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 Louis Calaferte

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darkanny
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Jeu 16 Sep 2010 - 17:57



Le genre de bouquin qui décoiffe tout au passage.
Un adolescent (Calaferte lui même ) , dans son village banlieue , zone de déshérités , de mal-nés comme il dit , pauvreté , alcoolisme , violence à tout niveau , sur les êtres , sur les animaux , rien ne manque .
Un tableau d'une noirceur telle qu 'un autre auteur aurait pu peut-être rendre indigeste , mais ici , on est véritablement dans un Requiem au sens littéral du terme : prière , chant pour les morts .
D'ailleurs , nombre des phrases de Calaferte , par le rythme et le martèlement , je les aurais bien vues chantées par un rappeur , mais un bon , très bon même .

On sent la même forme de révolte , la même déshérence , et le besoin d'aligner les mots , les phrases en de ne pas s'arrêter.

L'univers de Dickens notamment à travers l'histoire d'Olivier Twist paraît enchanteur en comparaison , c'est dire la force du texte et surtout le contexte social qui nous est décrit.

En lisant ce livre , je pensais plutôt à l'atmosphère du film de Pasolini : Mamma Roma , d'ailleurs j'étais persuadée que l'action se situait en Italie, avec cette pauvreté caractéristique des zones périphériques sacrifiées de Rome des années 50.

Une lecture poignante , déchirante même , où les notes de gaieté et de beauté tout court sont très rares , mais il y en a , c'est presque magique.

Mais le texte est d'une force , c'est vraiment rare de lire des choses pareilles.





Dernière édition par darkanny le Jeu 16 Sep 2010 - 19:13, édité 1 fois
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chrisdusud
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Jeu 16 Sep 2010 - 19:09

Je ne sais pas si tu as lu nos posts sur Septentrion mais je vois que l'on retrouve dans Requiem le "style "Calaferte.

Je n'ai pas encore lu Requiem...
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darkanny
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Jeu 16 Sep 2010 - 19:27

Si , j'ai lu tout le fil , ça m'intriguait quand même cet auteur.
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Ven 24 Déc 2010 - 13:48

Requiem des Innocents
Louis Calaferte


Je ne refais pas le résumé de ce livre que l'on trouvera, plus haut dans le fil. Juste quelques impressions.

Constance a écrit:
Nombre de lecteurs ont été rebutés, voire horrifiés par la lecture de "Septentrion", y voyant une charge misogyne contre les femmes, Calaferte en a souffert car il le considérait comme une liquidation thérapeutique de l'homme qu'il avait été (propos de son ami Patrice Delbourg), d'où son récit chaotique qui peut surprendre ...

C'est vraiment ainsi que j'ai lu et ressenti le Requiem, comme une 'liquidation thérapeutique de l'homme qu'il avait été', un besoin d'évacuer, presque de vomir tout ce passé, mais pas de l'oublier. C'est un livre fort qui, non seulement à cause de ce qu'il raconte mais aussi de part son style très particulier, syncopé, martelé.

Personnellement, je trouve le titre superbe, surtout le mot 'Innocents', je me suis d'abord demandée pourquoi il parlait d'innocents, alors que le premier réflexe est de les classer dans la catégorie 'salauds' tant ce que peuvent faire ces enfants est immonde; aucun n'a la moindre conscience du bien ou du mal, ils survivent dans l'oisiveté, la béance affective et un no man's land éducationnel/culturel, car aucun adulte autour d'eux n'est en mesure de s'en préoccuper ou de servir de modèle positif - dans le contexte on peut f'ailleurs se demander ce que 'positif' veut dire. Ces mômes deviennent donc 'innocents', des graines qu'on laisse pousser seules et dont les fruits dégénèrent de génération en génération. C'est cela la grande misère.
Calaferte a pu prendre du recul sur ce vécu d'enfance, grâce à l'éducation, mais quand je lis ce que vous dites de 'Septentrion', on se dit qu'il est marqué très profondément par son histoire, et qu'il ne s'en remet pas, même s'il est en mesure de la raconter par l'écriture.

Septentrion sera certainement mon procahain Calaferte.

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animal
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Ven 28 Jan 2011 - 23:00

Rosa mystica

quatrième de couverture a écrit:
L'auteur de Septentrion nous offre cette «biographie spirituelle», dans laquelle il essaie de cerner les fluctuations de la sensibilité secrète d'un homme. Qui est cet homme ? Il aurait pu annoncer son retour, entretenir des rapports de bon voisinage, renouer avec une ancienne maîtresse. Mais il préfère la solitude. Il s'est dépris du monde.
Sa filleule vient passer ses vacances auprès de lui. En acceptant de la recevoir, il pensait à une enfant. Or c'est presque une femme qui vient vivre sous son toit. Une incarnation de la pureté absolue ou le symbole de la malignité satanique ?
sauf que ce n'est pas terrible comme quatrième de couverture, assez con même.

c'est bien un bonhomme qui rentre "chez lui" après cinq années. Plus à l'aise en retrait, tenté par la mort, hanté par des souvenirs incomplets et des tentations, une tentation surtout dont la jeune filleule est une image mais incomplète.

Mais d'abord la manière courts chapitres avec des paragraphes développés et des phrases courtes le plus souvent pour finir, le plus souvent plus libres, poétiques. là encore c'est réducteur de cantonner la poésie aux petites phrases. ça fait des petits épisodes fragmentaires et composites, des associations de sensations et de sentiments ou pensées. Et un mélange (pas simpliste) d'une certaine délicatesse et d'une presque brutalité un peu amère...

La langue apparait tout de suite travaillée, il y a comme une sorte d'effet littéraire qui peut avoir l'air un peu forcé mais crée tout de même efficacement l'abstraction, le détachement nécessaire à la lecture. Et qui permet de s'éloigner des souvenirs façon vieux bonhomme qui bave ou de facilités érotico-sensuelles ou de tartines de psychologie arrêtée pour découvrir une construction thématique (du titre) et mobilisant beaucoup de références littéraires, religieuses ou artistiques (van gogh, cranach, ... ).

Comme pour les sentiments ou états d'âme présent dans ce livre, tout converge. La distance au monde et l'attirance, l'abandon ou la retenue... il y a une aspiration de repos et de vérité ou pureté derrière la grande gène face aux mouvements du monde le plus souvent différents de ce qu'ils devraient être, en simplicité... en humilité ? et le cercle est vicieux, la victime est aussi coupable et se sent coupable. Mais au centre entre les souvenirs de femmes, le souvenir des parents, la présence du couple de vieux, il y a la traversé (et l'absence) dans les âges de l'amour individuel donc mais également en tant que principe et aspiration voir instinct. La solitude nécessaire s'oppose à un espoir de présence complète au monde. Un amour charnel cherche la rencontre de sa phase spirituelle voire sa dissolution dans un ultime mélange, enfin bonheur.

La filleule est le miroir de l'âge et le catalyseur des évocations de la beauté dont les attitudes ne sont pas encore entachées ou seulement dans une maladresse juvénile ? la distance est soigneusement entretenue et l'emballement des pensées (autre sujet très important du livre) n'est pas complètement dupe. Le miroir de l'âge et de la féminité renvoie aussi l'image de la possible utilité de guide/protecteur et ce sans excès non plus, même si on ajoute quelques réflexions amères qui isolées pourraient passer pour de la misogynie.

En fin de compte un texte fort, complexe et qui part son isolement capte et imprègne beaucoup à sa lecture. Une forte présence de la nature, une nostalgie un peu sourde, un élan tourmenté pour franchir la dernière (ou la première ?) solitude... peut-être chargé mais juste. et puis qu'on accepte ou non les choix stylistiques et quelques autres c'est très cohérent et préserve je pense plusieurs possibilités de lecture et de lecteurs.

j'ai beaucoup aimé, et il me reste quelques mystères...

pour conclure avant de revenir, plus tard, avec des extraits, une brève explication à lire au moins en diagonale pour les nuances de sens : clic

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MessageSujet: ai   Sam 29 Jan 2011 - 12:56

J'ai lu ton analyse de Rosa Mystica, animal, vraiment très interessante (comme d'habitude).
J'ai vu ces multiples pistes de lectures, la superposition d'idées, la lecture derrière la lecture.
Dans Septentrion il y a un lien avec la religion, une interrogation intrinsèque sur la spiritualité, le choix du titre le montre pour ce livre également.
Un autre livre qu'il faut lire de Calaferte.
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Sam 29 Jan 2011 - 13:13

il en manque dans le commentaire. notamment sur ce qui a trait à la séduction et aux apparences dans la balance du courant humain/mystique et des errances possibles de perception.

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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Sam 29 Jan 2011 - 22:45

extraits :

Citation :
Il hait l'opulence, qui est perdition de la pensée.
Égoïste, il l'est diversement. Par pudeur de sa faiblesse. Par refus orgueilleux de promiscuité avec l'ensemble, où il ne se reconnaît point de semblable.
Pour le pratiquer, il connaît le pouvoir magnifiant de l'austérité d'un égoïsme ordonné; ses vertus, les hauteurs vibrantes de l'isolement vers où il vous achemine.
Aux heures déprimantes du reflux des forces trop constamment bandées dans la surveillance aigüe de lui-même, s'il lui arrive de s'épouvanter de la division où il s'est situé, sa nostalgie latente du don, du sacrifice de soi, soudain envahissante, l'âme enflée d'une absolvante mansuétude, bouillonnante de générosité sans exclusive, aspirant du plus profond à l'exaltation il ne sait de quelle communion qu'il voudrait religieuse -, il surmonte ce vertige, son amertume, la souffrance secrète que chaque fois il éveille; comme se réconfortant à la mémoire du désert de la tentation d'où l'on revient transfiguré, dès lors incapable d'autre condescendance que celle à une passion solitaire qui est un prélude à la mort.

La douceur de ces après-midi d'été en campagne, ou leur violence. Ce sentiment d'absolue liberté. Liberté telle que la doivent connaître les animaux sauvages, et que seuls les enfants saisissent avec cette intensité heureuse; épargnés qu'ils sont par la persistance de la gravité.
L'heure du goûter. La confiture sur la large tranche de gros pain, qui poisse les doigts, englue les lèvres; qu'il fallait disputer aux guêpes dans le jardin. Atmosphère opaque, presque torpide des grandes journées de soleil. La forêt, ses odeurs de résine, de pourriture moussue. Les myrtilles, qui se ramassent et se mangent à poignées; lèvres et langue violettes. Les retours du soir, jambes moulues par la fatigue des jeux de la journée, le chemin interminable, le toit d'une première maison, au loin, repère un peu réconfortant dans le harassement, la soif qu'on a hâte d'étancher, plus ardente encore à la pensée d'une eau fraîche dans le grand verre embué que, déjà, on voudrait avoir en main...

Il faut échapper aux autres, qui vous corrompent.

Le tranchant de la lune - sur rien, sur un enfoncement liquide, une flottaison vaguement bleutée.
Les bois de la maison craquent.

le premier déjà posté au fil des lectures et le second, exemple de sens qui peuvent être discutés, un choix d'ambiguïté ?

Citation :
Persistante, insurmontable lassitude. L'esprit en est comme submergé. Usure de l'âme.
Cette pouillerie des sentiments humains, dont pas un n'échappe au grotesque ou au trivial.
La lucidité est un irréparable mal de l'esprit.
C'est à nous-mêmes que nos manquements portent ombrage; en ce qu'ils déséquilibrent la pensée ou troublent la conscience.
Les ténèbres, si proches, prêtes à vous ressaisir...
Jeunesse qui tire sa force de ce qu'elle n'a le sentiment ni de ses limites, ni des limites mêmes de la vie.
Lorsqu'en soit les sentiments s'entrechoquent.
Tentation.
Incapacité où nous sommes de démêler les motifs profonds qui suscitent et animent nos sentiments.
L'âge, ressenti comme une humiliation.
Comment s'extraire de ce flottement des idées, de ce malaise qui fait que l'on passe d'une lecture intéressant médiocrement à une quelconque tentative sans suite, puis à des réflexions qu'on a pas même l'énergie de pousser au bout ?
Cette pleine, cette mutuelle compréhension n'est pas illusoire! Jamais la moindre discordance. Jamais la moindre désharmonie.
Jeunes visages. Dociles, purs, sages, avec le charme tenace de l'enfance encore proche; la rondeur des joues, l'éclat du teint, la fraîcheur de la peau, la bouche qui ne sait pas être charnelle et reste comme boudeuse; un étonnement clair dans le regard, les yeux brillants, la souple épaisseur des cheveux; la franchise, l'innocente explosion des rires.
Irritant, attendrissant rayonnement de jeunesse.
Je ne suis pas beau.
Ce qui, avant de disparaître, se détériore avec l'âge c'est cette incomparable luminosité du teint, du regard, du sourire, comme une aura secrète émanant de l'être de jeunesse.
Lorsque toute chose sera à sa place. (Que vivre encore?)
Qu'il ferait bon vivre!
Tout m'excède de ce qui n'est pas mon unique pensée.

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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Mer 30 Mar 2011 - 15:04



Les autres Parfumés en parlent déjà bien de ce livre.
Enfance de ghetto, dans la pauvreté, la crasse, le sexe un peu partout, la violence et des impulsions qui éclairent un peu.

Je l'ai trouvé moins bouleversifiant que Septentrion. Je l'ai trouvé un peu chaotique, pas régulier dans la force et l'écriture. Des moments où ça stagne, ça n'accroche pas trop. D'autres où ça décolle, où on se dit : ça y est, là j'y suis. Des phrases terribles.

Mais en tout cas, Calaferte colle à son thème à la perfection. Pas d'impression de too much, de nunucheries, de chiqué. Le Requiem des innocents c'est brut, sans concession, et sans tentative d'enrober quoique ce soit dans un peu de coton ou de lissage de poil.

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MessageSujet: requiem des innocents   Sam 9 Avr 2011 - 11:32

Extraits du Requiem des innocents, pour le plaisir des yeux.

Citation :
Pour toucher, pour voler un peu de vérité humaine, il faut approcher la rue. L'homme se fait par l'homme. Il faut plonger avec les hommes de la peine, dans la peine, dans la boue fétide de leur condition pour émerger ensuite bien vivant, bien lourd de détresse, de dégoût, de misère et de joie. Avec les hommes de la peine, il faut vivre dans le coude à coude. Mélanger aux leurs sa sueur, les suivre dans leurs manifestations grandioses et bêtes. Parler leur langue. Toucher leurs plaies des cinq doigts, boire à leurs verres, pleurer leurs larmes, faire gémir leurs femmes, partager leurs pauvres espoirs et leurs petits bonheurs.

Citation :
La noire maison d'où sortit, un jour de pluie et de vent, Lébedaum, le petit gosse d'autrefois qui avait tenté d'étrangler sa sœur Léna. Le petit gosse d'autrefois avec une tentative de meurtre à son actif. Le petit Lébedaum amoureux de sa sœur qui l'avait élevé. Ce "criminel" au cœur chargé de pureté intacte, de surhumaines possibilités d'amour sincère, qui n'admit pas que sa sœur vendît la seule chose qu'elle possédât : son corps. Comme on embrasse un être qu'on aime, il tenta de l'étrangler, une nuit, dans une chambre d'hôtel en ville.
Lédebaum nous apparut au bout de la rue, grandi par l'âpre souffrance de son bagne. Il n'avait réussi à conserver du passé que deux yeux très bleus d'Allemand pur. Il avait une démarche qui nous étonna beaucoup et que nous nous hâtâmes d'imiter. Les jambes raidies, les genoux pliant à peine ; le pas sonore, massif, les épaules rigides. Il avait de la misère plein la gueule, et, plein la gueule de haine, de rage, de puissance meurtrière. Là-haut, Lédernacht criait au village le retour du pays Lédebaum d'autrefois, mais nul ne le reconnaissait. Et chacun sortait pour le voir. Les hommes demandaient : "Alors fiston ?", et le petit Lédebaum répondait : "La paix." La paix, voilà.
A nous, gosses, il faisait peur. Droit, solide comme l'arbre dans l'orage, il avançait pas à pas sur le pavé. Et, sous ses pas, le pavé chantait la litanie des crevards. Il avançait, les mains calées dans les poches ventrières de son pantalon de coutil bleu. Les mains sur le ventre, oui, pour contenir la formidable douleur qui bouillonnait au-dedans. Sa bouche était mince. La bouche d'un homme qui a appris à se taire. Il était grand, grand comme Christ portant la Croix, là, pas à pas, sur le pavé. Le pavé qui chantait peut-être la complainte des mal-nés.

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Constance
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Lun 11 Avr 2011 - 10:59

"Pour le plaisir des yeux", je continue Queenie ... sourire





Citation :
[...] Notre igorance de la vie était telle, que nous en étions à croire que boire avec une paille une de ces boissons jaunes ou vertes, le dos calé à un fauteuil de rotin à la terrasse d'un café, symbolisait la réussite. Et plus tard, nous nous crûmes sauvés le jour où nous eûmes assez d'argent pour commander un grand verre à un garçon en veste blanche. Nous réclamions partout des pailles et des grands verres, dans
tous les bistrots. Mais, soudain, le ridicule nous apparut et, comme les pauvres de naissance, nous eûmes honte. Schborn cachait sa peine sous de la colère.

- Quoi que nous fassions, nous serons toujours des pauvres !
Les autres peuvent manger avec un tube, ils seront "décents" - un mot qui l'avait frappé. Nous deux, on reste pauvres jusque dans nos sourires.
Jusque dans nos sourires. C'est ce que les pauvres savent faire le moins bien : sourire. (p.73-74)




Citation :
[...] A longueur de vie, les faibles éprouvent le besoin de se faire pardonner. De tout et de rien. Ils se sentent universellement coupables.
Coupables de n'être qu'eux-mêmes. (p.80)




Citation :
[...]J'ai eu faim et froid, mais je peux dire que cela n'est pas important. L'important c'est la gluante et collante solitude. Te souviens-tu Schborn, de cette époque dangereuse où nos godasses buvaient toute l'eau des rues ? Te souviens-tu que notre désir était de lire et de lire. Ouvrir un de "leurs" livres. savoir, apprendre, comprendre, deviner, découvrir, dénicher la clé du monde. Ca nous tenaillait. La faim aux boyaux nous volions des livres dans les librairies. Nous attendions d'eux de fantastiques révélations. Et d'abord le sens de la vie. (p.95-96)
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Sam 11 Juin 2011 - 13:18

Très bon livre que le requiem,
a ranger à côté de "la décharge" de Beck; ou vollmann pour les auteurs plus récents.
Je ne dirais rien de plus ce que j'ai lu ici là.
C'est juste terrible de voir que les années passent, et que les problèmes restent les mêmes.
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Sam 11 Juin 2011 - 14:05

Maryvonne a écrit:
Très bon livre que le requiem,
a ranger à côté de "la décharge" de Beck; ou vollmann pour les auteurs plus récents.
Je ne dirais rien de plus ce que j'ai lu ici là.
C'est juste terrible de voir que les années passent, et que les problèmes restent les mêmes.

Oui, y'a vraiment des écrits qui durent, par leur thème et par leur talent d'écriture.

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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Sam 25 Fév 2012 - 16:47

-Septentrion-

J'aurai du mal à résumer tant ce livre bouillonne. Je vous recopie juste mes impressions suite à la lecture en chaine, auxquelles j'ai rajouté les dernières. Désolée pour la longueur...

Citation :
Un livre hard, complètement excessif, ça part un peu dans tous les sens mais ça revient toujours au sexe. Le sexe pour oublier la déshérence du monde, l'inutilité des serments.Ses divagations sur la vie de famille sont monstrueusement drôlatiques On se perd entre le rire et l'horreur. Cet homme a une sorte de désespérance et de haine incroyables qui interpellent fortement. On est bousculé, pris entre le dégoût et cette étrange fascination qui nous fait tourner les pages sans reprendre souffle. Et au milieu de cette boue purulante un passage nous prend à contre pied, qui illumine tous les autres. Son amour pour les écrivains (Tous les écrivains) cette sensation d'être un raté, l'angoisse de finir sous les ponts. Et ça touche plein coeur

Citation :
Une fois qu'on est rentré dans son délire, qu'on a apprivoisé la bête, elle nous retient, joue avec nous, nous crache son venin à la face et quand on ouvre les yeux, tout étourdi, ce sont mille paillettes qui scintillent à la place. Parfois ça délire trop et l' oeil se fait plus distrait, mais ce diable de Calaferte nous reprend au vol, et subitement va sortir un truc énorme qui scotche sur place. Son questionnement sur sa relation avec Mlle Nora van Hoeck est impressionnant par sa froide lucidité. Il est totalement conscient de sa turpitude, du marché hideux qu'il a consenti avec lui même pour un toit bien douillet et de quoi vivre confortablement. S'ensuit un véritable dégoût de lui (il se compare à un bouffon) qui rejaillit sous forme de dérision et de colère. Ses portaits de Nora sont à tomber (d'effroi ou de rire) Quant au monde, il lui apparait comme une farce absurde et vaine.La joie pisse en ruisseaux sur le monde ebahi! Tout n'est que putaineries trafis honteux et marchandages. Tout n'est qu'abjections, hypocrisies et chantages. La vie est splendide, larbin!

Citation :
Milieu de la partie Omphalos. Il a réussit à s'extirper des bras tentaculaires de sa tyrannique maîtresse et se retrouve à la rue. Heures sombres sans un sou en poche, sans abri ni ami sur qui compter pour ce retour dans "la vallée de larmes". Le ton devient plus amer, plus dur. La foule indifférente grouille autour de lui, et il décrit avec un réalisme terrifiant tout ce qu'un homme peut penser à ce moment là. Passages des plus noirs et des plus beaux où il se sent rejeté d'un univers dénué d'âme. "Et Dieu quelque part dans cette bouillasse".Il faut un vrai talent pour faire passer une telle hargne, un telle vomissure de tout ce qui compose le monde autour de lui sans lasser le lecteur. Mais quelques incursions dans la civilsation (chez un ami et au siège social d'un second) sont d'un humour totalement irrésistible et permettent une aération.

A ces images de fin du monde succède la rencontre, subite et passagère, avec une voisine et Calaferte se lâche. Rêve d'un temps suspendu où il se raccroche à cette fille l'espace d'une nuit, comme s'ils devaient sombrer tous deux avant l'apocalypse. Episode poignant par sa fulgurance, l'homme revenu de tout et jusque là si méprisant, avoue le vide qui le consume, son désarroi et sa peur. Sentiment fragile d'éternité qu'on ne peut retenir. Passer à côtés des êtres, les manquer, nous ne faisons que ça pendant toute une vie. Et puis la vie se revêt de quelques couleurs, hébergé dans la famille d'un ami il pourra reprendre pied et retrouver la force d'écrire. Des moments désopilants aussi quand il décrit ce quotidien rangé qu'il rejette et envie à la fois. C'est le cri rageur de l'homme solitaire, etouffé par la médiocrité du monde et galvanisé par cette hargne créatrice du libre penseur.

Quel talent! Calaferte est un univers à lui tout seul, le lire est une expérience qui nous remue et nous force à voir les choses autrement, du plus profond de l'être. Il me semble qu'on ne peut l'aborder qu'en apnée, dans sa violence et son enfermement où le sexe apparait comme la seule réponse, le seul échappatoire.
Merci mille fois à Chris et Queenie sans lesquelles je serais probablement passée à côté! J'aurais voulu copier des tas d'extraits mais c'est impossible, il y en a beaucoup trop. Il faut juste le lire soi-même, comme vous le dites plus haut, rarement on a écrit avec autant de brillance le désarroi de l' homme! Génial coeur
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chrisdusud
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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Sam 25 Fév 2012 - 22:34



Que vive Calaferte !!!


Tes commentaires sont vraiment très bons....
Suis émue que tu aies autant aimé. Parce à un moment j'ai pensé que ce livre n'avait peut être parlé qu'à moi. Et puis Queenie qui fût la première personne que je connaisse à le lire m'a rassurée... puis Odrey et maintenant toi. A qui le tour?!

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MessageSujet: Re: Louis Calaferte   Aujourd'hui à 2:52

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Louis Calaferte
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