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 William Trevor

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Avadoro
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MessageSujet: Re: William Trevor   Jeu 31 Mai 2012 - 19:21

Cet été-là

Un roman d'une forte intensité, à l'image de Lucy. Cependant, William Trevor n'offre cette fois-ici aucun pic dramatique et l'émotion surgit au fil des pages, par un geste, un regard, ou une pensée fugitive.
En multipliant les points de vue, l'auteur saisit la fragilité d'un quotidien et la grâce brève des relations. La poésie immuable des lieux enrichit des souvenirs, et marque à jamais de son empreinte le poids d'un vécu qui suffit à lui-même. La rencontre est alors une révélation d'une beauté qui semblait avant nous échapper....
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Avadoro
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MessageSujet: Re: William Trevor   Lun 9 Juil 2012 - 18:55

Mourir l'été

William Trevor entremêle ici drames familiaux et histoires individuelles se rejoignant en parallèle. Le dispositif laisse ainsi davantage l'impression d'une artificialité, mais la simplicité et la clarté de l'écriture renverse très vite des réserves. C'est l'occasion d'insister sur des non-dits, des silences qui forment autant de fêlures que les protagonistes doivent espérer dépasser. Le récit trouve une résonance dans chaque détail, et la justesse délicate du style permet de saisir la violence et la brutalité d'émotions qui portent la marque d'un héritage rempli par le manque.
Mourir l'été n'est sans doute pas la meilleure porte d'entrée dans l'univers de Trevor, mais constitue un prolongement remarquable dans l'appréhension d'une oeuvre.
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darkanny
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 3 Aoû 2012 - 17:36



Avalé ce romans en quelques jours à peine tant l'histoire et le style font corps et laissent apparaître un romancier talentueux.

C'est le récit d'une vie douloureuse, celle d'une jeune femme Marie-Louise, issue de la campagne irlandaise dans les années 50, qui se marie à 21 ans avec un drapier de 14 ans son aîné, falot, médiocre. Mais ce serait trop facile de le réduire à ce triste personnage, comme ce serait facile également de réduire Marie-Louise à la femme soumise et respectueuse qu'elle semble être.

Il est bien plus difficile de cerner les raisons qui ont poussé Marie Louise à ce mariage, qui s'avérera une erreur tragique, concrétisée par un voyage de noces désastreux (et là je n'ai pu m'empêcher de faire un rapprochement avec le roman de Ian McEwan: Sur la plage de Chésil).

Rien ne transparaît, ni de la souffrance de Elmer son mari, ni de la résignation muette de Marie Louise devant ce naufrage.
Les deux belles soeurs de marie Louise vont pouvoir orchestrer la suite et précipiter le couple dans un abyme sans fond.

Les personnages du roman, les parents de marie Louise, sa soeur Letty pourtant plus perspicace et plus armée, son frère James, personne ne pourra arrêter cette machine infernale, dont le dénouement conduira Marie-Louise à la clinique psychiatrique.

Les chapitres alternent les épisodes précédant la sortie de Marie-Louise de la clinique psychiatrique et les événements qui traversent sa vie de couple, si brève et en même temps si longue à ses yeux.

C'est d'une facture classique, mais le roman met bien en évidence la détresse de certaines femmes (et hommes) devant le poids des conventions sociales, le manque de préparation à la vie, la difficile cohabitation des uns et des autres, l'impossibilité de communiquer sa détresse et à parler de soi tout simplement, l'empêchement du sentiment amoureux.

On voudrait que marie-Louise crie, mais elle va choisir de simuler la folie comme moyen de révolte, et pourquoi pas finalement ?

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Marko
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 3 Aoû 2012 - 17:44

Et une lecture prochaine, une!

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darkanny
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 3 Aoû 2012 - 18:09

Je le recommande, c'est un très beau livre.
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domreader
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 3 Aoû 2012 - 19:06

darkanny a écrit:
Je le recommande, c'est un très beau livre.

William Trevor est un de mes auteurs préférés. J'aime les univers qu'il sait créer, et chose rare, il se renouvelle à chaque fois.

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darkanny
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 3 Aoû 2012 - 19:12

Je vais poursuivre avec lui, c'est sûr.
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domreader
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 30 Nov 2012 - 20:47

Cet Eté Là
Love and Summer
William Trevor


Encore un court roman tout à fait remarquable de William Trevor. Un roman où le temps semble s'arrêter pendant un été dans la petite ville de Rathmoye.

Ellie s'est mariée avec Dillahan, un fermier du coin. Elle avait été placée chez lui après qu'il fut devenu veuf, puis elle l'avait épousé plus par raison que par amour, parce qu'il le lui avait proposé. Un été, Ellie rencontre Florian Kilderry, un jeune homme d'un village voisin. Tout d'un coup, sa vie si simple, si routinière, si prévisible est bouleversée par les sentiments.

Une histoire simple, courte, aussi courte qu'un été irlandais ; le temps s'y étire pourtant au fil des jours de cet amour tout juste né et autour de personnages dont la rencontre avec la vie n'a pas eu lieu. Un roman sur ce qui aurait pu être.



_________________
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Aeriale
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MessageSujet: Re: William Trevor   Jeu 17 Jan 2013 - 13:45

-Cet été là-



Domreader a écrit:
Comme j’aime William Trevor, son écriture précise, parcimonieuse, économe, un peu elliptique, celle qui suggère plutôt qu’elle ne dit. J’aime sa façon de reconstruire le temps, sans apparente linéarité et de bâtir ses personnages, à petits coups de brosse comme s’il ne faisait que les effleurer alors qu’il va profondément dans les âmes visiter leur douleur avec art et précision. Quelle élégance !

Dom a tout a fait résumé ce qui donne de la noblesse à ce roman, où pourtant il ne se passe pas grand chose. Un enterrement d'une notable d'une petite ville irlandaise, un inconnu qui photographie l'évènement, des villageois qui se questionnent, une jeune fille trop sage mariée à un fermier du coin et qui se prend à rêver d'ailleurs. Il y a de ci de là des secrets, des drames à peine évoqués, pas toujours élucidés, mais qui permettent de situer l'esprit des personnages et celui d'une communauté, repliée sur elle même et rendue suspicieuse. Il y a aussi les travaux des champs, le quotidien à la ferme, le déjeuner que l'on sert à la pension, les menus faits et gestes que l'auteur prend le temps de noter pour mieux nous imprégner de cette vie rurale et en mesurer leur importance. Et puis il passe à autre chose, multiplie les voix, les pensées diffuses, revient à son sujet, l'histoire d'Ellie amoureuse de Florian dont elle ne connait rien...

Cela parait simple et lisse, ça ne l'est pas vraiment. L'auteur a l'intelligence de ne pas s'appesantir, et distribue l'air de rien des indications qui nous éclairent autant qu'elles nous perdent. Tout comme ce personnage de bibliothécaire un peu braque qui parcourt le village en distribuant des feuillets, preuve de son ancienne vie tant il est persuadé que rien n'a disparu. Est-il fou ou plutôt visionnaire?

De son écriture limpide et pudique, à sa manière lente et tranquille, William Trevor nous balade au coeur des passions humaines en nous laissant une une petite lucarne ouverte. Pas d'éclat, pas de pathos, la fin est d'une sobriété et d'une justesse désarmantes. Rien ne parait important et tout l'est dans ce roman, il faut juste reculer de deux pas et voir l'histoire dans son ensemble, se prendre aux jeux des correspondances car il y en a beaucoup.

Roman sur ce qui n'est plus, sur ce qui aurait pu être, comme le dit Dom, la fascination des personnages pour ce qu'ils ont perdu m'a interpellée. Chacun à leur façon s'accrochent à un passé dont il ne reste que des lambeaux. Des traces noirâtres sur le béton, des documents que l'on trimballe, des demeures qui se vident et des valises que l'on jette à la rivière. Mister Trevor sonde les âmes avec extrêmement de finesse et un rien de désuet. J'y reviendrai c'est sûr!

Citation :
Presque chacun de ses mots sonnait faux aussitôt qu'il l'avait prononcé et, l'espace d'un instant, il eut la sensation que sa place se trouvait dans le monde de prédateurs qu'il s'était créé, qu'il était lui-même une variante de leur cruauté. Il avait pris ce qu'il y avait prendre, avait, une nouvelle fois, exorcisé le fantôme qiui le harcelait. Et ce faisant, malgré la tendresse, malgré l'affection qu'il éprouvait pour cette fille qu'il connaissaiut à peine, il avait transformé la vie de cdelle-ci en enfer.
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domreader
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 18 Jan 2013 - 20:20

Aeriale a écrit:
-Cet été là-

J'y reviendrai c'est sûr!

Je suis contente qu'il te plaise William Trevor !!!

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églantine
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 7 Fév 2014 - 11:39

Avadoro a écrit:
Cet été-là


En multipliant les points de vue, l'auteur saisit la fragilité d'un quotidien et la grâce brève des relations.
Exactement Avodoro , mais cette multiplication de points de vue m'a donné un sentiment d'éparpillement : et j'avoue avoir eu des difficultés à embrasser l'ensemble du livre pour y trouver l'harmonie .

Aeriale a écrit:
-Cet été là-



Domreader a écrit:
 J’aime sa façon de reconstruire le temps, sans apparente linéarité  

Dom a tout a fait résumé ce qui donne de la noblesse à ce roman, où pourtant il ne se passe pas grand chose. Un enterrement d'une notable d'une petite ville irlandaise, un inconnu qui photographie l'évènement, des villageois qui se questionnent, une jeune fille trop sage mariée à un fermier du coin et qui se prend à rêver d'ailleurs. Il y a de ci de là des secrets, des drames à peine évoqués, pas toujours élucidés, mais qui permettent de situer l'esprit des personnages et celui d'une communauté, repliée sur elle même et rendue suspicieuse. Il y a aussi les travaux des champs, le quotidien à la ferme, le déjeuner que l'on sert à la pension, les menus faits et gestes que l'auteur prend le temps de noter pour mieux nous imprégner de cette vie rurale et en mesurer leur importance. Et puis il passe à autre chose, multiplie les voix, les pensées diffuses, revient à son sujet, l'histoire d'Ellie amoureuse de Florian dont elle ne connait rien...


Mister Trevor sonde les âmes avec extrêmement de finesse et un rien de désuet. J'y reviendrai c'est sûr!

Citation :
Presque chacun de ses mots sonnait faux aussitôt qu'il l'avait prononcé et, l'espace d'un instant, il eut la sensation que sa place se trouvait dans le monde de prédateurs qu'il s'était créé, qu'il était lui-même une variante de leur cruauté. Il avait pris ce qu'il y avait prendre, avait, une nouvelle fois, exorcisé le fantôme qiui le harcelait. Et ce faisant, malgré la tendresse, malgré l'affection qu'il éprouvait pour cette fille qu'il connaissaiut à peine, il avait transformé la vie de cdelle-ci en enfer.
Oui ce charme désuet m'a donné le courage d'aller jusqu'au bout de ma lecture , mais je crois que ce tableau presque impressionniste de ce bourg Irlandais , sous la plume de William de Trevor qui semble étirer le temps jusqu'à l'ennui m'a lassée : la passion d'Ellie pour cet homme de passage est noyée dans cette langueur .
Deux personnages , hormis les deux amoureux , semblent se dégager pour apporter une intensité particulière et un regard sensible sur cette "histoire d'amour secrète ": celui de ce "fou errant" dont parle Aériale et Miss Connulty , une femme meurtrie par la vie et dans une névrose profonde , deux êtres en marge , reliés aux autres plus par des sortes d'ondes vibratoires que par l'intellect .
Je suis certes un peu déçue car "En lisant Tourgueniev" m'avait emportée ...Mais il ya longtemps et peut-être que mon appréciation, d'aujourd'hui serait différente .
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Marko
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 25 Juil 2014 - 17:50

Les enfants de Dynmouth


Timothy Gedge est un adolescent imaginatif, mal aimé et solitaire, qui vit à travers les autres, les observe, voudrait gagner leur sympathie tout en les manipulant de façon perverse… Certains habitants de Dynmouth, petite ville de bord de mer, vont en faire l’expérience.

William Trevor sait faire vivre cette communauté à travers mille petits détails qui animent autant les lieux que les personnages avec beaucoup de relief. On a le sentiment de pénétrer l’intimité et la pensée d’un vieux capitaine retraité, d’un pasteur et de son épouse, de deux enfants de 12 ans nés du même père… Et surtout il réussit formidablement le portrait de cet adolescent dérangeant dont la parole semble à la fois fantasmer et révéler les secrets ou l’inconscient des uns et des autres. Il distille son venin avec le sourire et une détermination ludique… Chacun prenant progressivement conscience qu'il construit sa vie sur des illusions et des apparences.

L’intrigue est assez simple et chorale mais les vérités s’effritent peu à peu comme la morale qui se révèle très ambiguë. Le propos est subtil, intéressant et le final ouvert, touchant et finalement assez lumineux par son absence de manichéisme et de déterminisme réducteur.

On le lit comme un thriller inquiétant et on y approche une dimension humaine plus profonde. Une réussite qui me donne envie de mieux découvrir cet auteur dont vous dites tant de bien et dont j’aimais l’adaptation par Egoyan du Voyage de Felicia. Timothy Gedge est un personnage inoubliable, à la fois cauchemardesque et pathétique.

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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 25 Juil 2014 - 18:40

Marko a écrit:
On le lit comme un thriller inquiétant et on y approche une dimension humaine plus profonde. Une réussite qui me donne envie de mieux découvrir cet auteur dont vous dites tant de bien et dont j’aimais l’adaptation par Egoyan du Voyage de Felicia. Timothy Gedge est un personnage inoubliable, à la fois cauchemardesque et pathétique.

Merci pour ton commentaire Marko, ce sera sans doute mon prochain de cet auteur! Comme toi j'apprécie sa façon subtile de pénétrer dans ces différents univers. Un auteur plein de finesse!

Je regarderai l'adaptation une fois lu le roman, j'aime beaucoup Atom Egoyan ;-)
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Marko
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MessageSujet: Re: William Trevor   Ven 25 Juil 2014 - 19:18

Le Voyage de Felicia était son dernier film de relative qualité avant une baisse de régime décevante. Le roman doit être très bon. Il a l'air d'aimer ces zones frontières et troubles entre bien et mal.

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MessageSujet: Re: William Trevor   Mar 23 Sep 2014 - 8:37

Les enfants de Dynmouth .


Dans les années 70 , au sein d'une station balnéaire du sud de l'angleterre ,William Trevor plante son décor dans  tout ce qu'il ya de plus charmant , de plus coquet , de plus "propre sur soi" et de bien pensant : un vague ennui pourrait même se dégager des premières pages du roman ....

Mais très vite , nous voilà appelés à nous intéresser plus précisemment à Timtohy Gedge ..........Par ce qu'il dénote cet ado dégingandé , vêtu de jaune sale , dont on apprend rapidement qu'il fait partie de ces enfants élevés à la "vas-y-que je te pousse" : On le suit dans ces errances , on s'apitoie  , on souffre d'empathie .....Au fil des pages absorbées avec une vitesse grandissante , curieux que nous sommes lecteurs du devenir de notre anti-héros , graine de looser , un doute s'immisce : c'est que derrière ses paroles affables et son sourire , ses excenticicités désarmantes , ses facéties attendrissantes , Thimothy semble abriter une personnalité plus ....trouble , voire inquiétante ....

Et dès lors on s'agace quelque peu , on se prend à le détester ce sale gosse des rues qui met son nez partout , insidieux , et menaçant ....C'est qu'il semblerait vouloir semer le trouble  , c'est qu'il va fouiner partout et qu'il dérange le bougre avec ses menaces au chantage ...tout ça pour obtenir quelques éléments de décor pour mener à bien son projet théatral   comico-morbide pour ce concours annuel des jeunes talents auquel il participe   !  C'est qu'il devient franchement désagréable , on en viendrait presque à le détester .... Il  faudrait que ça cesse mais le mal est fait ; pris dans le piège de William Trevor , il ne restera plus au lecteur qu'à poursuivre sa lecture ,  voyeur ....de cet exemple de perversité atrocement dérangeante !
Thimothy utilise une sorte d'intuition , de perception sensorielle pour pénétrer dans les âmes torturées et distiller le doute , réveiller les douleurs enfouies , abolir le déni et tous les garde-fous que chacune de ses victimes a mis en place pour se protéger du regard d'autrui et du sien propre aussi et surtout ....Et semer la zizanie au sein de ce microcosme qui fonctionnait si bien avant !
La fin est  une porte ouverte à tous les possibles balayant toutes forme de manichéisme attendue  : c'est certainement celle-ci qui apporte un prisme intéressant !
Tout comme Barbara Pym , mais sans aucune forme de cynisme et de satyre , William Trevor soulève l'envers du décor à travers son personnage catalyseur : on y voit beaucoup de noirceur , de souffrances et de forme de survie psychologique....Avec habileté , grand finesse et une forme ludique surprenante de la part de cet auteur , c'est un immense champ de réflexion sur les relations humaines , sur la construction de la personnalité , sur la notion de bien et de mal , sur la fragilité de la structure sociale .....
Très bon moment de lecture .

_________________
«Le chemin du milieu, c'est le seul qui ne mène pas à Rome»  
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