une « maladie glaciale » et de sa vision d'un corbeau le survolant, près à se nourrir de son cadavre. Cependant, la strophe n°19, Mazeppa se réveille et se découvre dans un lit, ses plaies bandées, soignées, par une « servante cosaque. »

Dans la dernière strophe, la narration de Mazeppa prend fin. Le poète-narrateur décrit Mazeppa préparant son lit pour la nuit, le roi s'étant déjà endormi...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 11:08

J'ai oublié de dire que les pages qui décrivent l’antimilitarisme d'Emma ont trouvé en moi un résonance particulière après la lecture des Thibault de Roger Martin du Gard.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
églantine
Zen littéraire


Messages : 6797
Inscription le : 15/01/2013
Age : 51
Localisation : Peu importe

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 13:11

intense reflexion Face à tant d'enthousiasme je vais peut-être l'acheter car la médiathèque n'est pas prête à l'acheter et concernant la BDP il est réservé pendant des mois .

_________________
«Le chemin du milieu, c'est le seul qui ne mène pas à Rome»  
Schonberg:  
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bédoulène
Abeille bibliophile


Messages : 17335
Inscription le : 06/07/2007
Age : 71
Localisation : Provence

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 15:50

Spoiler:
 

Le passage avec l'hongre dans la guerre émouvant (un moment de tendresse dans la barbarie)

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche


Dernière édition par Bédoulène le Dim 27 Nov 2016 - 18:16, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 17:47

Spoiler:
 

Je ne sais pas si H... aurait pu peindre dans les bois, mais je crois bien que c'est ce que Marcus Malte a imaginé.

(Bédou tu devrais mettre un spoiler)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
Bédoulène
Abeille bibliophile


Messages : 17335
Inscription le : 06/07/2007
Age : 71
Localisation : Provence

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Dim 27 Nov 2016 - 18:16

oups oui, ça y est !

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Bédoulène
Abeille bibliophile


Messages : 17335
Inscription le : 06/07/2007
Age : 71
Localisation : Provence

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Lun 28 Nov 2016 - 10:46

La vie continue insouciante dans les grandes villes, notamment Paris, comme si la guerre n'existait pas, j'ai retrouvé cette mise en évidence dans plusieurs lectures sur la même période

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
shanidar
Abeille bibliophile


Messages : 10912
Inscription le : 31/03/2010

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Lun 28 Nov 2016 - 10:49

Je viens de le réserver. Merci les filles !

_________________
le mot silence est encore un bruit G. Bataille
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
topocl
Abeille bibliophile


Messages : 11733
Inscription le : 12/02/2011
Age : 56
Localisation : Loire

MessageSujet: Re: Marcus Malte   Lun 28 Nov 2016 - 13:07

Chouette!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Marcus Malte   Aujourd'hui à 2:51

Revenir en haut Aller en bas
 
Marcus Malte
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Civette d'escale à Rome et Malte
» A l'eau?
» Malt d'orge
» Photos en live des ports dans le monde (webcam)
» Restos préférés ou belles découvertes : partageons nos adresses

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature française (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: