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 Serge Doubrovsky

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coline
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MessageSujet: Serge Doubrovsky   Jeu 7 Aoû 2008 - 16:00


Serge Doubrovsky, né en 1928 à Paris., est critique littéraire et écrivain.
Il a également été professeur à la New-York University.
Son œuvre comporte à la fois des essais critiques (Corneille, Proust, Sartre …) et des romans autobiographiques.

L'importance du travail de Serge Doubrovsky dans le domaine de la littérature intime est bien connue dans le monde entier. Il est le créateur du néologisme "autofiction" et sa contribution à la théorisation de ce phénomène littéraire a été d'une grande portée
Il qualifie ses romans d’autofictions.

Il a reçu le Prix Médicis 1989 pour Le livre brisé et le prix de l'écrit intime pour Laissé pour conte en 1999.

Bibliographie sélective:

Laissé pour conte (Grasset, 1999).
L´Après-vivre (Grasset, 1994).
Le Livre brisé (Grasset, 1989).
Autobiographiques (Presses Universitaires de France, 1988).
Un Amour de soi (Hachette, 1982; Livre de Poche, 1990).
Parcours critique (Editions Galilée, 1980).
Fils (Editions Galilée, 1977).
La Place de la Madeleine: écriture et fantasme chez Proust (Mercure de France, 1974).
La Dispersion (Mercure de France, 1969).
Pourquoi la nouvelle critique: critique et objectivité (Mercure de France, 1966).
Corneille ou la dialectique du héros (Gallimard, 1964); Le Jour S (Mercure de France, 1963).
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coline
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MessageSujet: Re: Serge Doubrovsky   Jeu 7 Aoû 2008 - 16:12

Depuis déjà quelques mois, Le livre brisé était dans ma PAL.
Je l'avais acheté, encouragée à le faire par un ami grand lecteur qui voulait que je le lise...
J'ai repoussé, j'y allais à reculons...mais en même temps j'ai confiance dans les conseils de cet ami.
Pour moi Serge Doubrovsky restait, sans que je sache vraiment le fin mot de l'affaire, cet homme qui fit scandale lors de la sortie du Livre brisé...Mais pour être juste, je devrais plutôt dire que c'est Bernard Pivot qui fit de la publication de cet ouvrage un scandale. Et en fit son succès...

Un jeu de massacre à l'émission de Pivot...
"Vous avez poussé votre femme au suicide". Puis riant: "Je ne dis pas que vous l'avez tuée sciemment".
Doubrovsky obligé de se défendre. "Il a fallu me traîner, me sortir de mon lit pour venir jusqu'ici".
Pivot l'accuse de cynisme.
"Vous voulez que je me mette à pleurer?"
( revoir l'émission sur le site de l'INA)
Serge Doubrovsky, le grand homme à qui l'on consacre des thèses, des colloques, à n'en plus finir, éclaboussé de boue télévisuelle.

Je finis ce livre...et reviens en dire quelques mots...
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coline
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MessageSujet: Re: Serge Doubrovsky   Jeu 7 Aoû 2008 - 22:37

Le livre brisé (extraits)

"Hier soir, Le journal d’Anne Frank. Vous pensez si j’ai sauté sur l’occasion à la seconde. Je n’en aurais pas raté une minute. Ce genre d’émission, mission sacrée. J’ai beau connaître le dossier par cœur. Au cœur. Inscrit dans mes fibres. Film et débat, pour rien au monde je n’aurais manqué un tel spectacle. Après tout, j’ai été aux premières loges. Des mois et des mois sans bouger de notre logis. Enfouis dans le pavillon de banlieue, mon père, ma mère, ma sœur et moi, terrés, atterrés tous quatre. Avec nos quatre hôtes, nos quatre sauveurs.

[…] Chaque fois que j’y pense qu’on m’y fait penser, ça m’estomaque. Naturellement, je n’y pense pas sans cesse. Il y a la dose d’existence quotidienne qui vous propulse en douce, de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures, par tranches chronométrées, vers le sommeil. Répit, repos, on s’assoupit les méninges. On s’enténèbre la mémoire. Rideau. De jour en jour, de mois en émois, ça finit par faire des années. Un bail. Pourtant, à l’occasion, quand ça s’entrebâille. La moindre fissure devient un gouffre, je roule au creux de l’abîme, je coule à pic. J’ai laissé mon demi-cadavre à moitié noyé au fond. Par miracle, rescapé, je suis un vivant d’outre-tombe.

[…] En 43. Tocsin à la grille, elle a retenti comme un glas. Coup au cœur, souffle coupé. Mon père est allé voir, une ombre, en rasant le bosquet de chênes. Un flic. Mais en vitesse et en vélo. Il est venu nous avertir. A ses risques et périls, je dois vous arrêter à onze heures. Voilà, on est tombés sur un bon flic. Il y en a eu. Aussi. Il ne faut pas les oublier. Pas que de la flicaille franco-boche.[.. ;] Nous on a tiré le bon numéro. Quand on est venu nous cueillir, on avait déguerpi. Je me recueille. Pour moi, il y a eu un bon dieu. Te Deum, je dois dire merci. A Grand’Père, à Tante Nénette, Riri, Solange. Les Flamant nous ont sauvés des Allemands. Je dois à jamais rendre grâces. Au risque de leur peau, nous ont soustraits à la Gestapo. Il y en a eu. Aussi. Des Français comme ça, en or, en pur, à vingt-quatre carats.[…] Des braves gens, des gens simples. Simplistes. Ils ne cherchaient pas midi à quatorze heures, sans complications, faites comme chez vous. Au risque de la leur, ils nous accordent la vie. Sans plus, comme ça.

(…] Seulement voilà. Ma guerre. JE NE L’AI JAMAIS FAITE. COMME ANNE FRANK. Une pucelle à espérer que, à attendre que. Caché dans ma salle à manger de Villiers, entre lit et table, toute mon audace : je glisse un regard discret, à travers les rideaux de tulle, par la fenêtre. Pour voir si. Qui débarque. Les Fritz ou les Amerloques. Je suis une loque amère. J’en suis encore retourné.

(.. ;] Ecrire ne m’a jamais délivré. Je n’ai jamais été libéré. Les mots ne sont pas des actes. Même imprimés, ce sont des paroles en l’air. Ces pensées-là, lorsqu’une occasion les ressuscite, si on les réveille, elles battent en moi comme une houle que rien n’apaise, une fièvre qui ne peut pas retomber. Cette guerre pas faite, je n’arrête pas de la refaire. JE SUIS REFAIT. »
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MessageSujet: Re: Serge Doubrovsky   Sam 9 Aoû 2008 - 0:38

Le livre brisé

Prix Médicis 1989

« Livre monstre » disait la bande publicitaire-…

"Entre mes mains, mon livre s'est brisé, comme ma vie. Je me suis alors aperçu, avec horreur, que je l'avais écrit à l'envers. Pendant quatre ans, j'ai cru raconter, de difficultés en difficultés, le déroulement de notre vie, jusqu'à la réconciliation finale. Mon livre, lui, à mon insu, racontait, d'avortements en beuveries, l'avènement de la mort."

Il y en a eu pour reprocher à Serge Doubrovsky d’être allé très loin dans l’autofiction (terme qu’il a lui-même inventé) en écrivant et publiant ce livre brisé qui est le récit d’un amour éblouissant devenu, sous l’emprise de l’alcool, un enfer, une dérive passionnelle violente au bout de laquelle une jeune femme se suicide.

Doubrovsky, lorsqu’il rencontre Ilse, une jeune autrichienne, une de ses élèves, est un professeur d’Université quinquagénaire, connu et reconnu, qui partage son temps entre les Etats-Unis et la France. Une année à Paris, une année à New-York.

Il a connu déjà deux échecs matrimoniaux et a deux filles : Renée, 18 ans, belle et brillante, et Cathy, 13 ans, retardée mentale, adorable.
Serge Doubrovsky épouse Ilse, une jeune femme ravissante, beaucoup plus jeune que lui, qui lui dit ne pas vouloir d’enfant. Lui n’en veut plus…ça tombe bien…

Il enseigne et écrit…
Des récits autobiographiques…
Et Ilse en a assez de le voir écrire sur ses ex-femmes.
Elle veut qu’il écrive sur elle…
Et qu’il dise tout !…
Leur désaccord profond lorsqu’elle veut finalement un enfant…L’alcool qui la détruit et gâche l’amour pourtant profond qu’ils se portent mutuellement, …, la violence des mots qu’ils échangent… et aussi celle des coups qu’ils se portent…

Et ce livre ils vont l’écrire ensemble. Jusqu’au jour où, alors qu’elle s’apprête à rejoindre Serge aux USA, Ilse se suicide. Le livre est brisé…L’auteur aussi…

Mon sentiment de lectrice ?...La lecture de ce livre magistral m’a éprouvée mais que je ne regrette pas du tout de l’avoir faite…Elle a la violence et la force des drames les plus cruels…Elle m’a éprouvée d’autant plus que je savais la réalité des faits : « autofiction »…Et elle est racontée par un homme bouleversant, marqué par son histoire (voir premier extrait), inconscient parfois, égoïste, inattentif, maladroit, désarmé devant les changements d’humeur pathologiques de sa femme, devant ses souffrances et ses angoisses qu’il ne sait apaiser, brutal et aimant…
Je n’aurais pas du tout envie de le charger comme l’a fait Bernard Pivot, je ne comprends même pas les insinuations cruelles de l’animateur de télé : « Vous avez poussé votre femme au suicide.. »… « Au nom de la littérature, peut-on tuer sa femme ? »
Le mal-être de Ilse, si elle en rend souvent son mari responsable, semble venir de beaucoup plus loin que les causes qu’elle évoque…Une fragilité psychologique, révélée par ses souffrances de femme et son brûlant désir inassouvi d’être mère, une vulnérabilité aggravée surtout par son addiction à l’alcool…

Remarquable l’écriture de Serge Doubrovsky. Il varie les caractères et les styles ,avec par moments de longs paragraphes sans ponctuation...Il manie le calembour, les allitérations…
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coline
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MessageSujet: Re: Serge Doubrovsky   Sam 9 Aoû 2008 - 15:05

Le livre brisé (extrait)

DISPARITION

"Un livre, comme une vie, se brise. Ma vie, mon livre sont cassés net.
Ilse est morte brusquement.
Je suis soudain frappé au cœur.
Ma femme de chair, mon personnage de roman, mon guide, mon juge. Ma compagne d’existence et d’écriture m’a quitté.
En pleine force de l’âge. En pleine force de notre amour. Au dernier chapitre de notre livre.
Un livre que nous avions fait à deux, comme un enfant. Dans une longue, immense, cruelle tendresse. Je suis mutilé de ma moitié.
L’autre, effondrée, écrasée, est inerte. Elle n’aspire qu’au silence où la mort hurle.
Mais l’écrivain n’a pas le droit de se taire. Il faut poursuivre la tâche, terminer l’œuvre. L’écrivain est la part inhumaine de l’homme. Son au-delà.
Ose m’a donné sa vie, pour que notre livre soit. Je le lui dois.
Elle me l’a donnée, comme elle s’est toujours donnée : tout entière, sans réserve, pauvretés et grandeur pêle-mêle.
Elle m’a dit : tiens, voilà ma vie, et la tienne, et leur enchevêtrement inextricable, et leur emmêlement de joies, et leur entrelacs de tortures, c’est à toi, tisse ton texte.
Elle s’était lancé ce défi allègre et douloureux : que nous entrions ensemble, vivants, dans l’écriture. L’autobiographie est un genre posthume. Elle voulait de nous un récit à vif.
Devant cette œuvre de mots, faite largement de sa chair, elle éprouvait fierté et angoisse. Secrets pénibles, pudeurs personnelles, vertiges intimes : elle s’était elle-même immolée. A notre livre, elle s’était offerte en sacrifice.
Un sacrifice suppose une foi. C’est un rite qui purifie. L’écriture nettoie. Elle décrasse l’existence de ses scories. Nous livrer, mais nous délivrer. Nous voulions purger nos passions pour aider à les mieux vivre.
Nous voulions dire l’impureté de notre amour pour l’épurer. Pour mieux nous aimer ensuite. Cet ouvrage commun était destiné à tourner entre nous la page.
Je suis certain que notre histoire, si elle s’était continuée, eût été tout autre. Enfin heureuse. Epanouie.
Evanouie. Le livre de vie est brutalement devenu un livre de mort."
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Marko
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MessageSujet: Re: Serge Doubrovsky   Jeu 15 Aoû 2013 - 11:48

J'ai déniché "Fils" dans une brocante. Le résumé me donnait très envie. Je le lirai bientôt j'espère.

Citation :
À peine sorti de chez lui, voici S. D. déversé en plein Grand Central Parkway, l'autoroute qui mène à New York : au fil des souvenirs qui assaillent son réveil, des routes qui sillonnent sa vie, se dit un exil américain, douloureux et énigmatique. Ces fils, où tenter de les dénouer, sinon chez son analyste, au cours d'une longue séance, où ils s'obstinent à s'enrouler autour du personnage du fils. Particulièrement, dans le rêve du monstre marin, surgi du texte de Racine dans l'esprit du critique endormi. L'interprétation du rêve se reversera dans l'explication du texte racinien, dont la nouvelle lecture permettra de relire en retour la vie du narrateur, qu'on aura suivi entre-temps, après la visite au «psy», à travers le tintamarre solitaire de New York, les silences calfeutrés de l'université, jusqu'à la salle de classe où s'accomplit sa jouissance : le dénouement. - Autobiographie ? Non. Fiction, d'événements et de faits strictement réels. Si l'on veut, autofiction, d'avoir confié le langage d'une aventure à l'aventure d'un langage en liberté.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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